DROIT D’ENSEIGNEMENT
Le second caractère constitutif du monopole existe donc sous toutes les formes dans l’Université. La chose est incontestable. Elle le poussera même jusqu’aux dernières limites de l'espèce. Cette instruction tant de fois payée et payée si cher , qui devrait être à tant de titres la propriété de ceux qui l’ont acquise à si haut prix, et, par conséquent, être communiquée, cédée par eux à d’autres, selon leur bon plaisir, elle ne leur appartient qu’en jouissance et à l’état de dépôt. Pour pouvoir en disposer vous-mêmes, même gratuitement, un diplôme d’association de vente est nécessaire, et ce n’est qu’aux conditions les plus serviles , les plus dures , les plus solidement pécuniaires qu’il vous sera accordé. Les voici : 1° faire payer à la raison commerciale , mère , par tous ceux que vous voudrez rendre participants de votre science, ce que vous lui avez payé vous-même pour l’acquérir (décr. du 17 septembre 1808, art. 25) ; 2° faire approuver par le chef suprême de toute l’exploitation tous vos règlements de discipline (17 mars 1808, art. 41);
3° faire porter à tous ceux à qui vous communiquerez l’instruction achetée par vous à si haut prix la livrée de la maison principale en signe de votre vasselage (15 novembre 1811, art. 21) ; 4° adopter ses livres et ses programmes, conformer vos leçons et vos cours aux siens, ou lui conduire vos propres élèves ( ibid. art. 15 et 17, et mars 1808, art. 104) ; 5° recevoir ses inspecteurs aussi souvent qu’elle le trouvera bon (ibid. art. 21) ; 6° leur communiquer vos registres et les noms de tous vos commettants, tous les secrets de votre comptabilité et de votre industrie particulière, comme disent M. de Saint-Marc Girardin et M. le grand-maître Villemain dans son rapport. (Voyez plus haut le mémoire des maîtres de pension , le témoignage de la commission du budget de 1 839 et le règlement du 15 novembre 1811 , art. 118 , 119etsuiv. ); 7° subir l’interrogatoire de ses agents et le contrôle de vos propres élèves, laisser ces agents fouiller dans vos classes, fouiller dans vos dortoirs, comme ceux du fisc chez les marchands de vin et les cabaretiers (ibid.) ; 8° lui envoyer tous vos élèves pour qu’ils s’approvisionnent chez elle de rhétorique et de philosophie, si vous n’êtes pas de plein exercice, faveur fort rare, sous peine pour eux de se voir fermer toutes les carrières libérales, celle môme de l’enseignement (arrêté du Conseil, 17 juillet 1835); 9° les lui envoyer tous de nouveau, de quelque nature que soit votre licence, pour que l’instruction que vous leur aurez donnée soit examinée , tarifée , pesée à ses poids, approuvée ou rejetée selon le bon plaisir de ses commissions, et qu’à défaut de l’estampille privilégiée, ils se voient fermer, comme plus haut, l’entrée de la plupart des emplois et de toutes les professions libérales (décr. 17 mars 1808, art. 26, 27, 31); 10° fermer votre maison et mettre la clef sous la porte au premier ordre que vous en recevrez du chef de la raison commerciale, ou de son conseil (ibid. art. 105 ) ; 11° leur payer tous les dix ans des droits de licence ou d’association qui sont à Paris de trois cents francs pour les maîtres de pension, et de six cents pour les chefs d’institution ; dans les provinces de deux cents et de quatre cents francs (décr. 17 septembre 1808, art. 27),ilnoussemblemêmequecesdroitsont été élevés encore depuis ; ce qui fait pour les institutions, au nombre de 102, dont 25 à Paris, la somme de 45,800 fr. ; et pour les
pensions, au nombre de 914, dont 85 à Paris, eelie de 199,800 fr. ; 12° leur payer de plus chaque année, au 1er novembre, le quart de la somme ci-dessus fixée (ibid. art. 29), ou 61,400 fr.
Si ce n’est pas là du monopole, et du monopole de la plus tyrannique et de la plus dégradante espèce, il faut déchirer tous les dictionnaires, renoncer à la valeur des mots et à toute idée d’indépendance humaine et constitutionnelle.
Il s’est rencontré pourtant à la chambre haute un des plus chauds défenseurs de l’Université , un des prédécesseurs et compairs de M. Villemain, celui que M. Gros atteste avoir été un des principaux membres des comités carbonaristes ou secrets avant 1 830, M. Mérilltou, pour l’appeler par son nom, qui s’est avisede nommer cela de la concurrence et de la liberté d’enseignement. Voici ses paroles , elles sont trop marquées au coin du génie , pour ne pas trouver ici leur place : « En fait , l’enseignement secondaire , au lieu « d’être donné d’une manière exclusive (sa seigneurie oublie « les termes mêmes du décret constitutif : L’enseignement pu- « blicdans tout l’empire est confié exclusivement à l’Université, etc. , a voyez plus haut , page7)par46 collèges royaux, à 18,647 élèves, « est donné concurremment avec eux (les élèves ou les collèges « royaux ) par 312 collèges communaux (qui ne font pas partie « apparemment de l’Université), à 26,584 élèves; par 102 insti- « tutions et par 914 pensions (indépendantes aussi de l’Univer- « sité comme on vient de le voir), à 34,336 élèves. En cet état de « choses, il est douteux qu’on puisse appeler monopole un ensei- « gnement qui, au lieu d’être concentré dans les mains de l’Unio versité, s’exerce en dehors de son action au profit d’un nombre « d’élèves presque quadruple de ceux qui sont directement subor- « donnés à l’Université. (Les collèges, les institutions et les pen- « sions relèvent en effet d’un autre conseil , d’un autre grand-maître, « sont visités par d 'autres inspecteurs , ont d’autres chefs , versent « leurs rétributions dans d 'autres caisses que ceux de l’Université. C’est incroyable ! )
« En fait, est-il exact de dire qu’un père de famille n’est pas « maître de faire élever ses enfants comme il veut P S’il ne veut pas « les placer dans l’un des 46 collèges royaux, il peut choisir l’un
« d<s 312 collèges communaux, l’une des 102 institutions, ou des
« 914 pensions » L’assertion est de toute inexactitude , même
dans le sens dans lequel on la donne , puisque de ces 312 collèges 164 ne sont pas aptes à préparer au baccalauréat, et que 79 de ces 102 institutions et les 914 pensions ne possèdent pas cette précieuse faveur.
Mais en lisant les introuvables paroles du noble pair, il m’a semblé entendre un chef de grand bureau de tabac répondre à un fumeur de cigarres, M. Alphonse Karr, par exemple (1), ou à un priseur qui se plaignait de la cherté ou de la qualité du tabac distribué par la régie du monopole : « Eh ! de quoi vous plaignez - « vous ? Comment n’êtes-vous pas libres de vous servir dans les a bureaux des petites villes, ou de profiter même, si vous l’aimez « mieux, de la concurrence que nous font les bureaux des villa— « ges de la banlieue ! » Et je me suis écrié moi-même en parlant à ce célèbre Y Intimé , que notre Racine avait fait si retors et si puissant en ressources : Ah ! si lu vivais encore , brave Y Intimé , tu te pendrais; car celle-là, sans aucun doute, tu ne l’aurais pas trouvée !
Huitième preuve de la vénalité de l'enseignement au sein de l'Université. — Le petit nombre des Couuéceb et des Éti- DUST8 COMPARÉS A CEUX QUE DONNAIENT AUTREFOIS A UA
France la concurrence et la liberté.
L’enseignement universitaire constitue donc un vrai monopole, monopole cupide, rapace, frappant les peusionnats, frappant les collèges, frappant les élèves, frappant les familles, étouffant toute concurrence , toute émulation , étendant sa longue et large main jusque sur l’imprimerie et les libraires, jusque sur les fournisseurs de meubles et d’habillements, semant par tout le privilège , fermant toutes
(I) M. Karr a récemment donné dans ses Guipes un lorl s|>iriluel article sur le dernier cigarrc à 4 sous. ,
les portes de la science, toutes les voies d’avancement aux pauvres et aux médiocres fortunes des petites villes, abâtardissant dans l’ignorance la plus spirituelle des nations, la nation autrefois la plus généralement lettrée; cherchant en un mot à constituer, comme aime à le répéter M. legrand-maîlreVillemain,laplus stupide des aristocraties, cellede l’argent, sous le nom d 'aristocratie des intelligences (1).
Autrefois, avec la liberté d’enseignement et la libre concurrence, on pouvait voir à Paris, dès le début du Xe siècle, écrivait un Anglais contemporain, cent beaux collèges, pour l’usage des étudiants, tous bâtis de marbre d’un grand prix (2). Au temps de Henri IV, dit Sobieski’dans ses mémoires, on en voyait encore soixante et dix ; et, à la fin du XVIIIe siècle, on comptait encore dix grands collèges de plein exercice, tous dus à la libre charité, à la charité magnifique des vieux âges, et, au-dessous de ces écoles célèbres, vingt-six collèges moins importants, qu’on appelait collèges réunis, dus à des fondations semblables (3).
M. Villemain convient lui-même dans son rapport que la France, à partir de l’année 1763, possédait 562 collèges rendant aptes à toutes les carrières , pour une population qui n’était que de 25 millions d’âmes, sans compter les nombreuses écoles des mai-
(1) Voici ses paroles : « Dans le mouvement actuel de la société française
il importe de maintenir et d’accroître une laborieuse aristocratie des intelligences (Discours à la distribution des prix de concours. Almanach de l’Université, 1840, pag. 244.) El l'année suivante , dans la même circonstance : « Ainsi... les collèges elles facultés... formeront... une jeunesse d’élite... destinée à relever successivement tous les premiers postes, par le légitime ascendant de l’esprit et du caractère , en un mot, la véritable aristocratie du dix-neuvième siècle . (Almanach, 1841 , pag. 242.) Enfin , dans son dernier rapport : « Plus l’instrucliou élémentaire est distribuée aujourd'hui dans les classes les plus pauvres, plus il est besoin de maintenir et d’accroître par le travail et la science une aristocratie d’intelligence qui s’élève en même temps que la nation s’éclaire...
(2) Traité sur toutes les villes où Mûrissent jusqu’à ce jour des Universités. Bibliothèque du Roi.
(5) Laurenlie. Liberté d'enseignement, pag. 12.
sons religieuses, les manicanteries attachées à la plupart des églises, les petits séminaires créés dans une foule de diocèses , selon les prescriptions du concile de Trente et des conciles provinciaux, et les encouragements donnés par les ordonnances royales de Blois et de Melun (1), les pensionnats établis dans presque toutes les villes pour recueillir, préparer par les répétitions et conduire dans les collèges, qui n’étaient presque tous que des externats , la foule des étudiants qui affluaient de toutes parts ; en sorte, et M. Villemain le constate encore lui-même, que la seule population des élèves fréquentant les collèges s’élevait à 72,747.
« Tout alors, sous ce régime de liberté, avoue-t-il encore lui- « même, tout dans les traditions et les mœurs secondait l’inslruc- « tion classique, plus recherchée par le goût et l’habitude des « classes riches, plus accessible en même temps aux classes moyen- « nés ou pauvres ; tout était préparé pour elle et la favorisait : le « nombre des bourses et des secours de toute nature, la fré- « quentation gratuite d’une foule d’établissements, l’extrême mo- « dicité des frais dans tous les autres. Ainsi, dans les 562 collèges « qui existaient vers le milieu du dernier siècle, il y avait 525 bourses « affectées aux jeunes aspirants à l’état ecclésiastique, 2,724 bour- « ses sans destination spéciale, et un grand nombre de fondations « particulières qui procuraient, par voie de remises, ou même de ré- « compenses pécuniaires accordées en prix, le bienfait de l’éducation « en tout ou en partie gratuite à 7,199 enfants. L’enseignement était, « en outre, donné sans rétribution aucune dans beaucoup de col-
(1) Les conciles provinciaux de Reims , de Rouen , de Bourges , de Tours , de Bordeaux , de Toulouse , d'Aix , ainsi que l’assemblée générale du clergé de France, de l'an 1579 , non-seulement permettent , mais ordonnent aux Evêques d’établir dans leurs diocèses respectifs des séminaires où doivent être admis, dés l’ôge le plus tendre , les jeunes gens qui se destinent à l’état ecclésiastique. Les ordonnances de Blois et de Melun sont dans le même sens ; celles de 1629, et celle de 1698, vérifiée en parlement , ont le même objet , des maisons particulières pour l’éducation des jeunes élèves , depuis l’ûge de 1 2 ans , qui paraissent avoir de tonnes dispositions pour l'etat ecclesiastique.
« légcs, el spécialement dans tous les collèges de Paris depuis « 1 719. Le nombre des élèves externes qui fréquentaient à ce titre « les anciens collèges, à Paris et dans diverses provinces, est éva- « lué à 30,000. En résumé, le nombre total des élèves qui rece- « vaient l’éducation ou l’instruction, soit entièrement, soit pariiel- « lement gratuite, excédait 40,000. Cet état de choses n’était pas « un don du gouvernement , mais l'ouvrage des libéralités de « plusieurs siècles , et pour ainsi dire l’expression même des « progrès de cette civilisation qui , depuis le moyen-âge , avait « porté si loin la gloire de la France dans les lettres et les sciences ; « c’était, grâce à de telles fondations, que l’instruction s’était répan- « due, s’était sécularisée. »
« Un fait trop peu connu , dit à son tour un autre universi- « taire célèbre, M. Michel Chevalier, et dont les détails m’ont « été communiqués par des personnes dignes de foi , c’est que « depuis la révolution de 1789 et la suppression des ordres reli- « gieux , nous avons étrangement rétrogradé en fait d’instruction « secondaire. . . Avant 1 7 89 , le nombre des élèves fréquentant les « collèges était triple ou quadruple de ce qu’il est aujourd’hui. « Alors il y avait un plus grand nombre de bourses dans une seule « province, la Franche-Comté, par exemple, qu’il n’y en a « aujourd’hui dans la France entière.
« Sans vouloir calomnier notre siècle, et sans me rendre suspect « de partialité en faveur de l’ancien régime , il me sera permis de « dire qu’aujourd’hui il est plus difficile qu’il y a cinquante ans , à « un jeune homme capable , mais pauvre, de surgir intellectuclle- « ment, dans les villes au moins... Tout enfant qui annonçait « d’heureuses dispositions était aisément distingué par le clergé, et « obtenait non moins aisément admission gratuite dans un des nom- « breux collèges dirigés par les ordres religieux (1). »
Maintenant , en effet , Paris ne compte plus que cinq collèges royaux , un college particulier qui ne reçoit que des pensionnaires,
(I) lettres sur l'Amérique du Nord, loin. 2, pag.485.
et une institution de plein exercice , le collège Stanislas , qui n’admet non plus aucun externe. Lescolléges Charlemagne et Bourbon, qui sont censés ne recevoir que des externes, sur 1764 élèves, ne comptent que 303 externes proprement dits , les autres venant des pensions et des institutions. La France entière ne possède que 46 collèges royaux et 3 12 collèges communaux , 358 en tout ; encore, sur ce nombre, si différent de celui d’autrefois, 194 seulement, grâce au monopole et à ses privilèges, donnent-ils l’instruction qui rend apte au baccalauréat ou à toutes les carrières libérales, en sorte qne les élèves des 164 autres collèges, après avoir supporté pendant cinq ou six ans les lourdes charges et tous les iniques impôts du monopole, sont obligés de renoncer à ses grades et d’accepter la condition de parias , forcés qu’ils seraient, pour pouvoir espérer seulement d’en sortir, d’aller passer deux ans dans les villes privilégiées, avec des dépensas impossibles, non-seulement aux talents et aux vertus pauvres, mais encore aux talents et aux vertus accompagnés d’une fortune médiocre.
Le nombre total des élèves de tous les collèges ne s’élevait , en 1832, dit M. Villemain dans son rapport, qu’ù 36,567 , la moitié à peu près de celui d’autrefois , et il allait toujours diminuant, lorsque le Conseil de l’instruction publique , conseil sans autorité législative , qui n’est pas mente légalement constitué , comme l’a prouvé M. Salvandy dans son rapport, s’avisa de déclarer, le 17 juillet 1835, inadmissibles aux examens pour le baccalauréat , de frapper par conséquent d’incapacité pour une foule d’emplois et pour toutes les carrières libérales , de mettre en un mot hors la loi , en dépit de la Charte et des serments, tous les Français qui ne viendraient pas acheter aux collèges privilégiés leurs provisions de rhétorique et de philosophie. Voici cet incroyable arrêté , où la légalité le dispute à la correction :
« Du 17 juillet 1835.
« Le Conseil ,
« Vu V ordonnance royale du 17 octobre 1821 ;
« Considérant que l’article 1er de la dite ordonnance , en exi- « géant , pour l’admission à l’examen du baccalauréat ès-lettrcs ,
Digitiz
« d'avoir fait un cours de philosophie dans un des collèges , insti- « tutions ou écoles régulièrement établis, où cet enseignement « aura été autorisé , présuppose nécessairement que ce cours aura « été , selon les règlements , précédé d’un cours de rhétorique.
« Arrête ce qui suit :
« Article 1er. Le double certificat de rhétorique et de philo- « sophie sera exigé des élèves des collèges ou institutions sm- « nommés, pour qu’tTî soient admissibles (qui? les collèges, « les institutions ou les élèves ? ) à l’examen du baccalauréat ès- « lettres.
« Art. 2. Le présent arrêté sera notifié à tous les recteurs.
« ( Délibération du Conseil approuvé par le ministre .) (1)
Dès lors , et par l’effet de cette presse d’un nouveau genre et d’année en année plus oppressive , le nombre des élèves alla toujours croissant jusqu’à 45,281 , dernier chiffre officiel , de 1842 ; « résultat , dit M. Yillemain , qui n’est pas seulement l’cxpres- « sion du rapport croissant de la population générale , mais qui « marque l’influence acquise aux établissements de l’Etat. »
La rougeur monte au front à la vue de telles énormités , et l’on s’écrie malgré soi , l’âme serrée par d’inexprimables angoisses : Le pays où impunément de telles choses se font , où impunément de telles paroles se disent, est-il digne d’un gouvernement représentatif et constitutionnel ? sait-il seulement ce que c’est que la liberté? Une institution qui dans un pays libre prétendrait au monopole de l’enseignement , et foulerait ainsi aux pieds la liberté , la loi et la langue nationale , subsisterait-elle vingt-quatre heures ?
Cachez donc ces hontes à l’Angleterre ; cachez-Ies à la Belgique et au monde entier : que nous n’ayons point devant eux à rougir d’être Français ! 1
Cependant, au chiffre si vaillamment conquis par la présuppo-
(t) Almanach de l’I'niversitc, 1856, pag. IftX.
sition du Cours de rhétorique , etc. , le ministre de l’instruction publique, pour grossir dans son rapport le nombre des élèves et l’in/luence ucquise , sans arrêté nouveau et sans recourir aux présuppositions des cours de 2e , 3°, 4e , 5e , 6e , etc., ajoute encore tous les élèves des institutions et des pensions , et il n’obtient que 69,340 élèves, nombre inférieur de plus de trois mille à celui des élèves dans les seuls collèges d’autrefois, avec une population supérieure de plus de neuf millions , suivant ses propres calculs. 11 n’y tient plus , et pour éclipser le ci-devant chiffre , qui évidemment l’embarrasse et le vexe , il appelle en aide et confisque au profit du monopole universitaire tous les élèves des petits séminaires , dont il fait monter le nombre à 20,000; mais, ô honte! ô désespoir ! il n’arrive qu’à la proportion d’un élève sur trente-cinq enfants , tandis qu’autrefois on en comptait un sur trente et un , et toujours dans les collèges seulement; et il faut, après avoir constaté lui-même, proclamé la triple victoire de la concurrence sur le monopole , et , comme autrefois Aman , conduit par la bride le cheval royal de Mardochée, qu’il se rejette sur l’enseignement primaire. Encore , n’est-ce qu’un vain subterfuge; et puisque, selon lui et toutes les théories universitaires , c’est le degré supérieur d'enseignement qui représente la haute civilisation du pays, il ne s’ensuit pas moins évidemment que le monopole de l’enseignement est contraire à la civilisation, et que la liberté ou une concurrence réelle , comme l’ont proclamé toutes nos lois , avec tous les publicistes , est le moyen le plus efficace d’en hâter les progrès.
Si du moins le monopole de l’enseignement ne contrariait le mouvement ascensionnel de la civilisation imprimé par le christianisme qu’en la comprimant dans les masses , s’il ne tendait qu a rendre impossible l’unité nationale par l’égalité, en créant au milieu de nous , comme l’avoue hautement l’Université , la moins méritante et la plus anti-constitutionnelle des aristocraties , puisque la pauvreté et la médiocrité même , quels que fussent leurs vertus et leurs talents , en fermeraient l’accès pour toujours ; ce serait sans doute un grand malheur, qui amènerait un peu plus tôt, un peu plus tard, à travers de fréquentes secousses, la ruine
DigitiZ'
de la nation ou d’horribles bouleversements encore. Cependant si l’instruction, si la moralité, données par le monopole de l’enseignement et par le privilège de la fortune à ceux qui seraient ainsi placés dans les rangs de cette aristocratie , étaient vraiment supérieures, on pourrait peut-être se consoler dans l’attente d’une amélioration notable à la condition du peuple, d’un dévouement généreux pour le bien et la gloire du pays, d’une noblesse de sentiments, d’une élévation de génie et de pensées qui empêcheraient peut-être pour un temps l’abâtardissement et la servitude des masses. Mais il n’en est rien : autant l’éducation donnée par le monopole universitaire est financièrement oppressive; autant elle est défectueuse sous le rapport littéraire , impie et anti-sociale sous le rapport des doctrines, vicieuse, corruptrice sous le rapport des mœurs : autant l’aristocratie qu’on veut nous imposer est anti-constitutionnelle et peu méritante ; autant, si la France est déjà descendue assez bas pour le souffrir , elle sera sans dévouement , sans patriotisme , égoïste , dure au peuple , rapace , féconde en crimes et en tyrannie de toutes les espèces. Prouvons.
Neuvième preuve du monopole de i'I'niversiié , et de la pire espece de monopole. — I/enseignement ql'euue vend si cheb
EST DÉFECTUEUX SOUS UE Il.VFFOHT I.ITTÉRVIltC.
On l’a dit , et c’est une maxime incontestable , rien n’est plus nuisible aux lettres et aux arts que la servitude et la routine : or , qu’est-ce que le monopole de l’enseignement , sinon une tyrannie et toutes les intelligences comprimées avec de l’or dans une méthode étroite et quelques mains rapaces et dures? Qu’est-ce que le monopole, sinon la cupidité pour tout élan, pour tout ressort, l’égoïsme et l’amour des aises et des commodités matérielles pour tout véhicule , l’étude à l’état de profession , de métier, de routine ? La chose est si claire, et nous avons rapporté ci-dessus ( page 23 ) des aveux d’une si grande autorité , des témoignages d’un grand-maître si sincères, qu’il serait inutile d’insister longuement; qu’il nous suffise donc de rappeler un fait général et que tout le monde a remarqué.
et puis quelques témoignages de détail qui ne laisseront pas le plus léger doute dans les esprits.
Le fait général est que , depuis le monopole universitaire , rien n’a été vu dans les lettres de grand, d’élevé, rien de neuf, qu’un dévergondage immonde, aussi contraire au bon sens qu’au bon goût, ou la nullité la plus complète pour les pensées et les sentiments* uniformément stéréotypée dans une phraséologie nébuleuse ou sans vie. La parole des orateurs sortis de l’Université n’a elle-même rien de riche pour le coloris ; elle est pauvre de pensées et de principes , pauvre de vues larges et d’ensemble , et manque presque toujours de logique. On ne trouve plus même dans la haute société ce qui était commun autrefois dans la bourgeoisie, ce parfum classique des belles-lettres , cette spontanéité des allusions et des citations littéraires , sacrées et profanes , grecques , latines et françaises , qui décelaient une riche instruction et répandaient tant d’agrément dans les conversations et dans tout le commerce de la vie. Les lettres elles-mêmes pèsent en général aux générations formées dans l’Université, et , à peine sorties du collège , à moins qu’elles ne soient obligées d’en faire métier et marchandise, elles en éloignent autant qu’elles peuvent jusqu’au souvenir.
Quant aux études historiques dont la camaraderie universitaire vante de toutes parts et avec tant d’emphase les progrès , le Monopole universitaire destructeur de la Religion et des lois et une foule d’autres écrits ont prouvé , ce qui deviendra de jour en jour plus manifeste, que ces prétendus progrès ne sont qu’un misérable complot pour nous faire rétrograder par les voies vollairiennes , ou la calomnie et le mensonge , aux plus mauvais jours du plus anti-patriotique , du plus injuste et du plus absurde protestantisme.
« C’est le même principe de monopole qui frappe tour à tour tous « les partis , écrivait, du reste, dans le Globe, quelques jours avant « 1830, le conseiller Dubois... Rien de stable, rien de grand ue a peut se tenter, disons plus, rien de moral, car aucune conviction a libre ne peut vivre dans un corps comme celui de V Université , « sans cesse exposé à démentir le lendemain ce qu’il professai' la « veille. Il y a longtemps que , pour la première fois , et le pre-
a mier, avec suite, méthode et fidélité, nous avons réclamé contre « le monopole destructeur de toute croyance et de toute instruction. « Combien le sort des sciences et des croyances est différent avec « la liberté (1) 1 » Voilà pour l’institution.
« Aujourd’hui , dit M. Villemain dans son cours de littérature « française , nous sommes tous profanes , même dans notre dc- « vouement à l’instruction de la jeunesse : notre esprit est préoc- « cupé, distrait de mille autres pensées, ambition, vanité litlé- « raire, succès de mode ou de parti (2). » Voilà pour les maîtres.
« Un grand mal intellectuel fait par la philosophie de M. Cou- « sin (philosophie universitaire), dit M. Galien Arnoult, a été « sans contredit de fortifier dans la jeunesse qui l’écoutait ou le « lisait la tendance, commune aujourd'hui , à se contenter de « grands mots qu’on ne comprend pas , à ne parler que par for- « mules ou principes absolus , et à préférer en tout ces aperçus « vagues et généraux, qui cachent trop souvent une ignorance « réelle sous un faux semblant de science, haillons de misère « sous les oripeaux dorés du charlatan. C’est le costume du jour « et l’habit à la mode (3). » Voilà pour les maîtres encore et pour les méthodes.
« A peine , dit dans une des pages que nous a fait remettre « le vieux professeur de l’Université , dont nous avons déjà plus « haut donné une note , à peine rencontre-t-on deux ou trois « élèves par collège , et cela seulement dans la capitale , dont les b compositions même en rhétorique et en philosophie puissent a supporter la plus légère critique. Partout ailleurs, c'est une b faiblesse à faire trembler pour l’avenir de l’instruction publique, a Que s’il y a quelques heureuses exceptions dans les collèges de b Paris , on ne doit point s’en étonner; ceux qui en sont l’objet.
(1) Globe , 22 septembre 1829 , p. 609.
(2) Tome I , p. 511 .
(5) Doctrine philosophique, pag. 175 etsuir.
« après avoir relativement brillé clans les hautes classes des éta- « blissements de province , sont allés les uns de rhétorique , se « rasseoir sur les bancs de troisième ou de seconde de la capitale; « les autres , après avoir fait leur philosophie , y ont redoublé « cette classe et la rhétorique. » (Plusieurs élèves émérites sont dressés même dans les pensionnats toutexprès pour les concours, afin que leurs succès annoncés dans tous les journaux servent de prospectus à ces établissements. ) «Ajoutons que les jeunes gens d’élite « sont à peu près les seuls auxquels leurs professeurs de Paris aient « sérieusement donné leurs soins.... La cause de celte faiblesse de « l’instruction dans les collèges de l’Université, est, après l’irréli- « gion et le défaut de foi des maîtres et des disciples , la multipli- « cité des matières dont chaque ministre surcharge le programme « des livres classiques , sans songer qu’il serait nécessaire d’allon- « ger les jours tout en étendant ce programme. Aux langues « latine et française et aux mathématiques qui faisaient d’abord « l’objet des études, l’un a ajouté la langue d’Homère, ce dont « nous sommes loin de nous plaindre; un autre, la langue alle- « mande; un troisième, les langues anglaise , italienne, espagnole ; a un quatrième , les chaires spéciales d’histoire , qui le dessin , qui « l’histoire naturelle, qui la musique, qui les classiques français ; « et toutes ces matières sont devenues obligatoires! Qu’est-il « arrivé de ces exigences? C’est que les élèves, même à la fin de « leur année de rhétorique , n’écrivent plus ni français , ni latin , « ni grec , ni anglais , ni allemand , ni italien , et qu’aujourd’hui « ils sont en général incapables de /aire une composition latine « de la force des élèves de troisième d’autrefois. Autrefois à la fin « de la troisième, on devait savoir son latin. La seconde et la « rhétorique étaient des années de véritables humanités et de lit— « térature sérieuse. Que sont-elles aujourd’hui ? Des classes de « grammaire , non point même de grammaire générale , mais de « grammaire purement matérielle; car le professeur arrêté, à « chaque phrase , à chaque mot d’une composition , par les vices « de la forme , les solécismes , les barbarismes , les fautes les plus « grossières d’orthographe, ne peut point s’occuper du fond. « Nous en appelons au témoignage de tous , oui , de tous les pro-
fesseurs de rhétorique ; nous en appelons aux facultés des lettres, aux commissions d’examen pour le baccalauréat; y a -t-il rien d’exagéré dans ce que nous avançons ? N’est-il pas constant que sur 100 candidats au baccalauréat, il n’en est pas plus du tiers qui fasse la version , qui est la première épreuve , sans fautes grossières de simple orthographe ?
« Aussi ne pouvons-nous expliquer l’erreur où sont tombés tous ceux qui ont concédé la force et la supériorité des éludes purement classiques à l’Université, qu’en supposant chez les uns , comme dans M. de Larochejacquelin , une complète ignorance de l’état vrai des choses , et chez les autres la plus insigne mauvaise foi.
« Que penser des partisans des écoles non universitaires , quand ils avouent que les études y sont inférieures à celles des collèges du gouvernement ? Ou ils ignorent ce qui se fait dans les collèges , ou une modestie mal entendue leur fait ranger les petits séminaires plus bas que les premiers établissements. Que s’ils se donnaient la peine d’assister aux diverses épreuves du baccalauréat, de la licence et des concours d’agrégation, ils reviendraient certainement de leur erreur. Ignorent-ils aussi que l’une des causes qui ont forcé les collèges à exclure le public des examens de lin d’année, qui avaient autrefois lieu dans ces maisons, c’est la décadence des études? Ignorent-ils que les commissions investies du droit de conférer les grades et de recevoir les agrégés ne tarissent pas en plaintes sur la médiocrité et la faiblesse de ces sortes de concours ? a 11 est certain qu’en dépit des éloges candides ou hypocrites que les feuilles quotidiennes et par suite quelques législateurs bienveillants départissent à l’Université, les étrangers, l’Allemagne et l’Angleterre , rient de notre jactance et de notre crédulité. Mais consolons-nous , l’erreur se dissipera et la vérité paraîtra au grand jour. L’infériorité des éludes universitaires sera bientôt aussi avérée que son infériorité morale et religieuse. Une expérience que nous provoquons de tout notre pouvoir, déciderait bientôt cette question. Que l’Université admette à concourir ensemble ses meilleurs champions sur tous les points
« de la France , avec l’élite des écoles privées et des petits sémi- « naires; le public compétent jugera de quel côté se portera la « victoire. » Voilà pour les élèves et l’Université toute entière.
Ces dépositions du courageux et véridique professeur, qui seront suivies, nous en avons la certitude, des témoignages d’un grand nombre d’autres , aussitôt que la cause de la liberté présentant plus de chances de succès , leur assurera à eux-mémes plus de garanties contre les suspensions , les mutations et les persécutions arbitraires des chefs intéressés du monopole, se sont trouvées confirmées, depuis que nous les avons reçues, par deux laits officiellement publiés et qui proclament bien haut l’infériorité de l’enseignement du monopole , comparé à celui de la concurrence et de la liberté. Le premier est le tableau contenant les résultats , dans chaque académie , des examens pour le baccalauréat. Sur 957 candidats qui se sont présentés à la session d’avril, et certainement les plus for 18,361 , plus d’un tiers, ont été rejetés ou ajournés après la version; moins d’un autre tiers, 2 1 3 ont échoué aux épreuves orales, et un peu plus d’un tiers, 383 seulement ont pu prendre place dans l’aristocratie Villemain. Les mêmes proportions se retrouvent à peu près dans le tableau de la session d’août; sur 3,282 candidats, 1,169, le tiers et cent en sus, ont été rejetés après l’épreuve de la version ; moins d’un demi-tiers , 548 aux épreuves orales, et plus d’un tiers, 1,568 ont clé admis.
Ainsi , dit un journal , plus d’un tiers des élèves de l’Université passe huit à dix ans dans ses collèges , pour apprendre à ne pas savoir faire une version , tant sont supérieurs la discipline et le système d’études en vigueur dans les établissements du monopole. M. Villemain dans son rapport général avoue également que plus des deux cinquièmes des candidats qui se présentent pour le baccalauréat, sont rejetés à l’examen. Il résulte encore de ces tableaux, que sur plus de 165,000 élèves, comptés par M. Villemain dans les établissements divers de l’Université, et qui répartis dans les 8 années du cours d’études doivent donner plus de 20,000 élèves sortant par année , il n’en est pas un 5e qui se présente pour le baccalauréat , en retranchant ceux qui appartiennent aux ctu-
des domestiques, c’est-à-dire un 8e à peu près, et qu’il n’en est pas un 10e qui y parviennne.
Le second fait concerne l’agrégation. L’agrégation donne droit à un appointement de 500 francs, même quand on n’est point employé ; l’emploi y ajoute un éventuel et des gratifications , et après un certain nombre d’années d'exercice , dit M. Salvandy, le titre et le traitement de professeur. Voici comment M. le grandmaître actuel s’exprime sur l'affluence des candidats pour ce concours : « Depuis 1830, ce nombre n’a cessé de s’accroître... 11 « était de 152 en 1837 ; il a été, l’année dernière , de 243 , dont « 57 de l’école normale. » Or, dit l’almanach de 1838 et celui de 1843, sur ces 152 candidats de 1837, 25 seulement dont 17 de l’école normale ont été admis ; et 33 seulement dont 20 de l’école normale , sur les 243 de 1842. Les autres élus dans l’une et l’autre année, étaient des professeurs de différents collèges. Faites donc encore des tableaux et des rapports pour constater de tels progrès. Mais l'enscignement-marchandise cinq ou six fois vendu par le monopole universitaire, n’est pas seulement inférieur et défectueux sous le rapport littéraire ; il est encore sceptique , impie et anti-social sous le rapport des doctrines.
Dixième preuve du monopole de l’Université , et de la pire espèce de monopole. — L’enseignement qu’elle vend si c her
ET SI DÉFECTUEUX SOUS UE RAPPORT LITTÉRAIRE, EST ENCORE SCEPTIQUE, IMPIE ET AXTI-SOCIAU SOUS UE RAPPORT DES DOC- TRINES.
Le rationalisme, le scepticisme et l’impiété, quant aux doctrines de l’enseignement universitaire , est un fait désormais acquis à la discussion, et qu’il n’est plus possible de contester. De nombreux écrits restés sans autre réponse que des injures et des falsifications, l’ont mis au grand jour par des milliers de citations, dont les livres et les pages exactement indiqués ont pu être vérifiés par tout le monde. Une commission d’enquête a été demandée par les accusateurs eux -mêmes, pour en faire la vérification. Ils
en ont appelé aux tribunaux même du pays, sil’on préférait, pour être punis comme diffamateurs, dans le cas où il serait prouvé qu’ils eussent altéré le sens des passages qu’ils avaient cités. L’Université n’a voulu ni enquête ni jugement des tribunaux du pays; elle a préféré la voie de l’intimidation par circulaires confidentielles auprès de l’épiscopat , et la dénégation simple avec accompagnement d’injures dans ses journaux ; tandis que ses professeurs les plus célèbres et les plus influents proclamaient à la face de la France , par des actes nouveaux et rendus publics par toutes les voies , la vérité de toutes les accusations , aux applaudissements du plus grand nombre de ses autres membres et de tous les journaux défenseurs du monopole, qui, loin de dissimuler le rationalisme de l’enseignement universitaire, en faisaient gloire comme d’une victoire remportée sur la religion et sur le fanatisme. Du reste quelques témoignages qu’il est impossible à l’Université elle-même de contester , peuvent ici remplacer et résumer toutes les autres preuves et tous les autres témoignages dont l’analyse même serait trop longue pour cet écrit.
On a entendu un peu plus haut le témoignage de M. le conseiller universitaire Dubois , proclamer le monopole : destructeur de toute croyance et de toute instruction. Voici celui d’un autre professeur célèbre, de M. Galien Arnoult : « Le panthéisme de « la philosophie dcM. Cousin, dit-il, est frère de l’athéisme. Sous « le point de vue religieux , il n’est parvenu qu’à faire des athées, « parlant mal chrétien et parodiant le catholicisme. Beaucoup « de ceux qui avaient été ses disciples, se sont faits saint-si- « moniens (1). »
« M. Cousin , a dit un autre professeur de l’Université , « est l’auteur d’un anthropomorphisme spiritualiste, plein d’er- « reurs et de blasphèmes ; pour avoir méconnu le dogme fon- « damental du christianisme , il identifie la raison humaine « et la raison divine , et pose ainsi la base du panthéisme : or ,
(1) Doctrine philosophique , pag. 172 et sui».
« les tendances morales du panthéisme sont aussi funestes , que « ses théories scientifiques sont erronées; quoiqu’il répète sans « cesse les mots de sympathie , d’unité, de fraternité , de progrès , « il n’est au fond qu’un matérialisme et un athéisme déguisé, et « toutes les conséquences de ces fatales doctrines retombent sur « lui (1). » ,
Le même professeur porte le même jugement sur M. Michelet, et les motive l’un et l’autre par de nombreux passages et l’analyse de plusieurs cours ou leçons; chacun d’ailleurs n’a qu’à ouvrir le premier venu des écrits de ces deux professeurs , pour en être convaincu.
Or, M. Cousin est le chef de toute la philosophie universitaire , le directeur de toutes les chaires de ce nom , dans les facultés comme dans les collèges; c’est lui, qui, comme professeur ou comme directeur de l’école normale , en a formé à ses doctrines les nombreux élèves , tous professeurs maintenant dans les facultés et les collèges ; ce sont ses premiers disciples qui sont encore et qui ont toujours été les maîtres de conférence de cette fameuse école. Ce que M. Cousin est pour la philosophie, M. Michelet l’est pour l'histoire , et d’une extrémité de la France à l’autre , leurs leçons rationalistes , anti-chrétiennes et panthéistes sont répétées. Voici d’ailleurs comment s’en exprime le conseil même de l’instruction publique , dans un livre approuvé et adopté par lui pour tous les collèges royaux et communaux de la France , et qui n’est que l’abrégé de la doctrine panthéiste et anti-catholique de l’un et de l’autre , et de l’Université toute entière.
« L’esprit dans lequel ce livre est écrit , dit l’auteur même dans « sa première préface, est celui de la philosophie éclectique ; l’É- « clectisme est partout; et quand un illustre professeur (M. Cou- « sin) , aux opinions et aux jugements de qui nous avons oc- « casion de faire de fréquents appels en ce livre, est venu le pro-
(1) M. Maret , Essai sur le panthéisme, pag. 5, 7 , 8, et préface, pag. xi.
« clamer du haut de cette chaire de la Sorbonne , il n’a fait que « formuler scientifiquement une pensée qui se trouvait dans tous les « esprits ( de l’Université. )
« A l’heure qu’il est , il ne reste à Y éclectisme d’autre ennemi « que le sensualisme exclusif (philosophie de MM. Broussais, « Valette, etc., qui ne diffère de l’autre que par moins de nuages « et plus de franchise) , et le théocralisme fanatique ; mais l’un et o l’autre peu redoutables et comme frappés d’impuissance. Le « mysticisme n’amènera pas aisément l’époque actuelle à abdiquer « aux mains de l’autorité théocratique l’indépendance delà pen- « sée, conquête précieuse qui a coûté huit siècles de labeurs et de « combats (en prenant sans doute les albigeois comme ses premiers « pères.)
« Le mysticisme est un acte de désespoir delà raison qui, renon- « çant à chercher la vérité par ses seules forces , la demande « directement à Dieu. Celte école, l’école théocratique proscrit « l’indépendance de la raison humaine. Cette raison pèche et s’é- « gare, si elle n’est soumise à contrôle supérieur, et ce contrôle « n’est autre chose que l’intervention de la raison divine en ce « monde par l’intermédiaire de Dieu ici-bas, le Pape (1). »
Ainsi , l’esprit de Y éclectisme , objet partout de l’enseignement universitaire, regarde toute foi, toute révélation , le christianisme et le catholicisme surtout , et par conséquent aussi le judaïsme , comme du mysticisme et du théocratisme fanatique , frappé d’impuissance , et travaille de toutes ses forces , au témoignage et avec l’approbation du conseil royal de l’instruction publique , à les combattre et à les anéantir comme ses ennemis.
M. Villemain, le grand-maître, dansun desesderniersdiscoursàla distribution des prix de concours, ne proclamait-il pas le même fait à sa manière, lorsqu’il demandait pour tous les collèges, « par une « succession constante , s’il est possible, des maîtres tels que celui qui
(t) Manuel de philosophie , pag. ut , , et f 44 , 223, 238.
« fit entendre dans l’enceinte de la Sorbonne de si pures leçons, a et que le Conseil de l’instruction publique, l’Aeadémieet la tribune « regrettent si justement pour sa sagesse et scs lumières (1).» Car ce professeur type était M. Jouffroy, celui dont toutes les leçons respiraient le scepticisme et le fatalisme , et (pii a laissé , comme un testament à la postérité, l’effroyable récit des angoisses terribles par où l’enseignement de M. Cousin et de l’école normale le fit passer, lui, né de parents pieux et qui avait trouvé dans les croyances du christianisme une réponse pleine et entière à tous scs besoins et à toutes ses itiquictudes, pour le conduire à la perte totale de la foi. Lui-même termine ce récit par ces épouvantables paroles : « La
b DIVINITÉ DU CHR1STL4NISME UNE FOIS MISE EN DOUTE A MES VEUX, b JE SUS ALORS QU’AU FOND DE MOI-MÊME IL n’y AVAIT PLUS RIEN QUI b FUT DEBOUT ; QUE TOUT CE QUE j’AVAIS CRU SUR MOI-MÊME, SUR
b Dieu et sur ma destinée en cette vie et en l’autre, je ne a LE CROYAIS PLUS (2). »
Le fait du rationalisme, du scepticisme et de l’impiété dans l’enseignement universitaire , depuis les chaires de facultés jusques à celles des collèges et de sixième même, jusqu’aux écoles normales primaires soumises à la même direction et se formant dans les mêmes livres, est donc incontestable, ainsi que toutes ses conséquences que des milliers de citations attestent : négation des mystères et de l’obligation delà foi , négation de la sainleTrinité, de la cliule de l’homme et du péché originel qu’on appelle une épouvantable absurdité , des merveilles et des prophéties de l’Ancien Testament, qu’on nomme des mylhes aussi bien que ses plus grands hommes , de la réparation du monde par l’incarnation du Fils de Dieu, des miracles et de la divinité de Jésus-Christ , des récompenses et des peines d’une autre vie, de l’enfer dont un recteur, dans un cours de philosophie,
(1) Almanach universit., 1845, pag. 241.
(2) Mutilation d'un écrit de Jouffroy, pag. 39 et 40.
dit que rien n’est plus véritablement impie (1), et qu’un livre prescrit comme classique par arrêté du conseil , dix ans de suite renouvelé, appelle, à travers cent autres impiétés, un conte de faible nourrice (T). Et s’il pouvait encore rester dans les esprits quelque doute sur cette matière , la déposition d’un des premiers défenseurs de l’Université , du journal des Débats , par où nous allons finir, achèvera de les dissiper.
« L’école éclectique, pour l’appeler par son nom, est aujourd’hui a maîtresse et maîtresse absolue des générations nouvelles ; elle « occupe toutes les chaires de l’enseignement ; elle en a fermé « la carrière à toutes les écoles rivales, elle s’est fait la part du « lion ; elle a tout pris pour elle, ce qui est assez politique, mais « ce qui est un peu moins philosophique. Le public a donc le « droit de demander compte à cette école du pouvoir absolu qu’elle « a pris, et que nous ne lui contestons pas d’ailleurs : elle a beau- « coup fait pour elle , nous le savons ; mais qu’a-t-elle fait pour le « siècle ? Où sont ses œuvres, ses monuments, les vertus qu’elle a « semées, les grands caractères qu’elle a formés, les institutions « qu’elle anime de son souille? Il est malheureusement plus facile « de s’adresser ces questions que d’y répondre.
« Qu’est-ce que Dieu? Qu’est-ce que lame? Qu’est-ce que « l’univers? Pourquoi y a-t-il quelque chose? Le monde est-il éter- « nel et infini, sans borne, dans le temps ni dans l’espace? L’âme « est-elle matérielle ou immatérielle? Est-elle libre ou soumise à « la nécessité? Survit-elle à la dissolution du corps ou périt-elle « avec lui ? Voilà les problèmes sur lesquels on se déclare incom- « pètent, et sur lesquels on propose à l’humanité de se résigner à « l’ignorance, à l 'indifférence éternelle (3). »
(1) Cours de philosophie de M. Patrice Laroque , recteur de l'Académie de Cahors, Journal de l’instruction publique, n. 78. C’est le même qui faisait publiquement gloire de se ranger à la suite de Strauss.
(S) Siècle de Louis XIV , Catalogue , art. Chaulieu.
(3) 6 novembre 1842.
Or, un tel enseignement, un enseignement destructeur de toute religion positive, panthéiste et athée, est évidemment un enseignement anti-social. « Je ne voudrais pas, avoue Voltaire même, avoir « affaire à un prince athée, qui trouverait son intérêt à me faire « piler dans un mortier ; je serais bien sûr que je serais pilé. « Je ne voudrais pas, si j étais souverain, avoir affaire à des cour- « tisans athées, dont l’intérêt serait de m’empoisonner ; il me fau- « drait prendre au hasard du contre-poison tous les jours. 11 est « donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples « que l’idée d’un Etre suprême, créateur, gouverneur, rémunéra- « teur, vengeur, soit profondément gravé dans les esprits (1). »
« Sortez de là, de l’existence de Dieu et d’une vie future, dit à « son tour Rousseau, je ne vois qu’injuslice, hypocrisie, mensonge « parmi les horttmes; l'intérêt particulier qui, dans la concuru rence, T emporte nécessairement sur toutes choses, apprend à « chacun d’eux à parer le vice du masque de la vertu. Que tous « les autres hommes fassent mon bien aux dépens du leur, « que tout se rapporte à moi seul ; que tout le genre humain « meure, s’il le faut* dans la peine et dans la misère, pour m’épar- « gner un moment de douleur ou de faim, tel est le langage inlé- « rieur de tout incrédule qui raisonne. Oui, je le soutiendrai toute a ma vie, quiconque a dit dans son cœur : 11 n’y a point de Dieu et parle autrement, n’est qu’un menteur ou un insensé (2). »
II est clair encore que l’indépendance pleine et entière de la raison à l’égard de. Dieu, sa souveraineté, son émanation de Dieu, sa divinisation ou le panthéisme, qui est le lond de tout l’enseignement universitaire, est le renversement fondamental de toutes les lois, la destruction de tout lien social.
Si, en effet , Dieu n’a pu tirer l'homme ni le monde du néant , que ce soit une absurdité de le croire, une extravagance de l’enseigner ; si l’homme, sa raison, son âme, son corps même, tout ce
(1) Dictionnaire philosophique , art. Atticisme.
(2) Emile , tome in , pag. 20G.
qui le conslitue en un mot, est tiré de Dieu même , est une émanation, une distinction , un fragment, une portion, ou partie de Dieu même , et lui est co-éternel ; si le corps et l’dme ont même nature ; si l’homme et le monde sont de même souche , que ce soit l’activité de Dieu sous des formes diversifiées; si les animaux et les plantes sont nos précepteurs; si toutes les créatures , tigre et serpent, bouc et ver, betterave ou ichneumon, sont autant que nous , des enfants et des parties de Dieu, nos frères et nos sœurs , comme l’enseigne partout l’Université, et dans ces termes mêmes, depuis les facultés jusqu’aux collèges, depuis les classes de philosophie jusqu’aux classes de sixième, jusqu’à l’école primaire (1), comme l’a prouvé le Monopole universitaire destructeur de la Religion et des lois : « Donc, comme il le conclut encore selon toutes les règles de la « logique, tout ce qui est en nous raison, esprit ou matière, étant « Dieu et co-éternel à Dieu, n’ayant et ne pouvant avoir de supé- « rieur, n’est et ne peut être soumis à aucune loi, si ce n’est celle « qui nous constitue et que nous ne pouvons pas plus violer, que « nous ne pouvons, ainsi que Dieu, cesser d’être.
« Donc, il n’y a pas plus pour nous de législateur qu’il n’y en a « pour Dieu , qu’il n’y en a pour les bêtes et les plantes , nos « amantes et nos précepteurs; notre législateur souverain, indé- « pendant, s’il en est, c’est nous-mêmes, c’est notre seule raison ;
(t) Pour tous ces passages , voyez MM. Cousin , Introduction à l’Histoire de la philosophie , cinquième leçon ,pag. 21 et suiv. Manuel de Philosophie, p. 244 et passim. Damiron, Cours de philosophie , tome 2 , pag. i, 65 , 457 , etc. Geruzez, Nouveau Cours de philosophie, pag. 80 , 86 , 140 , 143 , etc. Michelet , Origine du droit , Introduction , pag. 64 , 65 et suiv. Introduction à l’histoire , pag. 8 , 18 , 70. üistoire de France , passim. Ampère, J. -J. , Revue des Deux-Mondes, 4* série , tome n, pag. 215 et suiv. Matter, inspect. génér. Histoire du gnoslic. , pag. 6, 7, 160 et passim. Son cours : Histoire de l’Eglise chrétienne, tom. i, pag. 165 et suiv. , 169,170. Manuel des écoles primaires, pag. 44, 43,48,146. Burette , Cahiers d’histoire À l’usage des collèges et des écoles primaires : cours de sixième, 2" cahier , pag. 97, 98 ; 3e cahier, pag. 42 , et une foule d’autres livres et professeurs de l’Université.
« elle est Dieu aussi bien que la raison de qui que ce soit au « monde.
« Donc , il n’y a pas plus pour nous, et il ne peut pas plus y « avoir de Dieu vengeur et rémunérateur, qu’il n’y en a, qu’il ne « peut y en avoir pour Dieu même. Ma raison, mon âme, mon « corps, tout mon être n’ayant pu être tiré du néant, étant divin, « éternel, qui donc au monde, ou hors de lui, si l’on peut encore « parler ainsi, peut les lier par des lois et leur sanction, par des « châtiments ou des récompenses quelconques?
« Donc, tout ce qui est hors de nous, tout ce qui est dans nous, « tout ce qui est nous, étant Dieu, activité de Dieu, formes diver- « ses de Dieu, essence de Dieu et de toute éternité, ne peut pas « plus ue pas être que Dieu lui-même, pas plus ne pas se diversi- « fier que Dieu lui-même, essentiellement actif et créateur ; donc, « une force irrésistible, une inexorable fatalité emporte tout.
« Donc, tout ce que nous appelons lois, droit et devoir, juste « et injuste, vice et vertu, tout ce qui constitue, en un mot, le « monde moral, n’est plus qu’une logomachie, des mythes, des « symboles où l’on contemple ce qui n’y est pas, comme parle le « maître, M. Cousin; des nuages, des images , des figures, comme « parle le premier disciple, M. Jouffroy , que le soleil de la phi- « losophie dissipe tous les jours de plus en plus, sans qu’il soit pos- « sible d’empêcher toutes ces choses d’être ainsi (1). Et pour mon- « trer que ces conséquences ne sont point implicitement contenues « dans l’enseignement universitaire, ajoutons : Donc, comme le dit « M. Cousin : « La raison est le Dieu du genre humain ; et la phi- « losophie, la lumière de toutes les lumières, l’autorité des auto- « rités, l’unique autorité. »
Donc, « la carte des pays, leur configuration, leur climat, leurs « eaux, leurs vents, toute leur géographie physique, déterminent
..tdÊÊiïî- -
(1) Introduction à l’histoire de la philosophie, première leçon , pag. 23 et soir. Jouffroy , de la Destinée humaine , pag. 420 et suir.
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« le rôle que ces différents pays jouent dans l’histoire , non pas « accidentellement, mais nécessairement; non pas à telle époque,
« mais dans toutes, comme le déduit encore dans ses leçons et « de ses principes M. Cousin lui-même. Donc , comme il l’cnsei- « gne encore, l’histoire est une géométrie inflexible dont tous les » événements sont marqués en haut en caractères immuables, et la « Providence ne les a pas seulement permis ; elle les a ordonnés,
« car la nécessité est le caractère propre et essentiel qui partout la « manifeste.
Donc , « nul guerrier n’est grand, comme il le dit encore, qu’à « la condition de faire d’épouvantables ravages sur la terre, et il « faut l’absoudre et absoudre en masse tout ce qu’il a fait !... « Donc , tout ce qui est humain , c’est l’humanité qui le fait , et « l’humanité a toujours raison... L’humanité , c’est le résumé de « l’univers, le dernier mot du monde, la manifestation de Dieu; en « d’autres termes, c’est Dieu , dont la Providence est appelée par « le vulgaire fatalité (1).
Donc , « et que serions-nous sans les femmes ! dit M. Michelet, « elles nous donnent la vie, et cela c’est peu, mais aussi la vie de « l'ûmc. Que de choses nous apprenons près d’elles comme fils, « comme amants ou amis... Parmi les femmes qui cultivèrent la « grâce dans le duc d’Orléans, frère de Charles VI, fut Isabeau de « Bavière, sa belle-sœur, son amie, peut-être davantage!...
« Si le nom d’épouse est plus saint , celui de maîtresse et de « concubine est plus doux. Ce fut dans Héloïse l’idéal de l’amour « pur et désintéressé de l’avoir préféré au premier ! (2)
Donc , dit aussi M. le professeur Quinet à sa maîtresse : « Le « paradis, c’est toi ; la trace de tes pieds que la bise a effacée, voilà « toute l’immortalité; toi-même, qui sait si tu es autre chose qu’une
(1) Fragments philosopli., troisième éilition , préfacé , pag. 78. Cours de l’histoire de la philosophie , première leçon , page 29. Ibid. , septième leçon , pag. 56 etsuiv. ; huitième leçon, page 17 ; dixième leçon , pag. 17 et suiv.
(2) Histoire de France, tome iv, page 95 et 96. Ibid., lom. it, pag. 255 et snîv.
« ombre, qu’une pensée pour engloutir ma pensée dans le néant
« entrecoupé de parfums et de soupirs Donc, chaque moment
« de la durée ayant son génie propre , représente la divinité sous « une forme particulière , et la terre enfante véritablement son « Dieu dans le travail des âges.
Donc, dit-il ailleurs : « Qui se figure que nos lois sont des « lois ? que nos rois sont des rois , et ne voit pas que ce sont des « fantùmes qui n’ont que le visage ? (1). »
« Donc, le vrai progrès moral et religieux consiste, comme dit « M. le professeur Bouiller , en ce que chacun obéit à la loi qu'il « se donne à lui-même, et qui doit être aussi par lui considérée « comme la volonté du créateur révélée ù son esprit par la « raison (2).
» Donc, s’oublier soi-même, dit dans ses cours M. le professeur « Damiron, et pour une existence étrangère, pour un être non moi « (religion, patrie, père, mère), être plein de sollicitude, d’inté- « rêt et d’amour, est une hypothèse absurde (3). » Donc, le fils de prolétaires qui se fait tuer sur le champ de bataille, les députés désintéressés qui, durant neuf mois, travaillent à leurs dépens air bien de la patrie, les juges qui résistent aux présents et refusent de vendre la justice, sont des imbéciles et des niais.
Donc encore , avec M. Cousin : « Le corps n’étant que physi- « que , il y aurait sans doute de la folie , et par conséquent quel- « que mal à le détruire sans raison , à le mutiler par caprice.
(1) Ahasvérus, pag. 278, 289 et suiv. Scs cours à I.)on, sous le nom de' Génie dus religions, pag. 8 cl suiv. El Revue des Deux-Momies , troisième série, tome t , pag. 365. II a dit dans ses dernières leçons : « Tout ce que j’ai écrit jus- « qu’à ce jour , je le crois , je le pense , je le soutiens encore. >■ Des Jésuites , page 122.
(î) Théorie de Haut, préface, pag. 29 et 32.
(3) Damiron , Cours de philosophie , pag. 161 et suiv., 216 et suiv., 292 et suivantes.
« Cependant , après tout , il n’y aurait pas aime et injure, s Et comme ce corps ne cesse pas d’être physique en appartenant à un autre qu’à nous , donc il n’y a pas crime ni injure à tuer , à blesser , à violer (1) !
Donc, on peut se tuer au moins dans trois cas, comme l’enseigne le professeur de législations comparées : l°si l’on est grand homme ; 2° si l’on a vécu comme Condorcet ou Robespierre ; 3° si l’on a assez vécu pour être raisonnablement fatigué de la vie (2).
« Donc , avec M. Michelet encore , les plantes et les animaux, « voilà nos premiers précepteurs. Tous ces êtres que nous diri- « gions , ils nous conduisaient dans les premiers âges mieux que « nous n’aurions fait nous-mêmes; ils guidaient notre jeune « raison par un instinct plus sùr.... nous profitions à contempler « ces irréprochables enfants de Dieu (3).
« Donc, comme l’enseignait feu Jouflroy, les siècles ne sont pas « plus coupables de leurs opinions que les hommes des opinions de « leur siècle; se fâcher contre eux, c’est comme si l’on se fâchait « contre la toupie qui tourne sous le fouet de l’enfant » (4) ; et comme les opinions sont souvent une ardente provocation à l’adultère et au libertinage, au parricide et à l’exposition des enfants, à la spoliation et à la fraude , à l’assassinat des rois et au renversement de tout l’ordre social ; donc , les réduire en acte ne peut pas plus être un crime que pour la toupie de tourner sous le fouet de l’enlant ; donc , les tribunaux sont des commissions d’hommes avides de sang, et le Code pénal une atrocité !
Donc, on peut, avec M. l’inspecteur Mattcr, louer les gnostiques et donner le nom de morale aux doctrines des nicolaïtes, des caini-
(1 ) Essai sur l’hisloirc de la Philosophie au XIX” siècle, tome n , pag. 257.
(2) Cité par les Aonales de Philosophie , pag. 281 et 282.
(5) Origine du droit , inlrod. , pag. lïy et suiv.
(4) Mélanges philosophiq. delà Sorbonne , etc. , pag. 41 et suiv. Ou Mal cl du Bien , pag. 574.
les et des earpocraliens qui rejetaient toutes les lois et ce que le vulgaire appelle religion, et qui proclamaient la communauté du sol, des biens et des femmes comme le seul ordre légitime et divin (1).
Donc encore, comme l’a proclamé M. Lerminier et le saint-simonisme universitaire : « Il n’y a pas de mal... L’enfer est un men- « songe , le mal est une chimère ; l’homme n’a dans le temps et « l’espace d’autre obstacle que lui-même (2).
Donc aussi , comme l’a proclamé , en sa qualité d’organe de l’Ur.iversité entière, le grand-maître ministre de l’instruction publique, en face de la France, à la distribution des prix de concours de 1840 : « C’est un arrêt de l’éternelle justice qu’une volonté hon- « nête et ferme atteigne son but, et qu’une volonté faible ou vi- « cieuse soit au moins condamnée au châtiment de l’impuis- « sance (3), » ou en d’autres termes, le succès est l’unique critérium de l’honnêteté ou de la moralité des actions.
Or, nous le demandons à tous les hommes de bonne foi , un tel enseignement n’est-il pas anti-social? de telles doctrines ne sont-elles pas la destruction de toutes les notions du juste et de l'injuste, le renversement de l’ordre et de la société? Et quand il n’y aurait qu’un professeur par collège pour les enseigner , au lieu d’un si grand nombre , ne serait-ce pas une chose épouvantable , et ne demanderait-elle pas irrésistiblement l’abolition du monopole qui les imposerait ainsi à la jeunesse?
Mais nous sommes allé plus loin, et nous devons prouver que l’enseignement du monopole universitaire est immoral et corrupteur.
(t) Hist. de l’Eglise , tome i , pag. 163 , 169 et suiv. Histoire du gnostic. , tome it, pag. 231 et suiv. , 261 et suiv.
(•2) Lettres à un Berlinois, pag. 223 et suiv.
(3) Almanach de 1811 , pag. 241 . Discours prononcé à la distribution des prix de concours, par M. le ministre de l’instruction publique, que l’Almanach de 1810 dit être M. Villemain.
Onzième preuve du monopole de l’UnlvereKté, et de la pire espèce de monopole. — L’enseignement qu’elle vend »i cher
ET SI DÉFECTUEUX SOUS LE RAPPORT LITTERAIRE, EST NON- SEULEMENT SCEPTIQUE ET ANTI-SOCIAL $ IL EST ENCORE IMMO- RAL ET CORRUPTEUR.
Ce dernier caractère du monopole de l’enseignement universitaire est déjà démontré par toutes les preuves que nous venons de donner. La corruption et l’immoralité , tous les vices ne sont-ils pas en effet la conséquence nécessaire de la cupidité , du scepticisme, du panthéisme et de l’impiété? Aussi avons-nous déjà entendu M. le conseiller Dubois prononcer que le monopole universitaire était non-seulement destructeur de toute croyance et de toute instruction , mais encore qu’avec lui rien de stable, rien de moral ne pouvait se tenter. Ecoutons quelques autres témoignages encore : « Il y a des vérités morales, disait à la chambre des « députés, le 15 juin 1843, M. Chambolle, qu’il est nécessaire « de répandre dans les collèges : qui est-ce qui en est chargé ? Je « vois bien le texte de la loi ( hélas ! il n’y a ni loi ni texte de ce « genre dans le décret inconstitutionnel par lequel existe l’Uni- « versilé) ; mais un texte stérile. Vous connaissez, tous, les élèves « de nos collèges; vous les avez interrogés , je les ai interrogés « aussi. Et bien , quand on leur adresse certaines questions, ils « savent à peine ce qu’on veut leur dire. 11 faudrait pourtant que « la loi , sur des questions aussi importantes, ne fut pas un texte « absolument stérile, et qu’on prît des mesures très-efficaces pour « qu’un besoin aussi réel de l’enseignement ne soit pas abandonné « au hasard. » ( Il n’y en a qu’un seul, l’abolition du monopole.)
« Je veux faire comprendre, disait également M. le député de « Corse, Gasparin , dans un journal protestant , Y Espérance, que « la place naturelle de nos enfants n’est pas dans les collèges
« universitaires L’éducation religieuse ( et par conséquent
« morale ) n’existe réellement pas dans les collèges Ce sera
« l’un des étonnements de l’avenir , que d’apprendre qu’une
« société qui sc disait chrétienne , a voué les sept ou huit plus « belles années de la jeunesse de ses enfants à l’étude exclusive « des auteurs païens, qu’elle les a nourris , exclusivement nourris « de leurs fausses idées, de leurs fausses gloires;... qu’elle a « lentement et laborieusement inspiré tous les sentiments les « plus opposés à l’Evangile ; que cet Evangile a été relégué à une « place tellement subordonnée, tellement infime, qu’il a pu « rarement contre-balancer l’influence de ces détestables doctrines, « si bien adaptées à nos penchants naturels ; et qu’au nom de « J. C. on s’est efforcé de faire beaucoup de disciples de Socrate « et de Zénon. »
« L’Université , dit le Siècle , qui aspire à remplacer partout le « clergé dans ses fonctions d’instituteur de l’enfance et de la jeu- « nesse, et qui ne peut former avec lui une solide alliance, a-t- « elle quelque chose à nous dire sur nos devoirs envers autrui et « envers nous-mêmes? non, ce soin ne la regarde pas ; elle en- « seigne le latin et le grec , un peu de géographie et d’histoire « dans les collèges ; elle apprend à lire et à compter aux élèves « des écoles primaires dans les campagnes ; après cela rien : elle « n’en sait pas davantage... (1)
« L’Université , dit le Courrier Français , ne refuse la liberté « d’enseignement à l’église , que parce qu’elle n’a pas même foi « en elle. C’est en vain qu’au nom de la civilisation elle repousse « l’instruction ecclésiastique ; elle redoute une concurrence que « lui rendraient redoutable les sympathies religieuses d’un grand « nombre de famille , ou du moins le sentiment profond de la « nécessité pour leurs fils de n’être point sevrés de toute édu- « cation morale. » Et un peu plus haut : « L’Université ne peut « enseigner que ce qu’elle a appris , et communiquer que ce « qu’elle possède; elle participe du monde, et ne peut inoculer « que l’esprit du monde. Ce serait la défendre par le mensonge >
(I) Cité par VUnivers, 20 mars 1840,
« que de revendiquer pour elle l’honneur d'une orthodoxie irré- « prochable. Tout ce qu’elle peut , c’est de se condamner au si- « lence ou même à une hypocrisie officielle, ce qui est pis « ENCORE (1).
« Les résultats de l’enseignement de M. Cousin ( par conséquent « de la philosophie universitaire), dit M. Galien Arnoult, ont « été funestes à la morale. Sa doctrine du panthéisme fataliste et « optimiste ne tend à rien moins qu’a tuer la vertu dans son « principe, qui est la croyance aux devoirs. Trop de gens ont « cru apprendre de M. Cousin d la regarder comme une chimère