‹ La charte-vérité, ou, Le monopole universitaire devant les chambres; resumé de la question de l'enseignement au point de vue constitutionnel, par un français ami de la charteChapitre 1 sur 46 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Toute la question de la liberté de l’enseignement se résume dans cette parole : La Charte-Vérité. Dans les circonstances actuelles l’Université l’a bien comprise. Aussi a-t-elle refusé d’accepter la question ainsi posée, et tous ses efforts ont-ils tendu et tendentils encore à détourner de ce terrain, tout constitutionnel et vraiment libéral, et la lutte et l’attention publique. Voilà pourquoi elle n’a voulu voir dans les extraits nombreux qu’on a fait de toutes parts de ses cours et de son enseignement, pour en montrer le

scepticisme et l’immoralité, que des attaques de personnes et des recherches d’opinion contraires à la liberté ; quoiqu’on n’ait présenté ces extraits de ses cours et son enseignement tout entier, quoiqu’on ne les ail attaqués que comme imposés par un monopole inconstitutionnel à toute la jeunesse française, et violant sous ce rapport la liberté de conscience et des cultes garantie par la Charte, n’y eût-il dans les écoles que cent élèves qui fussent par eux ou par leurs familles sincèrement catholiques, sincèrement protestants ou juifs. Voilà pourquoi l’Université et ses journaux ont fait l’impossible pour changer en une question particulière au Clergé et aux Jésuites, une question qui tient aux fondements de la constitution et des pouvoirs établis en 1830, et qui intéresse également tous les cultes, toutes les consciences et toutes les opinions ; puisque ce sont leurs droits, les droits de tous, les droits les plus sacrés qui sont mis en cause, et qu’une oligarchie, qui n’est forte que de notre inertie et de notre ignorance dans toutes les questions de liberté constitutionnelle, veut étpuffer et faire disparaître sous une loi do privilèges, sous

un monopole aussi absurde qu’odieux, a dit la Constituante. Aussi est-ce avec peine que nous avons vu plusieurs journaux et une foule d'écrivains donner dans un piège aussi grossier après l’avoir eux-mêmes, quelques-uns du moins, entrevu d’abord et signalé, et que nous les voyons encore, déplaçant la question, suivre les adversaires sur le terrain du Jésuitisme et du Clergé, qui n’y ont d’autre rapport que celui que peut avoir la partie dans le tout.

C’est donc pour ramener la question à ses véritables termes, les seuls dans lesquels elle doit être présentée, débattue et jugée dans les Chambres, et la résumer en même temps, que nous venons mêler une faible voix à ces grands débats. C’est aussi dans la même vue et pour que l’attention ne se porte pas sur un nom sans valeur et sans autorité dans le monde, au détriment de la question principale et des raisons qui tendent à l’éclaircir et à la faire juger selon la vérité, que nous laissons ce nom dans son obscurité, et ne prenons d’autre qualilication que celles qui manifestent et nos droits et notre compétence.

Nous sommes Français, et nous sommes attaché

sincèrement à la Charte, persuadé que fidèlement observée, elle peut donner encore, et donner seule peut-être à notre pays des jours d’ordre, de gloire et de bonheur.

Jamais plus grande cause n’a été débattue dans le forum d’une nation que celle de la liberté de l’enseignement.

L’HOMME HE VIT PAS SEULEMENT DE PAIN , a dît Ulie boudie divine , et c’est par l’intelligence et la vérité , la conscience et la vertu , que les êtres raisonnables se lient et s’unissent. Sans elles , il peut y avoir rapprochement , juxtaposition , il n’y a pas lien moral , il n’y a pas société. Jamais état ne fut fondé que la religion ne lui servit de base , a dit Rousseau dans son Contrat social (1) , et si la religion se perd parmi les peuples , avoue Vico lui-même , il ne leur reste plus de moyen de vivre en société ; ils perdent à la fois le lien , le fondement , le rempart de l'état social, et jusqu’à la forme même de peuple (2).

Mais l’intelligence et la vérité , la conscience et la vertu , ne vivant ici-bas que par l’enseignement, l’enseignement ne peut tomber dans la servitude , sans que l’intelligence et la vérité , la conscience et la vertu ne soient par là même asservies , et que la vie des sociétés qu’on appelle peuples ne languisse bientôt, ne dépérisse et ne meure.

La liberté de l’enseignement est donc la question de vie pour

(1) Livre iv , ch. 8.

(2) Principes de la Philosophie de l’histoire , traduits de b Scien:a nuova , par Michelet. Paris, 1827.

les peuples : c’esl l’ancre de salut pour la France , la grande voie où tous les partis doivent se rendre , pour se rapprocher , s’entendre et reconstruire en commun le grand édifice de l’unité des esprits et des cœurs.

Aussi le pacte social , à l’insu des hommes , pour ainsi dire , et par un secret dessein du Dieu qui a fait les nations guérissables , a-t-il posé le principe de la liberté de l’enseignement comme une condition essentielle du pouvoir, et comme le complément et la garantie nécessaires de la liberté des opinions, de la liberté de la conscience et des cultes.

La majesté de la loi , l’égalité de tous les citoyens devant elle , son inviolabilité , ces boulevards des peuples modernes , semblent eux-mêmes ne pouvoir subsister chez nous sans la liberté de l’enseignement.

Démontrer ces vérités , rendre palpable à tous les esprits l’incompatibilité du monopole universitaire et de la Charte , est donc la meilleure preuve qui puisse être donnée de la nécessité de la liberté de l’enseignement; c’est le résumé le plus fidèle de toute la question qui s’agite au milieu de nous , et qui , négligée ou judaïquemerU résolue , peut ébranler jusque dans sa base le gouvernement établi.

Cette démonstration, ce résumé est tout le but de ce petit écr it. En voici la division : Qu’est-ce qu’un monopole? — Y a-t-il monopole de l’enseignement par l’Université ? — Ce monopole ne délruit-il pas toutes les libertés promises et garanties par la Charte ? — Les projets de loi présentés jusqu’ici ne tendent-ils pas à étendre et à fortifier ce monopole plutôt qu’à l’extirper ? — Quel est le projet de loi qui concilierait le mieux , avec la Charte et la liberté , les intérêts acquis ?

Puissent les Députés et les Pairs de France , les Electeurs et les Pères de famille, lire et méditer ces graves questions , et prononcer, la main sur la conscience ,' en présence des serments qui ont été jurés et du Dieu juste et saint qui en a été le dépositaire , et qui en serait tôt ou tard le vengeur s’ils étaient violés !

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