‹ La Chartreuse de PavieChapitre 22 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

res travaillées en courbes pour faire les arcs et les nervures des voûtes. Il s'agissait certainement des voûtes correspondant aux nefs latérales, car seulement en 1463 Cairate de Lecco travaillait les chapiteaux à feuillages « pro mediis pillonis » et exécutait avec Jean de Como les chapiteaux pour la sacristie: l'année suivant Christophe Mantegazza, Antoine de Monza, Corradino de' Monti, Barthélémy de Olgiate, tailleurs de pierres et les magistri Christophe de* Luoni et Simon de Pavie, fournissaient d'autres pierres travaillées en arc et des pierres travaillées à fil pour les parois des nefs.

Guiniforte Solario, qui eut pendant plusieurs années la direction de ces travaux importants — et une influence fort remarquable comme l'on verra sous peu — ne cessa pas pourtant de demeurer au service de la Cathédrale de Milan, en figurant dans les registres de cette église de 1459 à 1480.

En 1464 Solario était payé « pro scalis fiendis, pro cantono et pro certis stellis factis in Mediolano » et ces étoiles devaient être celles que l'on voit encore aujourd'hui disposées comme décorations au sommet des voûtes. La note indiquant que les étoiles avaient été exécutées à Milan, se trouve confirmée par cela même que Guiniforte Solario prêtait ses services en même temps à Milan et à la Chartreuse.

'autres artistes, dont quelques uns devaient plus tard acquérir de la renommée, travaillaient à compléter les deux cloîtres. D'après l'expertise faite par Marc de Créma l'on a vu que les travaux des cellules étaient presque achevés, sans qu'on eût pourtant songé à la construction des arcades destinées à environner les cloîtres et à relier entre eux les réfectoires, les cellules et les sacristies. Les murs qui devaient supporter les petites colonnes des arcades, étaient restés inachevés l'an 1401.

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Eu 1463, Guiniforte Solario s'était procuré de la Cathédrale de Milan « ig centenara » de marbre blanc « pro faciendo capitelos claustri magni» à la

Arcadks du pktit Cloître.

(Décoration en terre cuite de Rinaldk dk Stauris - 1464.)

Chartreuse : et le 28 septembre de cette même année on rétribuait M.Johanne de Caijrate et Antoine de Lecco « pro mani factura capitellis duobus a cantono

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pro claustrino parvo, à 10 livres pro quolibet »: Tannée après, Rinalde de Stauris, de Crémone « magister ab intaliis » — à qui le Duc avait donné en 1461 un sauf-conduit pour se rendre à Milan avec sa famille — figure parmi les artisans de la Chartreuse qui étaient rémunérés « super ratione laborerii clmistrini a foliamine ». On peut donc attribuer à cet artiste sculpteur en bois l'exécution des modèles de toute sorte qui ont servi à la riche ornementation en terre cuite des arcades et des entablements du petit et du grand cloître pour lequel Rinalde passe pour avoir travaillé, en 1465, avec Christophe Mantegazza.

La même année travaillait pour la Chartreuse « Magistro Rizo de Verona» qui était payé pour la fourniture «certarum

Grand Cloître.

(Terres cuites de Rinalde de Stauris.)

tolumnarum rubearum » et il est facile d'y reconnaître les colonnes en marbre rouge de Vérone, alternant avec celles en marbre blanc qui soutiennent les arcades du grand cloître.

Ce « Rizo de Vérone » est le célèbre Antonio Rizzo, d'abord sculpteur, plus tard architecte de la « Sérénissima » pour laquelle il eut à travailler et à sculpter, soit sur côté du Palais ducal qui fait face à la ScaladeiGiga?iti, œuvre faite en collaboration avec les Lombards, soit aux façades interiéures et extérieures de l'édifice vis à vis du canal. La même année 1465, Rizzo était payé « pro collonelis capitelis et bassis, et pro cantonata una, cutn capitelo et bas sa laborata » : deux ans après Rizzo fournissait encore des marbres qu'on lui paya « pro manus priori venetiarum » ce qui prouve que Rizzo à cette époque se trouvait déjà à Venise.

A cette époque nous voyons un autre architecte prendre part aux travaux de la Chartreuse, et c'est Benoît Ferrini de Florence, qui pendant plusieurs années travailla à la construction du Château de Milan. Le 7 octobre 1469, Barthélémy Gadio, Commissaire général de cette construction, donnait au Duc son consentiment favorable à l'égard d'une demande des moines de la Chartreuse, afin que « pour certains travaux Maître Benoît de Florence pût aller deux fois par mois à la dite Chartreuse, jusqu'à l'achèvement des travaux, sans préjudice pour la construction du Château de Porta Giovia, en allant un jour, pour revenir l'autre ».

M autre artiste qui devait s'assurer un nom dans l'histoire de l'art de la seconde moitié du XV e siècle est Jean Amadeo, que nous voyons à la Chartreuse dès 1466. Il commença à travailler dans le grand cloître, et plus tard, avec son frère peintre, au petit cloître; il résulte d'un acte du notaire Gabba de Pavie que «Maître

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Protasius pictor et Jo. Ant, de Amadeis Lapicida fratres f. quondam d.ni Aluysii habitator Papie, promiserunt dare marmora pro ornamento et fulcime?ito straforato fie?ido i?i claustrino parvo Chartusiœ papiensis » . Cette note est importante, car elle nous présente un artiste peintre jusqu' aujourd'hui inconnu, frère d'Amadeo, et nous renseigne sur les premiers travaux, exécutés par Amadeo, à la Chartreuse.

Le petit Cloître et le côté de l' Église.

(D'après une esquisse du prof. Louis Bisi - 1838.)

D'autres peintres figurent, à la même époque, sur les travaux. En 1465 « M. Bertolino et M. Bartholo??ieo, omnes de Papia pictores » étaient payés pour des travaux « in claustrino parvo ». Il s'agissait certainement de la frise ornementale qui courait sur la paroi de fond du portique, à la hauteur des impostes des arcades, et des monogrammes qui décoraient les voûtes et qui ayant été cachés sous le badigeonnage, n'ont pu être retrouvés que récemment.

Bien plus intéressante est la mention que le peintre Vincent Foppa travaillait dans la même année 1465,

au grand cloître « M. Vincentio de Fopa pictori, pro certis profetis fadis pro claustro magno et certis aliis figuris,

omme on a déjà dit au chapitre précédent, la structure et la disposition planimétrique de la Chartreuse, dans la partie correspondante au transept et au chœur n'est pas intimement liée à la structure de la partie antérieure des nefs et des chapelles. Une circonstance particulièrement remarquable est celle des deux piliers aux points de rencontre des nefs latérales avec le transept (n. 5 et n. 25 de la planimétrie, page 59), qui, non seulement n'ont pas leurs correspondants dans la paroi opposée à ce transept, mais restent inachevés, sans aucune raison constructive , à la hauteur des chapiteaux des piliers plus élevés, qui soutiennent la coupole (Voir III e Planche). Cela confirme qu'une variante a été introduite dans le développement du dessin original, en correspondance du transept : on doit reconnaître cette variante dans la disposition caractéristique de petites absides groupées aux extrémités du transept et du chœur. Cette disposition nous indique un retour à la tradition lombarde, de même que les contreforts massifs angulaires dont deux ont un escalier tournant, exécuté par Solari en 1464 (scalis fiendis pro canto?w).

ks modifications si caractéristiques dans la disposition planimétrique de l'église, ont rendu possibile une trasformation radicale dans la structure des nefs par la suppression complète de tout le système de contreforts, arcs-rampants et barbacanes destinés à contrebuter les poussées dérivantes des arcs et des voûtes, et qui se trouvait déjà indiqué dans le tracé des fondations. Ces modifications avaient donc le but de rapporter la structure de l'église aux traditions lombardes, en développant, au lieu des contreforts et des arcs-rampants, une suite de loges le long des parois extérieures des nefs, substitution qui n'avait aucun but statique. Dans toute cette transformation on doit reconnaître l'œuvre de Guiniforte Solari. Il avait été attaché, jeune encore, à la construction de la Chartreuse, et ayant eu de suite la direction des travaux, il se trouva en condition — après la mort du vieux Christophe de Beltramo, qui devait être fidèle à la conception originaire, initiée par lui en 1396 — de développer librement ses tendances d'art, qui à la moitié du XV e siècle constituaient un élément de transition entre l'art du moyen âge, influencé dans sa dernière période par les traditions du nord, et l'art de la renaissance qui se rattachait au contraire aux traditions classiques.

'architecte Guiniforte, qui avait commencé à travailler à la Chartreuse à l'âge de vingt trois ans, y a dédié les meilleures années de son activité artistique. Après avoir poussé à la construction de l'église, il put, sans quitter les travaux de la Chartreuse, travailler à plusieurs autres édifices religieux et militaires du Duché de Milan. En 1466 on le voit occupé aux travaux de l'église de la Paix, et de la sacristie de Sainte

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