Voir chap. Il, 3* partie
DE l'Île de corse 28
Brave, intelligent, moqueur, le Corse est néanmoins superstitieux.
(( Ainsi les paysans croient que les revenants apparaissent pour annoncer la mort de certaines personnes, et qu'ils font, pendant la nuit, les mêmes cérémonies funèbres que les vivants accomplissent pendant le jour ^. » Pour eux, il est aussi funeste de rencontrer un convoi funèbre qu'un revenant, une même expression le désigne Incontrar la bara ; la bara, ainsi que l'explique l'anonyme compilateur des Cantl popolarl corsi, est synonyme du mot tola ou mieux taula (tabula), la table sur laquelle on étend les morts 2.
Les citadins ne croient plus guère qu'à l'envoûtement du mauvais œil, à Idijettatiira o\i inocchiatura et pensent, comme les Napolitains, s'en préserver grâce aux scajDulaires, aux breloques en rameaux de corail ou aux cornes faites avec l'index et le médius de la main droite. Les paysans ont, eux, des remèdes plus compliqués : on appelle le sorcier et celui-ci, l'incanlore prend une assiette à soupe emplie d'eau, l'impose sur la tête de l'envoûté, se signe trois fois en récitant une formule d'exorcisme et certaine prière qu'on ne peut apprendre que la nuit de Noël, puis il répand quelques gouttes d'huile dans l'eau et selon que les gouttes se divisent en nombres pairs ou impairs, s'écartent les unes des autres ou s'agglomèrent, il reconnaît si sa conjuration a réussi.
Les incantations — souvenirs helléniques — jouent un grand rôle dans la pharmacopée miraculeuse ; par elles on guérit « la morsure de la tarentule, celle des
1. F. Ortoli, (( Vocero dune jeune fille sur la mort de son père. »