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LA CHANSON AU THEATRE

Jfi/sfères. — Farces. — Vaudevilles.

Notre théâtre n'a pas été une imitation de l'ancien théâtre gréco-romain, dont les traditions étaient perdues au moyenâge : ce fut une inspiration, une création des prêtres du christianisme, cherchant à opposer une digue aux saturnales, aux excès, restes des fêtes païennes, que les conciles n'avaient pu extirper.

Les confrères de la Passion, jouant des mystcres, parurent vers la fin du quatorzième siècle, le roi Charles VI autorisa leurs rej)réseutations.

Le peuple se passionna vivement pour cet embryon de théâtre, n'eu ayant pas connu d'autre. Le succès fut complet quand les farces s'en mêlèrent : c'était au reste l'entière déchéance des anciens personnages païens et populaires : le fou, la mère sotte n'étaient plus que de simples rôles, la reine était devenue une servante de bas étage, une vieille radoteuse enguenillée.

Les confréries joyeuses des Clercs de la Basoche et des Enftnts sans souci naquirent à la suite des farces jouées sur des tréteaux par des bateleurs, et vinrent faire une rude concurrence aux mystères , en produisant leurs soties et leurs farces. Les deux troupes se réunirent parfois, et dans ce cas leur répertoire mélangé reçut le nom de pois piles.

La troupe italienne des gelosi parut en 1577; c'est alors qu'on vit les femmes paraître sur la scène daus des rôles réguliers.

Les mystères avaient fini leur temps vers 1548, mais les

farces continuèrent jusqu'à Louis XIV. Le spectacle ordinaire de l'hôtel de Bourgogne se composait au commencement du dix-septième siècle d'une tragédie, d'une farce et enfin d'une ou de plusieurs chansons que venait débiter Gaultier GarguUle.

Ce farceur était l'auteur d'une partie de ses chansons, tout en empruntant largement au répertoire populaire. Or, ce n'était pas précisément une école de morale que ces chansons, publiées à diverses reprises; malgré cela des dames, et des dames de la cour allaient les entendre.

Gaultier Garguille (1) chantait sans accompagnement instrumental ; cela se comprend de reste, car le farceur ne savait très probablement pas la musique. Voici de son répertoire un coq-à-l'âne, de source populaire, connu bien avant Gaultier Garguille :

Je m'en allay à Bagnolet Où je trouvay un grand mulet Qui plantait des carottes :

Ma Madelon, je t'aime tant Que quasi je radotte.

Je m'en allay un peu plus loing, Trouvay une botte de foing Qui dansoit la gavotte :

Ma Madelon, je t'aime tant Que quasi je radotte.

Je m'en allay en nostre jardin, Trouvay un chat incarnadin Qui décrottoit ses bottes :

Ma Madelon je t'aime tant Que quasi je radotte.

Je m'en reviens en nostre maison Où je rencontray un oyson Quiportoit la callotte :

Ma Madelon, je t'aime tant Que quasi je radotte.

(1) Le vrai nom de Gaultier GarynUle était Hugues Guéru, il était né à Caeu. Dans certains rôles il portait aussi le nom de FlecheUe.

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Comme les cliansous de Gaultier Garguille sont passablement graveleuses et même ordurières, force nous est de choisir parmi celles qui peuvent se souffrir, comme dit Ballard dans l'Introduction de ses Brunettes ou airs tendres :

Au logis de Cupidon J'estois le premier garçon, Quand il mit du feu grégeois Dedans ma soupe et mes pois.

Je brusle comme un tison Pour l'amour de Marion ; Quand j'ay mangé mes navets Je luy compose des sonnets.

Elle a gravé ses amours Sur ma toque de velours, Et moy sur son corset gris J'ai peinturé tous mes ennuis.

Elle compte tous les mois ^les perfections par ses doigts, Et moy avec des jetons Je luy calcule ses dindons.

Xous observerons qu'aucune des chansons de Gaultier Garguille ne porte de timbre, ou indication d'air.

L'application du mot vaudecille à une pièce de théâtre où l'on chante, est relativement moderne, mais le mot est ancien. On lit dans V Orchésoyraphie de Thoiuot Arbeau, 1588, à la page 18 : « Dionisius apprint ses soldats environnez des femmes de son camp à dancer et faire marches guerrières au son du tambour et de la tibie phrigienne (espèce de flûte), et par ce moyen subjuga les Indois, car les Indois marchoient en foule et confusion avec cryz et hurlements, et partant fiu-ent perturbez et facilement mis en laude-routte et vaincuz. »

Yaude-routte est là pour déroute, hors la route, comme c'est le cas des gens qui fuient. Yaude-ville signifiait donc alors hors la ville , autrement dit les voix ou les chants de la cam-

pagne : c'est-à-dire la chanson 'populaire, (fest en effet cette même année 1588 que paraissent les coix de ville de Chardavoine, et ce mot existait depuis longtemps, ne citerions-nous que le premier livre de chansons en forme de van de ville, composé à quatre parties par Adrian Le Koy, 1573.

Encore une fois va-de-ville, vau de ville, voix de ville signifiait un chant villageois, ou plutôt un chant populaire, et c'est bien cela qu'on chantait d'abord dans les anciennes farces : Gaultier Garguille ne fit que continuer la tradition.

Malgré l'opinion de Boileau , le mot vaudeville n'a jamais pu dériver de vaudevire. Le nom d'Olivier Basselin était connu de quelques contemporains , comme Eustache Deschamps par exemple, mais, à part quelques amis, bons biberons de Vire, la ville natale de Basselin, qui s'intitulaient compagnons du vaudevire, ces poésies renfermant l'éloge du cidre et du vin, n'ont jamais pénétré dans le peuple, y compris le peuple virois, comme nous l'avons déjà remarqué aux chansons à boire. '

De quelle façon alors ce nom de vaudevire serait-il venu à Paris s'appliquer à un genre de pièce éminemment nationale et caractéristique , le vaudeville , avec lequel il n'avait aucun point de contact, l'ancien théâtre ne renfermant pas ou fort peu de chansons à boire?

Au seizième siècle on avait les deux mots : vaudevire signifiant chansons à boire et vaudeville désignant une chanson des rues sur un sujet quelconque, principalement satirique, ce qui est tout autre chose.

La chanson a toujours eu une part très large dans toutes les réjouissances de nos aïeux ; tous les événements, tristes ou gais, se traduisaient en chansons , soit à table , soit au théâtre, soit dans les rues. Même en 1640 on joua une Comédie des chansons, généralement attribuée à Chillac. Cette pièce, entièrement fabriquée avec des chansons cousues au bout les unes des autres,

n'est pas tout à fait insensée, ou y trouve une certaine suite, en y mettant de la bonne volonté.

Sylvie chante au premier acte :

Si je ne suis damoiselle, Si je n'ay tant de beauté Que les dames de cité, Pour le moins suis-je pucelle.

Et Jodelet fredonne à son tour :

Si c'est un crime que d'aymer,

qu'on trouve parmi les chansons mises en musique par Boesset.

Cette pièce paraît avoir eu du succès, car on en trouve une autre en 1662 : Nouvelle comcdic des chansons de ce temps, pastorale.

L'idée première de ces pièces bizarres est sans doute empruntée à une pièce antérieure : La. Comédie de proverbes, -ç'iàx Adrien de Montluc, comte de Cramail, 1616. Dans cet accouplement continu de proverbes, et il y en a d'amusants, la chanson s'est glissée aussi, mais rien qu'au troisième acte, où Alaigre dit : « Ils s'amusent à chanter? Ils n'y entendent rien, car les femmes n'ayment pas tant les voix que les instruments :

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