‹ La Chartreuse de PavieChapitre 11 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

chez le cabaretier Antiquo, nous signale six bocaux de vin fournis «pro honorando très itigegnerios de Mediolano » et six autres bocaux pour honorer Dominique de Florence, avec les cinq personnes à son service ; il faut croire que ces ingénieurs , venus de différents côtés, aient pris, après cela, congé.

Jacques de Campione, comme on a déjà dit, eut successivement d'autres occasions de se rendre à la Chartreuse pour visiter les travaux, en sorte que ses absences prolongées de Milan, obligèrent les députés de la Cathédrale à écrire au Duc afin que Jacques « qui acceptatus est, ut dicitur, super laboreria Cartuxiae » eût à rester encore à leur service, car l'absence de celui « qui principiavit dictam fabricam » était pour les travaux une cause de grands dommages.

endant qu'on travaillait sur l'emplacement destiné au nouveau monastère et à l'église, et que Ton construisait une bâtisse de 71 bras de long et 9 de large, divisée en 9 petites chambres, pour loger les officiers attachéx aux travaux, le prieur et les moines qui étaient déjà destinés à la Chartreuse, s'établissaient à la Tour du Mangano, château situé à un mille environ des travaux. Le registre des premières dépenses pour la construction de la Chartreuse nous offre, pendant les derniers mois de l'an 1396, de nombreux renseignements sur les travaux concernant l'arrangement et l'agrandissement d'une maison dans cette localité, dite la Tour du Mangano; on y parle d'un «palatium magnum versus giardinum» de cinq cellules, aussi du côté du jardin, et de l'achat des meubles et des ustensiles. — Nous y pouvons constater que les moines destinés au monastère étaient seulement huit, y compris le prieur, car nous trouvons mentionnée la provision de huit matelas et de huit traversins ; on préparait aussi un lit « pro forasteriis ».

Avec l'achat de poêles, de chaudrons, d'écuelles, d'assiettes, de pots, de chandeliers, de lampes, de pelles, de seaux, etc., figure aussi la provision des instruments qui devaient servir aux chartreux pour labourer la terre, comme des bêches, des pioches, des fourches, des faux, etc. ; on préparait en même temps le nécessaire pour célébrer les offices divins, car un local de la Tour du Mangano avait été destiné à servir d'église et se trouve mentionné dans la même année 1396 comme «caméra quœ appellattir ecc/esia».

L'importance des travaux poussa Jean Galéas à assurer des revenus plus considérables, soit pour la construction que pour la dotation du monastère. En effet au mois de mai 1397 le Duc, confirmant encore les revenus déjà assignés comme dotation — c'est-àdire 825 livres imp. de Carpiano, 400 livres de Magenta, 1295 livres de Binasco — ajoutait pour les travaux les revenus suivants: 125 florins de Binasco: 4500 florins de S. Colombano: 1500 florins de Salvanesco : 500 florins de Trezzano : 1000 florins de Marcignago: savoir un total de 7625 florins, dont l'administration était exclusivement réservée au prieur du monastère, avec l'obligation de les employer pour les travaux jusqu'à ce que ceux-ci fussent achevés, après quoi les revenus devaient être distribués en aumônes « in remedio a?iime nostre ac predecessorum et succèssorum nostromm ». Nous verrons comme les moines ne se sont point hâtés à distribuer, suivant le désir du fondateur de la Chartreuse, les revenus de ces donations, dont la munificence poussa l'opinion populaire du temps, à soupçonner qu'au lieu d'être l'expression d'un sentiment religieux, était le' résultat d'une conscience tourmentée par les remords. Et cette opinion s'appuyait sur le fait que les propriétés données au monastère provenaient en bonne partie des spoliations et des confiscations de familles patriciennes milanaises, persécutées par les Visconti. En tout cas, Jean Galéas,

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