‹ La charte-vérité, ou, Le monopole universitaire devant les chambres; resumé de la question de l'enseignement au point de vue constitutionnel, par un français ami de la charteChapitre 10 sur 46 · PLACE CHEZ NOUS A UNE ÉCOLE D’ÉGOÏSME ET DE CORRUPTION PRÉ · texte numérisé non relu

PLACE CHEZ NOUS A UNE ÉCOLE D’ÉGOÏSME ET DE CORRUPTION PRÉ

« maturée.... l’Université, c’est une caisse.

« Il n’y a, à vrai dire, rien de central que la caisse universitaire,

« dans laquelle chacun est tenu d’acquitter un droit j»ur l’éducaa tion qu’il reçoit, à peu près comme on paye une rétribution à la « caisse des maîtres de poste, quand on voyage en diligence.

« D’unité morale, on n’en trouve pas de traces. Nous avons « des inspecteurs qui parcourent les départements et visitent cha- « que année les collèges, les pensionnats, les écoles primaires ; « qu’y font-ils? Ils y portent ces doctrines éclectiques dont les « grands seigneurs de l’Université ont su faire, dans leur intérêt « privé, un si heureux usage. Tantôt ils parlent de religion et font « la cour aux évêques... . Tantôt au contraire ils se montrent phi- « losophes Voltairiens, et il n’y a pas très-longtemps qu’on a en- « tendu un de ces messieurs dire à de jeunes élèves, sur un ton k d’inspiré quelque peu grotesque, qu’ils étaient appelés à assister » à l'enterrement d’un grand culte (1). »

« Je n’ai vu dans les collèges où j’ai passé, écrivait encore le « jeune homme dont nous avons déjà cité un fragment de lettre « sur le régime alimentaire des établissements de l’Université, » aucune de ces vertus qui font le charme de la vie; la douceur, « la sagesse, la tempérance, y étaient également inconnues. Le li- « bertinage , la paresse, l’intérêt, animaient tous les cœurs. Aucun « lien d’amitié u’unissait les maîtres aux élèves, ni les élèves entre « eux. J’ai entendu parler des souvenirs de collège ; je ne crois pas « que personne parle jamais des souvenirs du lycée.

« Les quartiers étant fort nombreux, le pouvoir des maîtres se « trouvait extrêmement limité. Quand un maître voulait faire son

(I) Septembre 18-42.

« devoir avec rigueur, les élèves se réunissaient et l’assommaient « de coups. De mon temps, les trois maîtres ont été fort maltrai- « tés ; mais aussi la plupart étaient des gaschcux, pour qui leurs « supérieurs n’avaient aucun égard et qui à leur tour n’avaient « aucune affection pour les élèves.

« Les punitions étaient dures, et, loin de corriger, aigrissaient « les caractères. Aucune de ces remontrances paternelles qui suf- « fisent pour changer un jeune homme , n’était employée même « pour prévenir son découragement. Mais en voyant la pauvreté « méprisée, les égards, les préférences réservées à la richesse, on « était tenté de croire que la vertu était un être imaginaire et l’ar- « gent la seule divinité adorée.

« On entendait la messe le dimanche ; mais comme les supé- « rieurs ne donnaient aucun exemple, qu’on les voyait tout occu- « pés de leurs intérêts temporels, que, d’ailleurs, les mœurs « étaient fort corrompues, il était impossible qu’il y eût de la piété. « Les prières ne se faisaient point; ou, si elles se faisaient, cela ne « servait qu’à montrer dans quel mépris le culte était tombé. Non- « seulement le nom de la divinité était sans cesse profané par les « plus infâmes jurements, mais encore on lui insultait jusque dans « le sanctuaire. Ce qu’il y a de plus sacré pour un chrétien, le plus « auguste de tous nos mystères, était un sujet de dérision. Je « viens de tracer le tableau exact de ce dont j’ai été témoin pen- « dant trois années consécutives que j’ai habité le lycée ***. Les « abus y subsistent en leur entier depuis l’origine de la maison. « Comme j’ai passé le même nombre d’années dans un autre lycée, « j’y ai vu dans le cœur des élèves les mêmes turpitudes ; dans les « maîtres, le même caractère de cupidité, la même indifférence « pour les progrès des élèves.

« Depuis le retour du roi, on a ajouté quelques formules, « comme, par exemple, de faire faire la prière au commencement « de la classe ; mais je sais de bonne part que les mœurs y sont les « mêmes , que les mêmes abus y régnent , et que toutes ces appa- « rences de dévotion sont autant de grimaces introduites par les <> supérieurs de la maison, pour faire croire au gouvernement quo

« tout est sur le meilleur pied possible, et pour la conservation de « leurs places (1). »

« L’éducation publique , dit à son tour M. le professeur Philarèle Chasles , quels que soient ses avantages , développe les « penchants mauvais et féroces de l’humanité. Ces murs de priai son , ce joug de plomb qui pèse sur la tête de la jeunesse , « cette jalousie excitée par les concours, la terreur universelle « inspiréepar le despotisme nécessaire pour gouverner cette masse « turbulente, voilà des causes pour donner à ces jeunes âmes je « ne sais quelle férocité prématurée (2).

« Les apparences, disent les mémoires pour servir à l’histoire « de l’instruction publique, capables de séduire certains pères de « famille, et même d’abuser quelque temps des supérieurs peu « éclairés, cachent , dans les collèges de l’Université en général , « la plus horrible corruption... Des enfants de douze ans étonnent « par des infamies que les hommes les plus libertins n’ont peut- « être jamais conçues. Le vice se développe avec une maturité qui « fait frémir; il s’avoue avec une impudence qui détruit tout es- « poir , et des formes agréables couvrent cette incroyable dépra- « vation. »

« Il est remarquable, dit-il aussi, en parlant des maîtres, que « les vices les plus honteux trouvèrent un appui et une sorte de « garantie dans l’organisation de ce corps immense (de l’Univer- « site.) Du moment qu’il fut possible de se maintenir dans son état « sans obtenir la considération de la ville où l’on enseignait, il n’y « eut plus de frein capable d’arrêter ceux que la crainte de péril dre leurs places avait jusqu’alors contenus. La destitution ne « devait être prononcée qu’à la suite d’un jugement du conseil de « l’Université, qui pouvait être revu par le conseil d’État. Une

(1) Mémoire pour servir à l'iiistoire de l'instruction publique , tome m , pag. 1 26 et suiv.

(2) Revue des Deux-Mondes , 1855 , tome i , quatrième série , pag. 208 ei suiv.

« protection, dans l’un de ces deux conseils, suffisait pour avoir la « certitude de n’être jamais condamné ; et cela est si vrai que, de- « puis que l’Université existe, il n’y a pas eu une seule destitution « légale. La mutation était donc la seule peine qu’on eût à crain- « dre, et cette crainte en était-elle une, lorsque des scandales pu- « blics avaient mis un liomme hors d’état d’habiter plus longtemps « une ville? Des membres du corps enseignant ont été convain- « eus de mœurs infâmes, de séduction, de corruption de l’enfance; « ils ont été convaincus d’athéisme ; et cependant on les a vus pro- « mener leur ignominie dans plusieurs collèges, tandis que, s’il « n’y eût pas eu un corps exclusivement chargé de pourvoir à tous « les établissements d’instruction publique, sans l’intervention des « autorités locales ; ces monstres, aussitôt connus, auraient perdu « leur état et auraient été écartés pour jamais de la carrière (1). »

« Veut-on, dit la Quotidienne, quelque chose de facilement sai- « sissable pour tous les esprits? Nous avons entendu tel professeur « honorable raconter l’état des mœurs de son collège en termes « qui faisaient frissonner. Nous avons vu tel maître d’études verser « des larmes de douleur sur des maux dont il était témoin sans les « pouvoir guérir. Et à ces désolants récits, nous disions : Mais si « l’Université est telle, vouloir que les familles soient contraintes « d’envoyer leurs enfants à ses écoles, qu’est-ce? De quel nom « nommer cette violence (2) ?

« Nous avons, dit l’ Univers dans sa feuille du 21 mai 1843, « entre les mains une pièce devenue fort rare ; c’est la lettre ira- « primée et signée de ce maître d’étude (on le nomme M. Perrot) « qui, chargé de surveiller la division des grands dans un collège « communal, dut, pour la paix de sa conscience, révéler à l’aumô- « nier, en le priant d’en parler au principal, les faits effrayants etcf-

(t) Mémoires pour servir à l’histoire de l’instruct. publique, tom. ni, pag. 1 12,

(2) Avril 1842. ,

n froyablcment nombreux qu’il était forcé de contempler tous les « jours. Fâché, soit d’avoir ignoré ces choses, soit d’avoir été « contraint de les connaître, le principal reçut mal les avis. Le « maître d’étude, que les professeurs n’aimaient guères, et que les « élèves précurseurs des orateurs du Collège de France appelaient « s.... vieux jésuite, fut accusé pour avoir rempli son devoir. (Et « l’on s’étonne que des désordres semblables ne soient pas partout « divulgués! ) «Pénétré d’indignation, il en appela à l’opinion pu- « blique , sans phrases , sans clameurs , sans chercher l’éclat du « scandale, en faisant imprimer quatre simples pages qui contien- « nent en quinze paragraphes fort concis les abominations de tout « genre , sur lesquelles il avait dû attirer la sollicitude du prin- « cipal.

« Cette lettre fut distribuée aux personnes à l’estime desquel- « les tenait l’auteur. Elle porte sa signature et le nom de l’im- « primeur ; elle a été connue elle n’a pas été poursuivie !

« Il fut bien question de la poursuivre; elle a été discutée en « conseil , au chef-lieu académique du collège. L’auteur était pré- « sent à ce conseil , ainsi que le principal , et nous savons quelles « autres personnes y assistaient. Tout a été avoué ; l’excuse du « principal a été de dire que le mal existait lorsqu’il avait pris le « gouvernement du collège , et qu’il eût été inutile et nuisible à « ses intérêts de tenter une réforme impossible. On ne pouvait « poursuivre qu’en diffamation ; on a craint ce remède , et cepen- « dant un pareil procès n’aurait pu se débattre qu’à huis clos. « M. de Salvandy, alors ministre de l’instruction publique , « ayant eu connaissance de la lettre, a dit à un ancien député du « pays, que cet écrit lui avait appris des excès dont rien ne lui « avait donné l'idée jusqu’alors. On ajoute que M. Villemain in-

« formé à son tour ne put y croire Les faits s’étaient passés en

« 1837 : en 1839 ou 1840 , au jour de Pâques, à ce même col- « lége , la communion fut générale. Nous devons croire et désirer

« que ces apparences n’aient trompé personne Que M. le

« ministre daigne nous en croire : nous n'appelons point le scan- « dale , nous ne publierons point celte lettre , nous n’essaierons « pas même d’en donner une idée , en couvrant d’un manteau

« grec ou latin des nudités , des monstruosités si funestes ; nous « sommes assez malheureux de ne pouvoir livrer aux flammes ce « déplorable document. Mais enfin , il existe , c’est une preuve , « une preuve, hélas! dont notre conscience n’avait pas besoin...»

Elle n’est donc que trop véridique la déposition d’un célèbre professeur de médecinc'de la faculté de Montpellier sur l’immoralité des collèges universitaires , et consignée en ces termes , dans un livre récemment publié par lui : « Si j’en juge par ma propre observa- « lion, sur dix jeunes gens adonnés au vice honteux dont la santé « s’est altérée immédiatement ou consécutivement, on peut en « compter neuf qui se sont perdus au collège ou dans un pension- « nat. Tout ce que j’ai lu dans les auteurs m’a convaincu que

« celte proportion n’était pas exagérée L’enfant y trouve en

« arrivant un foyer de contagion qui s’étend bientôt jusqu’à lui ; « car le mal y est établi d’une manière endémique , et se trans- « met sans interruption des anciens aux nouveaux venus. Si quel- « ques individus échappent d’abord à ces initiations perfides , leur « temps vient un peu plus tard. Je n’entrerai dans aucun détail , « quoique j’aie reçu des révélations bien multipliées, bien cir- « constanciées. Comment pourrais-je reproduire ce que ces mala- « des osaient à peine me confier en tète à tète, et pressés par « l’intérêt puissant de leur conservation? L’un d’eux me disait « encore il y a quelques jours (1838) sans vouloir s’expliquer « davantage : Sachez seulement que les infâmes ouvrages du marie quis de Sade ne sont que des églogues auprès de ce que j’ai vu. « — D’après tout ce qui m’est revenu des sources les plus diree- « tes et les plus variées , je ne crains pas d’affirmer que nulle « part on ne se procure aussi facilement de mauvais livres , que « nulle part ils ne circulent avec plus d’impudence et de sécurité , « que la cause du mal n’est pas seulement dans les élèves, mais « dans les domestiques et les surveillants ; que les abus ne se bor-

« nenl pas toujours à la masturbation qu’ils ne se propagent

« pas seulement par l’exemple et la séduction , mais qu’ils s’im- « posent même quelquefois par la menace et la violence. Et que « l’on ne croie pas que je ne parle ici que de faits rares , excep- « tionnels , ou que je me les exagère je parle sur preuves

« multipliées et concordantes. D’ailleurs , tous ceux qui se sont « occupés de ce triste sujet , rapportent des faits semblables. Le « docteur Terraube surtout en parle très-longuement ( Traité de « la Chiromanie ). 11 n’y a rien d’exagéré dans tout ce qu’il en dit , « et c’est la meilleure partie de son ouvrage. Les effets de cette « corruption prouvée par une quantité de cas, continue le môme « docteur, sont : affaiblissement si grand qu’il peut aller et qu’il « est allé souvent jusqu’à la mort; inflammation , gastrite et ma- « ladie de cœur, assoupissement , congestions vers la tête , verti- « ges , affaiblissement de la vue , de l’intelligence et de la mémoi- « re , caractère de plus en plus impatient et irascible , hypocondrie , « marasme , penchant au suicide , accès de fureur, symptômes « d’aliénation mentale (1). »

Hélas ! nous-même nous avons vu ou entendu confirmer la plupart de ces faits, soit par des lettres, soit par les conversations des hommes les plus recommandables, et sur les collèges les mieux famés; nous avons entendu parler d’une mère à qui son fils, mourant naguères des suites de libertinage, disait d’un ton à arracher l’âme: Pourquoi aussi m’as-lu mis au collège ! Ah ! du moins avertis les mères de tel et tel, mes camarades, de les en retirer, parce qu’ils périront comme moi ! Nous avons entendu un tuteur nous parler en termes lamentables de la corruption de deux collèges principaux, où des bourses l’avaient engagé de placer scs neveux pauvres ; il nous répétait les tristes aveux qu’il avait recueillis de la bouche même des principaux fonctionnaires de l’un de ces établissements, et nous indiquait le genre de maladie qu’il avait rencontré lui-même dans l’infirmerie, dans une visite qu’il y fit, il n’y a que quelques mois, etc. , etc... Nous-même avons été témoin, dans notre jeunesse et dans le collège où nous avons passé, de bien des faits semblables , et depuis la septième jusqu’à la rhétorique. Et qui ne les a pas vus , qui ne les a entendu raconter par d’au-

(t) !.e docteur I,allemaiit , Perte* séminales , pag. 425 et suiv.

1res, et si uue enquête était faiteàce sujet, que de désordres de tout genre seraient partout révélés ! M. Salvandy , dans son rapport au roi , en avoue lui-même une grande partie : « Les rapports heb- « domadaires , en fournissant des éléments de statistique qui « manquaient jusqu’alors, ont révélé un fait remarquable, c’est « que les congés sont l’occasion des désordres les plus graves ,

« et quelquefois les plus douloureux. : ils font plus de mal in- « comparablement que les vacances.... (1). » Terminons donc, et que les crimes généraux grandissant tous les jours en nombre, les parricides même, en raison de l’instruction reçue, selon toutes les statistiques , laissent retomber lourde et écrasante sur le monopole universitaire, celte sentence d’un de ses grands-maîtres : Vous savez que s’il arrive à une nation défaire fausse route, on demande QUELS MAÎTRES LA FORMÈRENT (2) !

Puissent du moins les Pairs et les Députés de la France recueillir et méditer profondément ce témoignage et cet avertissement tout ensemble d’un de nos plus dignes Evêques écrivant des portes du tombeau , et résumant les témoignages de la plupart de ses collègues adressés au ministre des cultes : « Tout ce que je viens de « dire est l’expression de ma conviction profonde et réfléchie. Loin « d’avoir exagéré l’état des choses , je l’ai plutôt affaibli. Mon « témoignage ne doit pas être suspect , car jusqu’à ce jour je n’ai « pas refusé mon concours aux établissements universitaires situés « dans mon diocèse , et aujourd’hui mon langage n’est pas celui « d’un hoqime passionné ; le caractère sacré dont je suis revêtu , « mon grand âge , mes cheveux blancs et ma santé affaiblie , qui « me rendent présente la pensée de la mort et du jugement de « Dieu, m’ont fait un devoir de parler avec vérité, avec modé- « ration et avec charité. Oui, c’est la main sur la conscience et « en présence de l’éternité , que je me résume, en disant : L’édu-

« CATION DONNÉE DANS LA PLUPART DES ÉCOLES DE l’ÜNIVERSITÉ EST

« très-mauvaise ; cette éducation , au lieu de corriger dans les

(I) Almanach tle l'Université, 1839, jiag. xvxv. (S) Ibid. 1838 , page 188.

« générations nouvelles les vices de la nature humaine communs « à toutes les époques et particuliers à la nôtre , les entretient et « les développe ; et si cet état de choses est conservé , il ne « peut manquer de produire dans un avenir peu éloigné des « MAUX INCALCULABLES POUR LA RELIGION ET LA SOCIÉTÉ : Et 11UHC « intclligite , erudimini qui judicatis terrain. (Psalm.2. ) (1).

Ainsi donc , il y a monopole de l’enseignement dans l’Université, le plus cupide, le plus cruel, le plus abominable monopole. Elle enseigne sans concurrence, et cet enseignement, nourriture de première nécessité pour les peuples , elle le survend de plus de trente millions par an , dont la liberté de l’enseignement , en le rendant accessible à tous, allégerait les familles.

II y a plus, cette nourriture première de la civilisation , et qu’on force la jeunesse française de payer si cher au monopole universitaire, et sous peine d’ilotisme, est défectueuse, sceptique, antisociale, corruptrice, empoisonnée!! Il n’est pas possible de le révoquer en doute.

Autrefois, sous la monarchie absolue, un arrêt du parlement de Toulouse, du 8 novembre 1558, condamna plusieurs bouchers , pour avoir vendu de la vache ou de la brebis , à faire amende honorable , nu-tête , en chemise , la torche à la main et à genoux , et leur fit défense de récidiver à peine de la vie.

Un autre arrêt, du 3 janvier 1559, condamna un syndic des bouchers à rester au carcan devant sa boucherie avec cet écriteau : pour avoir survendu de la chair.

Enfin, un arrêté du 11 décembre 1716, rendu par le parlement de Paris, condamne un nomme Jean Doyen, boucher, à neuf ans de galères et 3,000 livres d’amende, pour avoir distribué aux troupes des viandes corrompues (2).

Aujourd’hui , sous un régime de liberté , de concurrence , et de dévouement aux intérêts du peuple, le monopole universitaire

(1) Opinion Je Jlgr l'Evéque île Limoges, sur l’édacalion morale et religieuse de la plupart des écoles de l’Université.

(2) De l’alimentation du peuple en France, Univers, 15 décembre 1815.

forçant nos enfants , sous peine de mort civile , à acheter de lui , à un prix de survente excessif, une nourriture de première nécessité , défectueuse , frelatée et dans nos principes , dans les principes de la majorité de la nation et de l’universalité des peuples, anti-sociale, corrompue, empoisonnée, donnant la mort à l’ûme et au corps, pourrait-il ne pas être incompatible avec la Charte et les libertés qu’elle garantit? C’est ce que nous allons voir.

Seulement avant de commencer, nous prions les chatouilleuses susceptibilités de l’Université et de ses défenseurs de vouloir bien ne pas trop s’irriter contre nos comparaisons comme contraires à la charité, en se rappelant ces paroles d’un de leurs livres les plus chers et les plus quotidiennement vantés, les Provinciales :

« Etrange zèle qui s’irrite contre ceux qui accusent des fautes « publiques , et non pas contre ceux qui les commettent ! Quelle « nouvelle charité qui s’offense de voir confondre des erreurs ma- « nifestes , et qui ne s’offense point de voir renverser la morale « par ces erreurs! Si ces personnes étaient en danger d’être « assassinées, s’offenseraient-elles de ce qu’on les avertirait de o l’embûche qu’on leur dresse , et au lieu de se détourner de leur « chemin, pour l’éviter, s’amuseraient-elles à se plaindre du peu « de charité qu’on aurait eu de dénoncer le dessein criminel de « ces assassins ! S’irritent-ils lorsqu’on leur dit de ne pas manger « d’une viande , parce qu'elle est empoisonnée ; ou de ne pas « aller dans une ville , parce qu’il g a delà peste?

« D’où vient donc qu’ils trouvent qu’on manque de charité « quand on découvre des maximes nuisibles à la Religion , et « qu’ils croient au contraire qu’on manquerait de charité si on ne « leur découvrait pas les choses nuisibles à leur santé cl à leur vie , « sinon parce que l’amour qu’ils ont pour la vie leur fait recevoir « favorablement tout ce qui contribue à la conserver, et que l’in- « différence qu’ils ont pour la vérité , fait que , non-seulement ils « ne prennent aucune part à sa défense , niais qu’ils voient même « avec |ieine qu’on s’efforce de détruire le mensonge (1)? »

(I) Provinciales , XIe lettre.

LE MONOPOLE UNIVERSITAIRE EST INCOMPATIBLE AVEC LES PRINCIPAUX ARTICLES DE LA CHARTE , ET LES LIBERTÉS QU ELLE GARANTIT.

Les principaux articles de la Charte sont, d’une part, ceux qui renferment les droits publics des Français , et en assurent et en maintiennent l’exercice ; d’autre part , ceux qui règlent et divisent les pouvoirs qui constituent l’état.

Les principales libertés que proclame la Charte , et qu’aucun corps de l’état ne peut violer sans forfaiture et sans rompre Te pacte fondamental , le contrat synallagmatique juré en juillet et tant de fois depuis, sont l’égalité de tous les Français devant la loi , la liberté individuelle , la liberté des cultes et de la conscience, la liberté de la presse et des opinions , La liberté de l’industrie, la liberté de l’enseignement. Or, le monopole universitaire, tel que nous venons de prouver qu’il existe au milieu de nous , attaque et tend à détruire, jusque dans leur fondement , et ces libertés et les articles de la Charte qui les garantissent.

I. Le monopole universitaire attaque et tend A détruire . jusque dans scs fondements, l’égalité devant la loi.

L’égalité devant la loi est proclamée par le 1er article de La Charte : « Les Français sont égaux devant la loi , quels que « soient d’ailleurs leurs titres et leurs rangs. »

Cette égalité devant la loi est une conquête du christianisme sur la force brutale ; c’est la conséquence nécessaire de l’égalité devant Dieu , dont la loi doit être l’image, par la justice de son origine, en émanant d’une souveraineté incontestée qui ait le droit de com-

mander à tous , et à laquelle le devoir de tous soit d’obéir , et qui ne peut être en dernière analyse que celle de Dieu même; par la justice de son objet qui ne doit léser aucun droit légitime , et toujours respecter les notions éternelles du juste et de l’injuste; par la justice de sa fin, qui ne peut être autre que le bien public, le bonheur des peuples , condition et fin essentielle , non-seulement de toute loi , mais de tout pouvoir bien ordonné.

Or, de toutes les tyrannies , de toutes les mesures iniques , a dit un livre que nous avons déjà cité et que nous citerons encore , la plus opposée à l’égalité devant la loi , celle qui la renverse et la détruit jusque dans sa raison la plus intime , et avec elle la sainte majesté de la loi et la loi elle-même , c’est le monopole exercé dans l’intérêt d’un ou de plusieurs, et parmi les monopoles, celui qui a pour objet les aliments de première nécessité pour les peuples, qui les vend sans concurrence, et les survend, à un prix exorbitant , et cinq à six fois avant de les livrer ou en les retenant toujours , qui les survend ainsi , défectueux et insuffisants , corrompus et empoisonnés , mortels pour les âmes , mortels aussi pour les corps.

La chose est trop évidente pour qu’il soit besoin de la discuter. Qui dit monopole , dit privilège , exclusion de tous , et par conséquent destruction de l’égalité de tous devant la loi. Qui ne voit d’ailleurs qu’un monopole tel que celui que nous venons de peiudre ne peut être juste par son origine , que non-seulement il ne peut venir de Dieu , mais qu’il émane d’une force brutalement despotique? Qui ne voit qu’il anéantit toutes les notions éternelles du juste et de l’injuste, qu’il est diamétralement opposé au bien public, au bonheur des peuples qu’il pressure, qu’il avilit, qu’il tue au moral comme au physique , et dans les seuls intérêts de quelques particuliers ou de la force qui l’impose et qui en jouit • ce qui est le caractère propre, la condition constitutive de la tyrannie? Qui ne voit que non-seulement il n’y a pas égalité devant la loi , qu’il n’y a pas même de loi , mais que c’en est le renversement le plus entier, au profit de quelques-uns , et l’anéantissement de tous les liens qui unissent et maintiennent les hommes en société? A ussi , nous le répétons , jamais depuis l’origine du monde ,

même chez les peuples païens , un tel despotisme n’a posé sur la race humaine..

Pourquoi faut-il, ô humiliation ! ô justice de Dieu! que nous en donnions le premier exemple au monde, nous le peuple le plus spirituel, le plus orgueilleux, le plus impatient de tout joug? Car, nous venons de le prouver incontestablement, et par des preuves multipliées et sans réplique, l’enseignement de l’Université est un monopole, et ce monopole qui depuis trente-cinq ans a pesé plus ou moins, et maintenant encore pèse plus lourd, plus injuste, plus avilissant que jamais sur la France, renferme évidemment tout ce qu’il y a, tout ce qu’il peut y avoir d’arbitraire, d’inique, d’absurde , d’immoral et de destructeur dans les plus odieux monopoles, comme l’ont attesté la plupart de nos assemblées législatives; et sans être consacré même par une loi , comme parle M. l’universitaire Dubois , ou plutôt par les formes de la légalité , il se pose en face de toutes les lois, et provoque à un duel à mort la constitution elle-même.

Disons tout : et il se rencontre au milieu de nous , ce qui ne s’est jamais vu nulle part , des hommes en qui les idées de Dieu , de loi , de droit, sont tellement effacées par l’habitude du sophisme et du blasphème, en qui l’égoïsme et le mépris des autres hommes ont tellement grandi par l’habitude du despotisme, qu’ils osent au dix-neuvième siècle , après une révolution faite au nom de la liberté , appeler droit commun cette monstrueuse servitude , et vouloir malgré la Charte et les lois, ou plutôt en les anéantissant, courber sous elle toutes les consciences?

Nous verrons bien si la chose est possible, et si nos chambres législatives elles-mêmes souffriront impunément qu’on les insulte ainsi devant leurs concitoyens , qu’ainsi on les déshonore et on les dégrade devant les siècles futurs ! Nous verrons bien si la France est assez bas tombée pour laisser à la postérité l’embarras de choisir qui doit le plus l’étonner de la force qui aura ainsi opprimé, ou de ce je ne sais quoi, qu’on ne pourra plus appeler peuple, qui aura accepté de végéter et de disparaître insensiblement dans une telle servitude ! Mais continuons , montrons que Dieu n’aura pas manqué à ce peuple, parles lois même qu’il lui a conservées, pour com-

1 (alli e el faire reculer les envahissements de ce déleslable despotisme , et combien sera grande la responsabilité de ceux qui les violent ou qui refusent de s’en servir et de les faire valoir, pour sauver leur pays et la liberté , pairs et députés , électeurs et éligibles, gardes nationaux et citoyens , prêtres et séculiers.

L’égalité devant la loi appelle , pour première cl nécessaire conséquence , la justice de l’impôt , son égalité proportionnelle , ou sa juste répartition selon la fortune de chacun , enfin son emploi clair, manifeste aux charges de l’état.

C’est le deuxième article de la Charte : « Les Français contri-

« RUENT INDISTINCTEMENT , DANS LA PROPORTION DE LEUR FORTUNE , • AUX CHARGES DE L’ÉTAT. »

Or, le monopole universitaire renverse encore ici la Charte et tous les principes de justice qu’elle consacre.

D’abord, les impôts qu’il lève, les prix qu’il attache à la marchandise, que sans concurrence il survend, sont injustes en euxmêmes. Le bon sens, en effet, et l’éternelle justice, ainsi que tous les jurisconsultes qui s’appuient et se sont jamais appuyés sur eux, disent tous qu’on ne peut frapper d’impôt, ni les choses purement spirituelles : la pensée, la foi, la morale, l’ordre, les croyances, les opinions, la parole, les lettres, ni les choses même temporelles qui sont de première nécessité : l’eau, le feu, l’air, le pain, etc. Tous enseignent qu’on ne peut vendre plusieurs fois le même objet, la même marchandise, et encore moins la survendre, surtout quand cet objet, cette marchandise, n’appartiennent pas exclusivement et ne peuvent appartenir, à aucun titre, à ceux qui s’en arrogent sans concurrence, et contre toutes les lois, l’exploitation et le profil. Mais n’en est-il pas clairement ainsi des impôts, rétributions et droits universitaires, des prix mis ù la marchandise enseignée et vendue par l’Université, et de cette marchandise elle-même? De quoi s’agit-il, en effet? Quels sont la matière, les objets qu’atteint el que frappe l’impôt universitaire? N’est-ce pas le droit d’instruire les autres, le droit de s’instruire soi-même et de faire instruire ses enfants selon sa conscience, selon son culte, selon ses opinions et son bon plaisir? N’est-ce pas l’enseignement donné et reçu, c’està-dire la pensée qui se traduit en sons articulés , la parole qui se fait

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entendre , l'attention qui se recueille et les reçoit? Depuis la leçon qui apprend à épeler à l’enfant jusqu’à celle qui apprend au jeune homme à réfléchir, à tirer des conséquences des principes et à rendre ses pensées, l’enseignement tout entier est-il autre chose? Or, y a-t-il au monde rien de plus spirituel ? C’est donc un droit naturel, la pensée, le son articulé, la parole, l’attention, des choses essentiellement spirituelles que frappe l’impôt universitaire. Maiscetlc pensée exprimée par dessons, ces paroles, cette attention, quel en est, quel en doit être l’objet, l’objet essentiel, le principal but? Ne sontce pas les croyances, les mœurs, les vertus, les langues, la littérature des âges, l’histoire des peuples, l’aliment des âmes, leur nourriture de première nécessité, des choses aussi indispensables à la vie intellectuelle et sociale des peuples que le pain l’est au corps, l’air aux poumons , le feu aux membres engourdis et paralysés par le froid ?

Sous un autre rapport, le rapport matériel, les objets qui sont frappés de l’impôt du vingtième : la nourriture alimentaire, l’entretien, etc., ne sont-ils pas eux-mêmes des choses de première nécessité?

Et puis toutes ces choses sont-elles à l’Université? Sont-elles à vous pour en faire ainsi , non-seulement le siège de votre impôt , mais la matière de votre monopole, et pour nous les vendre et les revendre cinq ou six fois au poids de l’or ? Le gouvernement luimême, l’État, comme vous dites, et au nom duquel vous prétendez exercer l’absurde, l’inique et odieux monopole de toutes ces choses, l’État en est-il le maître? Le droit d’avoir un culte, une croyance, une morale, une conscience, le droit d’avoir des opinions littéraires et autres, le droit de calculer, de philosopher, d’étudier l’histoire, de parler plusieurs langues, anciennes ou modernes, et par conséquentdes’en instruire, d’en instruire lesautres, d’en faire instruire ses enfants, tous ces droitsappartiennentdonc, en principe, à l’Université, au gouvernement ou à l’État? C’est d’eux que la France les tient; nous sommes encore sous le régime d’une Charte octroyée, et les droits naturels, imprescriptibles, qu’elle reconnaît, qu’elle proclame, sont une concession de l’État, qu’il peut retirer quand il lui plaira ou

nous faire acheter à beaux deniers comptants, de lui ou de ceux à qui il lui plaira de la vendre avec un privilège de monopole ?

C’est à tort que la Constituante, la Législative, la Convention, avant la domination de Robespierre et après sa chute, le Corps législatif sous le Directoire et le Consulat , ont proclamé que « chacun a le droit de recevoir les bienfaits de l’instruction, que « chacun a réciproquement le droit de concourir à les répandre, . . . « que tous les talents sont appelés de droit à disputer, en cette « matière, le prix de l’estime publique, que tout privilège est de « sa nature odieux ; mais qu’un privilège , en matière d’instruc- « tion, serait plus absurde et plus odieux encore? » Robespierre et Danton avaient seuls raison contre tous ; et , en marchant sur leurs traces, vous êtes dans la vérité, dans la liberté surtout? Mais s’il n’en est point ainsi, si Juillet, si tous vos serments se dressent menaçants devant le cynisme de telles apostasies , si la Charte est un contrat synallagmatique comme vous l’avez tant de fois proclamé , si vous l’avez publiée, cette Charte , à la face du monde comme l’expression des droits de la France et de chacun de ses citoyens , si vous l’avez offerte ainsi au duc d’Orléans comme condition du pouvoir, sinon, non, comme vous avez ajouté, si ainsi il l’a acceptée, comment donc peut-elle lui appartenir? Comment ses ministres, ou les Chambres actuelles, peuvent-ils la li vrer à un ou à plusieurs, à M. Villemain , à MM. N isard et Saint- Marc Girardin et à l’Université , pour qu’ils trafiquent , selon leur bon plaisir, des droits qui y sont proclamés?

Mais si les droits de s’instruire et d’instruire les autres n’appartiennent pas, ne peuvent appartenir à l’État sans renverser par la base tout l’édifice de Juillet, tous les pouvoirs constitués et la Charte elle-même ; les objets, les matières de l’instruction appartiennent-elles davantage à l’Université et au gouvernement? Peuton les leur I#rer sans avoir à craindre les mêmes conséquences ? Ces objets, nous l’avons dit, sont la religion, les croyances, les cultes, la morale, lessciences, les arts, les langues, et les méthodes diverses pour s’instruire en toutes ces choses. Eh bien ! tout cela est-il encore la propriété du gouvernement? Tout cela est-il tombé, depuis 1830, dans le domaine du bon plaisir et de la bureaucratie minis-

tèrielle ? Avons- nous besoin d’un visa rectoral , ou d’un placet de grand-maître , pour croire en Dieu , avoir un culte , et faire instruire nos enfants dans nos croyances? Nos pensées, nos opinions, les formes littéraires que nous leur donnons, les langues dans lesquelles nous les apprenons, ou les communiquons aux autres, tout cela ne peut-il non plus se passer du diplôme, ou de la marque d’un seigneur suzerain? Vous n’avez donc rejeté comme fanatique, selon votre langage, le contrôle supérieur de la raison humaine, ou l’intervention de la raison divine en ce monde par l’intermédiaire de Dieu ici-bas, le Pape, comme vous le dites encore, que pour soumettre notre raison, notre cœur, notre mémoire, toute pensée, tout culte, toute littérature, toute langue, et leurs enseignements, ou manifestations nécessaires, tout livre, toute méthode contenant ces enseignements au contrôle supérieur du Conseil royal de l’instruction publique, et à l’intervention universitaire de M. Villemain et de ses bureaux?

Mais du moins l’Église possédait, possédait depuis des siècles : la conversion du monde, la proclamation par elle de toutes les notions du droit , des merveilles sans nombre légitimaient sa possession ; son intervention était gratuite, et son enseignement, vous en êtes convenus vous-mêmes, elle ne le vendait pas; il était accessible à tous, et devant elle, pour ce premier des droits, le pauvre était égal au riche ; il lui était même préféré pour l’ordinaire. Vos titres, pour la remplacer, sont sans doute supérieurs aux siens ; vos droits, pour nous imposer à prix d’argent, pour nous vendre, sous peine d’ilotisme, toutes ces choses qu’elle nous communiquait, elle, sans nous rien demander, sont sans doute incontestables ? Vous ne les tenez pas de Dieu, vous en convenez ; vous rejetez le droit divin avec horreur? Vous ne les tenez pas de la Charte, puisque la Charte ne vous a donné de pouvoir qu’à condition que vous les respecterez comme notre bien et que vous les ferez respecter aux autres? St vous ne datez pourtant que de la Charte; et, hors du droit divin, il n’y a de légitime que l’entière liberté ; et il y a quatorze cents ans qu’un Évêque, Grégoire de Nazianze, demandait à un empereur de iui montrer ses titres de propriété sur la langue grecque et sur l’enseignement de son temps , et qu’il flétrissait , aux applaudissements du monde

entier et de tous les âges, le monopole que l’aposiut prétendait comme vous avoir sur les croyances, sur les langues et sur les lettres (i) !

Mais si vous ne tenez ni de la Charte ni de Dieu vos droits au monopole de toutes ces choses, de qui les tenez- vous donc? Montrcznous donc vos titres ? Et si vous n’en avez point, s’il est impossible que vous en ayez, si hors de Dieu et de la Charte il n’y a que l’entière liberté de légitime, au nom de qui osez-vous donc la limiter, la restreindre, l’enchaîner? Au nom de qui osez-vous donc nous faire acheter au prix, de l’or, au prix de notre conscience, au prix de la foi, de la dignité et de l’âme de nos enfants, les chaînes injustes que vous nous imposez ?

Les impôts universitaires et la vente avec privilège de l’enseignement sont donc injustes en eux-mômes ; ils sont injustes encore en ce que l’Université vend trois, quatre et cinq fois le même objet, comme nous l’avons prouvé dans l’article précédent , la chose est évidente; ils sont injustes en ce qu’elle les vend chaque fois bien au-dessus du prix auquel on les obtiendrait dans une libre concurrence ; ils sont injustes en ce que la répartition de ces impôts , ou de ces prix de vente , viole toutes les lois de l’équité et les dispositions les plus sages de la Charte.

Car ce n’est point indistinctement, comme dit l’article deuxième, et dans la proportion de la fortune, que les rétributions universitaires, scolaires, ou de frais d’étude, que les droits d’examens, de visa des recteurs, de diplômes, d'inscriptions, de permis d’enseigner, etc., sont levés sur la jeunesse, sur les familles et sur les citoyens qui veulent , pour répondre aux exigences de la civilisation, pour exercer un droit, ou accomplir un devoir, s’instruire, ou faire instruire les autres , ou concourir eux-mêmes à répandre

(I) lllud aulem quo tandem inoJo probains , sennones ad te pertinere ? quôd si tuos quoque esse osleudcs , quoinodù nos cormn minime parlicip JJ juxlà tuam legem et brutam stoliditatem ? Cujus enirn Gnecisaii serraoues suut î

le bienfait de l’instruction ; c’est, au contraire, avec distinction et sans proportion avec la fortune, avec les lieux et les positions. Ici pullulent les injustices et les violations de la loi souveraine. Nous ne pouvons que les indiquer en renvoyant aux articles précédents. C’est d’abord l'injustice et Vimmoralité de la rétribution universitaire, comme l’ont caractérisée les commissions et les membres des. Chambres elles-mêmes, de cette exaction antisociale, comme ils ont dit encore, qui s’en va chaque année frapper l’écolier pauvre, ou le bienfaiteur qui l’instruit ou le fait instruire, aussi bien que l’élève le plus opulent, et arracher, avec la plus inique et la plus brutale rigueur, de l’externe pauvre aussi pour l’ordinaire, le vingtième des aliments, de l’entretien et du logement de l’écolier interne que lui, malheureux enfant, ne reçoit pas et ne recevra jamais. Ce sont ces mêmes droits payés au profit de l’Université par les élèves de toutes les pensions, de toutes les institutions, de tous les collèges communaux, quoiqu’elle n’impose aux uns que des professeurs dont les collèges royaux ne veulent pas, et qu’elle n’en fournisse point aux autres ; et quoiqu’elle ne contribue en rien , ni à leurs traitements, ni aux frais matériels de tous ces établissements payés parleurs chefs ou par leurs communes respectives.Ce sont ces mêmes droits payés par les élèves de 914 pensions, de 79 institutions, de 162 collèges communaux, aussi bien que par les élèves des autres collèges, quoique ces établissements ne soient pas de plein exercice, et que leurs élèves , après avoir payé 4, 5, 6 et 7 ans de tels droits, soient obligés encore, afin de parvenir aux grades, quelles que soient leur science et leur capacité, de s’arracher au foyer paternel et à la table frugale de la famille, ou de l’économique pension, et d’aller à larges frais , ce qui est impossible au plus grand nombre, s’approvisionner de rhétorique et de philosophie aux 194 collèges , ou aux 23 institutions privilégiées , en en suivant les cours deux ans, et quelquefois trois ou quatre, parce qu’on leur fait arbitrairement redoubler des classes déjà faites.

Ce sont les droits décennaux et annuels de ces maîtres de pension ou de ces chefs d’institution , également payés à la caisse universitaire , qu’ils aient peu ou beaucoup d’élèves , qu’ils envoient on non aux collèges voisins , qu’ils soient ou non de plein exercice.

Viennent ensuite les énormes droits de frais d’études payés par les seuls externes, c’est-à-dire les plus pauvres, pour l’augmentation des traitements des professeurs, et pour l’entretien du matériel des établissements, quoique les pensionnaires en jouissent plus qu’eux , et que les parents des externes en aient déjà payé une partie dans les centimes additionnels du budget de la commune ; puis les impôts généraux pour l’Université encore auxquels participent, et ceux qui n’ont point d’enfants à faire instruire , et ceux qui pour obéir à leur conscience les font instruire en dehors de l’Université; puis les droits d’examens si souvent deux et trois fois payés, en conséquence des arbitraires et capricieux jugements des commissions universitaires ; et les droits d’inscriptions , de diplômes , de visa si énormes et payés sans distinction et sans proportion de la fortune, et par les riches et par les pauvres , quand à force de sueurs et de sacrifices , et les rudes épargnes souvent d’un vieux père ou d’une mère infirme, ces derniers ont pu arriver jusque-là. Et c’est par millions , comme on l’a vu plus haut, que se comptent ces iniques et inégales exactions.

Si du moins tous ces impôts , tous ces droits exorbitants , en ne tenant aucun compte de la proportion delà fortune contre les termes de la Charte et des éternelles lois de l’équité , contribuaient en quelque chose aux charges de l’état ; si le monopole universitaire comme celui des tabacs servait à alléger les autres impôts, et tournait en quelque manière au bien public; ce serait sans doute bien peu de chose devant sa radicale immoralité ; et l’honneur du pays n’en demanderait pas moins l’abolition , aussi et plus rigoureusement encore que celle de la loterie et de la ferme des jeux qui offraient cet avantage. Mais il n’en est rien. Loin d’alléger les charges publiques , le monopole universitaire les aggrave encore ; et il coûte plus à l’élat , que ne lui coûterait dans tout le royaume l’enseignement même gratuit, s’il était libre. Non- seulement l’Université extorque par la force de son privilège vingt à trerte millions aux familles , qu’elle partage entre les différents assoc.és de son monopole ; mais il faut que le budget général , que tous les citoyens, comme déjà nous l’avons indiqué, y ajoutent encore, en y comprenant les écoles primaires, 15 ou 20 autres millions,

les rentes inscrites sur le grand livre et les revenus de tous les biens non vendus des anciens collèges et des corporations enseignantes. Et les monopoleurs ne sont point rassasiés; et chaque année le chef de l'exploitation vient demander et demander encore, et chaque année quelque sinécure nouvelle est ajoutée aux précédentes, avec 4 , 6 ou 6 mille francs d’appointements , sanscompter l’éventuel , pour récompenser quelqueacte de dévouement envers la compagnie marchande, engraisser quelque nouveau venu , quelque échappé des sociétés secrètes de l’étranger, quelque romancier bien obscène et bien impie , dont les romans n’ont point été suffisamment vendus, ou même quelque courtier électoral dont une place d’inspecteur ou de sous-inspecteur d’écoles primaires , ou une chaire de quoi que ce soit dans une école normale, tiendront chauds le zèle et le dévouement. Nous pourrions citer des noms propres à l’appui de toutes ces assertions.

L’enseignement du monopole est du reste moins répandu dans les masses que ne l’était celui de la libre concurrence, nous l’avons démontré plus haut; il lui est aussi inférieur sous tous les rapports, et ce qui est pis, ce qui donne au trafic qu’on en fait un caractère tout particulier d’iniquité dégradante et barbare, il est anti-social , immoral , corrupteur jusqu’à vicier, et souvent sans espérance de remède, et le cœur et le sang , jusqu’à empoisonner, tuer pour toujours et les âmes et les corps. Nous en avons donné des preuves irrécusables , qu’une cnquêlo publique centuplerait sur tous les points de la France; et toutes les statistiques proclament que les crimes chez nous croissent et se multiplient et en nombre et en atrocité en proportion de l’instruction que distribue le monopole universitaire. « Nous sommes forcé d’avouer, dit M. Ch.

« Dupin , que la complète ignorance s’allie à la moindre proportion « des crimes, et que l’instruction supérieure l’emporte sur tou- « TES les autres par la multiplicité des crimes (1). »

(1) Journal des Débuts , 1 " octobre 1842.

Le 2e article île la Charte est donc aussi sous tous les rapports indignement foulé aux pieds par l’Université.

Le 3e qui est encore un découlement de l’égalité devant la loi , n’est pas plus épargné. 11 est ainsi conçu : « Les Français sont tous

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