RUE DES SAINTS-PÈRES
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APPEL A LA FRANCE
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Exposition de [ état des chose*.
Il s’élève aujourd’hui de toutes parts, en France, une grande question religieuse sur laquelle les pères de famille catholiques ne sauraient rester dans l’indifférence.
Déjà ils eussent fait entendre leurs voix , s'ils u’avaient jugé à propos d’attendre que les pièces de ce grand procès , portées au tribunal de l’opinion publique , fus* sent suffisamment recherchées , exposées , examinées. Les choses maintenant en sont à un point qu’ils ne
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croient pas pouvoir sans crime garder plus longtemps le silence.
Un accuse publiquement d’enseigner des doctrine* irréligieuses un grand nombre des membres du corps exclusivement chargé par l’État de l’enseignement des lettres et de la religion.
L’accusation est fondée sur des preuves tirées de ses leçons publique*, de Ses J ’oufnatfx et jle saf livrés.
Cet enseignement de doctrines impies parait justement attribué au corps de l’Université lui-méme, parce que c’est elle qui en nomme lçs membres, qui en autorise les ouvrages, qui en impose l’enseignement.
C’est nécessairement que ces leçons d'impiété arrivent aux oreilles de la jeunesse, parce que la jeunesse est dans la nécessité de fréquenter ses écoles, le monopole universitaire défendant d’en élever d’autres , et n'accordant qu’à ceux qui ont suivi ses collèges les grades sans lesquels tout accès est fermé au* emplois et aux carrières publiques.
L’enfance, élevée dttn$ l’irréligion et l’impiété, «e peut être qu’irréligieuse et impie , parce que , leçons et exemples , tout concourt sans obstacles à la pousser dans une voie où l’entraîne déjà si naturellement le goût du plaisir et d§ l’indépendance. j.Jl ,li0 ,j .
Telle aura été l’enfance, telle sera là jeunesse, avec cet accroissement d’irréligion et d’impiété qu'inspirent des passions naissantes et abandonnées à elles-mêmes , sans frein et sans règle. .... . , ,
„ , Cette jçtyieçse dégradée façonnera d autant plus facilement la société à son image , qu’elle exercera plus d'ascendant elle par son instruction, ses emplois , sa position indépendante et élevée.
De nouvelles recrues de jeunes impies arriveront donc chaque année des collèges de l'Université , pour étendre, pour hâter, pour perpétuer le mouvement anti-religieux qui entraînera toutes les classes.
La dégradation progressive ira toute seule , comme l’arrivée successive des nouvelles générations , et les
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prévisions de l’avenir ne sont déjà plus qu’une affaire
de calcul par règle de proportion, pour déterminer quelle est l’époque prochaine où la dégradation sera complète et le mal sans remède.
11 est inévitable dans un ordre de choses où l’Univer-
sité, s’attribuant le monopole de l’éducation, ouvre
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seule la porte de chaque classe aux jeunes générations et, successivement, se les passe de main en main, jusqu’à ce que les derniers instituteurs aient bien achevé ce qu’ont commencé les premiers maîtres , et que , dans ce contact impur, la fleur de la société soit assez flétriç,
pour qu’il ne reste plus d’espoir de la voir revivre et refleurir.
Ainsi se prépare et commence à s accomplir, par une combinaison satanique dont aucun siècle r»”a donné l’exemple, la ruine des générations naissantes, la ruine des âmes, la ruine de la religion, la ruine de la société. Ce sera là l’effet naturel des doctrines1 qu’enseigne
l'Université , parce que l’enseignement universitaire renferme partout des attaques qui révoltent le catholique, le chrétien , le simple honnête homme. k * '* ■'
Attaqua de l'Université.
Attaques contre l’existence de Dieu , en le confondant avec tous les êtres par un hideux panthéisme.
Attaques contre la création du monde, en faisant la
matière étemelle , par conséquent nécessaire et indépendante.
Attaques contre l’immortalité de l’âme , en la présentant comme une vérité que la raison n’est pas en mesure de démontrer.
Attaques contre la sanction des lois divines, en anéantissant les châtiments et les récompenses d’une vie à venir.
Attaques contre la distinction du bien et du mal moral, eu confondant l’homme avec Dieu, ou avec la brute.
Attaques contre la liberté de l'homme, en identifiant l’homme avec Dieu et Dieu avec la nécessité.
Attaques contre la chute de nos premiers parents, en la qualifiant une épouvantable absurdité.
Attaques contre la révélation de Moïse, en n’eu reconnaissant d’autre que celle de la raisop.
Attaques contre la divinité de Jésus-Christ, en le confondant avec de vils mortels et allant jusqu’à en nier l’existence.
Attaques contre l’honneur de la sainte Vierge, en lui prêtant un caractère et un langage indignes de la Mère 'de Dieu.
Attaques contre la vérité du christianisme , en niant jusqu’à l'autorité des miracles et des prophéties.
Attaques contre l’autorité de l’Église catholique , en faisant de ses souverains pontifes des usurpateurs, et de sa hiérarchie une invention humaine.
Attaques contre les fondements de la foi, en niant l'inspiration de la Bible et l'infaillibilité de l’Église.
Attaques contre l'enseignement des dogmes, en blasphémant contre les mystères de la Trinité, de l lncarnation et de la Rédemption des hommes.
Attaques contre la pureté de la morale, en affichant partout l’orgueil, la licence, l’égoïsme.
Attaques contre la majesté du culte , en en faisant l’unique effet de l’enthousiasme , et en ramenant des idées qui nous conduisent directement encore au culte de la déesse Raison.
Attaques contre la perpétuité de la religion chrétienne , en nous prophétisant l’époque prochaine de ses funérailles et l’approche d’une transformation nouvelle, où tous les faits du christianisme n’étant plus regardés que comme des mythes et des symboles , il n’y aura plus dans le monde d’autre Dieu que la nature , d’autres révélations que la raison , d'autres religions que la philosophie, d’autre Église que l’Université, d’autre sacerdoce que l’enseignement universitaire, d'autres
prêtres que des sophiste», d'autres sacrificateurs que le bourreau , et d’autres lois qu’une nécessité immuable , qui , rendant Dieu complice des crimes , poussera l’homme à une dépravation consciencieuse , systématique et raisonnée.
Sentiments des catholiques .
A la vue de cette nouvelle invasion de doctrines im-
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pies, les pères de famille catholiques ne doivent-ils jias opposer une digue à ce torrent de blasphèmes par une protestation éclatante, et en arrêter los ravages par toit» les moyens qui seront en leur puissance? Et, pour que l'on sache décidément si l’Université a ou n’a pas quelque, excuse, elle a été interpellée, et nous l’interpellons encore , elle à qui on attribue ces épouvantables dçctrines. Qu’elle réponde. Est-il vrai qu’elle les enseigne? Alors, pourquoi vient-elle solennellement au Palais-Bourbon , au palais du Luxembourg , au palais des Tuileries , dire qu’il est irréprochable, un enseignement si impie? Est-il faux qu’elle les enseigne? Alors , pourquoi ne montre-t-elle pas qu’on a cité à
faux la page, le livre, l’auteur? ou pourquoi ne forcet-on pas cet auteur scandaleux à rétracter sa doctrine ? Que dis-je? rétracter! quand, sous l’autorité de l’Université , les mêmes livres continuent à circuler dans les écoles particulières ,. quand les mêmes leçons sont
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données dans les cours publics , quand les mêmes attaques sont renouvelées dans les feuilles quotidiennes, avec plus de fureur que jamais, contre la religion, contre l’Église , contre les évêques eux-mêmes! Et ils se tairont, les catholique» ! Et , par un lâche silence , Us s'exposeront à se voir accusés ou de complicité aveç les impies, ou d’impuissance à repousser leur impiété! Alors seulement on commencerait à ne les pas croira tout à fa if, indignes du superbe mépris dont les accable une orgueilleuse philosophie. Non , non, il n’en sera pas ainsi ! Philosophes, vous nous permettrez, malgré vos égarements, de vous estimer encore assez pour nous montrer, par notre courage au moins, encore jai taux de votre estime ! Enfants des familles catholiques de France, vous n’aurez pas à baisser les yeux au nom de vos pères. Ils seront, dans ces graves circonstances, dignes de la famille que la Providence leur contre. Ce mot dit assez tout ce que leur cœur leur inspirera de dévouement et de zèle pour les intérêts de la religion, de la patrie, de la société tout entière! Et si d’imprudentes paroles, pour les faire reculer, voulaient faire intervenir des considérations, tout humaines dans une cause toute cjivine, inaçcessibles à la séduction des promesses comme à la terreur des menaças, enfants des saint?, ils feraient voir qu’on ne sait pas, encore cç que c’est qu’un catholique, quand on e^pqfq ÇPff
rompre; qu'il petit bien sacrifier ses intérêts , mais se$
devoirs, jamais !
Nouvelle tactique des ennemis de la Religion.
Oui, amis ou ennemis, nous vous prenons également à témoin , si nous pouvons encore , avec des familles dont la Providence nous a confié le dépôt, garder le silence dans les graves circonstances où nous sommes.
La philosophie moderne, après avoir régné un instant sur le chaos, à la fin du dernier siècle, paraissait tout honteuse de ce trône élevé au milieu du sang et des ruines. Ensevelie , pour ainsi dire , dans son triomphe funèbre, elle semblait depuis quelques années faire la morte , et quand , au sortir des jours mauvais, nos apôtres et nos apologistes poursuivaient les philosophes comme les auteurs de tant de folies , de crimes et de malheurs , on ne manquait pas de les accuser de poursuivre des chimères, et de leur répéter que le mouvement religieux qui se manifestait de toutes parts annonçait assez que c’en était fait de la philosophie du dernier siècle, qu’elle avait donné sa démission, et que le bon sens des générations nouvelles en avait fait justice pour toujours. Les sages ne pensaient pas tout à fait de même, et, observateurs attentifs de la marche des adversaires du christianisme, ils apercevaient bien que l’ennemi n’avait fait que changer de tactique, qu’il avait compris que ce n’était plus le temps de faire une guerre ouverte, qu’il fallait masquer ses batteries et combattre
le christianisme même sou* un drapeau chrétien ; comme ces anciens guerriers, qui, pour mieux combattre leurs ennemis, changeaient d’armes au milieu de la mêlée, et prenaient leur casque, leur panache et leur bouclier. Ainsi, on ne parlait que de sentiments religieux, d’art chrétien et de christianisme renouvelé , perfectionné, transformé, quand, tout à coup, à la suite de ce bruit sourd d’impiété qui n'avait pas échappé aux oreilles catholiques, un cri d'alarme vient dénoncerait monde le feu caché dans les entrailles de la société, et une explosion terrible arrache les plus incrédules à leur fatale sécurité. Le démon de l’impiété semble sortir une seconde fois des enfers, pour venir de nouveau armer la terre contre le ciel , et l’on croit encore entendre le cri dé Lucifer : Je monterai dans les deux ; j'établirai mon trône dans les nues, et je serai semblable au Très~Haut Que dis-je! dans les projets de la conjuration nouvelle, le Dieu des chrétiens a disparu pour faire place à cette monstrueuse divinité du panthéisme qu'on environne
encore de nuages aux yeux des peuples, de peur qu’elle n’inspire trop tôt l’épouvante et l’horreur. Il ne s’agit plus, comme dans le dernier siècle, d'attaques isolées et fugitives : la guerre prend une organisation tonte nouvelle, pour aller à la conquête de cet avenir d’indépendanee religieuse qu'on nous prophétise. Cette fois , le christianisme n'aura plus seulement à combattre une armée de sophistes, éparpillés ü la débandade; il y aura de la constance dans les efforts , de la suite dans les
moyens, de l’ unité dans le biit. Auxiliaire de la philosophie, l’tTniversité sera comme l’état-major de ses troupes et le centre de ses opérations. La philosophie moderne, incarnée, si je puis le dire, dans plusieurs membres de ce grand corps, ira de Ses grands bras tout assujettir^ sa domination, jusqu’aux extrémités des provîntes, ùi de sés cent voix faire retentir son enseignement impie dànsfes écoles, les académies, les colleges. Voyez-vous’ conimé elle a enrôlé, par une sorte d’enchantement; ùn peuple entier etc petits sophistes ii sa stiite, auxquels elle'a donné
pour mot d’ordre, non plus ce sauvage refrain des impies du dernier siècle : « Écrasez l’inlfàme...» ce serait trop tôt donner l’éveil et faire connaître sa descendance et son
origine; mais je ne sais quelles paroles mystérieuses et cabalistiques qui, bien comprises par des oreilles philosophiques j u’aurout pas de qui» effrayer d es oreilles chrétiennes, parlant de sentiments religieux, pour renverser la religion; d’idées progressives, pour arrêter le progrès du christianisme; de révélation, pour avilir les vérités révélées, et, sons le nom de Nouveau Messie et de Verbe fait chair, travaillant h anéantir^ s‘il était possible, le Verbe éternel et le Fils de Dieu môme! Non, non! c’est assez pour nous d’avoir été une fois victimes, quand, dans le dernier siècle, ajoutant à ses vieilles erreurs des erreurs nouvelles, elle propagea ces désolantes doctrines , qui ont amené en I'Yance une commotion dont le contre-coup s’est fait sentir jusqu’aux extrémités de l’univers. ' " ’’ •
Organisation d'un plan de guerre.
Et après une leçon payée assez cher pour qu’on s’eri souvienne, après cet enseignement écrit en lettres dé sang parmi des ruines , quand la philosophie devrait tomber aux pieds de la société, les yeux baissés et la rougeur sur le front, pour demander grâce, en promettant de ne plus faire parler d’elle, de peur qu’on ne vienne à lui rappeler qu’on se souvient de ses folies et de ses crimes., la voilà qui , avec une audace qui vous confond, reparaît au grand jour du dix-neuvième siècle, pour juger ses juges , pour instruire ses maîtres , et s ongeant elle-même en institutrice du genre humain , d’un air inspiré et d’un ton d’oracle, vient nous débiter de nouveau ses doctrines de néant, avpe la môme assurance que si , eent fois déjà , on ne lui en avait pas montré l'absurdité et le ridicule. La voyez-vous, du haut de sa chaire de pestilence , entraînant autour d’elle la jeunesse française , et l’enfermant fièrement dans le cercle de Popiüus , lui lixer les conditions quelle met à son avancement , et en lui faisant une loi de son enseignement exclusif, lui donner le choix, ou d’une honteuse servitude dans ses écoles , pendant les plus belles années de sa vie, ou d’un honteux ilotisme dans la société; jusqu'au dérider tenue de sa carrières. Puis, faisant taire toute concurrence à ^éducation des peuples, et
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imposant, silence aux voix indépendantes qui pourraient lui disputer l’empire, nouvelle dominatrice des intelligences, aventurière sans mission et sans titre, elle vient, sur le ton d'une divine infaillibilité, nous présenter ses rêveries comme des oracles , nous imposer dogmatiquement ses symboles comme des vérités , et se donner le privilège d’en créer de nouvelles , en abolissant les anciennes; substituant aux plus évidents motifs de certitude les plus affreux principes du scepticisme ; opposant ses opinions particulières aux croyances ‘générales des peuples; faisant table rase de tout ce qui a été , pour reconstruire la société telle qu’on pense qu'elle doit être; réglant, non pas ses opinions sur les faits, mais les faits d'après ses opinions ; nous arrachant à ce monde réel, tel que nous le montre l’histoire, pour nous transporter dans un monde fantastique , tel que nous le ferait ui\ roman ; ne procédant que par des dénégations, des affirmations, des suppositions toutes gratuites , et ne nous estimant pas même assez pour essayer de nous donner des preuves, comme si sa parole devait nous suffire! Et, composant ainsi, comme on dit, uue poétique pour sonpoëme, quand, après cespréliminaircs généraux, il s’agit d’en venir à des choses plus particulières, alors faisant de l'histoire sacrée et de l'histoire profane une sorte de mosaïque et de marqueterie de caprice , où toutes les pièces sont placées, déplacées, replacées , selon l'inspiration ou l'intérêt du moment, de manière à ce que les mêmes événements passent de-
vant vous comme une fantasmagorie , avec toutes les variantes que la circonstance exige, la voilà qui se met à l’œuvre, pour nous donner sa Philosophie de l'histoire, confondant les époques , dénaturant les faits, travestissant les personnages, mêlant tout, souillant tout, brouillant tout, jusqu’à ce que de cet assemblage confus d’idées fausses et de folles représentations, il ne résulte qu’un affreux chaos, enveloppé de nuages où tout disparaît, la morale, la religion , Dieu lui-même, pour ne laisser entrevoir, dans cette nuit obscure de la société, que des spectres, des monstres et des abîmes. Mais à qui devrons-nous cet affreux avenir, et de qui parlonsnous ? Est-ce de la philosophie ou de l’Université ? Quelle question, grand Dieu! Ah ! déjà ce n'en est plus une; nous le disons avec une profonde douleur, mais nous le disons avec vérité : ne vient-on pas de reconnaître tout à l’heure dans le programme de l’enseignement universitaire le symbole des doctrines philosophiques? Et, que la philosophie ne fasse qu’un aujourd’hui avec l’Université, n'est-ce pas ce qui est écrit à toutes les pages de ses livres, ce qui est proclamé à toutes les colonnes de ses journaux , ce qui retentit encore sous toutes les voûtes de ses écoles publiques?
Alliance de l Université avec la plnlotophie moderne.
Et il n’y a pas là de quoi ranimer la sollicitude et réveiller le zèle des catholiques fidèles ! Philosophes, elle9 sont trop faibles en elles-mêmes, vos attaques contre la religion de J.-C.,pourque nous ayons beaucoup à craindre pour elle, tant que vous n’avez pour l’attaquer que votre raison, et quece n’est qu’une guerre d’intelligence. Comptez, si vous le pouvez, combien de vos beaux traits d’esprit sont venus s’émousser contre la pierre angulaire de l’immortel édifice , depuis dix-huit siècles. La raison du plus simple fidèle abattra à ses pieds le génie de vos plus fameux sophistes, et il suffira de la fronde de David pour renverser le superbe Goliath qui vient encore jusque dans le camp d’Israël , insulter les armées du Dieu vivant. Le passé répond ici de l’avenir.
Mais, quand nous voyons l’ennemi , par une tactique nouvelle, tourner la place, dans l'impuissance de l’attaquer d'une manière directe: mais quand, dans le sentiment de leur faiblesse , les novateurs , après avoir fait l’objection , ne permettent pas même la réponse; mais quand ce n’est plus qu une guerre de bras et d’argent, et non plus le combat des volontés et des intelligences; quand le philosophe impie, se faisant professeur universitaire, ne veut plus dans le monde qu'une seule école où il puisse parquer ses jeunes élèves, une seule classe
où il puisse enchaîner ses nouveaux esclaves, une seule chaire où il puisse vendre ses leçons d’impiété , sans laisser à une jeunesse infortunée la liberté de repousser sa coupe empoisonnée, ou d’aller chercher ailleurs le contre-poison, seul capable de l’arracher à la mort qui la menace; alors, nous l’avouons, nous craignons plus que les tyrans dos premiers siècles ces nouveaux tyrans de la parole et de la pensée, et l'alliance de la philosophie moderne avec la moderne Université centuple parmi nous et les forces de l’impiété et les dangers de la religion.
La philosophie n’avait que des opinions particulières, le monopole universitaire lui a créé un enseignement public, légal et constitutionnel en quelque sorte. La philosophie n’était qu'une abstraction idéale et souvent insaisissable , le monopole universitaire lui a donné un corps sensible et palpable aux yeux du plus obscur vulgaire. La philosophie ne faisait qu’une guerre de partisans et de tirailleurs, si je puis le dire, le monopole universitaire lui a formé un corps de troupes régulières qui ont leur discipline, leur mot d’ordre, leur chef, lequel , parmi mouvement électrique, d’un signe, peut mettre en campagne une armée de sophistes, d’un bout de la France à l'autre. La philosophie peut , d'un moment à l'autre, mourir à lu mort du philosophe isolé qui la représente : le monopole universitaire la perpétue, eu perpétuant les maîtres qui l’enseignent, et qui, se succédant sans intervalle, ne laissent pas même la perspective
«l'une fin quelconque au nouveau fléau qui peut désoler l'Église jusqu’à la fin des siècles. Autrefois , c’était des tempêtes passagères, et souvent l’Église en sortait plus pure, comme le ciel après l'orage. Aujourd’hui c’est une température habituellement viciée , qui , des qu’apparaissent au berceau les générations naissantes, dépose dans leur sein des germes de dissolution et de mort. Flétrisse/, la fleur au printemps, et puis attendez des fruits en automne. Laissez à la philosophie universitaire le soin de gâter toutes les générations naissantes au sortir du berceau, et puis voyez ce qu’elles seront en arrivant à la tombe! O avenir! avenir !
L'Université crie à la calomnie.
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Et nous ne pourrons dénoncer le danger sans entendre autour de nous crier à la calomnie , à la passion, au jésuitisme? A la calomnie! oui, quand on dénature nos saints livres, qi^and on défigure nos dogmes, quand on travestit notre enseignement. Et vous le savez , à qui il est échu en héritage, le vieux refrain de l’école voltairienne : i Mentez , mentez , il en restera toujours quelque chose. » Mais quand vous viendrez nous traiter de calomniateurs, nous, nous aurons toujours à vous porter, vos livres à la main, le défi solennel de prouver la calomnie , et reviendra toujours contre vos écrivains et vos professeurs l’accablant dilemme auquel vous n'avez
pas pu répondre : « Ces outrages contre la religion, dont ou vous accuse, sont-ils vrais ? Alors c’est donc vous qui êtes les calomniateurs, quand vous nous accusez de calomnie. Ces outrages contre la religion , dont on vous accuse, sont-ils faux? Alors réclamez doue contre les assertions de vos journalistes; désavouez donc les cours de vos professeurs; accusez donc les compilateurs de vos doctrines , nous vous le répétons encore , et faites voir qu'ils ont mal cité l’auteur, mal cité le livre , mal cité la page, mal cité les paroles. »
Comme elle est fausse la position que vous vous êtes faite ! Direz-vous que votre enseignement est conforme au catholicisme ? Vous vous mettez en contradiction avec vos ouvrages qui l’attaquent. Direz-vous que votre enseignement est contraire au catholicisme? Vous vous mettez en opposition avec vos réglements qui vous le prescrivent. Nierez-vous que souvent vos collèges sont des écoles d’impiété? Lesenfiants vont vous démentir auprès de leurs parents. Assurerez-vous que vos collèges sont des écoles d’impiété?Lesparentsvontvousôterleurs enfants. Êtesvous pour la liberté d’enseignement? Abandonnez donc le monopole qui l’anéantit. Êtes-vous contre la liberté d’enseignement? Faites donc le procès à la charte, qui la promet. Vous donnez-vous encore pour enfants de l’Église? Donnez donc aussi, signée de votre main, votre profession de foi qui condamne une à une les fausses doctrines que l’opinion vous attribue et que l’Église condamne. N’ètes-vous plus enfants de l’Eglise? Des-
rendez donc de ces chaires, qui ne sont pas failes pour vous, mais pour ceux dont l'enseignement est conforme a l’enseignement de l’Église; tout vous en fait un devoir; et la religion, quelle que soit la vôtre, qui vous reproche de venir, sous le masque de la religion ellemême, arracher d’un jeunecœur toutprincipe religieux; et la conscience qui ne permet pas à l’honnête homme de venir dans la morale jouer un faux rôle, comme s’il pouvait tromper et Dieu et les hommes ; et Injustice qui vous accuse de vendre des leçons d’impiété, quand on vous paie pour donner des leçons de christianisme ; et l’honneur qui défend tout ce qui est faux, tout ce qui est lâche, tout ce qui est contraire à ce sentiment de la solide gloire et de la véritable grandeur dont vous vous piquez vous-mêmes. A ce titre, c’est à vous que j’en appelle encore : croire d’une façon et enseigner de l’autre , avoir en public une profession de foi obligée qu’on lepète comme un rôle de cérémonie, et avoir en particulier un autre symbole reel , qu’on donne comme la véritable expression de ses sentiments; accepter la mission de donner à la jeunesse une éducation chrétienne, et abuser de la confiance publique jusqu’à venir, sous le voile de ce sacerdoce sacré, etouffer ou altérer tous ces beaux sentiments que la religion inspire. Quel nom donner à cette conduite;1 Et, quand on appartient à une nation de trente millions de catholiques, quand on vit sous une charte qui reconnaît pour religion de la majorité la religion catholique , quand on fait partie d’un
corps qui vous impose l’enseignement de la doctrine catholique, quand on se charge d’élever dans le catholicisme les enfants des familles catholiques , venir ensuite, sur le ton de l’ironie et de l'insulte, combattre et anéantir dans ces jeunes cœurs la religion catholique; nous ne nous permettrons pas de qualifier ce procédé... Nous le livrons à la justice de la conscience publique : que l’Université se juge elle-même et lui donne le nom qu’il mérite.
L'Université crie à la passion.
Et parce que, en dénonçant cette nouvelle levée de boucliers contre la religion, il y aura dans nos paroles un sentiment vif et profond des maux de l’Eglise, on criera à la passion! Défenseurs du monopole universitaire, quelle passion nous reprochez-vous? Une passion haineuse? Oui, de la haine pour vos erreurs; mais pour vos personnes, ah ! Dieu ne voit dans nos cœurs que la charité et un dévouement sans bornes. Une passion injuste? Nous ne vous demandons que ce que vous nous devez : l égalité des droits pour tous les Français, proclamés tous égaux devant la loi, et l’accomplissement
des couditions d’un contrat que vous ne pouvez violer
vous-mêmes sans injustice. Une passion violente? Nous n’exigeons pas qu’on ferme les écoles universitaires, niais qu’on laisse ouvrir aussi des écoles catholiques,
et qu'on n'arrache pas violemment aux familles un droit auquel elles ne peuvent renoncer elles-mêmes sans crime, et qui leur est assuré par toutes les lois divines et humaines. Ces accusations que vous portez contre nous, c’est nous qui pourrions les porter contre vous-mêmes; le droit de représailles ne rendrait nos récriminations que trop fondées. Vous parlez de passion haiueuse, injuste, violente : voulez-vous qu’on vous dénonce ici les coupables? Dites-le-nous. Qui donc formait le vœu d’avoir à sa disposition une armée de cent mille hommes pour en fiuir plus vite avec le christianisme? Qui donc terminait toutes ses correspondances par l’affreux refrain : écrasez l'infàme? Vous savez ce qu’il voulait dire... Qui donc vous exprimait le désir d’immoler le dernier prêtre sur le corps du dernier roi, dans des chants populaires dont nous 11e pouvons pas même répéter les horribles paroles? Qui doue, à la fin du dernier siècle, ne faisait à l’élite du clergé et des populations françaises d’autre sort que la prison, l'exil ou la mort? Qui donc, depuis ces jours de lamentable mémoire, dans des livres destinés à l’éducation de la jeunesse, excuse, réhabilite, canonise les monstres qui ont ainsi couvert la France de sang et de crimes? Qui donc, dernièrement encore, 11e s’exprimait devant une jeunesse ardente qu’avec l’accent de la fureur et du délire? Qui, dans une discussion publique sur les droits des citoyens, répondait à ceux qui 11e se permettaient que les plus justes demandes, qu'on leur devait, non la liberté, mais l’ex-
pulsion? Qui, pour en finir, déclarait que, pour chasser une société de prêtres, on avait chassé une famille de rois, et qu’avant de les laisser reparaître, on chasserait, s’il le fallait, dix dynasties encore? Tout le inonde, je pense, reconnaît assez bien ici le langage de l’école voltairienne et de l’école universitaire; et u’est-ce pas là de la passion, et une passion haineuse, injuste, violente?
Ah! il est une autre passion, une passion noble et divine, la passion du vrai, du beau, du bien, la passion de travailler au bonheur de sa famille et de sa patrie, de se dévouer aux intérêts de la religion et de l’humanité; la voilà notre passion! C'était la passion de ces grands hommes de l'antiquité profane, à qui l’amour de la patrie a inspiré ces actes de vertu et de dévouement, dont le souvenir a été transmis d’âge en âge à l'admiration des peuples. C’était la passion de ces grands hommes de l’antiquité religieuse, à qui l'amour de la religion a fait faire ces actes d’héroïsme, dont le récit vient, après vingt siècles encore, faire battre le cœur et couler les larmes. C’était la passion de ces grands hommes des siècles chrétiens, à qui leur amour pour l’Église de Jésus-Christ a commandé tous les genres de sacrifices pour défendre la foi dans les contrées civilisées, ou aller en porter l'étendard dans les contrées les plus sauvages et les plus lointaines. Oui, la voilà notre passion à nous! Enfants d’une religion de paix, nous n'en avons pas d’autre. Il n’y aura d’autres violences que celles que nous saurons nous imposer, si vous vous faites
persécuteurs, et d’autre sang versé que celui que nous saurons encore répandre, s’il vous faut encore des mar tyrs; mais ne pense» pas avoir des apostats!...
L'Univcrsitc crie aux Jésuites.
Mais, dès qu'il s’agit de réclamer parmi nous un enseignement religieux, j’entends crier aux jésuites! et, à ce signal, voilà autour de nous un débordement nouveau de menaces, d’injures, de déclamations furibondes ! Défenseurs de l’Université, permetlez-nous un conseil, dans l’intérêt de votre honneur et de votre gloire. Ce langage violent et passionné n’est pas fait pour des hommes qui, dès qu’on se permet contre eux les plus légitimes réclamations, crient à la violence et à lu passion; donnez ces exemples de modération que vous savez si bien recommander aux autres. Vous n’ignorez pas ce qu’ont produit, à la fin du dernier siècle, tous ces appels aux proscriptions et aux fureurs populaires; laissez donc aux autres ces armes rouillées dans le sang et dans la boue. Non, non; vous êtes trop honnêtes et trop intelligents pour recourir à ces basses et maladroites attaques. En attaquant les jésuites, l'Université ne voudrait pas qu’on dît que c’est jalousie de métier de la part d’uu corps savant contre une société savante dont la gloire lui ferait ombrage; que c’est une affaire de spéculation d’école contre école, dont la concur-
rence, en diminuant ses élèves, diminuerait ses revenus ; que c’est un procédé peu honorable d’attaquer un adversaire abattu et sans armes pour se défendre contre une armée ennemie et toute-puissante; que refuser à une corporation religieuse la liberté d’enseignement qu’accapare la corporation universitaire, c’est se juger déjà soi-même et désespérer de sa cause, si elle était portée au tribunal de l’opinion publique; que c’est une souveraine injustice de refuser à des hommes, qui sont chrétiens et français comme vous, un droit que leur accordent comme à vous, et la loi chrétienne, et la constitution française; que s’attaquer ici aux jésuites, ce n’est qu’une fausse attaque, pour faire diversion au soulèvement général de la France, contre un monopole tyrannique et contre des * doctrines impies; que la difficulté n’est pas là; mais, on le sait, que le véritable point de la question, c’est de savoir, oui ou non, si le monopole universitaire qui pèse sur la France doit être toléré, et si tout ne se réunit pas pour nous porter à en secouer te joug. Que font ici les jésuites, dont on exhume le fantôme pour faire peur à ceux qui ne les connaissent pas? Pour nous, qui avons eu plus d’une occasion de les connaître, qu'on ne pense pas nous en faire un épouvantail en nous les opposant à nous-mêmes. Nous le déclarons hautement, nos principes sont communs, notre cause est la même; et, puisqu’il se présente ici l’occasion de faire notre profession de foi au sujet d’une société célèbre, qu’on
ne pense pas que nous reculerons devant les préjugés du siècle et les injustices d’une opinion publique, faussée depuis longtemps par les novateurs et les sophistes; nous nous ferons un devoir et un honneur de protester en faveur de l’illustre société qu'on persécute, et nous demanderons sous quel rapport ces hommes, qu’on poursuit avec tant d’acharnement, cessèrent jamais de bien mériter de la religion, de la patrie et de la société? Dans leurs rapports avec l’Église? Toujours attachée à sa cause, leur société eut les suffrages d’un concile œcuméuique; vingt papes l’ont successivement approuvée ; et, si elle a été dispersée un instant par la violence de l'orage, le pilote du vaisseau de l’Église s’est hâté de les rappeler, comme d’habiles et vigoureux rameurs à opposer à la tempête. Dans leurs rapports avec les évéques de France? Auxiliaires dévoués, toujours iis surent mériter leur confiance; et quand, dans le dernier siècle, l’impiété, pour en finir plus vite avec la religion, ne jugea point de moyen plus sùr que de bannir ces religieux, l’épiscopat français protesta hautement contre une proscription injuste et tyrannique. Dans leurs rapports avec l’hérésie ? Intrépides défenseurs de la vérité, toujours on les vit sur le champ de bataille, en butte aux premières attaques de l’erreur. Dans leurs rapports avec la philosophie moderne? Apologistes de la religion dans leurs discours et leurs écrits, ils la défendirent avec assez de talent et de zèle pour faire comprendre aux philosophes qu’ils n’arrive-
l'aient pas jusqu’au trône des pontifes de Rome sans avoir écarté ceux qui lui faisaient un rempart de leurs corps. Dans leurs rapports avec les princes de la terre? Soutiens du trône sans en être les esclaves, ils ont su tour à tour défendre les intérêts des peuples et des rois, et quand, avant-coureur des tempêtes, le vertige des cours les a emportés dans l'exil, dans cette étonnante proscription où on les condamna sans les entendre, on put bien voir une oppression et une intrigue, mais jamais un procès et un jugement. Dans leurs rapports avec la France? Toujours Français, quoique toujours catholiques, ils surent concilier les droits de l’Eglise et les droits de l’Etat; et, emportés par leur zèle chez tous les peuples du monde, du fond des contrées les plus lointaines, ils tournaient plus d’une fois leurs regards vers cette patrie, dont ils n’ouhliaient jamais les intérêts et la gloire. Dans leurs rapports avec leur société elle-même? Pénétrés de la grandeur de ses destinées, c'est cet esprit de corps dont on les accuse même, qui, en vivifiant tous les membres, leur inspirait ces grandes pensées de générosité chrétienne, et les portait à s’oublier eux-mêmes pour ne s’occuper que de la plus grande gloire de Dieu et des plus chers intérêts des peuples. Dans leurs rapports avec nos contrées civilisées? Savants modestes, ils laissaient dans notre France des monuments de leurs études et de leur génie, en attendant que, dans leurs excursions lointaines, correspondants de nos académies, ils enrichissent nos so-
ciétés savantes du fruit de leurs longues et laborieuses recherches. Dans leurs rapports avec les contrées les plus sauvages et les plus barbares? Intrépides missionnaires, ils allaient cimenter leur foi de leur sang, et on les vit, nouveaux législateurs, fonder des républiques chrétiennes, l’éternel honneur de la religion, et le désespoir de l’ancienne philosophie et de la philosophie moderne.
Véritable état de lu question.
Mais il ne s’agit point ici des jésuites. I*i seule chose que nous demandons, c’est une éducation libre, et par conséquent, religieuse pour ceux qui la veulent religieuse, qui que ce soit, d'ailleurs, prêtres ou laïques, corps religieux ou corps universitaire, à qui la famille, la cité, la patrie, la confie, sans monopole pour les uns, et sans exclusion pour les autres. On l'a dit : c’est ici une question de vie ou de mort pour les catholiques en France. Elle ne mettra pas plus longtemps un obstacle à de si justes désirs, cette Université qui se dit si catholique et si française ; et nous ne doutons pas qu’il ne lui reste encore un assez grand nombre de membres, qui font les mêmes vœux que nous formons nousmêmes.
Ils gémissent de ne pouvoir faire le bien qui est dans les vœux de leur cœur, parce que, dans la posi-
tion que l’Université leur a faite, ils se voient environnés d’innombrables obstacles ; parce que, dans les établissements universitaires, on ne retrouve pas l'action du clergé auquel ils n’inspirent que de justes défiances; parce que les leçons que le professeur donne tous les jours dans les classes, ne sont pas toujours en harmonie avec les conférences que l’aumônier donne rarement à l’Église, et qu’il est plus aisé de faire goûter à la jeunesse des doctrines qui lâchent la bride aux passions, que de lui faire goûter un enseignement qui les épouvante; parce que les interprètes de la religion avec si peu de moyens de faire fructifier leur ministère, et parmi tant d’obstacles qui neutralisent leurs efforts, ont peine à ne pas céder à une lassitude et à un désespoir dont l’expression est venue plus d’une fois retentir aux oreilles de la société épouvantée; parce que, quel que soit le mérite et le zèle d'un chef d’établissement, il ne peut tout faire par lui-même, et que la difficulté pour lui, c’est d’avoir des coopérateurs qui le secondent dans ces rapports de détails, dans ces enseignements des classes, dans ce laisser-aller des récréations et cet abandon des conversations particulières, qui ont tant d’influence sur l’éducation; parce qu’il lui faut subir une direction qui n’est pas toujours religieuse, et accepter pour l’enseignement des ouvrages que la religion réprouve ; de sorte que, placé entre l’obligation de procurer le bien, et l’impossibilité de le faire, il se demande, en gémissant, dans une po-
sition si violente, s’il doit conserver on retirer à «les institutions si dangereuses, l’autorité d’un nom honoré, et d'une réputation de vertu qui n’a plus d’autres effets que d’égarer l’opinion , et de tromperies familles. Qu’ils se réunissent donc à nous, les hommes religieux que l’Université conserve, afin de recouvrer pour eux , et de conquérir pour les autres une indépendance qui aurait de si heureux effets, dans l’intérêt de la religion et des mœurs.
Suites effrayantes de F enseignement universitaire.
Mais s’il est encore donné à la partie la plus saine de subir le joug , et que les choses doivent rester ce qu’elles sont, avec ce monopole de l’Université et cet. enseignement universitaire, ah! alors, penserait-on que nous garderions un coupable silence, ou que nous nous bornerions à de vaines paroles? Tout serait perdu dans l’avenir de nos enfants, de nos familles, de la société tout entière.
Déjà de toutes parts apparaissent des symptômes de dissolution. Désespéré du présent , on aimait à se réfugier dans l’avenir ; mais il se montre plus sombre encore. Grand Dieu! quel est donc cet avenir qu’on nous prépare ? A côté des familles assez heureuses encore pour conserver l’héritage de la foi et des mœurs, il en existe d’autres qui ont déjà subi l’influence des
nouvelles doctrines. I nc génération, qui a épouvante l'univers par ses erreurs et ses folies, est à peine descendue dans la tombe, et voilà que nous voyons sortir du berceau une génération nouvelle, qui menace de nous faire regretter l’ancienne. Marquée au front de la tache de son origine, elle se hâte d’ajouter à cette dégradation héréditaire une dégradation personnelle ; viciée tout à la fois, et par les exemples de ses pères, et par les leçons de ses maitres, elle hâte sa maturité dans le crime. On dirait que l’Université tient ces jeunes plantes dans ses classes comme en serre-chaude, pour les rendre plus précoces dans le mal. Elles n'en Sont pas sorties encore, qu elles étonnent déjà par leur développement dans le vice, et leurs fruits d'impiété. Jeune encore, cette génération a la vieillesse du crime; mais le crime chez elle a une physionomie particulière ; c’est son progrès, à elle. Elle est indifférente, incrédule, impie; mais ce n’est plus cette indifférence légère, cette incrédulité raisonnée, cette impiété franche d’autrefois; c'est quelque chose de faux dans les idées et le langage qui est indéfinissable; on dirait une civilisation barbare, une politesse sauvage ; c'est un mélangé de volupté et de mysticisme, c'est une religion impie. Essayez de démêler le chaos , dans ces jeunes tètes formées à la nouvelle école. Point de principe sur lequel vous puissiez appuyer l’édifice de la vérité; ce ne sont que des terres mouvantes : tout manque sous vos pieds , tout s’affaisse. En vain cherchez-vous à tendre la main à ce
jeune incrédule, il vous échappe, ex vous le voyez s'enfoncer dans un abîme où vous ne pouvez plus l’atteindre; il n’y à plus de point de contact ; il n’y a plus de prise. Avec des efforts à perdre haleine, êtes-vous parvenu à le faire entrer sous l’empire de cette raison générale qui sert de guide au genre humain? C’est pour eux un nouvel ordre de choses où ils ont peine à se reconnaître ; ce sont comme des intelligences dépaysées. Elles reviennent sur leurs pas, et vous n’avez pas de moyen de les retenir dans la vrai ; le vrai est un état violent pour elles. Essayez une démonstration : plus de motifs de certitude, avec la philosophie sceptique de leur éducation première ; e’est une autre logique, un autre ordre d’idées, un autre langage. On leur a fait passer leur jeunesse dans «n autre monde, dans un inonde idéal, factice, imaginaire. L’imagination a remplacé la raison , ou plutôt , la raison est devenue folle, si je puis le dire. Et si elle ne sait pins diriger les idées, comment dirigera-t-elle fos passions? Ce sont les passions elles-mêmes qui, indépendantes, traceront des conditions à la raisou, au Jnen, elle ne sera proclamée souveraine des passions, qu’avec fa condition expresse qu’elle sanctionnera tous leurs égarements et tous leurs caprices. Ainsi, plus de tribunal de la conscience, on plutôt , c’est uu tribunal corrompu, dont les décisions vont justifier tous les primes, et npus Tarons dit, désormais la dépravation sera consciencieuse, systématique et raisonnée : fa voilà la jeunesse,
telle que le monopole universitaire nous la fait; voilà nos enfants , tels qu’on Voudrait les faire.
Et nous, pères de famille, à qui a été confié plus particulièrement ce dépôt sacré dont nous devons compte à Dieu et aux hommes , c’est tranquillement que nous les verrions , ces enfants, s’égarer dans les roules de l’erreur! Mais bientôt la jeunesse perdue tout entière entraînerait après elle dans le même abîme les lois, les institutions, les mœurs, avec la religion qui en est la sauvegarde et la garantie. Ab ! dans le sentiment de notre impuissance, il est une autorité sacrée vers laquelle nous tournons nos regards éplorés : Pontifes de Jésus-Christ, nos faibles voix seront soutenues par votre voix toute-puissante. La société vous respecte encore, et ces fronts marques de l’onction sainte, et celte mission divine, et ce caractère sacré, et ce dépôt des saines doctrines, et cet esprit de l'apostolat, et cette responsabilité du sacré ministère, et cet esprit de Jésus-Christ, et cette tendre sollicitude du pasteur pour Je troupeau que la Providence lui confie ; voilà ce qui fera excuser vos réclamations , si toutefois vous avez besoin d’excusç, quand il s’agit de dénoncer aux rois et aux peuples les grands dangers de la religion et de la société. Continuez ce que vous avez si glorieusement commencé ; aideznous, à sauver nos familles , en nous sauvant de la contagion des nouvelles doctrines. En vain des clameurs insensées ont accueilli les premières protestations de nos évêques : à ces accents généreux , la France a tressailli
(le reconnaissance et d’amour. Continuez de marcher à la tête de ce mouvement religieux : vous nous avez assez Lien instruits à manier les armes de la foi , pour que nous ne vous laissions pas sans défense. Nous montrerons derrière vous tous les siècles chrétiens, et toute l'antiquité religieuse.
Détracteurs du sacerdoce, vous verrez que toujours les conducteurs du peuple de Dieu élevèrent la voix contre ceux qui attaquaientson culte ; c'est Moïse, prenant le ciel et la terre à témoin des malédictions qui allaient fondre sur les déserteurs de la loi sainte; testes iiivoeo ctelum et terrain ; c’est David , dénonçant solennellement aux rois et aux peuples ce qu’on a h attendre quand on conspire contre le Seigneur et contre son Christ : Quare fremeruht (jentes? Dominas autan urridebk eos. C’est Isaïe, nous menaçant de la part de Dieu de demander compte, âme pour âme, de la perte «les impies, s’ils n’ont pas été avertis. Saïujuinem ejus de manu tua reqmrain. C’est le grand apôtre, dévouant à l'anathème les novateurs, fussent-ils des anges descendus du ciel : ht si A tu je! us de rado , analhema sit. C’est le disciple hien-aimé, oubliant la douceur de son caractère, pour appeler en face les propagateurs des fausses doctrines , des (ils aînés de Satan : Novi primogenitum Saturne. Ce sont les Justin, les Origène, les Tcrtul lien, allant, leurs apologies à la main , braver la fureur des tyrans. Ce sont les Jérôme, les Cyrille, les Hilaire, ('datant contre les novateurs de leur siècle, ej
pouvant à peine modérer 1 expression de leur indignation sainte, même en présence de la Majesté impériale. C’est l'Orient, s’ébraulant à la voix d’Alhanase; ce sont les Églises des Gaules, et tout l’Occident, recevant leurs évêques en triomphe, au retour de ces Conciles généraux, où ils venaient de foudroyer l’erreur, et de sauver encore la vérité.
A Dieu ne plaise que nous soyons obligés, par l'ex-
cès du mal, de provoquer nous-mêmes les anathèmes de l’Église contre les novateurs de ce siècle, et contre un enseignement dont la France signale de toutes parts le danger ! Quelle, douleur pour eux et pour nous , si, ne voyant point de fin à un monopole qui enchaîne nos enfants à des chaires d’irréligion, ni à un enseignement qui pervertit nos familles , et n'ayant plus d’autre parti à prendre, nous étions obligés d’en venir, poulies sauver, jusqu’à prier ceux que l’Esprit-Saint a établis pour gouverner l’Église, de déployer leur autorité tout entière, et de recourirà des moyens extrêmes, condamnant les auteurs, flétrissant les livres, interdisant
les chapelles, retirant les aumôniers, et signalant solennellement les sources publiques de licence et d’impiété 1.— Mais, non, il répugne trop à nos cœurs d’eu venir à ces extrémités. Il suffira ici de nos justes réclamations. La voix de la religion sera entendue, et nous n'aurons bientôt qu’à offrir des actions de grâces au ciel et des félicitations à la terre, eu voyant rendre à la religion la liberté d'enseigner aux générations
naissantes les doctrines auxquelles se rattache le bonheur des individus, des familles et des empires.
Pour obtenir Cet heureux résultat, nous . invoquerons l'honneur, la foi jurée, les lois, les institutions, tout ce qui a coutume de faire quelque impression parmi les hommes; mais avant tout, hommes de foi, nous l'avouons , c’est en Dieu qu'est notre principale confiance. Il y a ici trop d’obstacles pour que nous puissions espérer d’en triompher par nos propres forces. Nous faisons donc appel au zèle de tous les catholiques. Mères chrétiennes, c'est particulièrement votre cause : nous comptons particulièrement aussi sur votre concours. Nous avons vu votre inquiétude et vos alarmes, quand , environnées de vos jeunes fils, à ces douces images du présent, venaient, comme malgré vous, se joindre les tristes pressentiments de l’avenir. Où trouver une éducation qui réponde à vos vœux, à vos espérances? Et dans ces tendres enfants, à peine sortis de vos mains, avec un parfum d’innocence, de pudeur et de piété, seriez-vous condamnées à ne plus voir que des victimes couronnées de fleurs pour le sacrifice, et destinées à être immolées à ces infâmes déesses de la volupté, de la raison, dont on vient parmi nous relever les autels? Ah! des prières! Il faut ici une sainte ligue de prières. Ce sera comme une croisade spirituelle contre une invasion de nouveaux infidèles. Ah! quand les anciens croises partaient pour leurs expéditions religieuses et guerrières, c’est de la main de nos
évêques et de nos prêtres qu’ils venaient recevoir la croix. Réunis pour former une croisade nouvelle contre de nouveaux ennemis de la chrétienté, plus infidèles que les infidèles eux-mêmes , puisqu’ils ne reconnaissent pas même le vrai Dieu , qu’ils chassent, lui aussi , de l’univers, pontifes de Jésus-Christ, et vous tous, prêtres du Seigneur, nous tombons à vos pieds, bénissez-nous au début de notre carrière ! C’est vous que nous choisissons pour marchera notre tête, sous la bannière de la Vierge immaculée qu’on outrage, et qui saura bien foudroyer les nouvelles erreurs comme elle a foudroyé les vieilles hérésies : Sola cwictas hœreses interemisli in universo mundo. Pour ce nouveau bienfait, c'est vous qui bientôt nous conduirez dans les sanctuaires que lui a déjà érigés la réconnaissance des peuples pour la remercier d’avoir été encore, au milieu des nouveaux fléaux et des nouveaux ennemis qui nous menacent, un gage de salut et de bonheur !...
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' J près avoir exposé les raisons, indiquer les moyens.
On vient de se convaincre s'il est assez bien justifié , Je but que nous avons annoncé, et si, à la vue des nouveaux dangers qui menacent encore le royaume de saint Louis , les catholiques dignes de ce nom ne doivent pas se liguer pour sauver le royaume très-chrétien et la chrétienté tout entière. Mais j'entends le déH qu'on nous porte : Que ferez-vous donc? nous disent les ennemis de la religion, sur le ton de l’ironie et de l'insulte.
Premier moyen : la croisade proposée.
Ce que nous ferons pour nous affranchir d'un joug tyrannique et impie? Contre les nouveaux infidèles nous ferons une croisade nouvelle. Croisade! à ce nom quels souvenirs ! Où vont donc les populations ébranlées à la voix d’un simple ermite, et se précipitant vers l’Asie à la suite d’un Godefroy de Bouillon , d’un saint Louis et de l’élite de la jeune noblesse française? Où ils vont? délivrer lé tombeau de Jésus-Christ et arracher les chrétiens ù l’esclavage. Nouveaux croisés du dixneuvième siècle , vous avez, j’ose le dire, de plus hauts intérêts encore à protéger et à défendre. Ce n’est plus le tombeau de Jésus-Christ, c’est la religion de Jésus- Christ elle-même qu’il faut sauver ; ce ne sont plus des chaînes imposées à nos mains, mais des chaînes imposées à nos intelligences , qu’il faut briser! Le Dieu de nos pères , en mettant devant nous le bien et le mal , nous laissait libres de choisir, sauf à nous demander compte de notre choix : Ante vos bonum et malum, optio vobis datur, elitjite. Aujourd’hui , c’est trop d’honneur apparemment pour la dignité de l’homme que de le traiter comme un être intelligent et libre ; on en fait une machine à qui on imprime, bon gré, mal gré, le
mouvement , assez longtemps pour que ses organes altérés et ses ressorts faussés, si je puis le dire , n’aient plus de jeu pour le bien et soient déterminés au mal irrévocablement et sans espérance. Voulez-vous savoir à quoi vous condamne l’inquisition nouvelle? Ou vous n’aurez plus de croyance, ou vous n’aurez plus que les siennes. Oui, vous n’aurez de conscience que celle qu elle vous fera, de philosophie que celle qu’elle vous enseignera, de religion que celle qu’elle vous octroiera, de Dieu que celui qu’elle vous improvisera. Le mahométisme vous aurait laissé au moins le vrai Dieu, le panthéisme ne vous offrira qu’une monstrueuse divinité; ce sera la nature personnifiée, ce sera la raison divinisée, ce sera l’Université déifiée. Elle seule aura le droit de vous dicter des oracles, et vous l’obligation de ti’en point aller entendre d’autres. Il faudra que vous et vos enfants vous en passiez par là, sous peine de perdre votre existence dans la société. Et comme les anciens infidèles, en se précipitant sur leurs captifs, l’Alcoran d’une main et l’épée de l’autre, n’avaient que ces deux mots à la bouche : Crois, ou meurs; ainsi les nouveaux infidèles n’ont pour dernier mot que cette affreuse alternative : ou subissez l’enseignement de nos écoles , ou renoncez à vos projets d’études et de fortune. Ainsi, après que la religion a travaillé pendant dix-huit siècles à nous conquérir la liberté religieuse , le monopole universitaire nouSreplonge dans les chaînes de l’esclavage, et
nelaisseànosenfàntsque l'apostasie ou la mort. Oui, mort à la société ci vile, aux emplois, aux honneurs, à tout ce qui donne une existence aux hommes dans nos sociétés modernes. Et quand nos pères se sont précipités snr l’Asie pour briser le joug imposé à des populations étrangères , nous souffrirons que ce joug tyrannique et impie , on vienne dans notre Europe, dans notre France , dans nos familles , l’imposer à nos enfants et nous l’imposer à nous-mêmes ! Non, non, contre les nouveaux infidèles une nouvelle croisade . voilà le cri qui doit retentir d'un bout à l’autre de cette France catholique , dont on attaque la religion , la liberté, l’honneur.
Deuxième moyeu : des efforts mesurés sur la grandeur de F entreprise.
Ce que nous ferons pour nous arracher à un joug tyrannique et impie ? Dans cette nouvelle croisade contre les nouveaux infidèles, nous ferons ce que faisaient les anciens croisés, nous mesurerons la grandeur de nos efforts sur la grandeur des dangers qui nous menacent. C’est à la religion qu’on en voulait autrefois , c’est à la religion qu’on en veut aujourd’hui encore. Ne me parlez plus de cette puissance ottomane qui venait fondre de toute part sur les frontières de l’Europe chrétienne.
An cœur même de la France catholique, voilà une puissance bien autrement redoutable qui a juré la ruine du catholicisme. Ce n'est plus en faisant marcher devant elle la terreur et la mort , c’est en s'environnant d’images riantes et voluptueuses pour attirer, égarer et séduire. Ce n’est plus l’épée du soldat ni le cimeterre de l’infidèle , c’est la plume du sophiste et le glaive de la parole, qui nous prépareront des défections scandaleuses. Ce n’est plus cet Alcoran, fruit de la superstition et de l’ignorance, c’est ce hideux panthéisme où tout est Dieu, excepté Dieu lui-même , et où 1 homme n'a d’autre destinée que celle de la brute. Ce n’est plus une religion vieillie et mourante qu’on vous prêche ; c’est une religion nouvelle et, comme on dit, progressive, rationnelle, humanitaire. Ce ne sont plus de ces infidèles à l’œil farouche et aux mœurs sanguinaires; ce sont des infidèles qui blasphèment contre Dieu, qui outragent la religion avec politesse , qui croient pouvoir vous donner des leçons de vice, pourvu que ce soit avec de belles phrases et en style académique; qui, pour ôter au crime et les remords du passé et les craintes de l’avenir, vous parleront savamment de leur ignorance sur la vie à venir, et mettront un esprit infini à vous prouver qu’ils n’oiit point d’esprit et que nous n’avons point d'âme; et qui enfin, en nous faisant rétrograder de trois mille ans pour la recherche de la vérité, n’en proclameront pas moins que
le siècle marche, et que décidément il y a mouvement, progrès, perfectibilité. Voilà les. -apôtres de la philosophie ; voilà les sophistes du monopole universitaire; car l'une et l'autre ne font plus qu’une puissance, et jamais , même du temps des croisades, il n’y en eut de plus redoutable au christianisme. Aspirant à être maitresse de la nation la plus spirituelle de l’univers, en se l’assujettissant, elle veut s’assujettir tous les autres peuples. Honteuse d’avoir échoué dans le dernier siècle, elle prend ses mesures pour ne pas manquer son coup yoe seconde fois dans celui-ci. Instruite par l’expérience, elle veut que, si les membres meurent, le corps subsiste toujours , et que l'Université soit toujours là ppur remplir les places vides et donner des continuateurs à son œuvre. Jalouse de l’Eglise, elle en singe les institutions, et pour en avoir la perpétuité, elle en imite la hiérarchie. Un grand-maître, voilà son souverain pontife; un conseil royal , voilà son sacré collège; des recteurs, voilà ses évêques ; des académies, voilà ses diocèses ; des instituteurs , voilà ses prêtres ; des inspecteurs, voilà scs missionnaires ; des diplômes, voilà ses approbations; des manuels de doctrine, voilà ses catéchismes; des programmes, voilà ses symboles; une apothéose dans les journaux tiendra lieu de canonisation ; et si on le vent, la déesse Raison sera la divinité de la religion nouvelle, et le Panthéon, le nouvel Olympe ouvert aux nouveaux immortels. En flattant ainsi l’or-
gueil et les passions, doutez-vous que la nouvelle ennemie du christianisme ne trouve le secret d’être maîtresse de l’avenir, quand vous la voyez maîtresse du présent tout à l'heure, et marchant rapidement à une domination universelle, à moins qu’elle ne trouve, dans une croisade catholique, une infranchissable barrière ! Oui, maîtresse déjà , si je puis le dire, de tous les avant-postes du christianisme; maîtresse de l'enseignement, dont elle a usurpé le monopole pour ne laisser aux défenseurs de la religion que le privilège d’assister l’arme au bras à la destruction de l’édifice; maîtresse des langues anciennes ou nouvelles , pour nous initier encore aux impudiques mystères d’Athènes idolâtre et de Rome païenne, ou importer sur le sol français les productions de la nébuleuse Allemagne et de la protestante Angleterre ; maîtresse de la philosophie pour fermer la route à la recherche de la vérité et entraîner les générations naissantes dans l'ahîmc du scepticisme; maîtresse de l'histoire pour en ébranler la certitude, pour en dénaturer les faits, pour en travestir les personnages, et en les torturant sur le lit de Procuste , elle veut les mettre à sa mesure , les forcer à proclamer ses systèmes absurdes et impies; maîtresse de l’éloquence pour nous former des déclamateurs impies et de$ tribuns séditieux ; maîtresse delà poésie pour chanter les fausses douceurs du vice ou les blasphèmes de l’incrédulité ; maîtresse des sciences naturelles pour
Digiti:
bannir l'âme du corps et Dieu de l’univers ; maîtresse des sciences exactes pour nous faire de ces esprits faux qui ne veulent que des démonstrations géométriques, jusque dans nos rapports de famille, de religion, de société; maîtresse de l’éducation pour nous donner des enfants faits à son image et moulés à son effigie, c’està-dire sans foi , sans sentiments et sans vie; maîtresse de toutes les avenues de la fortune, où, arbitre des grades et des diplômes , elle ouvre ou ferme à son gré la porte aux emplois, aux honneurs, aux dignités ; maîtresse de la réputation en faisant l’éloge ou la censure des auteurs dans ses journaux, et en donnant ou ne donnant pas la vogue à leurs ouvrages dans ses académies; maitresse d’immenses revenus par le trafic qu’elle fait de la science, et en vendant aux maîtres la liberté d'instruire et de corrompre, et en vendant aux élèves le droit d’être instruits et corrompus; maîtresse du mouvement social, quand d’un signe elle voit se mouvoircomme un seul homme cette multitude d’employés, les yeux fixés sur celui qui commande et de qui dépendent leurs destinées; maîtresse du ministère, où elle entretient des intelligences, et où elle se ménage des protections en mettant à ce prix son concours et ses suffrages; aspiîant même enfin à devenir maîtresse de l’autorité souveraine elle-même, qui voit échouer toute sa bonne volonté devant une armée de sophistes à qui appartient l'empire des intelligences, et par conséquent l’avenir
de la Frànee, de l’Europe, de la société tout entière : voilà la puissance qui aujourd'hui, plus que la puissance ottomane autrefois, menace la religion. Qu'allons-nous faire? Et si, quand les armées des infidèles s’ébran- \ laient pour venir fondre sur l’Europe chrétienne, au premier bruit de leur marche, on voyait sortir comme de dessous terre des armées de croisés pour les combattre; quand nue autre puissance plus redoutable encore a juré la perte de la religion , qu’elle parle déjà de faire les finérailles d'un grand culte, et que, triomphant déjà en esprit sur les ruines du christianisme, elle se prépare à en faire l’oraison funèbre, laisserons-nous accomplir ses insultantes prédictions? et les nouveaux infidèles ne rencontreront-ils pas une nouvelle croisade pour les combattre avec une ardeur d’autant plus grande que les dangers sont plus grands, et que la victoire sera plus glorieuse?
Troisième moyen : Un cri de guerre ; Dieu le veut ; un signe de ralliement ; in hoc signa vîmes.
Ce que nous ferons pour nous arracher à un joug tyrannique et impie? Nous aurons, comme les premiers Croisés, notre devise qui nous servira de cri de ralliement dans les combats. Quand les chevaliers chrétiens, pour repousser l’invasion des infidèles, au début de ces
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expéditions religieuses et guerrières, venaient prendre à Saint- Denis l'oriflamme sacré qui devait les guider dans leur marche et leur donner la victoire, Dieu le veut, voilà quel était leur cri de ralliement; Dieu le veut, voilà aussi quel doit être notre cri de guerre. Mais quoi, s’écrie-t-on, ce sont des cris de guerre qu'inspire une religion de paix! La paix, la paix, répète-t-on de toutes parts dans ce siècle de froide indifférence. Je comprends ces paroles dans la bouche de ceux qui les font entendre : celui qui vient de vous dépouiller sur un grand chemin consentira aussi à vous laisser en paix pourvu que vous consentiez à l’y laisser lui-même. Que l’Église cède son enseignement, ses libertés et ses droits à l’Université, et l’Université, à 1 instant même, signe un traité de paix avec l’Eglise. Ces concessions ont toujours fait le caractère des usurpateurs. Qu’Attila viole le droit des gens et le droit de propriété en vous enlevant vos domaines, si vous lui abandonnez vos domaines, il va proclamer avec vous le droit de propriété et le droit des gens. On était si tranquille, disent certaines bonnes gens, et voilà que vous venez troubler cette harmonie entre la religion et l'Université. C’est-àdire que si on vous dépouille et on vous assassine, vous ne crierez pas au voleur et à l'assassin de peur de troubler la bonne harmonie et la tranquillité publique ! Quoi! on attaque la religion, on la dépouille de ses droits, on donne la mort à ses enfants, et il ne faudra
rien dire! Est-ce là ce que vous faites, vous? Ah ! quand il s’agit de l’Université, qu’on essaie d’attaquer votre monopole, de vous rappeler au droit commun, de vous représenter qu’il est passé le temps des privilèges, de vous ramener à ces principes d’égalité que vous avez proclamés vous-mêmes, d’exiger l’exécution des promesses d’une Charte que vous avez jurée, et de revendiquer pour nous des droits que vous revendiquez pour vous-mêmes, vous ne pouvez le tolérer ; mais qu’on attaque la religion, qu’on outrage ses dogmes, sa morale, son culte; qu’on insulte ses pontifes, ses saints, son Dieu lui-même : tolérance , tolérance, voilà tout ce que vous avez à répondre. On nous fera un devoir de religion de laisser renverser la religion, et nous devrons, par charité, c’est-à-dire par amour pour Dieu et pour les hommes, laisser tranquillement traîner Dieu dans la boue et précipiter les hommes dans les enfers. Non, non; c’est bien le moins que la vérité ait le droit de se défendre contre l’erreur. L’Université attaque l’Église, nous attaquerons l’Université. Vous avez dit: guerre à la religion chrétienne; nous dirons : guerre à la philosophie moderne; et nous verrons à qui restera la victoire. Uni, guerre à la philosophie moderne; c’est ici que reviendra la devise des Croisés : Dieu le veut ! Dieu le veut, parce qu’elle fut toujours le fléau de la vérité et le rempart de l’erreur; Dieu le veut, parce que, réduite au silence à la fin du dernier siècle, elle vient
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encore, dans celui-ci, lancer de nouveaux blasphèmes contre le ciel et prêcher de nouveaux crimes à la terre; Dieu le veut, parce qu’il ne peut y avoir d’alliance entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus-Christ et Reliai, entre le citd et l’enfer; Dieu le veut, parce que l’Université s'est identifiée, par plusieurs de ses membres, avec la philosophie en en préconisant tous les coryphées, en en louant tous les ouvrages, en en ravivant toutes les doctrines, en enadoptant toutes les œuvres, en en répétant tous les blasphèmes, en lui donnant son toit pour demeure, ses classes pour écoles, ses chaires pour tribunes, ses professeurs pour maîtres, ses journaux pour interprètes, et ses mille voix pour échos dans ses écoles, ses collèges et ses académies; Dieu le veut; il y va des intérêts de sa gloire et de sa religion sainte; Dieu le veut ; faisons voir qu’il coule encore dans nos veines le sang des anciens croisés qui jadis arrosa les plaines de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie; Dieu le veut; à ce mot tout cède, et notre volonté identifiée avec la sienne enfantera encore des prodiges sous les auspices de la croix, qui sera pour nous, comme pour nos pères, le signe du ralliement et legage de la victoire: in hoc signo vinces.
Quatrième moyen : Une réforme religieuse.
Ce que nous ferons pour nous affranchir d’un joug tyrannique et impie? Comme les anciens croisés, dans la nouvelle croisade, pour en assurer le succès, nous la ferons précéder d’une réforme, dont les heureux effets se feront sentir dans nos temples, dans nos familles, dans la société tout entière; mais, hâtons-nous de le dire, il ne s'agit pas ici décès réformes politiques, dont l’annonce seule va porter l'alarme dans les cours et l’agitation parmi les peuples, nous parions d’une reforme religieuse, et, par conséquent, pacifique, qui, en désarmant le ciel, n’attirera que des bénédictions sur la terre. Hommes de foi, nous savons que c’est dans les nues que se forme la foudre, et que, par conséquent, c’est dans les nues qu'il faut aller l'éteindre. Nous n'ignorons pas que, si le fléau qui nous menace, est un effet de la perversité des hommes, il pourrait bien être aussi un châtiment de la justice de Dieu. Notre indifférence pour cette religion divine, le plus beau présent que le Ciel ait fait à la terre, n’a que trop mérité qu’une justice vengeresse ne nous en enlève le flambeau et ne le transporte dans des contrées étrangères. C’est l’ingratitude de Jérusalem qui va au loin appeler Titus pour qu’il vieune avec ses lloinaius, par une iuspiratiou
divine, renverser la cité déicide; c’est l’infidélité d’Israël qui fait entrer les Gentils en foule dans le sein de l’Église. De nos jours, le Nouveau-Monde ne s’est-il pas enrichi aux dépens de l’Europe catholique? Et quand le soleil de justice a cessé de briller parmi les nations du Nord, ne lavons-nous pas vu se lever dans l’Orient et y transporter les bienfaits de sa lumière divine? Enfants de l'Eglise, craignons ces substitutions terribles, et que notre zèle aille jusqu’à en faire disparaître les causes et dans les autres et dans nous-mêmes. Cette souicc, à où découle le torrent des nouvelles doctrines, arrêtez-la sur un point, elle va jaillir sur un autre. Cette plante qui ne produit que des fruits de mort, bornezvous à la comprimer sous vos pieds, vous allez la voir reparaître autour de vous par mille rejetons divers. Ce sera déjà beaucoup d’arracher la philosophie moderne de l’Université, où elle se retranche aujourd'hui pour pouvoir, à l’abri de son nom et derrière le nouveau rempart, lancer encore ses traits contre l’Eglise; mais si nous nous bornons là, ce ne sera que déplacer le théâtre de la guerre; chassé sur un point, l’ennemi recommencera le combat sur un autre; et si vous venez à bout de détruire la citadelle elle-même, vous verrez, de ses pierres et de ses débris, se former d’autres citadelles et de nouvelles forteresses. Voilà l’unique effet de l’action des hommes, si l’action divine ne lui donne des résultats plus profonds, plus étendus, plus du-
râbles. La protection de Dieu, voilà ce qui peut seul assurer le succès de nos efforts; et cette protection, nous ne pouvons nous l’assurer que par la réforme de nos mœurs : les ministres de la religion nous le disent du haut des chaires chrétiennes, disons-nous-le à nousinémes dans l’intérieur de nos familles.
Us l’avaient bien compris d’abord les anciens Croisés, dignes en cela de nous servir de modèles. Voyez-vous, dès le début de la croisade, quel ébranlement religieux parmi les nations chrétiennes , pour attirer les bénédictions célestes sur ces expéditions lointaines! on met ordre à sa conscience et à ses affaires; on répare ses torts ; on abjure ses haines ; on en finit avec ses scandales. Combien même qui , poussant l’esprit de sacrifice jusqu’à l’héroïsme , jeunesse, fortune, beauté; mettent tout au pied de cette croix pour laquelle ils vont combattre , et , cœurs généreux , volent par avance sur le calvaire pour offrir aussi en sacrifice , sur le tombeau de Jésus-Christ, et les plus brillantes espérances du siècle, et les plus tendres engagements de famille, et les plus doux souvenirs de la patrie. Je ne m’étonne plus qu’un pareil héroïsme soit couronné par la victoire, et qu’à un Godefroy de Bouillon se rattache la gloire d’une Jérusalem délivrée. Malheureusement ils durèrent peu, les triomphes de la grâce, et les désordres des Croisés entraînèrent les malheurs des croisades. Ah! pour nous les succès seront durables, nous
l'espérons , parce que la réforme sera durable aussi , profonde, universelle. Réforme dans nos temples, où la religion nous verra paraître avec le recueillement qu’elle inspire;- réforme dans nos familles, dont nous ferons des sanctuaires de piété, de pudeur et de modestie; réforme dans nos ateliers, où l’on n’entendra plus le bruit de la scie et du marteau les jours de fête ; réforme dans nos magasins , où de scandaleux étalages ne viendront plus le dimanche insulter à la foi des chrétiens ; réforme sur nos tables, où seront toujours respectées les lois de l'Eglise ; réforme dans nos bibliothèques , où des ouvrages impies et licencieux ne viendront plus outrager la religion ou la pudeur ; réforme dans les mœurs publiques, qui reprendront partout le caractère de décence et de réserve qui convient aux nations chrétiennes; réforme enfin dans les esprits et dans les cœurs, d’où, bannissant jusqu’au sentiment et à la pensée même du crime, nous ferons voir que nous 11e sommes pas indignes de venger la religion sainte dont nous sommes chargés de soutenir la cause devant Dieu et devant les hommes.
Cinquième moyen : La prière.
Ce que nous ferons pour nous arracher à un joug tyrannique et impie ? Comme les anciens Croisés, dans la nouvelle croisade , avant tout , nous aurons recours aux armes spirituelles, loute-puissantes auprès de ce Dieu qui a fait de si touchantes promesses à la prière. Mais des hommes sans croyance religieuse, parlez-leur de l’influence de la prière, un sourire de pitié vous fera voir qu'ils ne sont pas bien effrayés de vos menaces.
A la bonne heure ! mais qu'ils détruisent donc les faits qui, dans tous les siècles, attestent l'influence d’une prière humble, vive, persévérante, et, dans ce qui est arrivé aux autres , nous montre par avance ce qui pourrait bien leur arriver à eux-mêmes. Nouveaux ennemis de Dieu et de la religion sainte, qui paraissez si peu redouter les effets de la prière, dites-le nous : n'est-ce pas la prière de Moïse qui abattit l'orgueil de Pharaon, qui ouvrit une route aux Israélites à travers la mer Kouge , qui ensevelit dans les flots l'année égyptienne tout entière , et qui , tandis que Josué combat dans la plaine, seule a les honneurs de la victoire, en tenant les mains élevées sur la montagne ? N’est-ce
pas à la prière de Josué.que le Jourdain suspend sa course, que les murailles de Jéricho tombent, et que le soleil lui-méme s’arrête, Dieu obéissant à l’homme pour lui donner le temps de poursuivre les rois de Chanaan , qui voulaient lui en disputer la conquête? N’estce pas à la prière de David que nous voyons le jeune berger abattre à ses pieds, avec sa fronde, le superbe géant qui insultait à l’armée du Dieu vivant, et que nous le voyons encore, roi pénitent, arrêter l’ange exterminateur dont la main versait sur Jérusalem la coupe des vengeances célestes ? N’est-ce pas à la prière d’Ezécbias que la cité sainte est sauvée des horreurs d'une ville prise d’assaut, et que l’impie Sennachérib lui-même est obligé de reprendre seul, couvert de confusion, un cercle aux narines et un frein à la bouche , selon f expression de nos saints livres , cette route par où il était venu à la tête d’une armée redoutable? N'est-ce pas à la prière d’Esther que s’opère cette étonnante révolution qui nous montre le superbe Aman attaché à la potence qu'il avait fait élever pour Mardochée, et les Israélites tout à coup triomphant de ces ennemis prêts à les exterminer dans toutes les provinces de l’empire? N’est-ce pas à la prière de Judas Machabée que l’ange du Seigneur apparaît à la tête de son armée ; qu'il est abattu, ce superbe Antiochus qui, peu auparavant, s'imaginait pouvoir peser les montagnes dans une balance, tandis que le nouveau chef
d’Israël revient dans cette Jérusalem désolée pour en relever les ruines de ses mains triomphantes ?
Ce qu’a fait la prière dans l’antiquité religieuse, elle le fera encore dans les siècles chrétiens. Que l’impie Hérode fasse jeter saint Pierre dans un cachot; à la prière de l’Église, l’ange du Seigneur viendra briser ses chaînes. Que le tyran Maxence essaie d’arrêter encore les progrès de l’Évangile; à la prière des fidèles, la croix apparaîtra à l’armée de Constantin , et vous la verrez s’élever triomphante au-dessus des aigles de l’empire. Que Julien l’Apostat donne à de nouveaux sophistes l’exemple «l’accaparer pour lui l’enseignement, et de l’interdire aux autres; à la prière des chrétiens, je vois par avance préparer, par la main même qu’il a insultée, le tombeau où il doit être enseveli au milieu même de ses triomphes. Nouveau persécuteur, jetez le Vicaire de Jésus-Christ dans les chaînes, et vos propres souvenirs viendront vous rappeler si ce n’est pas à la prière de toutes les églises désolées qu’on a vu toutes les nations catholiques ou infidèles se donner en quelque sorte rendez-vous pour concourir à replacer le pontife de Rome sur son trône dans la ville éternelle. Nouveaux philosophes armés tour à tour de la plume et de l'épée, essayez de briser les liens qui attachaient une nation voisine au centre de l’unité catholique depuis tant de siècles, et vous nous direz si le spectacle que vous avez sous les yeux ne vous montre
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pas comment, aussitôt après les prières publiques demandées par le pontife suprême à toutes les églises pour une Église chérie , on a vu le persécuteur trahi , abandonné, poursuivi par ceux mêmes qui avaient été les premiers artisans de sa fortune? Quand ,dans notre France, une armée catholique, sous Richelieu, assiégeait une cité révoltée, tout le inonde, dit Bossuet , croyait voir partir de l’oratoire de la reine la foudre qui allait renverser les remparts de l’hérésie. Ne serait-ce pas l’histoire anticipée du monopole universitaire, devenu denosjours le rempart de l’incrédulité? F,t pour arrêter, non plus comme sainte Geneviève, des ravageurs de provinces, mais ces ravageurs du royaume de Jésus- Christ, ne suffira-t-il pas des prières de quelque Geneviève perdue dans la foule ou inconnue dans le désert? Et s’il est vrai que le Sauveur a tout promis à la prière, ne pouvons-nous pas espérer que la prière sera ici une toute-puissance suppliante, omnipotenlia supplex, et qu'afia d'humiiier les beaux esprits de la nouvelle école, Dieu choisira les instruments en apparence les plus faibles, et ce qui n’est pas, pour renverser ce qui est tout aux yeux des hommes? Infirma mundi eleyit Dcus ut confwulat fortia , el ca quœ non suiil, ut ea quos sunt destrueret.
Sixième moyen : Tourner contre elfe ses propres armes.
Ce qne nous ferons pour nous arracher à un joug tyrannique et impie? Comme les premiers Croisés , aux armes spirituelles qui sont plus puissantes sur Dieu, nous joindrons d’autres armes qui sont plus puissantes auprès des hommes. Les nouveaux conjurés contre la religion me comprennent d’avance , et c’est ce qui les irrite. Que vous vous contentiez de prier en silence, ils ne troubleront pas votre recueillement, et seront les' premiers à exprimer l’admiration qu’inspire votre résignation évangélique. Ils ont trop peu de foi pour craindre que votre prière toute seule leur fasse tomber des mains leurs armes empoisonnées; mais que vous essayiez de les combattre à armes égales et d’employer contre eux les mêmes moyens qu’ils emploient contre vousmêmes, ah ! c’est alors qu’ils jettent les hauts cris, qu’ils se plaignent avec amertume de vos plaintes, qu’ils trouvent souverainement illégal que vous ayez recours à la légalité, et qu’ils provoqueraient volontiers de nouveaux articles additionnels à la Charte , pour décider que par une nouvelle espèce de monopole ils auront seuls les avantages de cette charte, sans en ressentir les
inconvénients , tandis que l’Église en aura tous les inconvénients , sans en recueillir le moins du monde les avantages. Ils se permettent l'attaque, ils nous interdisent la défense. On ira chercher dans l'arsenal de nos vieilles lois les armes les plus Touillées pour nous combattre, et il ne nous sera pas permis de recourir aux armes que les lois les plus récentes nous fournissent pour repousser leurs attaques.
« Aide-toi , le ciel t'aidera , » voilà quelle a été votre maxime; voilà aussi quelle est la nôtre. Aux armes spirituelles dont nous nous servirons, malgré vos superbes mépris, nous joindrons les moyens naturels, dont nous feronsusage, malgré vos injustes déclamations. LesCroisés savaient aussi bien se battre que prier; et nous aussi, nous joindrons à la prière d’autres armes ; vous devez d’autant moins les récuser que c’est vous qui nous les fournissez. Nos armes, ce seront vos doctrines. N’avezvons pas dit, vous et vos maîtres, depuis cinquante ans dans vos discours et dans vos livres , qu’il fallait en revenir au droit commun? Et quel rapport, je vous prie, entre le droit commun à tous les pères de faire élever leurs enfants comme ils veulent, et le monopole de l’Université qui prétend les élever comme elle veut, elle? N avez-vous pas dit que tous les hommes sont égaux? Et quelle plus affreuse inégalité que celle qui fait de vous les maîtres absolus de notre instruction, et de nous, les esclaves nécessaires de votre enseignement? N’avez -
vous pas dit qu'il n’y aurait plus de privilèges? Et vous, vous l’avez pour vous-mêmes, le privilège de faire un odieux trafic de l’èducaiion de nos enfants, malgré nous et contre nous-mêmes? N’avez-vous pas dit tout ce qu’on peut dire contre {ancienne inquisition? Et vous , par l’inquisition la plus odieuse, vous vous introduisez jusque dans le presbytère d’un pauvre prêtre ou dans lu maison d’un pauvre religieux, pour venir examiner s’ils n’ont pas la criminelle charité d’apprendre gratuitement a des enfants à étudier leur catéchisme et à chanter les louanges de Dieu. Nous en attestons l’équité naturelle et l’opinion publique, les choses que nous n’osons qualifier comme elles le méritent, l’Université peut-elle les nier ou les excuser? Nos armes contre vous, ce sont nos institutions. Vous avez juré dans la Charte la promesse de nous donner la liberté d’enseignement dans le plus bref délai; regardez-vous comme un bref délai quatorze années d’attente, ou ne craignez-vous pas de mentir trop évidemment à la Charte-Vérité en nous faisant attendre encore? Vous avez juré dans la Charte la liberté des cultes. Est-ce pour montrer combien vous êtes fidèles à vos serments que votre liberté des cultes ne nous laisse pas libres de faire élever nos enfants dans le culte de nos pères? Vous avez juré dans la Charte la liberté individuelle. Est-ce pour montrer combien les individus sont libres que vous leur imposez la nécessité de venir prendre leur science à votre école , toute autre
science prise ailleurs étant déclarée mauvaise , fût-elle excellente et acquise par une inspiration dn génie ou par une révélation de Dieu lui-même? Admirez maintenant le vaste dépôt des connaissances humaines où l’on a écrit sur le frontispice : i Liberté à tout le monde d’acheter, mais à nous seuls le privilège de vendre! » Est-ce assez se moquer du public? Nos armes contre vous seront vos lois. Elles ne peuvent , dites-vous, être modifiées, changées , abrogées par des ordonnances, et c’est par des ordonnances, des décrets et des circulaires que vous les modifiez, les changez, les abrogez, en percevant un impôt illégal , vous l’attribuant gratuitement à vous-mêmes , le vendant bien chèrement aux autres. Nos armes contre vous, ce seront ces empiétements sur l’éducation des filles. Comment ne voyez-vous pas, chez une nation spirituelle et dans une société qui a le tact le plus exquis et le sentiment le plus délicat des convenances, le ridicule et l’odieux de vos mesures absurdes et illégales? Mettre, dans un cas donné, une pauvre novice dans la nécessité de demander une attestation de bonnes mœurs à un libertin; imposera une sainte religieuse l’obligation de subir un examen de science catholique devant un impie, et pouvoir forcer violemment de pieuses communautés à ouvrir les portes de leurs cloîtres , de leurs études, de leurs dortoirs à un étatmajor d'employés universitaires, pour venir inspecter la troupe timide des jeunes élèves réfugiées dans ces
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asiles de la piété, de l’innocence et de la pudeur ! Com* ment soutiendrez-vous les regards de la société indignée et des familles alarmées? Nos armes contre vous, ce seront vos propres livres. Ce chaos d'opinions absurdes, ridicules, incohérentes qu’on vous reproche sous le nom d’éclectisme , de spinosisme , de rationalisme, de panthéisme; voilà donc ce que vous avez de mieux à nous donner pour remplacer le christianisme , vous, les plushahiles interprètes de l’école universitaire ! vous, les plus fidèles héritiers de la philosophie ancienne et moderne! vous, les oracles de cette raison dont vous avez fait l’apothéose, et qui, identifiée avec vous-mêmes, a reçu de vous le privilège d’une divine infaillibilité! Ne vous fâchez donc pas «i le public ne peut s’empêcher de rire, quand il vous voit, nouveaux Diogènes, prendre de grands airs , en vous enveloppant de ces vieux haillons de la philosophie, en vous drapant de ces nouvelles friperies de l’Université, et faisant parade de ces lambeaux d’une doctrine abjecte qui n’a pas même le mérite d’étre de votre invention , et que vous avez renouvelée des Grecs ou empruntée aux sectes les plus décriées des premiers siècles ou du moyen âge. Nos armes contre vous, nous irons les chercher dans les cours publics, où des voix qui ne vous sont pas inconnues, au nom de l’État outragent la religion de la majorité des Français, quand c’est comme religion de la majorité des Français, que l’Etat lui-même lui doit et lui promet protection ,
parce qu'ils ont l’étrange générosité dp se mettre en avant, pour vous couvrir, et d’assumer pour eux seuls une responsabilité dont vous êtes peu soucieux vousinémes. Pouvez-vous échapper au ridicule d une défense où vos nouveaux chevaliers se battent contre des chimères, et, dans l’impuissance de répondre aux accusations d’athéisme , n’ont jamais que le même mot à la bouche, jésuitisme, encore, jésuitisme, toujours jésuitisme. Nos armes contre vous, ce seront vos journaux, où des plumes serviles font assez voir la ressemblance des inspirations par la ressemblance des doctrines, où le mot d’ordre reçu dans la capitale est fidèlement transmis dans les provinces , et où , pour faire une heureuse diversion, vous vous donnez pour les vengeurs de la morale outragée, quand les ministres d une religion chaste et pure dans l’ombre du sanctuaire donnent des leçons saintes pour réparer le mal que les maîtres dune philosophie voluptueuse et libertine font tous les jours par leur enseignement jusque sur la place publique. Nos armes contre vous, ce seront celles que vous employez avec tant de succès contre nous-mêmes. Vous avez un centre d’action qui, en recueillant des revenus et soudoyant des écrivains, imprime partout le mouvetnentàla conspiration anticbrétienne. Nous aurons un comité de direction qui, en recueillant des souscriptions et en provoquant des ouvrages, donnera à l’action des catholiques cette unité qui peut seule en guider les efforts et enas-
surer le succès. Ah t ces comités de direction, comme on s’empresse d’en faire partie, quand il s’agit de venir au secours des malheureux, victimes d’une inondation, d’un incendie ou d'un tremblement de terre ! Catholiques, ne voyez-vous pas ce torrent de mauvaises doctrines qui menace de porter dans notre France le ravage et la désolation ? N’entendez-vous pas ce bruit sourd d’impiété qui nous annonce la réapparition de ces hommes dont parlait le grand Leibnitz, et qui, pour l’intérêt de leur réputation ou de leur fortune , seraient capables de mettre le feu aux quatre coins de l’Europe? Ne sentez-vous pas déjà trembler de nouveau le sol, et la société chanceler, travaillée comme elle l’est par les éléments de désordre qui fermentent dans ses entrailles ? Pour prévenir les maux affreux qui menacent notre France, nulle dépense ne vous coûtera, à vous si généreux, dès que vous êtes appelés au secours des infortunes les plus lointaines. L’antiquité religieuse et tous les siècles chrétiens vous contemplent. Voyez-vous comme à la voix de la religion; quand il s’agit de ses dangers ou de ses besoins, tout tombe avec une sorte de profusion et de luxe aux pieds de Moïse, aux pieds de David, aux pieds des Apôtres, et comment les Croisés que nous prenons aujourd’hui pour modèles, sont empressés de s’imposer les plus grands sacrifices! Si ce n’est pas avec la même étendue, ce sera avec le même cœur que vous saurez , vous aussi , par des souscriptions volon-
foire», subvenir aux frais de la guerre sainte. Il y aura parmi nous, grands et petits, riches ou pauvres, savants nu ignorants, une émulation divine pour faire composer, paver, circuler tous les ouvrages qui pourront contribuer à défendre la religion contre les nouveaux sophistes qui la menacent encore. Nous faisons donc ici un appel à tous ceux à qui la Providence a donné quelque talent pour parler et pour écrire. Qu’ils viennent grossir nos rangs et nous aider à soutenir une cause sacrée. Vous viendrez surtout , jeunes écrivains qui déjà faites avec tant de distinction vos premières armes dans la carrière des lettres; vous ne pouvez combattre sons de meilleurs auspices et pour une cause plus sainte. Aux blasphèmes de l'impie et au récit de nouvelles attaques contre la religion, vous avez senti bouillonner un sang chrétien dans vos veines ; c’est le sang de vos pères qui sesonteroisés autrefois contre les infidèles des premiers âges, et qui vous crient encore de former une nouvelle croisade contre les nouveaux infidèles qui vous menacent d’une invasion plus redoutable que la première. Il s’agit encore de cette fameuse lutte dont parle saint Augustin, entre la cité de Dieu et la cité du monde. Un homme d’intelligence et de cœur n’attendra pas qu’on vienne lui demander jusqu’à quand il prétend rester neutre entre les deux rangs : Usquequh claudicatis in duas parles ? Venez, vous n’aurez pas à rougir, dans cette guerre sacrée, des chefs qui , de nos jours et du milieu même
du monde, dès qu’il s’agissait de la religion , sont descendus dans l'arène pour vous ouvrir la barrière; les de Ronald, les de Maistre , les de Chateaubriand; et si vous consacrez à la religion les premiers essais dr votre plume, vous aussi, vous ferez voir que la foi a ses inspirations et son génie, et qu’il n’y a rien de plus beau sur la terre que cette alliance du talent et de la piété pour concourir à la gloire de Dieu et au bonheur des hommes.
Septième moyen : Prendre l'Université par son intérêt :
Ce que nous ferons, enfin , pour nous arracher à un joug tyrannique et impie? Comme les anciens croisés, dans la nouvelle croisade, la conquête à laquelle nous mettrons le plus de prix, ce sera la conversion même de ceux que nous prétendons combattre. Ils sourient encore ici de nos prétentions, et ne paraissent guère disposés à nous seconder dans une pareille entreprise. Saint Augustin non plus ne paraissait pas croire qu’il passerait du camp des manichéens dans le camp des catholiques, et qu’après avoir si longtemps contristé l’Église, il en deviendrait la consolation et la gloire. Et saint Paul non plus ne pensait pas qu’il serait abattu sur le chemin de Damas, et que le loup ravissant
serait le plus tendre agneau de la bergerie, en attendant qu’il devînt le plus illustre et le plus intrépide défenseur de tout le troupeau lui-même. Et pour ne pas remonter si haut, dans cette Université elle-même, n’y aurait-il pas, parmi nos philosophes littérateurs, quelque nouveau La Harpe qui, après avoir été un des esprits les plus hostiles à la religion, est destiné à en devenir un des plus illustres apologistes? Prétendre convertir l’Université ! elle ne s’attendait pas à cette déclaration de guerre d’un nouveau genre pour elle. C’est qu’on ne sait pas assez ce que c’est qu’un chrétien. Dans la lutte que nous soutenons, s’agit-il d’une guerre d’intérêts, d’amour-propre, de passion ou de gloriole? Qu’avons-nous en vue, sinon la gloire de Dieu et le salut des âmes? Que l’Université renonce à son monopole tyrannique et à son enseignement impie, et demain la paix est faite entre l’Église et l’Université; nous lui en faisons donc la proposition, et nous n’en serons pas désavoués. Nous attendons sa réponse. Qu’elle songe qu’il s’agit ici , non plus seulement de ses devoirs , mais de ses intérêts. Sans une réforme, l’Université est finie, c’est une institution perdue. Qu’elle sache voir les choses d’assez haut et d’assez loin pour comprendre qu’en plaidant contre elle , nous plaidons pour elle. Il serait bien malheureux qu’à sou tribunal même elle fût perdue, une cause qui doit lui être si chère. Ici, qu’il nous soit permis d’en attester l’Université elle-même ,
et ses' chefs surtout, responsables de son avenir et char* gés de ses intérêts. J’en appelle à tout ce qui peut faire impression sur le cœur de l’homme, le sentiment, l’honneur, la conscience, la religion , l’intérêt. Je veux dire, non-seulement l’intérêt personnel , mais l’intérêt des lettres , l’intérêt des mœurs , l’intérêt des générations naissantes, l’intérêt des familles, delà patrie, de la société , et , on nous permettra de le dire à des hommes qui se disent religieux, l’intérêt de la vie présente et de la vie à venir. Il se présente à elle deux partis à prendre dans la lutte qui occupe aujourd’hui tous les esprits. Ce monopole tyrannique et cet enseignement impie qu’on reproche à l’Université, va-t-elle consentir à s’en désister, ou va-t-elle s’obstiner à le conserver? Arbitres de ses destinées, avant de vous déterminer, de grâce, dans le calme des passions et dans le silence des préjugés , pesez les raisons pour et contre , et ensuite vous serez vous-mêmes les juges.
Et d’abord, prenez-vous le parti de vous obstiner à conserver ce monopole tyrannique et cet enseignement impie? Alors, nous ne craignons pas de vous le dire, vous vous préparez le plus intolérable et le plus désespérant avenir. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que, ce que vous ne voulez pas accorder de bonne grâce, il ne faut pas vous le dissimuler, on vous l’arrachera de force, et vous n’en aurez ni l'honneur ni le mérite. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce quelles
seront pour vous d'éternelles accusatrices, certaines doc* trines recueillies de vos paroles et de vos écrits, et qu’à moins d’une rétractation solennelle, comme celle de Fénelon, il sera toujours là pour vous condamner, ce livrp que vous connaissez bien , ce livre qui a porté le trouble dans vos rangs et l’épouvante dans la société, ce livre que vous pourrez bien critiquer toujours, mais réfuter, jamais. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que vous aurez beau ne pas donner lieu à de nouvelles plaintes, imposer à vos professeurs une réserve nouvelle, le mot d’ordre ne pourra être gardé parmi cette armée d’employés à votre service, et quelque imprudent viendra toujours parler plus que vous ne voudrez; malgré vos recommandations, emporté comme malgré lui par l’irréligion, l’orgueil, l’indépendance, les vues particulières, les considérations personnelles etles suggestions étrangères. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que les choses mêmes dites à buis clos, ou faites intrh mur os, les murs parleront pour les apprendre au public, et que tout sera trahi par de faux frères, révélé par des élèves, publié par des parents, commenté par la clameur publique, et traduit pour le moins au tribunal de l’opinion, qui en fera la plus sanglante justice. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que vous aurez beau vouloir imposer silence aux indiscrets de l’Université qui la compromettent, votre autorité ne pourra suffire à éteindre le feu de cette guerre impie
déclarée au christianisme, et qu'il ne sera comprimé un instant d’un côté que pour faire explosion d’un autre. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que les plaintes arriveront sans cesse ; que pour en détruire les causes, vous serez obligés de méditer sans cesse des déplacements et des destitutions nouvelles, et que, condamnés à remplir toujours des places vides et à relever des réputations tombées , autant vaudrait pour vous être condamnés aux travaux des Danaïdes ou aux tourments de Sisyphe. Oui, désespérant avenir ; pourquoi ? parce que les réformes partielles que vous pourrez tenter, seront bien des palliatifs pour le moment, mais non des préservatifs pour l’avenir, et n’empêcheront pas que la gangrène qui déjà aura atteint les plus nobles parties , ne gagne tout le corps et n’en précipite la dissolution. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que la réputation de l’Uiiiversité est faite, que les effets subsistant autant que les causes elles-mêmes, on ne reviendra pas à de meilleures idées à moins qu’elle ne revienne à de meilleurs sentiments, et qu’à moins d’une création toute nouvelle, jamais vous ne pourrez recréer pour elle l’estime et la confiance publique. Oui, désespérant avenir; pourquoi? parce que l’Université a justement perdu la confiance du clergé en louant tous ses ennemis, en encourageant tous ses persécuteurs , en flétrissant tous ses actes , en calomniant toutes ses intentions, en paralysant tous ses efforts,
même auprès de la jeuuesse, que le monopole élève dans l'indifférence pour la religion et la défiance pour ses ministres; que cependant ces ministres delà religion, ou ils ne paraîtront plus dans les collèges, et alors ils tomberont sous le coup d’une réprobation universelle, ces collèges de jeunes païens et de jeunes impies; ou leur apparition ne sera plus qu’une affaire de parade, de représentation et de cérémonie, et vous verrez se reproduire ces effrayantes déclarations d’aumoniers sur l’impossibilité d'exercer le ministère avec quelque succès dans cette Université , telle que nos nouveaux philosophes nous l’ont faite. Oui, désespérantavenir; pourquoi? parce que dans cet état de choses, cependant, la religion a sa conduite toute tracée; qu’elle ne peut renoncer à sa part d'influence sur l’éducation des générations sans renoncer à sa mission divine et sans se désavouer elle-même; que sa mission d’enseigner remonte un peu plus haut que celle de l’Université; quelle ne vous laissera donc ni paix ni trêve que vous n'ayez renoncé à votre tyrannique monopole et à votre enseignement impie; que c’est donc ici une guerre à mort entre l’Église et l’Université; que l’une a, je crois, un peu plus de garanties de durée que l’autre; que vous pouvez bien la persécuter, mais jamais la faire taire; qu’exilée de nos contrées, sa voix de mère arrivera d’un bout du inonde à l'autre pour vous redemander les enfants que vous avez arrachés à sa tendresse, et que fussiez-vous
parvenus 5 prolonger votre tyrannie jusqu'à la (in des siècles, sur les ruines mêmes de l’univers, elle vous demandera compte de leur sang, et vous accusera de leur perte éternelle.
Mais qu’au contraire vous vous rendiez aux vœux de toutes les classes de la société, qui fait encore ses der nières avances de conciliation et de paix, alors tout le monde vous saura gré de cet acte de justice , comme si c’était une concession et une grâce; alors le clergé sera le premier à seconder les efforts de l’Université pour une réforme dont l’Université sera la première à recueillir la gloire ; alors le Pontife suprême, qui a la sollicitude de toute l’Église , les entrailles cinues et les mains étendues vers des enfants un instant égarés, invoquera sur vous toutes les bénédictions célestes ; alors les évêques, heureux de partager vos soins pour la portion la plus chérie de leur troupeau , vous présenteront des coopérateurs de choix pour la partie religieuse de l'instruction publique; alors des aumôniers savants et pieux viendront parmi vos-jeunes élèves se dévouer à un ministère qui leur offrira partout des consolations et des espérances; alors des prédicateurs d’élite s’empresseront, au premier signe de votre volonté, de faire entendre dans vos écoles la parole sainte , avec cette majesté et cet éclat d'enseignement religieux qui semble rejaillir sur toutes les branches des connaissances humaines; alors les institutions rivales que la religion inspire, unies à
vous par le sentiment du bien public, n'auront d’autre effet que d’entretenir cette émulation divine qui tourne tout entière au bien de la société et à la gloire des lettres ; alors les familles chrétiennes n'ayant plus de sujet de crainte et de défiance, tourneront les yeux vers vos établissements , où elles trouveront les bienfaits d’une éducation religieuse unie à un haut enseignement et à des études fortes et sévères ; alors l’Université de Paris semblera revivre dans l’Université de France, et l’on verra de nouveaux llollin et de nouveaux Jouvency, quoique sous des bannières différentes, conduire la jeunesse française au même but, dans l’intérêt des familles, de la patrie, de la société tout entière; alors enfin, nos jeunes Français ayant retrouvé de toutes parts des asiles de la foi, de l'honneur, de la piété pour leurs premières années, sentiront leur cœur s’ouvrir à tous les beaux sentiments que la nature et la religion inspirent, aimeront à tourner, du milieu même du monde , leurs regards vers ceux qui furent les anges tutélaires de leur enfance, et jusqu'au dernier âge, leur
voueront le sentiment d’une tendre et éternelle recon-
naissance.
FIN
TABLE DES MATIÈRES