‹ La chanson populaireChapitre 32 sur 50 · DOC · texte numérisé non relu

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Les Psaumes de Marot, complétés par Th. de Bèze, eurent un nombre prodigieux d'éditions ; rien qu'en France, on en compte environ quinze cents. De nos jours on ne chante plus rien de Marot dans les temples ; cette langue serait d'ailleurs incomprise : elle n'avait pas des politesses comme le français de Voltaire et de Racine. Qui de nos jours chanterait ces vers :

Mes cicatrices puantes

Sont Allantes Du sang de corruption.

Las ! par ma foie sotie

M'est sortie Toute ceste infection.

Tandis que le parti protestant chantait des psaumes et des psaumes , qu'il s'en produisait des quantités en Allemagne , on n'avait en France que la version de Marot et Th. de Bèze, qu'on r'habillait à neuf à mesure que la vieille langue s'oubliait, ou plutôt s'en allait.

Philippe Desportes , à la fin du seizième siècle, avait publié quelques psaumes de David nouvellement traduits eu vers ; Denis Caignet les mit eu musique à quatre voix.

En 1648 Godeau, évéque de Vence, publia une nouvelle traduction des psaumes. Cette version a été mise en musique à quatre voix par Jacques de Gouy (1650), par Lardenois (1655), par Artus Aucousteaux (1656), par Thomas Gobert (1659). Le célèbre latiniste écossais Buchanan fit une version latine des psaumes en 1566; il en existe des éditions avec de la musique à quatre parties, entre autres celle d'Herborn 1592; on ne désigne pas le musicien.

Il ne semble pas que les psaumes de Godeau, quoique mis en musique par tant de compositeurs, aient eu un immense succès chez les catholiques ; on y allait timidement, craignant de se confondre avec les protestants. Par contre le cantique prit un nouvel élan parmi les catholiques, et on ne publiait guère d'é-

clition de uoëls, sans y joindre un certain nombre de cantiques anciens et nouveaux.

Michel Coyssard, de la compagnie de Jésus, mit au jour en 1600 des Hymnes sacrez et odes spirituelles avec de la musique à quatre voix ; ce petit livre était une riposte contre les psaumes luthériens ; dans sa dédicace Coyssard dit, en parlant du luthéranisme : « Son chant n'est qu'un chant funeste, un chant de corbeaux et de chats-huants, et la musique le son des armes et le bruit des artilleries. »

Les religieux qui poétisaient ou qui écrivaient des cantiques, ont toujours eu le don des titres bizarres, même souvent prétentieux. Dès le seizième siècle parut La j)ieuse alouette avec son Tirelire : le j^etU cors et j^lumes de notre alouette sont chansons spirituelles qui toutes luy font p)rendre le volj etc.; 1576. L'auteur prévient dans son advertissement qu'il a toujours mis le premier vers de la chanson mondaine, hormis toutefois celles qui portent leur venin au front et en leurs premiers vers. Celles-là devaient être bien fortes, car parmi ces commencements de vers qui n'ont pas trop de venin nous trouvons : Beau berger quefadore; Faites l'amour aux chambrières; J'aimerai toujours le bon vin; L' amour des courtisanes; Margoton mon petit cœur; Orj'ay choisi jiour 7naîtresse; Où estes-vous bons biberons; Réveillez-vous belle catin; Voguons sur l'amoureuse mer; etc.

Les cantiques du sieur de Valagre et du sieur de Maizonfleur sont plutôt des poésies spirituelles que des cantiques, ces pièces n'ont pas été écrites sur des airs ou sur des timbres.

Les rossignols spirituels liguez en duoj dont les meilleurs accords, nommément le bas (la basse) relèvent du seigneur Pierre Pkilippes, organiste de leurs altezzes sérénissimes. Regaillardis au j)rime-vere de l'an 1621^ à Valenciennes.

Comme le titre l'indique, ce sont des cantiques à deux voix.

La 2->hilomèle séraphique , sur les airs les q^^us nouveaux ,

choisis des principaux auteurs de ce temps, avec le dessus et le bas; Tournay, 1632.

Dans ravertissement ou lit : « Ces airs sont tirez des œuvres de GuedroD, Siguac, Moulinié, Boyer, Boesset, Richart, Vavasseur et de Metru. )) Ce renseignement serait intéressant, mais il n'y a malheureusement pas un seul nom sur les airs môme.

Rimes chrétiennes sur la créance catholique, avec une game nouvelle où sont compris les huit tons de l'Église, 1657.

Recueil de p)lusieurs cantiques spirituels par J. le Jau, cha.~ noine d'Évreux, et par Daniel Adenet, Parisien, 1627 (sur des airs profanes).

Livre d'airs de dévotion à deux qmrties ou conversion de quelques-uns desp>lus beaux de ce temps en airs spirituels p)cir François Berthod, cor délier, 1658.

Les Kyriolés sont aussi des espèces de cantiques, ou plutôt des litanies ; le peuple ne répondait aux strophes du prêtre que par le mot Kyrie. On peut en voir des exemples dans les Kyriolés publiés à Remiremont par Em. Laurent, en 1773. C'est évidemment de là qu'est venu le mot kyrielle.

En résumant ce chapitre, on trouve que les noëls se sont chantés sur des airs populaires ou sur des vaudevilles, les psaumes sur quelques anciens airs dérangés ou quelques chorals nouvellement composés à l'imitation des anciens ; les cantiques se chantaient et même se chantent souvent encore sur des airs profanes peu édifiants.

Il nous est impossible d'attribuer à ce bagage musical une bien grande influence sur la musique d'église. Les psaumes et les cantiques, comme les noëls, ont répandu le chant davantage, mais ne nous ont perfectionné en rien l'art musical.

D'après Talvi (1) au temps de la réforme il n'y avait qu'un

(1) Talvi, Versuche einer geschlclulichen Charalcteristilc, etc. (Essai d'une histoire caractéristique delà chanson populaire chez les nations germaines.)

objectif : les disputes religieuses. C'était un mauvais moment pour la production de la chanson populaire, restée stationnaire en quelque sorte. M. Schuré (1) s'exprime à peu près de même : c( A la fin du seizième siècle et au dix-septième ou tombe dans la poésie scholas tique. Plus de chansons sous le grand ciel, au fond des bois et au souffle des montagnes, mais des vers de lettrés, rimes sur des in-folios. Les classes inférieures du peuple allemand avaient atteint un degré de cultu.re très remarquable (2) au commencement du seizième siècle. Témoin le savant et joyeux poète Hans Sachs. Quel type aimable et vigoureux que ce pauvre maître cordonnier de Nuremberg, qui fit des vers toute sa vie sans cesser de faire des souliers, qui fut l'ami d'Albert Durer et le chantre enthousiaste de Luther! »

Herder observe que dans les chansons imprimées en feuilles volantes au seizième siècle, on trouve souvent une chanson religieuse suivie d'une profane, faite sur le même air; cela doit surprendre d'autant moins, que la seconde pièce était une parodie de la première, cette forme, très à la mode alors, se retrouve encore longtemps après.

Comme conclusion nous ajouterons que la grande musique d'église, encore à l'état d'enfance sous Lully, Campra, de La Lande, ne prit son véritable élan qu'à la venue des Bach , des Haendel, des Haydn, des Pergolèse, des Mozart, des Beethoven, des Chérubini, des Lesueur.

(1) Schuré, Histoire du Lied ou la chanson i^opiilaire en Allemagne, Paris , 1876,

(2) Nous croyons que, sous ce rapport, M. Scliuré prend l'exception pour la règle, car en citant Hans Sachs il cite l'exception.

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