‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 21 sur 79 · Liv. I, sat. m · texte numérisé non relu

Liv. I, sat. m

■2. Selon la traduction de Darii :

On sait de tout chanteur le caprice ordinaire : Pressez-le de chanter, il s'ohslinc à se taire ; (lessez de le prier, il ne tarira plus. Qui n'a pas à ces traits reconnu Ti^ellus ? (lésar, environné de toute sa |)\ussance. N'en eut pas obtenu la moindre complaisance : Survenait un caprice, et, le théorhe en main, Le voilà fpii chantait à\\ soir au lendemain.

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après le repas du soir et, à deux ou trois, de fare la chiama e rispondi, c'est-à-dire do faire l'appel — la demande — et la réponse sur l'événement du jour, une légende d'autrefois ou un fait quelconque et c'est sans hésitation que chacun à son tour chante, psalmodie ou récite sa strophe, comme ces bergers des Bucoliques

Alterius igitur contendere versibus ambo cœpere '.

Les femmes sont également, et peut-être plus encore, douées d'inspiration. Toutes jeunes elles s'y exercent par des chants alternatifs 2, sorte de pantoum rudimen taire, en vaquant aux soins du ménage ou aux travaux champêtres. Il nous fut bien souvent donné de rencontrer telle de ces poétesses villageoises qui, à notre entrée dans la maison, la casa, et après que l'hôte nous avait souhaité la bienvenue, se levait, nous présentait une fleur, un verre d'eau ou une poignée de châtaignes et nous adressait une strophe de circonstance.

Alors que survienne un triste événement, une irrémédiable absence, une peine d'amour, une mort ou un meurtre et la verve poétique de ces véritables vales atteindra les limites du pathétique.

1. Tous deux commencèrent donc à rivaliser en des chants alternés.

2. Ce lut aussi, du xn' au xv' siècle, croyons-nous, un procédé en usage chez les trouvères et les troubadours et plus tard chez les poètes popvilaires des Flandres; le chant alternatif, emmêlant deux sujets, dit par un seul et le chant alterné, au sujet unique, déclamé au son des téorbes par deux récitants, souvent improvisateurs.

Cette méthode d'improvisation à deux ou à plusieurs fut, et reste peut-être, également en usage chez les bergers de la Gallura, un district de Sardaigne semblable, comme paysage, mœurs et caractère, à la Terre des Communes ^ à tel point que le collectivisme, dans ce qu'il a de plus pur et de plus fraternel, y florissait en pleine féodalité.

Un chanoine de Tempio (Sardaigne) qui, à l'exemple de nombreux prêtres corses, s'occupait fort d'histoire locale et recueillait les improvisations de ses compatriotes, nous a laissé une de ces compositions campagnardes dialoguées dont la pensée toute évangélique ne laisse pas que d'elTaroucher un peu notre système d'économie sociale, tout en paraissant démontrer que le célèbre et si humain président Magnaud, le a bon juge », eut des prédécesseurs pour le moins aussi

hardis.

Dimmi tu Petru d'Achena

Chi ti oddu prigunlà

Si no aggiu chi magnà

E incontru chi piddà

Pidduraggiu cosa augena ?

— Si cun mecu si confiddi Be ' ti oddu cunfiddà

Si no hai chi magnà E incontri chi piddà INIaccu sei si non lu piddi

— Li lo' considdi so' boni Pero m'inconlru imbruggliaddu Di lu chi araggia piddaddu :

Saraggiu poi obbligaddu

A la ristituzioni ?

I. Ainsi appelait on le centre de la Corse; cette division territoriale correspondait à pcn près à rarrondissemenl de Gode.

— A nn'ui a fa di duini Si chistu contu ti fai.

.Maccu sei si tu non sai Clii in la nizissidai Tutti li bè so' comuni *.

Comme les gwerziou bretons, les chants corses sont des chansons narratives 2, composées d'un très grand nombre de couplets ordinairement — pour ne pas dire toujours — très courts, forme lyrique qui semble évidemment rappeler celle des anciennes chansons épiques.

La plupart du temps, nous l'avons dit, ce sont des bergers qui les improvisent, respectant, autant que faire se peut, le cythme et la rime. Leurs longues méditations, leur incessante communion avec la Nature, les préparent merveilleusement à jeter, d'inspiration, de fortes pensées, dans le moule uniforme des couplets de six vers ^, couplets de facture pour

1. (( — Dis-moi, toi, Pierre d'Achena, que je veux interroger: si n'ayant rien à manger, je trouve de quoi prendre, prendrai-jc le bien d'autrui ?

— Si tu me demandes un conseil, je veux bien te le donner : si tu n'as pas à manger et que tu trouves à prendre, tu serais fou de ne pas prendre.

— Tes conseils sont bons ; cependant, je suis un peu embarrassé : serai-je ensuite obligé à la restitution ?

— Tu feras beaucoup de jeûnes, si tu comptes ainsi : tu n'es qu'un imbécile si tu ne sais pas que dans la nécessité tous les biens sont communs. »

2. Commençant toujours par une stropbe d'invocation, de présentation ou d'excuse.

3. On trouve cependant quelques exemples de quatrains et de buitaiiis ; dans ce derniers cas, la mélodie des deux derniers vers

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ainsi dire mnémolechniqiie, à la mélopée sensiblement pareille à celle des chants antérieurs, à la rime ou à l'assonance ne revenant qu'en trois échos, alternés par le repos de trois vers simplement eurythmiques et composés sans préoccupation d'allitération, d'assonance ou de métrique. A moins, comme M. Remy de Gourmont l'a judicieusement soupçonné pour les vers populaires français ', que ces strophes ne soient composées que de trois vers formés chacun de deux octosyllabes coupés par une césure inflexible.

La passion du doux Jésus |j Qu'est moult triste et dolente. Ecoutez-la, petits et grands || S'il vous plaît de l'entendre.

Or so questi H Salotti? \\ Or so que H curidori? 0 Cecca, la mio surella, \\ Sonu case di pasiori.

Les strophes des poèmes et canzône corses sont donc très proches parentes de la poésie italienne dont elles imitent volontiers — mais est-ce bien volontairement ou tout simplement par similitude de génie ? — les octaves et le redoublement des rimes en y joignant parfois, comme la poésie espagnole des couplets entièrement assonances. Toutefois, la poétique corse regimbe complètement à l'enjambement et à ces synéfèses qui donnent à nos vieilles chansons do France ime grâce toute puérile.

Cette rime quf, dans les chanls corses, revient alternativement trois fois, serait en réalité le temps

(lu sixain serl aux ileiix tlernicM's vers du huilain. Qu.int aux proverbes corses, ils sontpres(|uc toujours présentés en (Iisli(|ucs ou on tercets (voir chap. VII, a' partie).

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