‹ La chanson populaire de l'île de CorseChapitre 74 sur 79 · I. LETTRE DE VJTERBI · texte numérisé non relu

I. LETTRE DE VJTERBI

« Ma jnks chl:re Femme,

(( Maintenant nous nous approchons de la solution du nœud, et sommes déjà sur le point de voir la dernière scène du dernier acte. Moi je ne me leurre pas qvi'il se puisse obtenir rien de favorable, et pourtant je me dispose avec tranquillité d'ànie, et sans aucune inquiétude à faire mon voyage dans un nouveau monde inconnu, parce que j'ai la conscience non maculée de délit devant mériter punition sévère. Moi, je linirai donc ma carrière d'une façon à ne pas faire rougir mes parents ni mes persécuteurs, si j'en ai la facilité et le temps,

« Quand j'aurai cessé de vivre, il sera pour moi indifférent d'être enseveli dans la terre de Bastia, ou dans celle de Penta, mais dans le cas, où par quelque humain respect, vous voulez faire transporter mon corps, moi je vous ordonne et vous recommande d'exécuter ce que je dispose avec cette même lettre. Moi je n'ai jamais pensé comme le vulgaire, et ne veux être traité que conformément à mes philosophiques principes. (( Ordre à observer dans la marche du convoi funèbre : « 1° Le matin de mon enterrement la bière sera recouverte d'étoffe noire, dans laquelle s'emmêleront quelques rameaux de cyprès.

« 2° Dix-huit parents, à savoir.,, prendront (précéderont) le convoi funèbre cl auront un ruban noir (un crêpe) au bras et un rameau de cyprès à la main.

« 3" Douze des plus pauvres du commun seront placés après les précités, et à ceux-ci seulement sera donnée une chandelle d'une livre, et ils seront placés sur deux rangs au milieu desquels, à savoir dans le centre du cortège sera fixée la barre (cercueil).

(( 4° Aussitôt immédiatement après suivront... ceux-ci néanmoins auront au bras la distinction noire elle rameau de cyprès. (( 5° (]elte troisième division sera suivie par l'abbé Suzzarini,

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mon cher compère, et à celui-ci seul prêtre sera iloniu'e une torctie de deux livres.

« G* MM... tiendront entre eux (épauleront) le prêtre et chanteront les ordinaires cantilènes religieuses.

« 7° Ensuite se placeront les amis de la famille à la tète desquels vous prierez de se mettre MM... les autres du pays et les étrangers (non parents).

« 8" Le convoi entrera pour peu d'instants dans l'église paroissiale et de là continuera la marche dans l'ordre établi.

if Les premiers chargés de porter la barre (le cercueil) seront les deux frères... Dans le voyage (cours de route), ils seront relevés, en faisant choix (des nouveaux porteurs) parmi les premiers du cortège.

« lo" Deux pauvres, à qui seront payées leurs journées, porteront deux pioches, deux pelles, et ceux-ci marcheront avant tous.

(( II' Mes gendres seront les premiers à donner un coup de pioche et de pelle pour combler la fosse, et ensuite il en sera fait autant par tous les parents et par ceux qui nous sont les plus proches, et chacun en donnant le coup de pioche et en jetait la terre sur la bière, dira à haute voix : Je jure de n'oublier jamais la façon dont est mort mon parent et mon ami Lncantonio Viterbi. Mes gendres seront les premiers à faire cette promesse.

(( 19." L'inhumation consommée, le cortège rentrera dans le pays avec la même disposition jusqu'à l'entrée de l'église, d'où il se séparera aussitôt que le prêtre sera rentré dans la dite.

« i3° Ma femme, aussitôt que sera sorti de la maison le cadavre, appellera toutes ses filles ; elles se mettront toutes à genoux, et jureront haine éternelle à mes persécuteurs, et promettront de célébrer chaque année le jour anniversaire de ma mort, en se réunissant toutes avec leurs enfants dans la maison paternelle, d'où elles se transporteront au cimetière ; là toutes réunies à la mère et aux enfants, elles j ureront de n'oublier jamais l'infâme façon dont les ennemis se sont servis povir faire mourir leur père, et transmettront aux plus lointains neveux la version de mon fatal malheur.

({ Souvenez-vous souvent de votre affectueux mari, inculquez à vos filles, sentiments d'honneur et de pudeur ; union entre elles, liaison avec les vrais sincères amis ; loyauté et franchise avec les amis, concorde avec les personnes indifférentes ; affection avec tous, compassion et sensibibilité pour les malheureux ; haine de mort aux ennemis.

(( Je vous embrasse affectueusement avec le cœur.

« Signé : Llcantomo. »

Tant de choses ont été écrites sur les voceri, depuis et d'après Tommaseo, Fée et FaurieU, que l'on connaît à peu près ces chants où la Haine et l'Amour, la Mort et le Rêve se confondent ; aussi, nous borneronsnous à en citer trois des plus typiques. D'ailleurs, comme pour les lamenti, nous regretterons que les auteurs corses qui depuis trente ans nous ont donné quelques traductions de ces chants particuliers se soient contentés de reprendre ceux des Canti Popolaii (lovsi, lesquels datent de bien avant 1870.

Un des plus intéressants et des plus vieux qui nous soient parvenus fut chanté, en 1740, en l'honneur d'un certain Mathieu..., médecin, assassiné à la suite d'une vendetta ; la vocératrice, cousine du défunt et du même village que lui, rencontrant le convoi funèbre qui revenait au pays, improvisa ces épouvantables strophes où palpite toute l'âme de la vieille Corse.

La to jcntc t'aspettava Tutt' allegra a lu balcone, Quandu vide lu cavallu Scnza to sopra l'arcione, Gu la sella sanguinosa E la brilla strascinone.

Poi binendu pc lu ponte Appari una funiacciola :

E dinanzi un c'era croce,

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