I. Estliélique de la Langue française, Remy de Gourmont
DE l'Île de corse 89
fort du rythme musical moderne appliqué au rythme poétique et faciUtant, par cela même, l'improvisation ; ce qui explique pourquoi dans leurs complaintes funéraires, aussi bien que dans les berceuses et les élégies, reviennent souvent les mêmes métaphores, appelées par la répétition, par le point d'orgue de certaines rimes, de certains mots.; en somme, c'est ce que les jeunes poètes vers librisles, les décadents et même quelques Parnassiens comme Clair Tisseur ^ ou F. Mistral 2 ont reproché à la rime riche, — soit de ramener forcément les mêmes images.
Cependant et en nous reportant, par exemple, ù l'excellent petit recueil Canti Popolari Corsi, réimprimé à Bastia en 1876 chez l'éditeur Fabiani, recueil qui est, malgré son exiguïté, la meilleure anthologie de la Corse poétique populaire et qui fut plus que le compendium des écrivains qui nous traduisirent ses beaux voceri et ses intéressantes notes, nous trouverons que plusieurs de ces chants témoignent d'un faible souci de la rime et si l'assonance y est encore assez fréquente, encore n'est-elle point une règle comme dans les « sirventes » et u tensons » de la Provence et de la Catalogne médiévales.
Nous ajouterons encore que ces poèmes chantés ont, sans aucune exception, trait à la vie locale ou familiale. Quant aux légendes — au contraire de ce qui se passe dans les autres pays — elles ne se chantent pas mais se racontent, tantôt en simple prose et tantôt en strophes rythmées, assonancées et même rimées. On en
1. «Le vers libre et les poètes contemporains », par l'auteur. — Le Figaro, juin, juillet, août, septembre iSqO.