‹ La Chartreuse de PavieChapitre 31 sur 69 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Fossano en 1490. On peut croire que l'architecte Dolcebuono ait dessiné la nouvelle façade dans ses lignes d'ensemble, toujours plus discordantes avec la structure de l'intérieur de l'église, et que le peintre Ambroise Fossano ait ranimé la simplicité de la composition de Dolcebuono, pour donner un champ plus vaste aux élégances du ciseau vers la fin du XV e siècle. On a déjà vu au chapitre précédent que le Bergognone se trouvait à la Chartreuse depuis quelques années, déployant toute son activité intellectuelle, soit en peignant les tables destinées aux autels et aux cellules des moines, soit en décorant avec son frère Bernardin, les voûtes de l'église et les parois des chapelles. Il se trouvait donc dans une condition favorable pour intervenir dans la question importante de la façade. Son habileté dans la décoration est témoignée du reste par les compositions archi tectoniques qu'il dessina en perspective dans le fond de plusieurs de ses tableaux.

rJouR la fourniture des marbres nécessaires à la façade, en surplus de la provision qu'on faisait directement à Carrare, on stipulait en 1492 une convention avec les députés de la fabrique de la Cathédrale de Milan pour avoir les marbres de Candoglia, à 13 livres par «centenaro» (100 livres), rendus au bord du Tessin, à Sainte Sophie. En 1494 les Chartreux devaient débourser 2500 livres pour « les réparations au grand canal de Milan » qui étaient nécessaires pour le transport des matériaux du Lac Majeur jusqu'à Pavie. Le Duc de Milan de son côté facilitait la provision des matériaux, en assurant l'exemption de toute contribution ou impôt ducal.

end A NT les dix dernières années du XV e siè- | cle, les travaux de la façade de la Chartreuse étaient poussés jusqu'à la hauteur de la première petite loge ou «corridore» a l'exception de la décoration pour le portail. Deux tables du Bergognone et l'un des grands bas-reliefs à côté du portail, nous donnent une idée de l'état des travaux

à cette époque. Au fond d'un petit tableau — qui se trouve à présent à la National Gallery de Londres — on entrevoit une partie de la façade en construction, abritée par un toit provisoire, à mi-hauteur des fenêtres. Dans un autre tableau, qui est aussi du Bergognone , représentant le Christ portant la croix et suivi par les Chartreux, on aperçoit dans le fond la façade de la Chartreuse en construction, avec les quatre fenêtres à candélabre, déjà avancées et abritées par un toit provisoire placé sous la fenêtre circulaire du centre. C'est la même disposition que l'on voit sculptée dans un bas-relief à gauche de l'entrée de l'église, bas-relief dont nous donnons le dessin.

Ce serait une tâche par trop difficile que de vouloir décrire cette partie de la façade du temple. La fantaisie de l'artiste sculpteur, aidée par la plus exquise habileté de ciseau, a fait passer au second plan toute la disposition architectonique, sans respecter les derniers liens que Dolcebuono avait voulu garder avec la structure des côtés et de l' intérieur. Ce qui déter-

So

mina les Chartreux à adopter un type de façade bien plus développé, était l'intention de donner aux sculpteurs encore plus d'espace à décorer, et compenser par une plus grande masse le manque d'unité dans la composition, causé par l'abondance et la liberté des détails des sculpture. Ainsi, les deux compartiments extrêmes, correspondant aux chapelles — et qui, à cause du développement limité en hauteur, devaient figurer

seulement comme des compléments à la façade , se trouvèrent intimement reliés avec la partie correspondante aux nefs latérales, en y reproduisant le motif de la fenêtre à candélabre, sans aucune préoccupation de ce que ces fenêtres extrêmes ne pouvaient pas éclairer l'intérieur de l'église.

Malgré ces expédients et cette richesse excessive, qui nuit aux lignes d'ensemble et à la valeur réelle des différents parties, il est hors de doute que l'extraordinaire eftiorescence sculpturale, qui ne voulut épargner la plus petite portion de la vaste surface, constitue une grande page de l'histoire de l'art, dans laquelle on trouve condensées toutes les caractéristiques de la sculpture à la fin du XV e siècle. Le soubassement avec la série des médaillons de rois, empereurs et personnages historiques (voir la figure), reproduits pour la plupart d'après les monnaies et les médailles, témoigne de la source à laquelle s'inspirait

Un des médaillons du soubassement.

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