III.— LA FONDATION H OC H O N - L E F U E L
Une mère qui avait perdu un de ses enfants a pensé aux enfants chétifs pour lesquels la vie s’ouvre mal et a voulu leur venir en aide. On ne sait pas ce que contient de chagrin un berceau vide, et par quels prodiges de charité on essaye d’apaiser une douleur qui ne s’apaise jamais, qui reste lancinante dans la solitude et dans le monde, au milieu des soins de la maison, et à travers les frivolités dont on cherche à s’étourdir. L’enfant qui s’en est allé vagit toujours dans le cœur de sa mère; elle seule l’entend et les bruits les plus joyeux ne l’empêchent pas de l’écouter. « Selon la doctrine indienne, dit Chateaubriand, la mort en nous touchant ne nous détruit pas; elle nous rend seulement invisibles. » Cela est vrai, surtout pour les enfants. Le petit corps a disparu, il a rendu à la matière ce qu’il lui avait emprunté; sa poudre est retournée à la poudre; mais lame, où est-elle? Elle habite la mère, elle s’est identifiée à elle, elle l’attendrit, la conseille et l’émeut. L’enfant qui a souffert pense à ceux qui souffrent et il dit à sa mère : « Ya secourir ceux qui sont petits comme j’étais entre tes bras, ceux qui languissent comme j’ai langui sous tes baisers, ceux qui, peutêtre faute de soins, vont quitter leur mère, comme je t’ai quittée, malgré ta vigilance et tes efforts. » La mère croit que c’est le souvenir de son petit enfant qui la pousse aux bonnes œuvres en faveur de l’enfance privée de sève; elle se trompe; c’est l’enfant lui-même qui survit, qui agit en elle, qui est son maître, qui la