‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 36 sur 79 · îalères de transport · texte numérisé non relu

îalères de transport

DE l'Île de corse G-j

publié un grand nombre sous la forme, éminemment populaire, de brochurettes format in-24 ou in-33 et de 4 à 12 pages, brochurettes qu'on aimerait voir ornées de quelques vieux bois comme les complaintes qu'Epinal imprimait autrefois.

Un fameux bandit, Batteslaggi, déclarait devant la Cour d'assises de Bastia (juin 188G), en protestant de son innocence malgré les dépositions accablantes des témoins ;

— Ne les écoutez pas ; ils m'en veulent parce que je me suis moqué d'eux dans un poème satirique.

Bien que plaisant, le mot n'en est pas moins juste. Sensible à la raillerie, le Corse y excelle — un peu crûment, sans doute — et s'y délecte.

Dans ses chansons satiriques, au lieu de plaisamment dissimuler son ire — ainsi qu'en nos productions de la Fronde — il l'étalé vigoureusement. Aucune ambiguïté, pas de sous-entendus craintifs, de réticences malignes; et, férocement gouailleuses, fleuries d'invec-, tives, les strophes sont quelque chose de plus qu'une succession de vers satiriquement eurythmés, ce sont des banderilles affolantes, des lanières qui écorchent, des balles qui sifflent et qui blessent sûrement. Atteint par un de ces traits, l'adversaire ne pourra, ne voudra pas se dérober, il prouvera qu'il est un homme, esse Lin iiomo, comme dit la locution corse, luttera sans doute, tuera ou sera tué peut-être, mais ne pardonnera jamais. Ainsi est toujours vraie l'affirmation de Sampiero d'Ornano :

LA CHA:?ÏSaN POPULAIRE

Giierrieri U figli tiioi prima che nali Generosi d'anior, d'onor gelosî^.

Un rien parfois suffit à mettre le paysan corse dans un fâcheux état d'humeur, tant son amour-propre est ombrageux. Pour une poule qu'on a cru volée 2, pour un âne mort devant la porte d'un voisin susceptible «^ c'est une inimitié qui s'étendra de proche en proche el aura de funestes conséquences. On peut plaisanter avec un Niolin, un Balagnais ou un Sarlenais^, mais on ne peut impvmément se moquer.

Or, jadis, les Corses, en leurs luttes — parfois fratricides 5, — n'avaient garde de se priver de la satisfaction orgueilleuse qu'on peut goûter aux chants satiriques, provocateurs ou justiciers. Voici — composée semblerait-il au xvr siècle — une chanson des Bonifaciens contre les gens de Zicavo^:

AU

tto

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to,o Si - gnov Ti . to I

Ben

tro

va . to,o Ca . pi. ta. 00,

i. Los guerriers les fils (ô Corse) dès leur naissance — Sonl péncTOTix (l'amour, jaloux d'honnoiTr.

2. La vendetta authentique contée par P. Mérimée dans Colomba.

3. Voir ch. III, 3' partie, La Dionomaclda de S. Viale. ti. Habitants du \ioIo, de la Balagne, de Sartènc.

5. Caivi tenait ]K)ur les (îènois, Bastia pour les Pisans, Bonifacio tantôt pour les Pisans et tantôt pour les Génois,

(■). La rivalité entre les lial)itanls tle B(jnifacio et ceux deZicavo et de Sartène date du xi* siècle et subsiste encore aujourd'hui.

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trat.ta . te da geo . ti . ie. Non

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tratta.te da vil.la.oo.

Andante maestoso

ijh'.t p p p r r T' ^--l-^'

Or sol.le.Ta. te .Ti iD pie . di , E toc

i/ pp j iJ rgi j j )

ca.te.ci la ma

Stamatlina, Signor Tito, Voi vi siete armato in guerra.

Avete da parti per Francia, Da piglià per l'înghilterra ?

Ma vi prego di ferma :

Ghe non si fera più guerra.

... O signori Zicavesi, Voi ci avete fatlo torlo.

Noi ve l'emmo dato vivo, A oi ce lo rendete morto.

Ma se no' campemo nui.

Ce ne renderete conto.

Je vous fais révérence, ô Seigneur Tito, — Heureux de vous rencontrer, ô Capitaine. — Allons ! soyez aimable, — ^'agissez pas en rustre. — x\llons ! tenez-vous ferme sur les jambes, — Et touchez-nous la main.

Ce matin, Seigneur Tito, — Vous vous étiez armé en guerre. — Allez-vous, pour gagner la France, — Passer

par l'Angleterre ? — Je vous en prie, restez donc : — Puisqu'on ne fera plus la guerre.

... O messircs les Zicavais, — Vous nous avez fait tort. Nous vous l'avions donné vivant, — Vous nous le rendez mort. — Mais si nous, nous tenons encore, — Vous nous en rendrez compte.

Ce capitan, si durement tourné en dérision, devait être quelque chef de clan bonifacien passé, par couardise, ambition ou profit, aux Zicavais. D'ailleurs cette chanson ^ est tout ce que la chronique nous a laissé de lui.

Ces trois exemples de vieux chants populaires nous donnent un aperçu de ce que devaient être les chanls héroïques, historiques et satiriques du passé; quant aux autres manifestations poétiques de l'âme corse, il est à présumer que — en ce pays qui a tant gardé des antiques coutumes — elles étaient ce qu'elles sont encore aujourd'hui, avec un peu plus de rudesse peutêtre, mais pas avec plus de sentiment.

I. Celte chanson qui se dit d'abord sur un air enjoué, finit lugubrement presque, dans toute la haine de sa finale très larj?e, sarcastiquement lente et grave.

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