LÉOPOLD, ROSE
ROSE. T'nez, monsieur, v'ià vot' nom que j'vous rends. Je n'veux point ler'garder, mais vous dire seulement la chose iju'est possible.
LÉOPOLD, «-'/is reprmdresa carte. Parlez, charmaute enfant! Voire voix a je ne sais quoi qui me fait tressaillir; c'est comme un sourire qui chante. Et puis, en vérité, jr n'ai jamais vu un visage aus.sijuliquele vôtic!
ROSE. Dites îïonc point ça, monsieur !
C'est gênant mwr moi, ei ça m'coupe la parole... C'c-t cumine sije vous disais que j' n'ai jamais vu un si gentil monsieur que vous! On ne saitquoirépondreàdes mots pareils!*
LÉOPOLD, dont lès regards tombent sur la jupe rayée de Rose. Mais je ne me trompe pas l Je reconnais cette robe-là! ces raies là!...
ROSE. Vous moquez-vous, monsieur !...
LÉOPOLD. Hier, vers midi, j'arrivais à pied
dans ce pays par un chaud soleil; je m'étais
endormi de fatigue sous un noyer ; je fus
éveillé par des marguerites qu'on jetait sur
* Rose, Léopold.
LA CHAIN VRIERE.
mon visage, sans doute pnrce que l'ombre des noyers est, dit-on, mauvaise à m-di !...
Rosii, un peu embarrassée. Mais c'est point moi !...
LÉOPOLD. Je n'ai pas vu votre visage en m'éveillant, vous vous sauviez!... Mais j'ai vu courir cette robe-là, sur celle taille-là, entre les arbres, et mes yeux vous reconnaissent bien... si ce n'est mon cœur.
ROSE. Allons, taisez- vous, monsieur, et n' soyez point si rietjr Ça n'e.st point joli d' mettre comme ça son cœur en dehors pour un brin de lillc qui passe. On finit par u' pus en avoir en d'dans, voyez-vous!...
LÉOPOt.D. Pourtant...
BObE. Ass(z!... (A voix basse et comme avecpeur d'èlre ente duc, ] J' voulais donc vous dire qu' tant plus vous croiriez qu' votre nom vous f'rait approcher d' monsieur le baron, tant p us ça s' pourrait qu' votre nom vous en éloigu'rait ! Et pour l 'rs, si vous t'nez fer.i e à voir monsieur d' Cliastel, faut vousp'écaut on lier.
LEOPOi I). Comment?...
ROSE, ftjais oui, monsieur... [S'arrê^ant.) Surtout, n'allez jamais laisser voir que j' vous ai dit tout ça ; ça s'raii mon mallieur et p'i-êi' r uiaiheur d' monsieur le baron, et p"t-êt' ben encore... parc' que voyez-vous, ici... je n' peux point tout vous dire, mais enfin, ici, c'est madame la baronne qui fait, voit, arrange tout... mais, 1^.. tout!
LÉOPOi-D. La baronne est ici!...
ROSE. Ah! j' crois bien!... vous la connaissez ?
LÉOPOLD, ovec eœplosion. Ma liièrel...
ROSE, Irès-éionnée. Vot' mère... mais non, monsieur! ça n' s' peut point...
LÉoPOi.D. Comcnent !
ROSE. La baronne est native d' Saint- Piene d' c't' commune-ci, et y a que dix ans qu'elle l'a quittée pour al er à Paris où elle s'est mariée.... {Regardant la carie.) Mais vous, vous seriez donc?...
LÉOPOLD. Oh ! je suis un fils bien coupable, bien ingrat, un mauvais sujet qui a fui la maison paurnelle et qui depuis longtemps a démérité d'embrasser son père.
ROSE. Monsieur de (^hastel?
LÉOPOLD. Monsieur de Chastel... oui ! Ah ! çà, je suis bien chez 1 i, n'est-ce pas?.. .
ROSE. Oui, monsieur.
LÉOPOLD. Mais que me dites-vous donc, mon enfant? car je ne juis roujprendre...
ROSE, lui montrant fa porte de gauche.
ï'nez, r'gardez là... là! là! au mi ieu d' la table. Mais prenez bien garde qu'on vous voie 1
LÉOPOLD, regardant. Mon père ! oh ! mon Dieu! comme il est changé!... (Il fait un pas,)
ROSE, l'arrêtant. Prenez donc garde! (i imrt.) Il m' fait trembler le cœur !
LÉOPOLD. Et. .. et qui donc est cette dame qui est là?...
ROSE. C'est madame la baronne.
LÉOPOLD. Elle! elle! mais alors... mais si CPtte femme est là. {Avec un en.) Ah! ma mère! ma mère est morte!... j ai perdu ma mère!.. . (// tombe sur le canapé en proie à une rive doulnur.)
ROSE. Pauv' jeune homme! comme il souffre!... {Allant à lui et lui prenant les mr;mN'.) Monsieur, monsieur, écoutez-moi!..
LÉOPOLD. Ma mère ! je ne la verrai plus ! . ..
ROSE. Écoutez- moi ! j'ai ben des raisons à vous dire... mais point ici! (.4 part.) Si on entrait!...
LÉOPOLD, se relevant.* Je veux voir mon père, lui demander pardon, pleurer avec lui!... je veux aussi savoir. ..
ROSE, se plaçant devant lui. Arrêtez, monsieur,]* vous en prie, arrêtez!...
LÉOPOLD. Je veux voir mon père, vous dis-je !
ROSE Vous r verrez, monsieur, bentôt, tout à l'heure, peut-êt', mais ne l' surprenez point. ..j' vous en prie, au nom même d* vot' père 1
LÉuPoi.D. Que voulez-vous dire?
ROSE. Vous n' savez donc rien de rieni Vous ignorez donc la maladie affreuse d' monsieur l' baron ?...
LÉOPOLD. Quoi donc, encore, mon Dieu!
Et quelle maiidie?
ROSE. Kh ben, toutes fis qu* monsieur r baron se laisse aller à un accès de colère, à quéqu*< nioiion vive, comment donc vous dire ça!... Eh ben! alors...