SCÈNE IX
Les mêmes, BERNARD, entrant à la fin du couplet, frappe sur la table avec son bâton.
JACQUET
Bon! une pratique à présent.
NICETTE
M. Bernard ! Ah! c’est maintenant qu’il faut être niable] {Allant à /ui.) Votre servante, monsieur! u’y a-t-il pour votre service?
L \ charmeuse:
BERNARD (à part).
Enfin, voilà une jolie fille !.... [Haut.) Vous ôtes de • ■
la maison, ma belle enfant?
NI CETTE
Oui, monsieur 1 Nicette Bruneau, nièce de madame veuve Perrine Gervais, pour vous servir.
BERN.ARD
Bien ! Nicette , Perrine ! c’est mon affaire 1
JACQUET (toujours à genoui).
Ah çà 1 l’on ne peut donc pas tant seulement mou-' rir tranquille dans c’te maison-ci.
NICETTE
Que faut -il à monsieur! Duchambertin, du beaune, duluncl! Vite! vite! Jacquet, une bouteille de bon vin! (Le poussant vivement.) Allons ! allons ! prépare tout ici ! (Elle lui montre la tonnelle.)
BERNARD (à Nicette).
Tenez, la belle, servez-moi bonnement
NICETTE
Du vin ordinaire?
BERNARD. ’
Non, du vin naturel, ce qui n’est peut-être pas l’ordinaire chez vous ' , : . -
NICETTE
Et avec cela, monsieur, une omelette, une gibe» lotte?
BERNARD
Non, par exemple, pas de gibelotte no réveillons pas le chat qui dort
NICETTE
Mais venez donc vous asseoir, monsieur, il fait bon sous la tonnelle. (Elle lui prend sa canne, son chapeau qu’elle donne d Jacquet.)
BERNARD (s'assîeyant.)
Oui, le feûillago est frais (il se verse à boire), et le vin est vermeil comme ton joli teint, mignoltne (j7 boit). Ohi oh! mais il est très-bon, aussi.... Ah çà.
LA CHAKMEUSB.
c’est un cabaret extraordinaire que celui-ci. Du bon vin, du vin vrai, quel luxe.... Vous ne devez pas faire vos affaires si c’est ce vin-là que vous servez à .tout le monde
NICETTE
Si fait, monsieur, ma tante est très*ricbe. {A part.) Ce petit détail ne fera pas mal.,..
JACQUET. (Pendant la conversation de Bernard et de Nioette, il a regardé au dehors, tout en frottant d’une façon furieuse, une assiette qu'il a prise sur la table.)
Oh! la mauvaise, elle est encore là, qui le guette son Lucien, et elle vous écarquille des yeux! Décidément, faut en finir. (Se retournant.) Si Nicette du moins voulait m’aider à me périr, mais elle n’y met pas de complaisance ! Allons, c’est dit, il faut que je l’embrasse [il marche doucement vers Nicette qui ne le voit pas).
NICETTE (s’éloignant un pea de la tonnelle et regardant Bernard qui boit un dernier verre).
Je crois que nous sommes déjà très-bien ensemble.
JACQUET, (la prenant par la taille pour l’embrasser).
Ouli! Nicette ! cruelle Nicette 1 (Elle se sauve. Jacquet la poursuit.)