‹ La Charte du Travail en Italie Sous le régime fascisteChapitre 31 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Que peut-on conclure du rapprochement de ces opinions souvent contradictoires ? Elles se justifient, peut-on dire, par le caractère contradictoire de la politique sociale du fascisme elle-même, du moins vis-à-vis des deux grandes doctrines économiques existantes, puisqu'elle repousse à la fois l'idéologie ruineuse du socialisme et la tranquille indifférence de l'Etat libéral, faible et impuissant. Son but est«la transformation de l’ordre social moderne (fondé sur la lutte économique et politique entre la bourgeoisie et le prolétariat), duquel sortira, puissamment constituée, une unique classe nationale. Le fascisme représente déjà cette nouvelle classe » (1).

S'il atteint ce but, le fascisme aura certainement bien mérité non seulement de l'Italie, mais de l’humanité tout entière, en assurant la paix sociale, si ardemment désirée.

Il paraît impossible de porter un jugement définitif sur cette nouvelle conception des rapports du travail. Sans doute dès à présent, en se plaçant au point

(1) Curzio Malaparte, op. cit., p. 46,

de vue purement théorique, on peut formuler certaines réserves ou approuver totalement sinon le système tout entier, plusieurs des innovations qu'il comporte. En fait, la critique portera bien plus sur la méthode du fascisme que sur l'esprit de la Charte.

Mais on juge un arbre à ses fruits et ce n’est pas après un an d'application de la Charte qu'il convient de se prononcer. Les organismes qu'elle prévoit n'ont pas encore été tous constitués, parliculièrement les corporations, pour ne citer que les plus importants. On peut donc estimer que le système qui, dans l'esprit de ses protagonistes, forme un tout indivisible, ne fonctionne pas encore normalement. Il traverse maintenant une période d'adaptation assez difficultueuse qui explique les tâtonnements et les hésitations souvent relevés. On pourrait dire de la Charte du Travail, comme de la Société des Nations, qu’elle est une « création continue ».

Il n'empêche que le fait seul de la publication de la Charte est d’une importance considérable, comme le faisait remarquer M. A. Thomas. Aucune législation, à l'heure actuelle, ne s’est attaquée avec la même hardiesse à la solution de la question sociale. Aussi, l'expérience italienne, lorsqu'elle aura porté ses fruits, indiquera la voie aux législateurs de demain. Déjà l'Espagne s’est inspirée dans le décret

du 26 novembre 1926 concernant « l’organisation nationale corporative » de la réforme syndicale fasciste (1). Evidemment, c’est là un exemple isolé et qui s'explique surtout peut-être par l'analogie qui existe entre les formes de gouvernement des deux péninsules méditerranéennes.

L'avenir seul dira si les espérances fascistes deviendront des réalités et si la collaboration entre les classes sociales a vraiment marqué le début d’une

ère nouvelle pour le monde des travailleurs en Italie.

(1) Revue internationale du travail, juin 1927, p. 882.

Vu:

Le Président de la thèse, WILLIAM OUALID Vu:

Le Doyen, H, BERTHÉLEMY Vu et permis d'imprimer :

Le Recteur de l’Académie de Paris,

S. CHARLÉTY

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