francs
L'arrêté se termine par ces roots : « Tous les objets ci-dessus , dont on indique , comme renseignement , les prix approximatifs , et dont ['acquisition sera faite par la ville , devront être en bonne et due qualité , et ne seront définitivement accepté» qu’aprés un procis-vcrbal dressé contradictoirement par un délégué de l’autorité locale , et an délégué de l’Université. N’est-il pas à craindre , comme disait plus haut M. le professeur , que beaucoup de gens ne voient dans les dernières lignes l'intention d'obliger l’autorité locale ou ses agents à se remettre , du soin de ces achats divers, sur le délégué de l’Université , inspecteur , proviseur ou autre , 'soit pour en éviter l’embarras, soit pour ne pas s'exposer à voir refuser les objets qui auraient été choisis par eux , avec une grande différence en moins des prix indiqués ? N’est-ce point encore ici aller , au grand détriment des villes et des familles , au-devant d'un monopole que le Chariv/tri pourrait seul convenablement apprécier ?
tification (du recteur) ordonnée par l’art. 96 du décret du 17 mars 1808, en sus de ce que les décrets existants leur prescrivent de payer aux facultés, et nonobstant le prélèvement du dixième prescrit par l’art. 133 du décret du 17 mars; savoir :
Pour le baccalauréat de droit 36 fr.
Pour la licence de droit. 48
Pour le doctoral de droit 48
Pour le doctorat de médecine et de chirurgie. 100
11. Les réceptions d’officiers de santé et de pharmaciens seront visées (aussi) par les recteurs des académies; il sera payé pour ce visa cinquante francs , et à Paris cent francs.
12. Les droits d’examen en théologie seront de 10 fr. , les droits de diplôme seront :
Pour le baccalauréat, de 15fr.
Pour la licence, de 15
Pour le doctorat , de 50
14. Tous les officiers et autres employés de l’Université, des académies et des lycées , qui entrent dans des fonctions salariées ou qui passeront à des fonctions supérieures (étant associés par là au monopole ) , payeront une fois pour toutes , pour le droit de sceau (ou d’association) de leurs diplômes et brevets , le vingtcinquième de leur traitement fixe.
11 faut encore ici compter par centaines de mille francs ; c’est le monopole sans déguisement et dans toute son âpre nudité, et il n’est personne qui ne se sente forcé par la vérité de répéter avec le National lui-même :
« L’Uî'UVÈRSlTé , c’est une caisse. »
Certes , voilà une instruction solidement devenue marchandise ; et pourtant la spéculation universitaire ne s’arrête pas là.
Sixième preuve de la vénalité de l’enseignement dans l’t'niverslté. — Frais d’entretien et Pensionnât.
Nous avons vu avec M. Villemain , dans son dernier rapport , que le prix moyen de la pension dans les collèges royaux était de 705 fr. , y compris les frais d’habillements , d’entretien et delivres classiques. En retranchant sur cette pension, comme nous avons fait plus haut , 50 fr. pour les livres classiques , elle monte encore à 655 fr. Voyons, d’après tes données d’une lettre insérée dans les mémoires pour servir à l’instruction publique , ce que cette ponsion doit offrir encore au monopole de pur bénéfice.
îabtcau ïm régime ï>es Ijtfées (ou collège rogaut) ,
PAR rit ÉLÈVE.
« .Je fus envoyé à l’âge de 1 5 ans , après mes premières éludes « dans une pension de Paris , au lycée de *** , pour y suivre un « cours de mathématiques.
« En voyant le prospectus de la maison et le prix de la pension « qui était (non de 705 fr. , mais) de 800 fr., je m’imaginai que « j’allais trouver une nourriture saine et abondante et de grands « moyens d’instruction ; j’apportais un trousseau de 500 fr. , il y « avait de quoi être vêtu tant en été qu’en hiver ; je m’imaginais « que cet habillement serait entretenu d’une manière convenable.
« Je fus présenté au proviseur , qui , après plusieurs questions « légèrement faites sur ma moralité et mes connaissances , s’in- « forma très-soigneusement si j’avais satisfait aux conditions pé- « cuniaires. Rassuré à cet égard , il me dit que j étais admis , et a sans autre cérémonie je devins membre de la maison.
« J’arrivai au moment du déjeuner, et je remarquai avec éton- « nement que la part d’un élève se montait à un quart et demi « de pain , qui n’était pas de la première qualité. Le diner eonsis-
« tait dans une fort mauvaise soupe , un plat de viande et un « plat de légumes; l’un et l’autre composés d’aliments fort gros- « siers et le plus souvent gâtés. Le goûter offrait la moitié de la « portion nécessaire à chaque élève. Lesotiper ne différait du dîner « que par la suppression de la soupe.
« Après six mois de ce régime , je tombai malade.
« Je sortis du lycée, et je vins passer une quinzaine de jours « chez mes parents, où ma santé se rétablit. Je rapportai quelque « argent , avec lequel je soutins mon état de santé. J’aurais été « fort malheureux si ma bourse, de temps en temps renouvelée , « ne m’eût mis à même de suppléer à la mauvaise nourriture et « de prévenir une rechute. Je ne tardai pas à m’apercevoir que « si je ne voulais pas mourir de faim , il fallait acheter des vivres.
« Passons à l’habillement.
« En vertu du règlement , je devais recevoir tous les ans un « habillement complet , • savoir un frac , une veste et une culotte. « Tout cela était fourni en drap bleu et extrêmement grossier. « Les trois articles étaient également étroits et composés de pièces « et de morceaux. Il y avait cependant un moyen d’être équipé « avec un peu moins d’économie , c’était de glisser une pièce de « six à neuf francs dans les mains du tailleur. Il était impossible « de rester toute l’année avec un seul pantalon bleu ; en été il « fallait un habillement moins chaud; la maison n’en fournissait « point , les parents étaient obligés de l’acheter.
« Ce que j’ai dit du tailleur est applicable au cordonnier et au « chapelier.
« La maison devait fournir des plumes et du papier ; mais cette « fourniture se faisait de manière qu’il devenait indispensable d’en « acheter.
« Indépendamment de ces différentes occasions d’employer l’ar- « gent pour se procurer les divers objets nécessaires , il y en « avait une foule d’autres , où , sans rien acheter, il fallait cepen- « dant donner de l’argent.
« Tous les mois , par exemple le jour de la sortie , les élèves « étaient imposés à une somme répartie sur chaque quartier ou « salle d’étude, et l’on ne sortait point que l’impôt n’eût été perçu
« en entier. Tous les trois mois on payait le quartier de la pen - « sion , plus un supplément d’une trentaine de francs , auxquels « étaient évalués des dégâts qu’on n’avait point commis.
« Logement. Les salles d’étude étaient grandes, fort malpro- « près, et surtout très-froides. Le poêle était enlevé durant les « trois quarts de l’année, et fort mal chauffé le reste du temps (1).»
« Pendant les récréations , les élèves , au nombre de cinq cents, « étaient répartis dans deux cours , dont la plus grande ne l’eût « pas été trop pour contenir aisément soixante élèves.
« Les dortoirs étaient des salles, renfermant chacune de a soixante à quatre-vingts lits, et dans lesquels l’air n’était plus « respirable au bout de deux heures. Cependant j’ai vu l’un de « ces dortoirs coupé, pour agrandir le vaste appartement du pro- « viseur, à qui il manquait une salle de billard.
« 11 y avait dans la maison un très-grand nombre de domesti- « ques; mais ils étaient affectés autant au service particulier du « proviseur et du censeur qu’à celui des élèves,
« En réfléchissant sur la manière dont nous étions nourris, « habillés , instruits , sur le prix de tout cela , sur les sommes « qu’il fallait sans cesse y ajouter, sur les économies que la maison « faisait pendant les vacances, où les deux tiers des élèves étaient « absents et où le prix de la pension courait toujours sur les pro- « fits, les jours de sortie, où le nombre des portions se trouvait « réduit de moitié , je m’imaginai pendant quelque temps que le « gouvernement devait retirer des sommes immenses de cet éta- « blissement ; mais je n’avais pas fait attention que le proviseur « entretenait, aux dépens de la maison , une table très-délicate- « ment servie, entourée tous les jours de nombreux convives
(1) Les 20 ou 50 sous qu’on force d'ailleurs chaque externe de payer pendant l’hiver pour l’entretien du poêle dans les classes suffit, et bien au-delà, pour fairo face à cette dépense.
« etrangers , indépendamment de sa famille , et qu’il donnait , une « fois par semaine au moins, de brillants dîners de trente peru sonnes, dont la bruyante joie formait un contraste frappant « avec le régime frugal des élèves.
« C’est alors que la salle de billard , conligüe au dortoir qui « l’avait fournie , se remplissait de la brillante compagnie , qui , o déjà régalée avec le déficit du dîner des élèves , allait se divertir « aux dépens de leur sommeil.
« C’est ainsi qu’une terrasse plantée d’arbres superbes, qui « eût été absolument nécessaire aux élèves , était réservée à la « compagnie qui se réunissait chez M. le proviseur.
« L’économe avait une maison montée sur le même pied que « celle du proviseur.
« Celle du censeur était effacée par les deux premières.
« Indépendamment de ces trois bons ménages , il y avait une « quatrième table , moins splendide , mais encore assez délicale- « ment servie, pour l'aumônier, le sous-directeur et quelques « professeurs non mariés.
« Les maîtres d’étude mangeaient à la même table que les « élèves, sauf la quantité (1).»
Ces iniquités inséparables des monopoles se retrouvent plus ou moins dans tous les collèges , et il est peu de personnes qui ne les aient entendu énumérer par quelque élève , si elles-mêmes n’en ont été les tristes témoins. Et comment le nom de lycée transformé en celui de collège royal aurait-il pu y apporter quelque changement? L’esprit n’est-il pas demeuré le même, et la cupidité, celte plaie de l’Université, et son unique ressort , comme parle M. le grandmaître Salvandy, en grandissant toujours, et n’admettant d’autre remède , sous la loi du monopole , qu’un grand, intérêt à l’avancement, comme parle encore le même ministre, ne prouve-t-elle
(1) Mémoire» pour servir à l’histoire de l'instruction publique en France, pag. 120 et suiv.
pas invinciblement, et indépendamment de tous les témoignages, la permanence des mêmes faits? Or, il est évident , pour quiconque connaît l’économie de la vie commune , qu’un pensionnat et un entretien de ce genre , dans des maisons et souvent avec des jardins gratuitement fournis , sont largement et très-largement payés par une pension de 350 francs; mettons-en 400 ; c’est donc 255 francs de profit par élève , acquis encore au monopole , ou , huit mille vingt fois deux cent cinquante-cinq francs , c’est-à-dire 2,045, 100fr.; puisque le nombre des pensionnaires dans les collèges royaux est selon le rapport de M. Villemain de 8,020 , y compris les boursiers.
Ajoutez maintenant les bénéfices semblables des collèges communaux ; car il en existe, quoique moindres ; quand nous n’en jugerions que par les principaux de ces établissements, qui ne seretirent jamais sans avoir réalisé, et en dix ou douze ans, de très-confortables fortunes. Les mêmes causes au moral comme au physique n’amènent-elles pas d’ailleurs les mêmes effets? Le prix moyen de la pension dans les collèges communaux est, selon M. Villemain dans son rapport , de 384 fr. 13 c. Nous voulons bien nous en rapporter à ce chiffre, quoique nous ne connaissions point de collèges où il soit à un taux inférieur ou même si peuélevé, ce qui serait nécessaire cependant pour le retrouver comme prix moyen. N’iœporle, nous disons que le régime , là , n’élant pas meilleur que dans les collèges royaux , et la vie étant généralement moins chère dans les petites villes, le monopole doit au moins faire réaliser 84 fr. de bénéfice par élève : or , le nombre des pensionnaires dans les collèges communaux est porté par le rapport officiel de M. Villemain à 12,125 ; c’est donc encore plus d’un million.
Nous pourrions encore y ajouter les institutions et les pensions , qui, ne trouvant que peu ou point de véritable concurrence, réalisent aussi sur les familles , grâce au monopole , de fort larges bénéfices , quoiqu’elles soient généralement mieux tenues et qu’elles payent elles-mêmes leurs professeurs, des locations fort chères et des droits personnels fort considérables à La caisse universitaire. Comme néanmoins le taux moyen de leur pension est plus élevé que celui des collèges communaux , et que le nombre de leurs élèves , tous
pensionnaires, estde 24,000, la liberté d’enseignement pourrait facilement alléger les charges des familles qui les leur envoient de deux millions de francs , sans diminuer beaucoup les bénéfices de ces établissements , en leur permettant même d’améliorer , sous tous les rapports , la tenue et l’instruction des élèves , et d’ouvrir , soit par des méthodes nouvelles , soit par des maîtres plus forts et plus dévoués , les voies d’un véritable progrès.
Mais nous venons de parler des droits personnels payés au fisc universitaire par les chefs d’institution et les maîtres de pension , pour solde de leur esclavage , et nous pouvons d’autant moins passer ces droits sous silence, qu’ils achèvent, dans l’Université, les derniers traits du plus cupide et du plus tyrannique monopole.
Septième preuve de la vénalité de l’enseignement dans l’I'niverslté.— Vente , faite i-ik elle , et a fort haut prie , aux Pensions et aux Institutions , o’une faible part de sox