CHAPITRE V
Amadeo s'était appliqué, comme on a déjà dit, a d'autres commissions de sculpture et architecture; mais lorsqu'il apprit que les travaux de sculpture pour la façade de la Chartreuse avaient été adjugés aux frères Mante gaz za en date du 7 octobre 1473, il ne tarda pas à faire des démarches pour avoir une partie de l'ouvrage. Le Duc Galéas M. Sforza s'intéressa lui-même en sa faveur, et le Prieur réussit à faire renoncer aux Mantegazza la moitié de leur , contrat, qui fut adjugée à Amadeo en date du 20 août
Malgré cette concurrence, les travaux de la façade n'avancèrent pas rapidement. Les frères Mante gazza étaient occupés à d'autres travaux, soit dans le monastère de la Chartreuse, soit à Milan, où ils exerçaient toujours la profession d'orfèvre; en 1474 ils furent chargés de faire la statue équestre en bronze de François Sforza, mais ils ne purent s'acquitter de ce travail, dont fut chargé plus tard Léonard de Vinci.
Atnadeo avait encore à travailler à l'achèvement de la chapelle Colleoni à Bergame, de sorte que seulement en 1478 ces artistes purent présenter au Prieur et soumettre aux experts nommés par Guiniforte Solari, plusieurs marbres travaillés. Parmi ceux présentés par Amadeo, se trouvaient trois clochetons ou pinacles extérieures, une porte pour la sacristie, quatre lavabos pour les chapelles, le puits de la foresteria et celui pour les cellules dans le petit cloître, deux chapiteaux pour la double chapelle et une corniche en marbre morello pour la façade, qu'on voit dans le soubassement de celle-ci.
Qi ni forte Solari mourait au mois de janvier 1481, et peu de temps après lui, Christophe Mantegazza, de sorte que la succession d'autres architectes et d'autres exécuteurs contribua à accélérer l'évolution, déjà si rapide, qui s'accomplissait dans le caractère décoratif de la façade.
Ainsi on ne doit pas s'étonner si, dans les dix années qui devaient encore s'écouleur jusqu'à l'année 1491 — dans laquelle la façade prit définitivement la forme que nous voyons — deux autres dessins ont pû être étudiés, dont il nous reste le souvenir dans deux bas-reliefs de la Chartreuse. Il faut considérer comme plus ancien le dessin qui figure dans le basrelief du mausolée de Jean Galéas, représentant la cérémonie de la première pierre (voir la figure à page 28). La façade indiquée dans le modèle qui est présenté au Duc, nous montre des lignes horizontales toujours plus accentuées, tandis qu'au lieu du couronnement en pente suivant les toits, on voit des grandes volutes de raccord, qui sont caractéristiques dans la renaissance, autant que le couronnement en demicercle qu'on projetait pour la partie centrale de la