‹ La chanvriere: comedie en trois actesChapitre 16 sur 38 · LOUISE, LÉOPOLD · texte numérisé non relu

LOUISE, LÉOPOLD

[TU sont ossis dans le petit j'trdin, Louis.e sw le banc de pierre, Léopold en face d'elle sur un svge bas en grume. Au lever du rideau, de jeunes p> y sans passent ait fond venant de la droite; ils porte it en main des branches d'arbres enrubanées et chantent la chanson de la fêie dont l'air est mêlé aux demières notes de l'ouverture.)

Ce matin, à la Viergo Sur l'autel fleuri, Où a mis un beau cierge ; Jésus a souri!...

C'est la fête à saint Pierre : Chantons tous, Ion lan la!

Château, ferme et chaumière,

Lon, lan, la !

Pour ce jour-là, saint Pierre Chez nous passera.

LÉOPOLD, comme interrompant .sonenfrelien arf'c sa mère au bruit de la chnson, (-'est le chant des meneurs de la fOte!... [Pendant le refrain, un des paysans se détache de la bande et va frapper à la porte du Clos-Ileury, que L'opold vient ouvrir.) LE PAYSAN, tendant une petite corbeille ornée de fleurs, et récitant d'un ton déclamatoire. Si vous êt's ami d' saint Pierre, Qui est l'ami du pays,

iâ

Donnez aux amis d' saint Pierre

Pour les frais d'ia fête faire,

Au nom des gens du pays

A saint Pierre quest un ami!

LÉOPO'.D. Tenez...

LE PAYSAN, sur le même ton. Ami d' saint Pierre, merci! Allons, marchons plus loin... [Ils s'éloignent par la gaucheen reprenant :)

C'est la fête à Saint Pierre, etc.

LÉOPOLD, revenant s'asseoir près de sa mère^ et comme continuant un entrelien commencé. Que vous avouerai-je, ma mère 1 J'étais un enfant, et jp me croyais un homme, quand je fis, à la suite d'une dispute avec mon père, celle criminelle folie de quitta r le foyer où s'était chauffé mon enfance. J'interrompis des études médicales heureusement commencées. Je partis. Enfin, ma faute, mon crime plutôt, a été sans excuse. Le pardon dont j'ai behoin pour recommencer ma vie doit être misfricordieux, entier, absolu, comme celui de Dieu même !

LOUISE. Gomme celui d'une mère... et je te pardonne, mon enfant! m'eusscs-tu fait souffrir plus encore ! On n'est pas mère impunément. A ton tour, écoute-moi, sache comment monsieur de Chastel^et moi nous avons été séparés !

LÉOPOLD. Parlez, ma mère ! [Il se lève.) LOUISE, plus doMcemm^ J'étais bien jeune quand je connus monsieur de Chastel, et dès lors j'éprouvai pourlui un respect, un amour, une pa>sion même qu'on ne connaît d'ordinaire que plus tard. Quand moi, fille pauvre et sans nom, je m'appelai madame de Chastel, j'avais quinze ans. Or, mon ami, quoi qu'en disent les chansons, ces belles amours qui envahissent le cœur, presqup en même tempsqu*ilcommenceàbaitre,quandeIlessont traies, le mariage ne les tue pas. ( liUe se lève.) LÉOPOLD. Si mon père pouvait vous entendre ?. . .

LOUISE. Il y a huit ans, monsieur de Chastel était alors menacé de perdre sa fortune dans d'injustes procès. Nous eûmes à supporter notre premier malheur, celui qui engendra les autres: votre fuite. {Léopold baisse la tête.] Emporté par sa tendresse, qui ne voula t pas même attendre votre retour, monsieur de Ghastel, un mois après votre départ, laissais ses procès et se mita votre recherche. Il fat trois mois absent lOh î ces trois mois !.. LÉOPOLD. Ma mère!...

LOUISE. A cette époque, j'étais encore belle! J'eus le chagrin de paraître telle aux yeux d'un homme qui, à ce moment, étourdissait Paris du bruit de ses aventures. Il avait triomphé , toujours, disait-on ! Une honnête femme, mon fils, ne fait point écla ter sa vertu ! La vertu s'éloigne du passage

du vice. Je me condamnai à une retraite absolue ; mille ruses m'y assiégèrent, et je vous le dis par nécessité, en rougissant, je fus l'objet d'un pari. Vous n'étiez pas là, Léopold, pi>ur qu'où vous euten ît m'appeler votre mère! {Une pause.) Savez- vous ce que la v;initéble-sée d'un misérable imagina pour faire croire au gain de la gageure? Comme ^otre père rentrait à Paris, on mit sous ses yeux une lettre qui m'était adressée et par laquelle on me remerciait... On me remerciait , comprenez-vous, d'un bonheur que... {Elle cache son visage.)

LÉOPOLD. Oh ! ma mère ! Vous me direz le nom...

LOUISE. Votre père... que Dieu lui pardonne! Votre pèic, plein d'une défiance et d'une jalousie innées, oublia tout d'un coup notre amour, ma loyauté, notre bonheur ! Il oublia votre existi'uce, à vous, il cessa de croire (se frappant la poitrine) à ce cœur tout plein de lui ; il crut. .. à cette lettre ! Et courant sebattre avec l'imposteur, il le frappa à mort.

LÉOPOLD. Il est mort !

LOUISE. Oui, mais pour ses amis et pour monsieur de Chastel, l'infâme est mort ayant gagné son f-ari!...

LÉOPOLD. Oh ! mon Dieu! mon Dieu !*

LOUISE. Sans vouloir m'entendre ni me voir, votre père s'en fut vivre seul, se livrant uniquement aux soins d'une domestique. Puis, ai -je appris encore, et bien péniblement, quand par le gain de ses procès il rentra dans sa fortune, cette domesiique, qui le domine entièrement, l'emmena dans ce pays, qui est le sien, et...

LÉOPOLD. Je connais le reste, ma mère ; en sachant mon père dans ce village, vous' avez quitté la retraite où le travail vous fai>ait vivre. Avec les économies faites sur vos labeurs, vous avez loué cette maison sous un nom obscur... Mais depuis hier, on doit voir en vous la baronne de Chastel!...

LOUISE. Ma seule preuve, c'est vous, Léopold ! Et si le baron persiste dans ses refus de nous voir, si cette femme se met toujours entre lui et nous, lui dont la santé est compromise I ah ! j'en mourrai de douleur!...

LÉCPOLD. Mais il y a des lois, ma mère, et. ..

LOUISE. Il s'agit de votre père, Léopold; son cd'ur m'est toujours plus cher que son nom, et ce ne sont pas les lois qui me rendront son cœur.

LÉOPOLD. Maintenant que nous sommes réunis, espérons... [Ici on entend les premiers sons de V Angélus.) Rentrez, ma mère; voici l'instant de la fraîcheur, rentrez... moi, je sors pour un moment; je vais savoir des nouvelles de mon père, et je serai bien-

* Léopold, Louise,

tôt de retour. (// reconduit sa mère à Ventrée de la maison, puis revient et sort du jardin par la petite porte de la haie. Pendant ce mouvement y liose est sortie du château par la porte du parc, V Angélus continue à tinter.)

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