‹ La charité aux premiers siècles du christianismeChapitre 7 sur 8 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous pouvons reprendre maintenant à juste titre le terme dont nous nous servions au début de ces pages : Je christianisme opéra vraiment une révolution dans la conception que se faisaient les hommes de leurs devoirs réciproques. C'est à peine si quelques philosophes avaient entrevu une partie de ces devoirs : leurs théories noble»^ bien qu'imparfaites, n'avaient à aucun degré pénétré jusqu'aux mœurs. Elles n'avaient eu sur les gouvernants, sur les législateurs eux-mêmes qu'une prise légère. Encore est- on en droit de revendiquer pour l'influence latente du christianisme une part dans ce léger progrès. Il y eut évidemment dans l'empire romain, grâce à un pouvoir intéressé au bonheur public, grâce à une longue paix, à raffinement de la vie intellectuelle et morale, à la diffusion de la philosophe et de son alliée, la rhétorique, une tendance à corriger la cruauté de» mœurs primitives. Mais ce n'était qu'une évolution lente, infiniment incomplète, vague sur bien des points, nulle sur d'autres, d'un caractère surtout négatif. La charité active, pratique, est à peu près inconnue du monde antique. Ellea^araîtjivec le christianisme, règle les cœurs, de^w^lîlErW^psc^r^r^dl^^ vie intérieure et de la vie soci?rfC'^3^jcoe¥i^'ïe^66i^^ œuvres,

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«mbrasse tout, puiiQe toul. Il faudrait être dénué de toute bonne loi pour le nier.

Les ennemis du christianisme se tournent alors d'un •autre côté. On stigmatise la charité. Elle devient une honte, une humiliation. Nous connaissons cette théorie. Nous savons de qui elle émane et ce qu'elle vaut. Ceux •qui la préconisent de bonne foi prouvent simplement qu'ils n ont rien compris à la charité chrétienne. Celle-ci n'est qu'amour, et l'amour n'est pas humiliant. Elle n'est pas humiliante, parce que, en pure théorie chrétienne, celui qui donne reçoit un bienfait égal de celui à qui il donne.

Enlin, il est un dernier reproche, assez spécieux, je le reconnais, mais qui tombe devant un examen attentif et impartial de la doctrine chrétienne sur la charité. On dit que la charité favorise la paresse, l'imprévoyance, la mendicité. Qu'on lise les Epîtres de saint Paul, les écrits des Pères, interprètes et adaptateurs de ia doctrine du Christ, et l'on se convaincra sans peine que le christianisme, loin de détourner du travail, y invite, y oblige le fidèle. Saint Paul prêche d'exemple. Tout en maintenant son droit d'apùtre et de prédicateur à être nourri par la communauté, « parce que tout travail mérite salaire », il n'use point de ce droit. Partout où il passe, il travaille de ses mains, à son métier qui était de faire des tentes (i), ou à quelque autre occupation modeste et utile. Il peine le jour, il peine la nuit, ahn de n'être à charge à personne (a). Il recommande à tous de faire de même. A certains illusionnés qui troublaient l'Eglise de leurs visions et, en récompense de leur prétendu bienfait spirituel, exigeaient le subside des lidèles.il rappelle formellement la loi du travail (3). Non seulement chacun doit

(1) Co(L Theod. De patribu» qiUJlUos dUtraaj, lejo unica, an 391.

(2) Art-os, IH, 3.

(3) Acles. XX, )t, :53. 31, 35; Ep. ad 'Ili>"i'<>ii. ni, S. d.

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travailler pour se soutenir, mais pour se mettre en état de venir en aide à ceux que l'âge, la maladie, les infirmités mettent dans l'impossibilité de gagner leur vie (i). L'Eglise impose le travail aux veuves valides qu'elle secourt, et pour les mêmes raisons. Elle recommande d'enseigner un métier aux orphelins. Le travail est de règle dans tous les monastères. C'est la civilisation païenne qui méprisait le travail. Le christianisme le réhabilite, l'impose comme une obligation.

Enfin les Pères mettent souvent en garde les évêques et les diaconies contre les mendiants vagabonds et paresseux, et même contre les moines, vrais ou faux, qui viennent en frelons manger la part du pauvre vraiment digne d'intérêt.

Que le christianisme n'ait pas supprimé les abus de la mendicité, que l'assistance continue à apparaître comme un mal nécessaire, nous l'accordons. Mais le motif n'en est pas dans le christianisme, il est en dehors. Si tous étaient sincèrement chrétiens, riches et pauvres, il n'y aurait pas d'abus et les inconvénients inhérents à l'assistance disparaîtraient.

Si la charité est d'essence divine, elle est d'application humaine. Le christianisme a pris toutes les précautions nécessaires pour l'épurer, pour la régler, pour prévenir les abus. Ces abus subsistent et subsisteront toujours parce que tout ce ^ui est humain est imparfait. C'est le cœur qui inspire la charité. U importe que Tintelligence la dirige. C'est la seule conclusion à tirer de cette dernière catégorie d'objections. Les faits parlent assez d'eux-mêmes pour montrer qu'ici comme ailleurs le christianisme n a point failli à sa tâche.

(i) Ibid. lo, îi, 12. Si quelqa^un ne travaille paj, ga'il ne mange pas. k, Id Ad Eph. iv, a8.

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