CHAPITRE III
massifs saillant de la ligne du mur des chapelles. On trouverait seulement cette différence que les piliers soutenant les voûtes des nefs de la Cathédrale correspondent à chaque travée des nefs latérales, de sorte que les voûtes de la nef principale forment un plan rectangulaire en sens trasversal, tandis qu'à la Chartreuse de Pavie les arcades de la nef principale ont un plan parfaitement carré, et celles des nefs latérales sont à plan rectangulaire dans le sens longitudinal. Cette différence, qui se présente à la Chartreuse, est la même qu'on trouve à Saint Petronio de Bologne, édifice conçu par l'architecte Antoine De Vincenti qui, ayant été chargé en 1 390, par le Conseil des Seicento, de faire le modèle pour la Cathédrale de Bologne, se rendit à Milan dans le but d'étudier et prendre des notes sur la Cathédrale, dont les travaux avaient été commencés depuis quatre ans.
Une telle coïncidence nous porte à croire que la seule variante qui se présente entre la planimétrie de la partie antérieure de la Chartreuse et celle de la Cathédrale de Milan, a été adoptée dès le premier tracé des fondations. Il reste donc certifié que cette variant n'a pas été introduite un demi-siècle après le commencement des travaux, quand on se mit à l'œuvre pour éléver la construction hors de terre.
A structure de la Chartreuse, et plus précisément la coupe transversale de la nef, devait avoir pourtant dans sa conception originaire, une étroite analogie avec les dispositions et les rapports en élévation qu'on adopta pour la Cathédrale de Milan et pour Saint Petronio de Bologne, édifices qui n'eurent pas à subir la longue interruption qui se vérifia pour la Chartreuse entre les travaux des fondations et ceux des nefs. Le même type planimetrique étant donné,
on devait avoir le même organisme statique des voûtes et des contrastes aux poussées de celles-ci. En voyant dans la planimétrie de la Chartreuse les robustes contreforts saillants du mur des chapelles, on reconnaît le but réservé à ces contreforts ; ils devaient concourir au contraste des poussées produites par les voûtes, soit comme piliers destinées à former l'appui pour les arcs-rampants, pour renforcer les parois verticales de la nef principale — comme on voit dans la Cathédrale de Milan — soit comme piliers destinés, avec les murs de séparation entre les chapelles, à se surélever sur la couverture de celles-ci et des nefs latérales, pour former ces contreforts massifs, terminés par une ligne inclinée, comme on en voit dans plusieurs édifices religieux de la même époque.
me des caractéristiques de l'organisme des églises lombardes, consiste dans la disposition planimétrique des piliers des nefs, qui se lie étroitement au développement organique des voûtes. La figure géométrique déterminant la section horizontale des piliers, peut être décomposée dans les différents éléments qui doivent constituer le système des voûtes, car on y trouve les quatre pieds-droits sur lesquels s'impostent les arcades transversales et longitudinales qui formant les nefs, et les quatre pieds-droits, de dimensions plus petites et disposés en sens diagonal, qui sont destinés, au-dessus du pied des arcades, à la fonction de nervures dans les voûtes mêmes. C'est la disposition que l'on voit dans la Chathédrale de Milan, où ces huit pieds-droits, à forme circulaire, se groupent autour d'un noyau central à sec-
tion cylindrique, de manière que dans le complexe du pilier, on a l'aspect d'un fût de colonne, renforcé par huit nervures, qui rayonnent au-dessus du chapiteau en formant la squelette des voûtes.
Les bases des piliers dans la Cathédrale de Milan présentent une grande analogie avec celles des piliers de la Chartreuse, non-seulement dans le contour planimétrique constitué par huit arcs de cercle (voir la
figure) mais aussi dans le profil des moulures de caractère gothique.
Ce qui se présente normal pour la Cathédrale de Milan, étant en relation avec le caractère décoratif du temple, ne Test pas autant pour la Chartreuse. Les rappels aux formes purement lombardes et même de la renaissance sont ici plus accentués. D'ailleurs cette légère dissonance nous conduit toujours plus à croire, qu'à la reprise des travaux, après 1450, la forme des piliers était en quelques points déjà fixée. La coupe adoptée pour le fût des piliers ne reproduit pourtant pas le type de celle de la Cathédrale, dans sa forme originale de piliers à faisceaux, mais elle se rattache plutôt à tradition lombarde, de manière à reproduire la forme des piliers dans les basiliques à voûte, telles qu'on les voit, par exemple, dans la basilique de Saint Ambroise, à Milan. En conséquence de ces modifications, on eut recours dans la structure des voûtes à une disposition qui ne produit aucune impression désagréable, mais porte au contraire à une certaine originalité.
Cette disposition devait être certainement moins
Plan d'un des piliers de l'église.
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