‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 35 sur 79 · Ilot au nord du cap Corse · texte numérisé non relu

Ilot au nord du cap Corse

3. De par la forme même du poènaequi, sévadant de la formule habituelle du huitain octosyllabique, semble témoigner d'une certaine recherche littéraire. Notons, comme nous l'avons dit précédemment, que les vers de chaque strophe sont alternés en vers non rimes et en vers rimes et que, pevit-être, on pourrait leur appliquer la théorie de M. de Gourmont :

Spie- I ghi ] chi | puo | le (5 syl.)

Con 1 o- I no- | ra- | to | van- \ to (j syl.)

Di I po- I e I si- I a (5 syl.)

Il I suo ) gio- I con- 1 do | can- \ to, (7 syl.)

Ghe I per | me | sin | da | prin- | ci- | pio (8 syl.)

Mi 1 sen- j tii | com- | mos- | so al | quan- \ to; (8 syl.) Non I mi \ dà | l'a- | ni- I mo in | ve- | ro (8 syl.)

Trat- I te- | nrr | da- I gli oc- | chi il | pian- \ to. (8 syl.) ïutto fastoso Parti dal ricco lido Di Barcellona Con onorato grido Don Andréa quel Duca Doria Al suo Re constante c fido, Capo di sctto galère, Quai armati al mare infido.

et CCS strophes de huit vers deviennent alors des quatrains : Ognum diceva : || Oh Dio, che a pietà mosso Il popol tuo II Salvasti dal mar rosso ; Affogasti il Rc Faraone || Con esercito si grosso, Permettesti per pietade, || Che dall' onde resti assorto. Dunque, uditori, non vi dispiaccia intanto Se tronco il filo a un doloroso canto, Che per me fin da principio mi sontii commosso alquanto. Non vi scmbri cosa strana sovi lascio in doglia e pianto.

Soit, rapprochement curieux, une formule poétique grecque.

L\ CHANSON POPULAIRE

mais l'ail, la plaintive mélopée sur laquelle se déroulent ses trente-cinq couplets, semble remonler au xYi*^ siècle :

Très lent

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Li ven - ti - sei Di No - vembrt

sca . du to Fe . ce par . ten

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Chi mai DOD 1 ha

-m — pu . to ?

Con sei. mi - la combat . ten ti

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Al. la fin per dar a.ju . to^

Che te . me . an dal Re di Fran .

h' l > ■"■ ^'^-J' J'' ' Jo^ '

- cia Qualche as.sal - to ri . so - lu > to .

Voici l'analyse de ce chant liistoriquc :

L'explique qui pourra — Avec tout l'apparat — De la poésie — Au chant joyeux, — Mais dès le commencement — Je me sens un peu ému — Et je cherche la force — De faire pleurer mes yeux.

DE l'Île de corse 65

... Le vingt-six — De novembre passé — (les galères) Mirent à la voile, — Qui jamais l'ignora ? — Avec six mille combattants — Pour venir en aide, — (aux Bonifaciens) Qui craignaient du roi de France — Quelque assaut résolu .

Très fastueusement — (les galères) Quittèrent le riche rivage — De Barcelone — Sous l'honorable commandement — de Don André qui (est) duc Doria — Constant et fidèle à son Roi, — Chef des sept galères, — Equipées (pour affronter) la mer perfide.

Rapidement, l'escadre arrive en vue de Calvi, mouille dans le fond du golfe et l'équipage, descendu à terre, va entendre la messe « sans craintes et sans remords )). Puis, on remet à la voile :

Mais aussitôt — A peine les voiles sont-elles déployées — Le Ciel se couvre — Et la neige, en tombant, obscurcit tout, — La mer hurle, le vent frémit, — Comme un déchaînement de colère, — Et auprès du Général — Les pilotes n'obéissent plus.

On cherche alors à gagner le golfe de Saint-Florent où le Duc, nouvel Ulysse, mettra sa flotte à l'abri du péril ; mais la tempête redouble, il faut fuir sous le vent.

Le Cap Blanc — Est franchi à grand'force — De voiles et de rames — Lof pour lof on a viré: — Arrivés à la Giraglia — Se fait la nuit, le Soleil s'est éteint ; — On convient de jeter l'ancre, — Car le vent augmente.

Et la tempête effroyable semble maintenant déchaînée par les puissances infernales ; on invoque le Père Eternel, les Anges, les Saints, la Vierge Marie. Puis, le

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29 au matin, Doria ayant imploré le saint patron du pays et saint André, de qui c'est la Vigile, met quand même à la voile et sa nauf gagne le large.

Six galères, cependant, ne peuvent lever l'ancre et l'ouragan — « comme s'il acccomplissait une vendetta » — fait s'engloutir quatre d'entre elles, tandis que le chapelain de la flotte donne la suprême absolution. Enfin, c'est au tour des deux derniers bâtiments, ils sont jetés sur les récifs :

En d'atroces souffrances — Périssent les forçats — Les fers cruels — Aux pieds, maintenus (à leurs bancs de rameurs); — Et les deux flûtes • avec leurs équipages — sont (sur les roches) roulées, pilées et fracassées ; — Quiconque aurait vu pareil désastre — Ses yeux eussent pleuré du sang.

Et la complainte se termine par cette excuse du narrateur, excuse qui ne manque pas d'originalité :

Ainsi, auditeurs, — Ne soyez pas trop désappointés — Si je me suis laissé aller — A un chant douloureux — Parce que, moi, dès le commencement — Je me sentais tremblant d'émotion, — On ne vit jamais pareils faits — Qui puissent autant vous plonger dans le deuil et l'aflliction.

Les poèmes ou chansons relatant des événements historiques furent assez nombreux — tout aussi réalistes, simples et imagés — depuis la fin du wiii'' siècle jusqu'au deuxième tiers du dernier. Une très ancienne imprimerie de Bastia (les Fabiani) en a

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