‹ La Charite Privee a ParisChapitre 21 sur 39 · LA FONDATION H OGHON-LEFUEL · texte numérisé non relu

LA FONDATION H OGHON-LEFUEL

dirige et lui prête sa force pour accomplir des actions charitables auxquelles, seule, elle n’aurait peut-être pas songé.

Auprès de la ferme, en bordure de la cour, à côté du parc, sous quelques arbres, s’élève une haute construction qui ressemble à une grange. C’en était une jadis; aujourd’hui, c’est un asile dont la destination ne peut être modifiée. C’est une sorte de pépinière d’ou sortiront peut-être les plantes maladives qui achèveront de s’étioler dans les chambres du château rouge. Au-dessus de la porte d’entrée on lit, en lettres noires : Fondation Hochon-Lefuel. C’est presque une création individuelle. Mme Louise Iiochon, fille d’Hector Lefuel, qui construisit le Louvre et fut un des grands architectes du siècle, était dame sociétaire de l’œuvre de Villepinte. Elle portait en elle le deuil d’une enfant quelle avait perdue; elle se dit que s’il était bien de soigner des jeunes filles poitrinaires, il serait mieux de les empêcher de le devenir. Elle savait, sans avoir fait de longues études de physiologie, que les fillettes malingres, prédisposées à la chlorose, sont une proie presque certaine pour la phtisie, qui s’en empare aux dernières heures des transformations. Dès lors elle résolut de consacrer une somme de quelque importance à la fondation d’un asile où les petites filles âgées de quatre à douze ans, affligées de constitution douteuse, passibles, dans l’avenir, d’une affection de poitrine, seraient recueillies, élevées, instruites, surveillées et soignées de telle sorte, qu’elles pourraient traverser les années futures sans préjudices trop graves. Le 14 octobre 1883, une convention intervint entre elle et les dames de Marie Auxiliatrice.

La grange de la ferme fut aménagée pour la destination nouvelle; le 1er décembre 1883, l’asile put recevoir les premières élèves. Lorsque je l’ai visité,

j’y ai compté dix petites filles1. La disposition des salles est excellente : Hector Lefuel n’aurait pas mieux fait. Le dortoir est immense et le cube d’air réservé à chaque enfant est considérable. Là aussi, comme pour l’œuvre des poitrinaires, on peut fonder des lits; là aussi les noms des donateurs sont inscrits sur la muraille : toujours les mêmes. Les baies énormes, qui font office de fenêtres, s’ouvrent au midi pour laisser pénétrer les effluves du soleil et de la verdure ; oxygène abondant, senteur des arbres ; c’est ce qu’il faut à ces petites poitrines étroites et bombées, qui n’ont rien de rassurant pour l’avenir. A côté du dortoir, une large pièce sert de lavabo ; c’est le mieux outillé que j’aie vu dans les maisons charitables que j’ai visitées. L’eau, le savon, la brosse et les éponges ne sont point épargnés ; je m’en suis aperçu en pénétrant dans la salle où les enfants étaient rassemblées. Elles sont proprettes, bien peignées, bien chaussées, et portent des vêtements où je n’ai remarqué ni trous ni pièces : ce qui est rare chez des bamhines auxquelles on laisse toute liberté compatible à leur âge.

La sœur de Marie Auxiliatrice qui les garde et les dirige est jeune et gaie; s’il ne convenait d’être réservé avec les religieuses, je dirais qu’elle est charmante. Gela est indispensable avec les enfants, qui, bien plus qu’on ne l’imagine, tombent en tristesse lorsqu’on ne sait pas les intéresser à un récit, à un jeu ou à une occupation appropriée. C’est pour cela que les aptitudes de pédagogue se rencontrent si rarement, car tout l’art d’enseigner consiste à savoir instruire en amusant; à Villepinte, on y fait effort, si j’en crois les joujoux rangés sur les étagères, les livres d'images

i. Note pour cette nouvelle édition : Au lct septembre 1885, l’asile Uochon-Lcluel contenait trente-six enfants.

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