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La charité catholique en France avant la Révolution

La pauvreté dans le inonde. — L'Évangile et les pauvres. — La chanté chrétienne. —

— Lus pauvres dans le paganisme. — Pas d'assistance publique chez les Romains. — L'ère de la charité commence avec le christianisme. — La fraternité chrétienne. — Économie politique nouvelle. — Changement de société par le changement de doctrine.

La loi de charité d'après l'Évangile. — Le pauvre dans la société chrétienne. — Théorie chrétienne de la pauvreté. — Le pauvre dans l'ancienne France. — Sa place sociale.

— Union des classes. — l'as de question sociale dans le passé. — Admirable épanouissement de la charité en Fiance. — Ses transformations et ses diverses applications. — L'histoire de la charité se confond avec relie de la civilisation. — Les grandes époques de la charité.

« Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, » a dit Jésus. Des hommes qui ne comprennent rien à la divine économie de l'Évangile ont vu dans ces paroles une sorte de condamnation perpétuelle à la misère, et comme la dernière expression du fatalisme chrétien. A la parole du Fils de Dieu , ils opposent les promesses décevantes du progrès et ces rêves de transformation du monde par un accroissement indéfini de richesse, qui serait la fin de tous les maux, la suppression de toutes les misères.

L'Église est plus sage : elle a compté avec la pauvreté. Il n'est que trop vrai qu'il y aura toujours des pauvres. La pauvreté est un des faits douloureux de l'humanité déchue. Comme la mort, elle est entrée dans le monde, à la suite du péché, et elle ne finira qu'au terme des choses humaines. Ceux qui parlent pompeusement de l'abolir ne savent même pas la soulager. Que font-ils ou qu'auraientils fait pour les malheureux , s'ils n'avaient eu que les maximes de leur économie politique, qui leur apprend à supprimer la mendicité, mais non à nourrir le mendiant?

Mais Celui qui a dit : « Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, * a dit aussi : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. — Faites à votre prochain le bien que vous voudriez qui vous fût fait à vous-même. — Donnez à qui vous demande. — Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre vos frères, c'est à moi que vous le ferez. » C'était bien un précepte nouveau, comme l'a dit le divin Maître, que celui de s'aimer les uns les autres et d'aimer son prochain comme soi-même. Le paganisme l'ignorait. Ni Minos ni Platon ne l'avaient enseigné au monde civilisé. Cette superbe philosophie antique n'avait que du mépris, et cette législation tant vantée ne recelait que des duretés pour les malheureux et les faibles. Socrate ne pouvait voir dans l'homme obscur du peuple un être semblable à lui. Hésiode disait, à rencontre de l'Évangile : « Sois généreux avec ton ami ; aime qui t'aime ; donne à qui t'a donné ; sois parcimonieux envers celui qui l'a été avec toi. » Pour le pauvre, pour le malheureux, pas de pitié dans le monde païen. L'Egypte et la Grèce punissaient de mort les mendiants. Rome épuisait l'esprit de ses jurisconsultes à légiférer sur l'esclavage. Voués fatalemement au malheur, le pauvre dans son délaissement, l'esclave enchaîné au travail, n'avaient d'autre soulagement à leurs maux qu'une résignation morne et stupide, suprême vertu du malheureux sans espoir.

Mais voici que Jésus -Christ paraît. Le Sauveur donne pour signe spécial de sa divinité l'évangélisation des pauvres, il fait un commandement d'aimer les petits et les misérables. L'esprit de charité entre dans le monde: tout change. Des institutions s'établissent, les mœurs se transforment sous l'action bienfaisante du christianisme; la vieille société s'effondre avec tous les abus et tous les vices qui la soutenaient; des vertus inconnues refont le monde, les lois suivent, et la charité proclamée par l'Évangile devient aussi la règle des législations humaines.

Le pauvre, que le poète antique nous montre nu, chassé de partout, ne trouvant nulle part ni un abri ni un morceau de pain1,

* Juv., Sat., m, 208.

est maintenant recueilli et nourri. Toutes les maisons chrétiennes s'ouvrent à lui; le misérable, c'est l'hôte de prédilection. « Lorsque vous donnez à manger, disait le divin Maître, n'invitez pas vos amis, ni vos parents, ni les riches vos voisins, mais invitez les pauvres et les infirmes, et vous serez heureux de ce qu'ils n'auront pas le moyen de vous rendre, car cela vous sera rendu au jour de la résurrection des justes. » Et sur ces paroles du Maître, voici que tout chrétien se fait l'hôtelier du pauvre. Il n'y a plus d'étrangers ni de vagabonds : chacun est le serviteur de ses frères; les plus riches, les plus illustres sont les premiers à ce service. Toute misère est soulagée; chaque âge, chaque infirmité a son secours particulier. Voici l'asile de l'enfant abandonné et l'hospice du vieillard, voici la maison de refuge de l'orphelin et de la veuve.

Le pauvre n'est plus maudit; l'esclave, qui n'était pour Aristote qu'un outil animé, redevient homme, et, en attendant la liberté, il reçoit un rang d'enfant dans la famille chrétienne. L'amour du prochain a fait ces merveilles. Peu à peu les inventions de la fraternité chrétienne sont devenues des lois. Le vieux Code romain est refait. Constantin et Théodose ne sont plus ces tyrans du genre humain assis sur le trône des Césars; leurs lois respirent la charité, on y sent un empereur père du pauvre et de l'orphelin, un protecteur de la veuve, un défenseur de l'opprimé. La loi d'amour règne parmi les hommes : la société chrétienne commence. L'esprit de charité ne cessera plus de souffler dans l'Eglise et d'y multiplier les bienfaits de l'Evangile. Le monde est sous la loi de grâce; le Père du ciel prend soin lui-même de ses enfants.

Cette nouvelle et miséricordieuse action de la Providence se manifeste dans la suite des siècles par la plus admirable histoire qu'il serait donné à l'homme d'écrire : celle de la charité. C'est l'histoire même de l'Église dans ses rapports avec les hommes, c'est le christianisme en action. Ici, plus de révolutions d'empires, plus de rivalités de rois, plus de guerres de peuple à peuple: tout est amour de Dieu et du prochain. Les hommes ne sont occupés qu'à faire du bien à leurs semblables ; les riches ne sont riches que pour les pauvres; il n'y a de génie, de force et d'activité que dans le dévouement aux malheureux. Que n'a pas fait l'Église pour le soulagement des misères corporelles de l'humanité ? Quelle souffrance n'a-t-elle pas adoucie, quelle pauvreté n'a -t- elle pas assistée? A quelle infortune ne s'est-elle pas montrée sensible? Malades, orphelins, pauvres, vagabonds, prisonniers, esclaves : elle est venue en aide à tous. Autant elle s'est bâtie de temples, autant elle a ouvert d'asiles à la misère; chaque ordre religieux qu'elle enfantait était une nouvelle institution de bienfaisance. Tous ses saints ont été

des ministres de la charité; tous ses grands hommes, des bienfaiteurs des pauvres. A chaque siècle, on voit Dieu entretenir d'une manière admirable l'ardeur de la charité en elle. S'il y a des besoins nouveaux , il inspire de nouvelles œuvres ; s'il faut ranimer le zèle , il suscite des hommes de plus d'action; enfin, si des circonstances extraordinaires appellent un homme extraordinaire aussi, il donnera au monde un Vincent de Paul.

C'est une chose admirable que ce contraste entre les temps qui ont précédé l'avènement du Messie et les âges chrétiens, entre cette sombre période d'égoïsme et d'indifférence pour les malheureux et le règne éclatant de la charité.

Ce serait faire injure à Dieu que de méconnaître dans l'homme le sentiment inné de bonté qu'il y a lui-même mis, une certaine vertu naturelle de pitié et de bienveillance pour les autres. Les païens eux-mêmes ont eu ces qualités du cœur, mais le plus souvent obscurcies et comme étouffées par l'égoïsme de la vie. On trouve chez les Gentils le sentiment de commisération1, mais combien affaibli et rare en réalité, par suite des vices dominants des sociétés païennes! D'ailleurs, ce sentiment, resté étranger à la foule, ne se traduisit par aucune institution de bienfaisance.

S'il est possible de rencontrer parfois chez les anciens cette belle expression d' « ami du pauvre2 », qui semble empruntée au langage biblique, c'est aux chrétiens surtout que convient cet éloge que le patriarche Job fait de lui-même : « J'étais les yeux de l'aveugle et les pieds du boiteux, j'étais le père des pauvres. » (xxix, 15, 16.) Pour eux, c'était un titre d'honneur que d'être appelé le « père des pauvres ».

Les œuvres de charité sont inconnues au monde antique. Les Romains élevaient hypocritement des autels à la pitié, mais on ne trouve chez eux aucun monument dédié à la pauvreté; nulle part on ne lit une devise analogue à la dédicace si souvent inscrite sur les Maisons-Dieu du moyen âge en France : « Au Christ dans la personne des pauvres, » Christo in pauperibus . Il existe des milliers de documents épigraphiques mentionnant des dons ou legs faits par de riches particuliers pour élever ou réparer des monuments publics, qui devaient conserver le souvenir de leur nom ; on ne cite qu'une inscription douteuse contenant un legs en faveur des malades indigents 3.

11 n'existait pas chez les Romains de système d'assistance publique,

1 Voir Egger, Journal de l'Instruct. pi/blique, J853, et Mémoires d Hist. anc. et de philol., p. 35J.

2 Orelïi-Henzen, Inscr. latin, collect., n° 7244.

3 Orelli, 114.

pas d'institutions do secours, en dehors du régime des distributions de blé, établi d'après des considérations de sécurité politique. D'ailleurs l'administration de Vannone ne fonctionnait qu'à Rome. L'inslitntion alimentaire de Trajan en faveur des enfants est le seul essai de charité publique. La charité privée était étrangère aux habitudes générales. Quelques exemples de pitié et de libéralité pour les enfants, les infirmes, les vieillards, seraient une exception en dehors des contrées et des époques qui ont pu se ressentir des influences chrétiennes.

Avec le christianisme commence l'ère du bien. C'est une époque nouvelle pour l'humanité. Jusque-là les hommes étaient ennemis ou indifférents les uns pour les autres; maintenant ils se considèrent comme de la même famille, de la même maison, ils sont devenus frères. Des sentiments nouveaux se produisent. Les hommes commencent à s'aimer, à se vouloir du bien : des enseignements de l'Évangile sort la charité.

Cette transformation est l'œuvre propre du christianisme. Il y fallait du temps ; mais dès l'origine l'action de l'Église se fait sentir; elle s'accroît, elle s'étend à mesure que son influence sur la société augmente. On la constate dans la vieille France gallo-romaine, romrne en Syrie, en Italie, en Illyrie, en Germanie, en Afrique, en Espagne.

L'histoire du christianisme dans ces divers pays, c'est l'histoire même de la charité. Car c'est par les œuvres de la charité, autant que par les miracles, qu'il s'est établi et qu'il a conquis les peuples; c'esl par la charité surtout qu'il est apparu aux hommes. La charité en Jésus-Christ est la forme la plus sensible de l'action de l'Église dans le monde, et en même temps la marque incontestable de sa divinité. Elle seule a pu faire ce qui n'existait pas avant elle.

En rappelant sans cesse aux hommes qu'ils sont frères, l'Eglise leur apprenaiL aussi qu'ils devaient se traiter comme des frères. C'est l'enseignement chrétien qu'exprimait en termes si éloquents un grand évêque d'Orléans du vin1- siècle, Théodulphe, lorsqu'il disait: <r () loi, qui que tu sois, qui as des pauvres sous ta garde, sois plein de douceur envers eux; sache que par nature ils sont tes égaux. Que l'homme ne soit pas pour l'homme ce que la bête fauve est pour les autres animaux. Ne sois pas violent, sois doux pour les malheureux : ils valent peut-être mieux que toi. Ne tiens pas compte de leurs fautes, pardonne -les; personne en cette vie ne peut s'en dire exempt. 0 mortel ! sois miséricordieux pour les mortels : la nature nous a soumis h la même loi. Quelque diiïérentes que soient vos conditions, vous êtes semblables par la naissance et par la mort. La même loi sacrée vous a bénis, vous avez

été oints de la même huile, la chair et le sang de l'Agneau vous rassasient tous également. »

De la doctrine de l'Évangile découlait une économie politique nouvelle, qui fait la différence profonde entre les sociétés anciennes et la société chrétienne. Une nouvelle conception de la richesse, tirée des données de la foi, changea les rapports des hommes entre eux.

Dans la théorie catholique, Dieu est le souverain maître de toutes choses : en plaçant l'homme sur la terre, il en a gardé pour lui le haut domaine. Ses créatures ne jouissent des biens terrestres qu'à titre de concession et conformément à l'ordre de sa providence. L'inégalité des conditions résulte du trouble apporté par le péché à l'ordre primitif. Dans l'état de déchéance de l'humanité , désormais vouée au travail, elle est devenue la loi nécessaire de la société. Dieu maintient donc dans le monde la pauvreté à côté de la richesse, et Jésus-Christ a mis la première au-dessus de la seconde.

Le pauvre et le riche, nécessaires entre eux pour l'entretien des principales conditions de la vie temporelle, le sont devenus bien autrement pour l'accomplissement des conditions d'où dépend l'acquisition de la vie éternelle. L'un est établi pour donner, l'autre pour recevoir. <r Dieu, dit saint Augustin, les a faits l'un et l'autre. Il se sert de celui qui possède pour soulager celui qui n'a rien, et de celui qui n'a rien pour éprouver celui qui possède1. »

« Sous ce rapport, les biens de la terre constituent un fonds commun, puisqu'ils doivent servir à la satisfaction de besoins communs, aux besoins de tous. Aussi, ceux qui disposent de ce fonds n'en sont devant Dieu que les usufruitiers. Une des clauses de la concession qui leur en est faite est l'obligation d'en répartir euxmêmes une certaine portion à ceux qui en manquent : l'aumône est une des charges dont Dieu a grevé la richesse2. »

Telle était la théorie catholique sur la richesse. Elle allait plus avant encore en déduisant l'obligation de l'aumône de la commune fraternité des hommes en Jésus-Christ. C'est ce que montre un économiste chrétien d'une haute intelligence, M. Claudio -Jannet, en faisant la genèse des œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle inconnues au paganisme. « Les devoirs de la richesse prêches par l'Église ne sont si impérieux et si étendus que parce qu'ils découlent des profondeurs même du dogme. Les chrétiens sont les frères de Jésus-Christ par adoption : en secourant les pauvres et les affligés, ce sont les membres souffrants de Jésus-Christ qu'ils soulagent. L'amour du prochain découle de l'amour de Dieu , comme sa

1 Serm.. 88. 7.

2 Tollemer, Des origines de la charité catholique, p. 468.

source, et un mot nouveau, la charité, exprimera cet ordre tout nouveau de pensées et de sentiments. La foi qui n'agit point n'est pas une loi sincère. Les bonnes œuvres sont nécessaires au salut ; l'aumône jointe à la pénitence rachètera les péchés, et même, chez les pécheurs, amènera des grâces de conversion. Grâce à la réversibilité des mérites, les vivants peuvent appliquer leurs œuvres, leurs prières au soulagement de ceux qui sont morts dans la foi, mais qui, suivant la loi générale, ont sans doute à satisfaire dans le purgatoire à la justice divine. L'infinie variété des œuvres chrétiennes que l'on a classées dans les sept œuvres de miséricorde sortiront de ces dogmes et porteront un secours, inconnu jusque-là, à toutes les infirmités intellectuelles, morales et matérielles1. »

A aucun autre pays, ces observations ne conviennent mieux qu'à la France ; car dans aucune autre histoire que la sienne on ne voit mieux s'opérer, sous l'influence du christianisme, ce changement de société qui eut pour principe le changement de doctrine. Nulle part on n'assiste avec plus d'édification à la naissance des œuvres de charité prèchées d'abord par les fondateurs de la foi, réalisées ensuite par le développement des institutions chrétiennes, avec le concours des évêques, du clergé, des ordres religieux, soutenues et encouragées par la piété et la munificence des rois et des grands. Il n'y a point de pays, en effet, si ce n'est l'Orient et l'Italie, où la foi soit plus ancienne, où la charité soit plus anciennement et plus abondamment épanouie.

Dès le premier jour, l'Église avait formulé d'une manière admirable le code de la charité : « Recherchez sans cesse, disent les constitutions apostoliques, recherchez avec une active sollicitude les moyens de procurer aux pauvres ce dont ils ont besoin ; aux orphelins, donnez ce que leurs parents leur donneraient; aux veuves, donnez ce que leur donneraient leurs maris, à ceux qui ont atteint l'âge du mariage, des époux; aux ouvriers, de l'ouvrage; aux infirmes, une miséricordieuse pitié; aux étrangers, un asile; à ceux qui ont faim, de la nourriture; à boire à ceux qui ont soif; à ceux qui sont nus, des vêtements; des secours aux prisonniers; aux malades, des visites. »

C'était l'application de ce divin précepte de l'Évangile, de faire aux autres ce que l'on voudrait qu'il fût fait à soi-même ; car que peuvent désirer de mieux les orphelins que de trouver chez d'autres les mêmes soins, le même dévouement qu'ils auraient eus de leur père et de leur mère ? Et le vœu de la veuve délaissée , n'est-ce pas

1 «llaudio-Jaiinet , la Réforme de la société ancienne par le Christianisme (Revue des Institutions catholiques et du droit, lévrier 1803), p. 158.

d'obtenir d'un autre les mêmes secours que de son mari? Que demandent les ouvriers sans travail, sinon de l'ouvrage? N'est-ce pas d'un asile qu'ont besoin les étrangers ? Et ceux qui ont faim et qui ont soif, ne cherchent -ils pas à manger et à boire? Ceux qui sont nus ne souhaitent-ils pas des vêtements? Les captifs, les prisonniers, n'appellent-ils pas un ami? Les malades n'attendent-ils pas la visite charitable ?

De toutes les œuvres de miséricorde l'Eglise fit un devoir aux fidèles.

Les chrétiens avaient sans cesse présente à l'esprit cette parole du divin Maître : <r Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre vous, c'est à moi-même que vous le ferez. » A cette loi d'amour du prochain, Jésus a donné la plus haute sanction. L'Evangile fait de la mesure de la charité envers le prochain la mesure même du mérite de l'homme et celle de la justice de Dieu. Tout le monde se rappelait cette scène, à la fois si rassurante et si terrible du jugement dernier, où il devait être rendu à chacun selon ses œuvres. « Prenant en lui la personne de tous les pauvres, le juge dira : « J'ai eu « faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez « donné à boire; j'étais nu, et vous m'avez couvert; j'étais étranger, « et vous m'avez donné l'hospitalité : venez, les bénis de mon Père, « entrez dans le royaume qui vous a été préparé de toute éter- « nité. ;»

De telles leçons se gravaient profondément dans les esprits et devenaient la règle de conduite de tous ceux qui voulaient trouver grâce devant Dieu, au jour suprême du jugement. Et en un temps où la préoccupation du salut éternel dominait toute la vie du chrétien, les enseignements évangéliques produisaient un essor universel de charité parmi les hommes.

En faisant aux hommes une obligation d'aider et de secourir leurs semblables, le christianisme a créé le devoir de charité. Maison peut dire aussi qu'il a rendu ce devoir plus facile en créant le pauvre.

Avant lui il y avait des misérables, des indigents, des hommes dénués de tout et rebutés par les autres : ils pouvaient exciter parfois une certaine pitié, mais ils provoquaient surtout l'aversion. Ces malheureux, voués à la faim, à la soif, sans vêtements, sans abri, sans moyens d'existence, étaient un objet de dégoût dans les sociétés païennes. On en repoussait la vue, ils étaient une image rebutante de la fatalité. Coupables ou victimes, ils faisaient horreur : loin de les secourir, on s'éloignait d'eux, on les chassait.

Ce fut un des grands miracles de l'Évangile de changer les sentiments des hommes envers les malheureux, de leur inspirer de la

Compassion pour des maux qui ne sont pas les leurs, et plus que cela, du respect pour la misère, du dévouement pour La souffrance.

Le pauvre, le bon pauvre, le pauvre qu'on respecte, qu'on plaint, qu'on aime, qu'on est heureux et honoré à la fois de secourir, le pauvre qu'on appelle son frère, auquel on tend la main et les bras, auquel on ouvre sa porte, qui a sa place au foyer, ce pauvre est une création du christianisme.

Il a fallu la sublime doctrine de l'Evangile pour le faire.

La pitié plus ou moins naturelle au cœur de l'homme, quand il n'est pas endurci par la passion, peut le porter à assister parfois le prochain ; ce n'est pas là un sentiment assez fort pour lui inspirer de l'amour pour les pauvres, encore moins pour l'engager à vouer sa vie et ses biens au service des malheureux. La foi seule a pu produire la charité. C'est la foi qui est le principe de tout ce que le christianisme a fondé en faveur des pauvres et des souffrants.

La foi a transformé le pauvre aux yeux du chrétien en lui montrant dans cet être misérable, non seulement un homme semblable à lui, digne de compassion et d'intérêt pour son malheur, mais un ami de Dieu, un représentant de Jésus-Christ lui-même. Et, en elfet, Jésus-Christ n'est-il pas venu enseigner la miséricorde envers les malheureux et par son exemple et par ses paroles ? N'a-t-il pas voulu naître parmi les pauvres, se faire pauvre lui-même? N'a-t-il pas caché sa divinité sous les dehors de la pauvreté, en n'en donnant pas de preuve plus éclatante que de déclarer qu'il était venu pour évangéliser les pauvres? Voilà ce que disait la foi et ce qui produisait des sentiments nouveaux.

Le point de départ des grandes œuvres de saint Vincent de Paul, le grand saint de la charité, le saint français par excellence, fut une pensée de foi: « il s'avisa un jour, dit son premier historien, de prendre une résolution ferme et inviolable, pour honorer davantage Jésus-Christ et pour l'imiter plus parfaitement qu'il n'avait encore fait, qui fut de s'adonner toute sa vie pour son amour au service des pauvres '. » A ses yeux, le pauvre n'était pas seulement une créature humaine digne de compassion, c'était la figure même du divin Sauveur.

<r Je ne dois pas, disait -il à ses disciples, considérer les pauvres selon leur extérieur ni selon ce qui parait à la portée de l'esprit. Tournez la médaille, et vous verrez, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par les pauvres. 0 Dieu! qu'il fait beau voir les pauvres considérés en Dieu et dans l'estime que Jésus -Christ en a faite ! »

1 Abély, Vie de saint Vincent de Paul, 1. 1 , e. VI.

Ainsi le pauvre apparaissait aux yeux de tous les vrais chrétiens. Ainsi leur était-il montré par la foi et par les enseignements de l'Église.

Pour voir sous cet aspect divin le pauvre, la charité s'éleva aux sommets de la doctrine évangélique.

L'œuvre de la rédemption, qui doit, selon le mot de saint Paul, se compléter par les chrétiens, se continue par la souffrance et le sacrifice sur la terre. C'est la raison supérieure de la persistance de la pauvreté dans le monde. « Vous aurez toujours des pauvres, c'est-à-dire des souffrants, parmi vous, » a dit le Rédempteur. A côté des victimes volontaires d'expiation, il y a les pauvres, victimes providentielles, qui méritent par leur expiation.

Ainsi les pauvres, en union avec Jésus-Christ, sont de vrais prêtres du Calvaire, de vrais ministres de la rédemption; à ce titre, comme les prêtres, ils ont droit de vivre de l'autel, de leur fonction de coopérateurs de la Rédemption, par leur sacrifice continuel. De là l'obligation de la charité envers eux, de là le devoir pour les chrétiens de les révérer, de les aimer et de les servir.

Ces pensées ont créé la personnalité du pauvre, un des plus admirables produits de la société chrétienne. Elles éclairent toute l'histoire de la charité en France.

L'image du pauvre est une des plus touchantes évocations de la vieille France chrétienne. A côté de l'évêque et du moine, du chevalier, du bourgeois et du paysan, qui personnifient, chacun à leur manière, l'ancienne société, se détache la figure du pauvre, cet être nouveau, qui ne comptait dans le paganisme que comme esclave et qui n'existait que pour les travaux de bête domestique auxquels il était assujetti. En France, le pauvre a son individualité et son histoire ; il est un des personnages principaux de nos annales religieuses et civiles.

Conformément à l'esprit de l'Évangile, dans les siècles de foi, on estimait, on honorait le pauvre. On voyait en lui un membre souffrant du Christ, une âme rachetée par le sang divin, un frère par le baptême.

Peut-être ne devait-il qu'à lui-même son pitoyable sort, peut-être n'était -il pas digne personnellement d'intérêt. N'importe, c'était le pauvre, et à ce titre il était sacré.

Le pauvre avait sa place dans la société. C'était un personnage qualifié, classé, comme le seigneur, le clerc, le bourgeois. Il avait son rang dans la hiérarchie sociale : le dernier sans doute, mais un rang reconnu et estimé. Il était quelqu'un.

Dans les maisons , il y avait le logis du pauvre ; à la table , la place

du pauvre ; dans les repas de fête, comme au jour des rois, la part du pauvre.

Touchants usages du passé! Quand parents et amis étaient réunis autour de la table de fête, buvant et chantant joyeusement en l'honneur des rois mages, le pauvre pouvait venir frapper à la porte, demander sa part de la fête : ce n'était pas un importun. Il mêlait sa voix à celle des convives; lui aussi chantait son couplet :

Ilàtez-vous, monsieur le maître, De couper votre gâteau !

Par la porte ou la fenêtre Donnez -nous -en un morceau.

Plus notre part sera bonne, Plus la vôtre le sera; Dieu là-haut voit qui la donne, Un jour il vous la rendra.

A l'église, le pauvre avait sa place. Si ce n'était pas une place honorifique comme il y en avait pour le seigneur, le patron, les marguilliers, c'était néanmoins une place réservée. On quêtait pour lui comme pour l'église, avec cette simple et touchante formule consacrée de nos jours : « Pour les pauvres, s'il vous plaît. » Il était constamment question de lui dans les sermons. Il servait à la leçon du prédicateur, soit pour confondre le riche sur le mauvais emploi de sa fortune, soit pour lui servir d'exemple de patience et de résignation dans l'adversité. Partout le pauvre était considéré et aimé, partout on l'accueillait avec distinction.

C'est que le christianisme avait changé les idées du monde à l'égard de ceux que le monde méprisait avant lui et qu'il rejetait avec horreur de son sein; c'est que l'Evangile avait appris à comprendre le pauvre, que Jésus avait élevé jusqu'à lui en disant : « Tout ce que vous ferez au plus petit d'entre vous, c'est à moi que vous le ferez. »

Cette parole était devenue la règle de conduite des vrais disciples de Jésus- Christ à l'égard des pauvres. Elle suscita la multitude d'œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle que le moyen âge vit naître. Elle développa dans le monde les sentiments nouveaux de charité. Elle inspira pour les pauvres ce respect et cet amour qui faisait d'eux non seulement des égaux, mais aussi, au point de vue de la foi, des supérieurs.

Dans le langage chrétien , on disait : <r Nos seigneurs les pauvres. » Ainsi parlait d'eux saint Vincent de Paul. Il les traitait même avec un honneur singulier.

Un jour, étant en affaires à la maison de Saint-Lazare , il fut prévenu que des pauvres l'attendaient cà la porte. Ses occupations le retenant, il tarda un peu à venir. Bientôt il s'aperçoit qu'il avait oublié ses visiteurs; il court à eux, se jette à leurs pieds et leur demande pardon de les avoir fait attendre.

Telle était l'estime que le grand saint français de la charité avait des pauvres.

Ce respect du pauvre, cette considération pour son saint état donnaient à l'ancienne société un caractère chrétien que la société moderne a perdu en perdant la foi. Il y avait là, en outre, un élément d'ordre et de paix sociale qui manque profondément à notre siècle incrédule et qui peut-être manquera toujours aux sociétés de l'avenir, car l'inévitable solution des difficultés et même des crises publiques que peut faire naître l'inégalité des conditions, ce n'est pas de chercher à détruire la pauvreté, comme le veulent les utopistes révolutionnaires, mais de l'élever à ses propres yeux, de la faire accepter et de lui venir en aide. Ce fut la solution des âges de foi : en France elle eut une telle efficacité , que , à part certains soulèvements populaires, où la politique avait autant de part que la misère, la nation a vécu en paix pendant de longs siècles, sans connaître ce que l'on a appelé la question sociale. L'union existait entre les différentes classes, et l'ordre public se maintenait dans le pays par la résignation des moins fortunés et des plus humbles à leur sort. C'est que la pauvreté y était honorée et largement secourue. Elle avait rang social, elle constituait un état parfaitement accepté, et en même temps elle jouissait de tous les privilèges que l'esprit chrétien y avait attachés, elle était pourvue de tous les secours et de tous les adoucissements qu'une véritable fraternité en Jésus-Christ s'efforçait de multiplier.

La France est peut-être le pays où la charité a le plus fait. Comme l'aînée des nations chrétiennes , ce n'est pas seulement la plus longue histoire qu'elle a, c'est aussi la plus abondamment pourvue en œuvres de toute sorte. Aucune nation n'a été plus imprégnée de l'esprit de l'Évangile, aucune n'a eu sa vie plus intimement liée à celle de l'Eglise. Durant sa longue existence, elle a subi toutes les vicissitudes politiques, traversé toutes les épreuves sociales, enduré tous les maux de la guerre, de la famine et des maladies. La charité a eu de quoi s'y exercer à toutes les époques et de toutes les manières. Son histoire y est aussi longue que celle de la nation française elle-même.

En France, le christianisme a réalisé, autant qu'il était possible avec les passions humaines et les difficultés politiques, les conditions

d'une société chrétienne. Chez elle, la prépondérance de l'élément religieux dans la formation du pays, et depuis, l'union constante de l'Eglise et de l'Etat, quoique traversée par des épreuves qui venaient plus ou moins la troubler, ont permis d'établir des lois chrétiennes, des mœurs chrétiennes, un gouvernement chrétien. Cette union a favorisé toutes les créations de la charité. Grâce à elle, le clergé, les ordres religieux, les particuliers ont pu vaquer librement aux œuvres de bienfaisance, et les diverses autorités publiques y ont largement concouru. Tout a été agent de la charité en France sous le régne de la foi catholique. La charité elle-même y a adopté successivement divers modes d'action, suivant les différents états et les différents besoins. On peut compter autant d'institutions d'assistance publique qu'il y a eu de misères à secourir, de douleurs à consoler, de faiblesses à protéger. Cette admirable variété; d'œuvres ne se montre nulle part avec plus d'éclat que dans ce pays privilégié, qui a mérité de résumer en un de ses saints, universellement populaire, saint Vincent de Paul, tous les genres de charité. G'esl là un titre particulier dont la France tire plus d'honneur que de toutes ses gloires guerrières et intellectuelles.

Aux siècles passés, la charité était à la fois dans les mœurs et dans les institutions. Elle est le partage de toutes les classes, la marque de toutes les époques. On peut dire qu'elle fait partie de la vie française, qu'elle est un des éléments de l'histoire nationale; toujours la même dans son principe, elle a varié dans sa forme, mais elle a toujours été en se développant et en se perfectionnant jusqu'à ce que la Révolution, qui a tout détruit, eût détruit son ancienne organisation. C'est la plus intéressante des histoires que celle de ses transformations et de ses progrès.

La charité a été un des principaux fadeurs de la civilisation française. Fins qu'aucune autre force sociale, elle influa sur le développement de la société. Avec la religion, dont elle était la manifestation la plus sensible, la plus bienfaisante, elle contribua à ce progrès continu qui éleva la nation française au premier rang parmi les peuples.

Ce n'est même pas assez dire; en France, l'histoire de la charité se confond avec celle de la civilisation. Pour cette nation, qui a mérité d'être appelée la Fille aînée de l'Église, comme pour l'Italie, si profondément imprégnée de christianisme, on peut constater une relation intime entre la charité et les diverses phases du progrès social; on pourrait même diviser notre histoire intérieure en périodes correspondantes aux œuvres et aux transformations de la charité, tant l'action de cette vertu bienfaisante a pénétré toutes les manifestations de la vie publique et a exercé d'influence sur les mœurs et les faits.

Dans l'histoire intime de la France <r la gradation ascendante de la richesse et des libertés populaires trouve ses étapes marquées, comme autant de monuments historiques, par les institutions de bienfaisance qui se succèdent partout ».

L'histoire de l'Hôtel-Dieu de Paris , fondé par l'évèque saint Landry et par le comte Archambaud, maire de la cité, cette histoire seule, avec ses mille ans et plus de durée, serait l'honneur d'un pays. Mais d'autres villes, Lyon, Dijon, Rouen, Lille, Montpellier, Toulouse, en ont presque d'aussi anciennes et aussi illustres à raconter. À côté de nos vieilles et puissantes cités, les moindres villages auraient à s'inscrire dans ces annales , à la fois glorieuses et touchantes, de la charité, et notre histoire nationale en recevrait le plus grand éclat. Tous les genres de misères, toutes les infortunes, la pauvreté et la maladie, la peste et la famine, l'enfance abandonnée et la vieillesse impuissante, ont chacune leur tradition écrite dans les milliers d'établissements de secours élevés en France, dans les innombrables œuvres du clergé séculier et régulier, dans les mœurs charitables de la nation tout entière, dans les édits de nos rois et les statuts municipaux de nos villes.

La charité a suivi les développements de la société et s'est adaptée aux besoins des temps. Elle a ses grandes phases correspondantes aux diverses transformations sociales. Les moments caractéristiques de l'histoire glorieuse de la France coïncident avec les explosions de la charité; et même la charité dans les diverses classes de la nation est le signe et la mesure de la vigueur ou de la dépression de la vie sociale en France.

A l'époque primitive , durant laquelle l'exercice de la charité consiste surtout dans la visite des pauvres et des malades à domicile, succède l'époque des grands établissements hospitaliers, dont saint Basile, en Orient, avait donné le modèle.

Il y en eut tout de suite quelques-uns de ce genre en Gaule dans les plus grandes villes.

Cette période va du ive au vne siècle. L'influence des grands évêques qui ont fait la France, des Martin, des Hilaire, des Rémi, des Waast, des Germain, y domine.

Alors commence l'époque des Maisons-Dieu, qui s'établissent surtout près des églises épiscopales et des monastères bénédictins. Elle dure du vne siècle jusqu'à la fin du xne. C'est le temps des grandes institutions monastiques, qui de saint Benoît à saint Bernard ont pénétré la société et tout rempli de leur esprit et de leurs bienfaits.

A partir de ce moment, les hospices et hôpitaux de tout genre apparaissent sur tous les points de la France. Ils sont desservis,

depuis le xme siècle, par ces milliers de petites congrégations de frères et de sœurs qui suivent la règle de saint Augustin ou dérivent du tiers ordre franciscain. C'est la phase la plus originale, la plus vivante de l'histoire de la charité, celle où l'action individuelle a le plus de part.

A cette époque, il y a comme une explosion universelle de charité qui sort des entrailles mêmes du peuple.

A côté du clergé et des ordres religieux, l'action individuelle s'exerce avec une magnifique exubérance.

Ces innombrables corporations d'arts et métiers, par lesquelles s'affirme l'émancipation des classes inférieures, se transforment d'elles-mêmes en confréries de secours mutuel et de bienfaisance, associant l'usage des libertés populaires aux pratiques pacifiques de la charité.

Cette bourgeoisie des villes, fière de ses franchises municipales, atteste son indépendance et sa vie par sa généreuse participation à l'assistance publique. Elle répand abondamment ses aumônes dans le sein des pauvres; elle donne son argent, elle se donne elle-même, elle peuple ces confréries de charité qui s'occupent de secourir les indigents, d'assister les malades, de pourvoir à la sépulture des pauvres; elle dote les établissements hospitaliers, elle alimente les bureaux de charité.

La prospérité industrielle et commerciale des villes se manifeste par le nombre des hôpitaux qu'elles entretiennent. C'est à la vue de ces milliers et milliers d'établissements et de congrégations charitables, d'institutions de bienfaisance 'de toute sorte à l'usage des pauvres, qu'un chroniqueur allemand disait : « Ce bon pays de France est l'auberge du bon Dieu ! »

Le xvie siècle , avec les guerres de religion offre une certaine décadence des œuvres de charité ; c'est aussi une période de transition , pendant laquelle s'opère une transformation du régime politique, qui influe sur les institutions charitables.

Au xvne siècle commence l'époque moderne, inaugurée par saint Vincent de Paul , et qui coïncide avec la concentration du pouvoir civil sous l'ère de la monarchie absolue. « Elle a pour caractère rétablissement et la permanence au milieu des populations de grandes communautés religieuses qui desservent à la fois un grand nombre de maisons, avec les mêmes statuts, les mêmes traditions et le même esprit. » Un autre caractère, c'est la fusion des petits établissements charitables avec les grands, la tendance à l'unification du système d'assistance publique.

I i changement profond se produit à partir de la Révolution. Tout commence par être renversé. Le régime de la bienfaisance fut réorga-

nisé théoriquement, et on détruisit de la vieille charité jusqu'au nom '.

Les gouvernements qui vinrent ensuite lui substituèrent la bienfaisance. Au xixe siècle, la charité a été officiellement remplacée par l'assistance publique, mais elle n'a point cessé de fonctionner en privé, et jamais, on peut le dire, elle n'a produit plus d'œuvres et suscité plus de dévouements. L'esprit de saint Vincent de Paul est resté vivant : il continue d'auir.

<r Pour faire connaître .ce que fut la charité catholique dans le passé, disait Léon Gautier, il faudrait faire l'histoire de chacune de ses œuvres de miséricorde, tant spirituelle que corporelle. » Pour un seul pays comme la France, cette histoire serait déjà extrêmement étendue. Il faut se borner ici à la présenter dans ses traits essentiels en montrant successivement les divers agents et les œuvres multiples de cette merveilleuse charité. Ce sera moins une histoire qu'un court exposé qui permettra d'apprécier ce qui a été fait de bien et d'utile dans la nation très chrétienne pour le soulagement des maux de l'humanité.

1 C'esl ainsi que, pendanl la Terreur, la ville de la Charité-sur-Loire s'appela Égalité

sur- Lui i e

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