CHAPITRE VII
part du sculpteur Christophe Romano. En 1501 le Briosco se chargeait « de faire la porte de l'église « avec 4 colonnes, excepté les histoires du soubas- « sèment qui sont faites et commencées par lui Maî- «tre Benoît et Maître Ant. Amadeo pour 2000 du- «cats de 4 livres impériales»: dans la nombreuse société d'artistes qui de 1500 à 1507 travaillèrent avec le Briosco pour la façade de l'église, nous trouvons Jean Etienne de Sesto, Biaise Vairone, François Pioltello, François Briosco, fils de Benoît, Hector d'Albe, Barthélémy de la Porte, Jean Baptiste de Sesto, Antoine Tamagnino, qui plus tard travaillèrent encore à d'autres parties du monastère.
Pendant que ces nombreux artistes sculpteurs travaillaient à la zone inférieure de la façade, jusqu'à la première loge, Erasme de Rotterdam, traversant la Lombardie pour aller de Turin à Boulogne, s'arrêtait à la Chartreuse de Pavie. L'activité déployée pour la richesse du monument, là au milieu de la tranquillité des champs, la foi et l'enthousiasme qui animaient encore les ciseaux des sculpteurs dut paraître une dissonance au philosophe de Rotterdam, qui dans le Convivium religiosum se demandait avec mélancolie: «pourquoi donc prodiguer tant d'argent « pour élever un temple, destiné seulement aux psal- «modies de quelques moines, qui seront dérangés « par l'affluence de ceux qui recherchent seulement «le luxe des marbres?»
On dirait que la plainte d'Erasme ait contribué à rompre le charme de cet accord admirable entre le sentiment religieux et le sentiment artistique, qui, depuis plus d'un siècle, ammassait tant de trésors d'art; car, après la visite d'Erasme, les travaux de la façade ont duré encore pendant trente années environ, mais à la hâte, simplifiés, sans la passion et la grâce qui avaient animé la partie inférieure. Seulement quelques bas-reliefs, quelques médailles ou bu-
stes, interrompent la nudité des lignes architectoniques; mais ce sont des bas-reliefs ou des sculptures qui se présentent en parties comme les restes et les résidus de l'ouvrage exécuté pour la zone inférieure
Vestibule d'accès à la Chartreuse.
(Dessin de L. Bisi).
et qu'on a voulu en quelque sorte utiliser. Le souffle de l'art, gardé par une tradition vivante et non interrompue jusqu'alors, avait cessé pour toujours; la vibration artistique ne tarda pas à tarir n'ayant pas même la force d'achever la façade.