‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 16 sur 79 · V^oir ch. VIII, 2° partie: Rituel funéraire · texte numérisé non relu

V^oir ch. VIII, 2° partie: Rituel funéraire

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chiens enragés, on arrête les hémorrhagies, on enchante les vers dans les intestins des enfants et l'on fait cesser les plus horribles coliques » et Frédéric Ortoli ajoute que ses compatriotes « regardent comme des présages, sinistres le chant de la poule, le cri de la chouette et du hibou, l'apparition d'un renard dans un village, certaines inflexions de la voix dans les chiens qui aboient dans les ténèbres. »

Les femmes surtout sont imbues de ces croyances bizarres ^. « Dans certaines localités, si vous admirez un enfant, ne diles jamais : a Oh ! le joli bébé » sans ajouter : « Que Dieu le bénisse ! » Sinon vous verrez la mère faire fondre immédiatement une balle de plomb à la chaleur de la lampe et la verser dans l'eau. Si le plomb tombe en masse, elle se réjouira; si, au contraire, il se divise, vous verrez la brave femme s'attrister et parfois elle chargera d'imprécations celui qui a mis en danger les jours de son bébé 2... ou vous dira immédiatement : « Crachez dessus ! » Sputà sopra! Les femmes du peuple croient aussi à l'existence des sorciers — i mazzerl — qui sont censés tout connaître, peuvent prendre différentes formes et pénétrer partout. On dit même qu'ils sucent le sang des nouveauxnés. Aussi les mères veillent-elles sur leurs enfants : elles ne les perdent jamais de vue. Voici, d'après la

1. Croyance aux gramtuiU', esprits malfaisaiils des ima}j;e> ([iii enserrent les montagries ; croyanre aux sireglie, vieilles femmes vampires invisibles (pii s'introduisent la nuit dans les maisons pour sucer le sang à la gorge des entants; croyance enfin aux acciacalori, personnes semblables aux autres et vivant comme tout le monde mais (jui, la nuit, n'ont que leur corps dans leur lit tandis rpie leur âme vagabonde et va tuer les voyageurs et les pâtres avec une liarlic invisible.

a. Cyrna, par M;i\ Roger.

crédulité populaire, les paroles dont ils se servent pour marquer leur puissance, la rapidité avec laquelle ils voyagent :

Mungo e rai sfilungo ; in un quarto d'ora vago e giungo K

Les bergers sont les plus crédules, mais du moins mettent-ils un semblant de science, de recherches, dans leurs superstitions. Il n'est point rare de rencontrer, dans le Niolo et le territoire de Verde principalement, de vieux: bergers connaissant l'astrologie, la géomancie et les sciences divinatoires naturelles offertes par l'eau, les nuages, le vol des oiseaux, la forme et le murmure des arbres. Ils lisent l'avenir sur les œufs tachés ou de coquille tendre ; ils égorgent, comme ïirésias. un agneau ou un che%reau et d'après les entrailles pantelantes prédisent l'avenir. On rapporte que, sous le premier Empire, lors des troubles du Fium'Orbo, les bergers sacrifièrent un chevreau et obtinrent cet horoscope qui se réalisa : (( Une ligne sanglante passe sur la côte orientale, bien des femmes vont pleurer, bien des pères diront adieu à leurs enfants. »

Pour eux, le maVagello-, oiseau de mauvais augure, n'est pas plus terrifiant que lesfolletti, les feux follets dont les farfadets prennent l'apparence. Si la belette est vue sortant de son trou, il va pleuvoir; les bergers du Cuscione ne vendront jamais un animal le lundi, car ce jour est néfaste ; leurs femmes feront frire des salamandres afin que l'huile qu'elles en tirent fasse

I. J'apparais et disparais; en un quart d'heure, je vais et je reviens.

■y.. D'aucuns disent malaceclo.

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croître leurs cheveux et serve à leurs maris pour panser les plaies survenues aux mamelles des chèvres et des brebis.

Comme en Bretagne ^, mais moins fortement et moins généralement, on croit que le pain de Saint Antoine jeté dans les flammes arrête l'incendie, que les œufs pondus à l'Ascension exposés sur la fenêtre en temps d'orage écartent la foudre et préservent également des maladies comme aussi l'herbe cueillie à l'aube de cette même fête religieuse, ou encore la plante (?) qui, à la Saint-Jean, pousse et fleurit à l'envers ^.

Enfin, il y a bien encore des remèdes qui relèvent moins du culte de dulie que du plus pur fétichisme. C'est ainsi que quelques bergers de Zicavo restent persuadés qu'il suffit, pour chasser l'épizootie, de jeter au mitan de leurs troupeaux la clef de l'oratoire zicavais de Saint-Roch 3, Ceux de Sarlènc en employant au même usage la clef de la chapelle du cloître Saint- Damien usaient d'un moyen plus radical : ils tuaient tous les animaux que la clef bénite avait touchés! quant au restant de l'ost bêlant, on le saupoudrait avec des raclures recueillies aux murailles de l'église.

Mais, après tout, si, passant devant une aire où l'on bat le blé, on salue toujours avec ces mots « San Marlino ! » — en l'honneur de saint Martin qui est, là-bas, prolecteur des champs et des vignerons — au moins tout cela est-il inofFensif et le clergé corse, qui ne

1. (If. La Bretagne Païenne, pnr raiiteur. ■j. Iloste tic croyance à la mandragore.

.'?. Mt'me crédulité et même rite au sanctuaire de Saint-Tugen, à la l'ointe du Haz (Finistère).

tolère que tout juste quelques-unes de ces pratiques, ne s'abaisserait jamais aux quêtes comminatoires, aux cérémonies absurdes, aux prônes odieux que se permettent trop de membres du clergé breton, auvergnat ou basque. Enlin le Corse ne reste pas dans le coma du fétichisme et de la superstition ; pour lui, ces usages — dont il se déshabitue de plus en plus, d'ailleurs — continuent la tradition, lui rappellent le passé ; c'est encore un peu de poésie, un peu de merveilleux qu'il pourra chanter et dont il se moquera lui-même au besoin.

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