CHAPITRE II
en décidant la construction de la Chartreuse avec de si grands moyens et de si vastes desseins, montrait de comprendre combien le charme de l'art pouvait consolider son autorité; car, pour lui, la Chartreuse devait être le sanctuaire destiné à accueillir les tombeaux de la famille Visconti ; et dans ce but, bien plus que dans la pensée de la mort, dominait la préoccupation du prestige de l'autorité ducale, qu'il rêvait d'étendre sur toute l'Italie.
e 7 du mois d'octobre 1401, J. Galéas prenait une décision importante pour la construction de la Chartreuse, en confiant au prieur du monastère — le père Barthélémy de Ravenne — l'administration et la surveillance des travaux, révoquant toute autorité d' architectes, d'assistants et de salariés, qui, à partir de ce jour, devaient dans le prieur reconnaître l'administrateur général de la Chartreuse.
Cette décision nous laisse supposer que les moines, avaient dès lors pris possession de la Chartreuse, ce qui rendait nécessaire la concentration de toute autorité dans la personne du prieur; celui-ci, le jour même qu'il reçut les pleins pouvoirs, se hâta de nommer comme ingénieur « Magister Antonius de Marcho » de Créma, qui, au mois de mars de l'année suivante, eut la charge d'examiner et évauler les travaux exécutés jusqu'à cette époque, soit pour les cellules et les autres édifices, soit pour les fondations de l'église, en y comprenant les provisions de matériaux qui se trouvaient déjà dans le chantier.
La longue description des travaux, faite par Antoine de Crema, et qui existe encore aux Archives de Milan,
nous fait connaître jusqu'à quel point la construction en était arrivée cinq ans après le commencement des travaux; on y décrit d'abord les huit cellules du cloître, du côté de l'ouest « in quadro a sera » les huit « in quadro versus meridiem» et les huit «in quadro versus mane» lesquelles correspondent aux cellules, qui aujourd'hui encore forment trois côtés du grand cloître, quoique, comme on verra après, elles aient été modifiées plus tard. Les cellules figurent plus ou moins avancées dans la construction ; presque partout il n'y avait pas encore les clotûres des fenêtres, ou les vantaux des portes, les meubles, c'est-à-dire les bancs et les stalles, les tables, les armoires, la poulie du puits, et d'autres travaux en fer; les pavés en briques et les couvertures en plomb des petites loges qui couraient d'une cellule à l'autre, les manteaux des cheminées, etc., étaient aussi incomplets. — On y décrit successivement l'état du mur sur lequel on devait élever les « columnelli volturarum andatorii dicti c/austri magni», c'est-à-dire le mur du parapet des quatres côtés des arcades du grand cloître, long « in sumtna brachia sexcenttim nonaginta duo ». Le mur qui reliait les cellules vers le jardin figure au contraire déjà achevé à cette époque.
On mentionne ensuite les murs des réfectoires pour les moines et pour les convers ; ces murs s'appuyaient aux contreforts de l'église « qui contrafortes sunt ad superficiem terre » et bornaient le petit cloître, avec la « barbaria » et l'infirmerie, entre lesquelles il y avait « Vanditum claustro parvo ad claustrum magnum». Près de l'église, on plus précisément des fondements de l'église se trouvait la cellule de la sacristie et le Chapitre. On trouve plus loin la description d'une maison faite pour les surveillants des travaux, et deux bâtisses, maçonnées en argile, divisées l'une en huit cellules, l'autre en neuf, et destinées évidemment au logement des artisans. Plus importante est la