A M. LOUIS LESNE, IMPRIMEUR-LIBRAIRE A LYON
Mo. NSI ECU ,
Le monopole universitaire a tenté , on l’espère du moins des serments des Chambres et du bon sens de la France, son dernier acte de conservation par le projet de loi que M. Villemain, son grand - maître , vient de présenter à la Chambre des Pairs.
J’ai réuni , sous le nom de la Grande Moquerie , les raisons les plus propres à mettre au grand jour les absurdités et les impertinences de cet œuvre de despotisme, et à en achever la ruine dans l’opinion publique. Mais persuadé par mon expérience et par plusieurs raisons qu’il serait trop long de déduire ici, que c’est de la province et de Lyon surtout que doivent partir les coups les plus efficaces contre le monopole universitaire, je vous envoie ce petit travail, afin qu’il soit livré à l’impression dans votre ville.
Son esprit est celui des éloquentes et courageuses lettres de Mgr de Chartres , des deux brochures si lucides et si fortes en raisonnements de Mgr de Langres (1) , des différents écrits et du journal de M. le marquis de Régnon, et surtout du Monopole universitaire , destructeur de la Religion et des lois , publié dans votre ville , et que je crois avoir très-fidèlement abrégé, sans l’avoir affaibli, dans la Charte-Vérité, ou le Monopole universitaire devant les Chambres, complété même pour tout ce qui regarde les exactions financières de l’Université , ou son monopole propre-
(I) De la Pastorale si remarquable de Mgr le Cardinal de Bonald , et de ses Observations à la Chambre des Pairs.
( Note de l'Editeur. )
ment dit , monopole peu connu et qui passe tout ce qu’on peut imaginer en ce genre.
Votre correspondant de Paris a dû en faire remettre un exemplaire à chaque Pair et à chaque Député, et je désire que vous en fassiez autant de la Grande Moquerie.
Vous pourrez auparavant, si vous le jugez bon , la faire revoir , corriger, augmenter , refondre même , par qui vous paraîtra capable , pourvu qu’on ne porte pas atteinte à son esprit qui est la liberté pleine et entière à l’égard du gouvernement, la seule qui , sous la kCbarte de 1 830 , puisse être admise par les vrais c atholiques , et qu’un certain journal a tant de peine à comprendre , malgré les avertissements qu’il reçoit de toute part par la retraite de ses abonnés.
Puissent ces deux écrits avoir le succès de ceux qui leur ont donné naissance , comme des amis qui ne flattent pas, le leur promettent ! N’ayant eu du reste, en les composant , d’autre but que le bonheur de la France , et le triomphe de la plus importante de ses libertés , connaissant aussi votre dévouement à cette grande cause'qui est celle du catholicisme , je désire que vous livriez la Grande Moquerie au plus bas prix possible, et que, vos frais prélevés, vous fassiez distri-
huer gratuitement les exemplaires qui resteront aux Evêques et aux pcrcs de famille les plus influents de leur contrée,
Je vous autorise à laire servir celte lettre de préface , et vous prie d’agréer la considération distinguée avec laquelle je suis , etc.
Monsieub ,
I/AITKIK ne M CHAUVE- VÉRITÉ.
“* 10 février 1844. " ' • ....
P. S. Ayant fait connaître dans la Charte-Vérité les
motifs de mon anonyme , qui sont l’obscurité de mon nom , et le désir de n’occuper le public que des preuves et des raisons incontestables que je soumets à ses méditations en faveur de la plus grande question des temps modernes , j’y renvoie le lecteur.
Une grande moquerie! — Faut-il rire? — Faut-il s’indigner? -—Rire : le temps y inviterait ; nous sommes en plein carnaval (1), et les masques devraient apparaître dans tous les carrefours : ils sont rares pourtant ; la misère ne se déguise pas , et l’on n’achète pas de masque lorsqu’on manque de pain. — S’indigner: comment ne le pas faire quand un Ministre de l’instruction publique apparaît à la tribune de la Chambre haute , et (pi’insultant à la fois le bon sens public et la vérité , la souveraineté nationale , la Charte et les pères de famille , il vient , affublé de tous les oripeaux de l’ancien régime , armé de tous les arrêts du despotisme parlemen-
(t) Le projet de loi sur l’instruction publique a dlé porté à la Chambre des Pairs, le 2 février , et le mardi-gras était le 20.
taire , demander au nom de la liberté une loi qui proclame le droit absolu du gouvernement sur toutes les intelligences , le droit de censure de l’Université sur toutes les consciences et sur tous les enseignements , l’exclusion des localités secondaires et de tous les Français pauvres ou d’une fortune médiocre, de la -vie civile et des carrières libérales , l’anéantissement en un mot de toutes les libertés, et le bris du contrat synallagmatique scellé avec du sang , en août 1830.
S’indigner ! et comment se contenir en pensant à la foule de niais de tous les étages , qui vont s’incliner devant ce réquisitoire contre la liberté , et s’extasier sur la haute intelligence des bureaucrates qui l’ont libellé et du grand-maître qui l’a lu?
Nous voulons pourtant nous modérer, pour mieux prouver toute la vérité du litre donné à cet écrit , et montrer plus efficacement à la France entière avec quelle impudence on se moque d’elle , de ses droits et de sa souveraineté.
Nos pères ont entendu par le mot de moquerie toute opinion, toute prétention déraisonnable ou contradictoire , et le Dictionnaire de l’Académie enseigne en conséquence que le mot de moquerie signifie pour Tordinaire une chose absurde, une chose impertinente.
Si donc nous prouvons par des raisons incontestables , auprès de tous les hommes de bon sens et de bonne foi , que l’œuvre présentée par M. Villemain est un tissu d’absurdités et d'impertinences, notre titre est rempli.
Ainsi, la division naturelle de ce petit écrit sera : absurdités du projet de loi-Villemain ; impertinences de ses motifs ; et la conclusion nécessaire : une moquerie sous toutes ses faces.