‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 41 sur 79 · L.\ CHANSON POPULAIRE · texte numérisé non relu

L.\ CHANSON POPULAIRE

Plus Vite

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-• — s^ mi.na cod bai . dao.sa; QuilJa

chetta Che ca

chi noD te . me ven.fi, Ne tem pes . te di lu

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ma.n . A^d.dar . meo

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VOl la DÎD.Da

4mi. j ^ js.^i^ ^-J^fcp'i^pit r^

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Carira d'oru c di pciio.

Carica di merci c panni ; Li vcli so di bruccatu Venuti da mari indani \\ limoni d'oni fmu Con li laiiri più raru.

Addurmcntali etc.

Qnando poi nascisti vui Vi piirtonu a battizarvi:

La cumare fù la luna, E lu sole lu compare :

VOl la ninjaa . r.î 1 stelli, ch'erano in ciclu, D'oru aviani li cullani.

Addurmentati...

I/aria riluriio screna Tu lia piena di splindori :

Anchi li setti pianeti V'hannu infusu li so doni.

Ollu di fecoru fesla TuUi (juanli li paslori.

Addurmcntali...

DE l'Île de corse 83

...Qiiandu sareti majori, Passereli pe li piani ; L'erbi turnerannu fiori ; D'oliu saran Ji funtani ; Tariierà balsaniu fini Tutta l'acqua di lu mari.

Addurmentati...

Ninnina, ma chérie, — Ninnina, mon espoir; — Vous êtes ma mignonne barque — Qui navigue hardiment, — Qui ne peut craindre ni l'orage, — ,\i le caprice de la mer. Refrain : Endormez-vous tout doucement, — Dodo, faites dodo.

D'or et de perles chargée, — Chargée aussi de marchandises et d'étoffes ; — De fin brocart sont les voiles — Venues des mers indiennes ; — Le gouvernail d'or fin — Est orné de rares ciselures. Endormez -vous, etc..

Lorsque vous vîntes au monde — Je vous ai vue porter au baptême : — La commère fut la lune, — Et le soleil fut compère : — Les étoiles, qui étaient au ciel, — Avaient mis leurs colliers d'or. Endormez-vous...

Le ciel redevint serein — Et se remplit de splendeurs ;

— Puis les sept planètes — Vous comblèrent de leurs dons.

— Pendant plus d'une semaine — Tous les bergers vous ont fêtée. Endormez-vous...

... Quand vous serez devenue grande, — Par les plaines vous passerez ; — Les herbes se changeront en fleurs ; — D'huile seront les fontaines ; — Et se muera en baume précieux — Toute l'eau de la mer... Endormez- vous...

Cette berceuse empreinte d'un caractère si étrangement oriental avec les hardies métaphores de ses strophes est une de ces poésies populaires si riches qu'on les pourrait croire écrites par un lettré si elles n'étaient pas aussi naïvement près de la nature. En

L\ CHANSON POPULAIRE

voici une plus sérieuse quant aux paroles, imitalion ou parodie de berceuse, dit le vieux recueil corse qui la cite :

Andantino

jRFf

NeLli mon . ti di Cus - cio - ni

Ve-ra

.^jj — ^

oa . ta u - na li . te ^ dra , Ë la so ca ra mam

A" > J^ J^ J^ 1 J' J' ji i I i' i' ^

mo - ni Li fa - cia 1 ao-uan.na . re . dra E quand'

" J^J^ nslt-''i' g nl^'''i'.rJjt.MJ^

el-la lannan-na.Ta stu U -len tu lipre-g-a-va

Quandu vo' saretti grandi Vi faremu lu vestitu, La camicia. lu bunncdru E rimbustu ben guarnitu Di stu pannu slinazzatu, Cbi si tesse a Curticchiatu.

Vi daremu lu maritu AUcvatu a li stazzali.

Un bcliissiinu parlilu, E sarà lu capurali Di li noslri monlagnoli Pecurai, e capragghioli.

Dans les montagnes du Cuscionc — Etait née une fillette, — Et sa chère grand'maman — Lui faisait faire

dodo, — Et tout en la berçant — Son destin lui prédisait . Quand vous serez grande — Nous vous ferons le vête ment, — La chemise, la jupe — Et le corsage bien orné — Du beau drap surfin — Qui se tisse à Corticchiato. . A'ous vous donnerons le mari — Elevé dans les bergeries, — Le plus beau parti, — Et il sera « caporal » ' — De nos montagnards, — Bergers et chevriers.

Délicate comme un Noël et si gracieuse, cette mélodie est peut-être le seul chant naïvement gai que la Corse ait produit. D'autres berceuses sont plus graves, celle de Palneca par exemple que nous communiqua le comte de Multedo, tri&te et grave et lugubre comme une berceuse d'orphelin.

Moderato

Presto

In PaLnc.ca di Pu . monti Un ri -te . drd s'a-dri .

alempo ^ ..... ^

zz

II; J' J^ JU' ;> J' I J^J g

va . va

E la so ca.ra . mam . mo N^in.ni,oin ni^nan.na no

Sem . pre trin . m . ca . dra eta . va

Ad . dur. men . ta. ti, o fi giino . lu

Gh'agiu da allesti la cena, E da cosce li piloni Peu to tintu babbaredru, E pe li to fratedroni.

I. Maf^istrat municipal de jadis. Voir précédemment ch. 111, i" partie.

Quandu sareti grandoni Purtaretti li voslr' arnii ; Un bi farrani paùra Bultisciorri ne gendarmi.

A Palneca de Pumonti — Etait né un jeune garçon, — Et sa chère grand'maman — Toujours était à le bercer. — Refrain : Dodo, dodo, dodelinclte — Endors-loi, ô mon enfant.

Je dois faire le souper — El coudre les manteaux, — Celui de votre petit père — et ceux de vos grands frères.

— Dodo, etc.

Quand vous serez grand — Vous porterez des armes ;

— Et ne vous feront point peur — \oltigeurs ou gendarmes. — Dodo..,

Tous vos ancêtres — Etaient des hommes fameux ; — ils étaient lestes, dispos, — Ne craignant pas le sang, courageux, — Dodo...

De ces hommes de grand courage — La fleur de notre race, — Peut-être es-tu, mon chéri, — Celui qui doit les venger. — Dodo...

Avec les berceuses on pourrait étudier tous les dialectes de rîle car si la mélodie change ainsi que les deux premiers vers du poème, le fond toul au moins n'offre aucune variante. Voici, par exemple, une berceuse qui nous fut donnée par M. le professeur Lucciana et n'est différente que par la mélodie :

Adagio

1% ji j J< JO J^ J< -i^

Nel.ii mon . ti

dî Cus .

<JT^JW'J^>i^J)>i<l;, i,^JiJ^J^a

.ciojii Ve.ra oat' a . oa zi . te.dra E la so ca.ra manu

0 j^jMi>i^j'ji^i>>ji>;'ji>jg

.mo.oi Li fa.cia la oaiLoa .re.dra Equaucfel.ia l'aujoan.

4'" 'T'j'i^J'J^ jijti> y ^ ^i

oa .va 8tu ta.leo.tu ii pre . ga . va .

Enfin, pour en terminer, celte charmante berceuse ^ du fin lettré Yattelapesca (M. Lucciana), berceuse que l'on chante sur une mélodie très ancienne qui nous fut transcrite par M. l'archiprétre Casanova, de Bastia :

Larghissimo a volonta

Dor - mi; dor

ini; u

mio an . g-hiu.

gl p r^f; Q^p M ^^ 1^-^

-lel.lu^ Cu lu - ri tu e ric-ciu.tel-lu! Se ca

ling-ua au-cu dud po.i Ra g-i . u.nà tu cumme

ik *L^

Tu mi

ooi.i Di to uc.chiÎD.cu li so.li

r o ^fp I ^ ^' f'-^'ir r ^

par.li e mi cuo . so . Ii Ë mi di . ci : 0 dol.ce

h r r v-%\^ r'-^fi ùr^i,^'' ' "

mamma^ Quan . tu e me ui &u. du tamma

I. « Nenna ». Versi Ilaliani e Corsi di P. Valtclapesca. Baslia, 1887, in-8.

SS LA. CHANSON POPULAIRE

E in stu niondu cusi ammaru Chi sera di te più caru ?

Quand'u labru môvi a risu, Si spalanca u paradisu ; E se un basciu dài, ne u côre Scende senlumi u signore.

Refrain : Dormi, dormi, u mio anghiulellu, Guluritu e ricciutellu 1

Questa nôtte mi paria Che a Madonna ti vulia :

Di splendorc i to capclli Si vestirunu più belli, E su bianche aie leggere Tiapughiavi all'alte sfere.

Dormi, dormi, ec.

Ma pregai tantu u Signore, Che mi rese lu mio côre...

Ah ! se in cielu li ne voli, Una manu dammi un bôh ?. ..

No, no, un credu, che tu mai Sola qui mi lascerai.

Dormi, dormi, ec.

Cumme un picculu pullone S'alza e bene un erburone, Quandu a pienta chi u nudrisce Di vecchiaia si perisce, Cusi tu forte e serenu Criscerai sopra u mio senu.

Dormi, dormi, ec.

Ma quand' ancu per me in tera Splenderà l'ultima sera, Esse un pôi da me divisa :

C'u penseru in paradisu

DE l'Île de corse 89

Tutti e dui c'incuntreremmu, E mai più ci lasceremmu.

Dormi, dormi, ec.

. Dors, dors, ô mon petit ange, — Joues roses et cheveux bouclés ! — Si tu ne peux avec ta langue — Babiller tout comme nous, — Tu me parles avec tes yeux seuls — Tu me parles et tu me consoles, — Et tu me dis : O douce maman

— Personne ne t'aime autant que moi. — Refrain : Dors, dors, ô mon petit ange, — Joues roses et cheveux bouclés !

Et dans ce monde si amer — Qu'y a-t-il de plus aimé que toi ? — Au sourire de ta lèvre. — S'ouvre le paradis ;

— Et si tu donnes un baiser, je sens en mon cœur — Descendre le Seigneur, — Dors, dors, etc.

Cette nuit il me semblait — Que la Madone te voulait, — Et de splendeur, tes cheveux — s'auréolèrent plus beaux. Et sur de blanches ailes légères — Tu voguais vers les hautes sphères. — Dors, dors...

Mais j'ai prié tellement le Seigneur, — Qu'il me rendit mon cœur... — Ah ! si tu t'envoles au ciel, — >'e veux-tu pas me tendre une main ?... — Non, non, je ne crois pas que jamais — Tu me laisses seule ici-bas. — Dors, dors...

Gomme un petit rejeton — S'élève et devient un bel arbre, — Quand la plante qui le nourrit — Devient vieille, elle périt, — Ainsi toi, fort et calme — Tu grandiras sur mon sein. — Dors, dors...

Mais quand pour moi aussi sur terre — Resplendira le dernier soir, — Tu ne pourras pas être séparé de moi : — Par la pensée au paradis — Tous les deux nous nous rencontrerons, — Et jamais plus ne nous quitterons. — Dors, dors.

La tombe est près du berceau, dit un vieil adage ; et c'est pour cela, sans doute, qu'en Corse les chants les plus nombreux sont ceux qui endorment les bébés et qui pleurent les morts, — les berceuses aux derniers venus et les complaintes aux en-allés.

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