CHAPITRE X
sculptés partout à la Chartreuse aient pu lui échapper ; peut-être est-ce le grand nombre même de ces armoiries qui les sauva d'un vandalisme qui demandait une trop grande peine, sans présenter aucun avantage matériel. L'appât d'un gain immédiat dut au contraire exciter à la profanation du tombeau de Jean Galéas ; ce tombeau, par sa richesse extérieure, ne pouvait que laisser espérer un riche butin. Ainsi, en 1799 le général Berthier fit ouvrir le sarcophage du fondateur de la Chartreuse, et parmi les différents objets dont on dépouilla les cadavres de Jean Galéas et d' Isabelle de Valois, on mentionne deux sceptres, aux armoiries ducales en émail, qui selon les traditions du temps, auraient passé à la famille Visconti Ajmé.
la dernière suppression, arrêtée en 18 10 par Napoléon, la garde de là Chartreuse était restée confiée uniquement à un prêtre, autrefois Carmélite déchaussé, dépendant du subéconomat des bénéfices
vacants de Pavie. Après la chute du Royaume d'Italie, le gouvernement autrichien s'intéressa à la Chartreuse; il assigna un fond pour l'entretien des édifices, mais c'était une rente insuffisante, soit en rapport de la largesse des moyens qui avaient toujours été à disposition de la Chartreuse, soit en rapport du développement et de V importance des bâtiments. Le silence claustral d'autrefois, étais devenu le silence de l'abandon; et le sentiment de l'art qui avait créé les merveilles de la Chartreuse, ne trouvait aucun écho dans l'imitation froide et monotone de l'art ancien, qu'on suivait au commencement du siècle, en opposition ouverte avec les différentes manifestations de l'art du moyen âge et de la renaissance.
es Chartreux, soixante ans après avoir quitté leur résidence favorite, y retournaient, grâce à l'arrêt de l'empereur Ferdinand I, en date du 17 juin 1843. La prise en possession eut lieu le 21 décembre de cette année par un acte solennel, avec l'intervention des autorités civiles et ecclésiastiques. A ce retour des Chartreux s'intéressa le comte Jacques Mellerio, qui légua en mourant une partie de sa fortune à profit de la Chartreuse.
Un autre patricien milanais montrait son zèle éclairé à profit du monument. Le chœur des convers — ouvrage commencé, comme on a vu, en 1493 par Barthélémy Polli, et continué après 1502 par Jacques du Majno — avait été détruit à l'époque de la suppression de l'ordre des Chartreux, et le gouverneur de Milan, le comte de Wilzech, ayant acquis les stalles, les avait arrangé à l'usage de bibliothèque dans la maison Serbelloni, sur le Corso de Porte Orientale, aujourd'hui Corso Venezia. Le chœur des moines avait até abandonné comme toutes les autres œuvres d'art de la Chartreuse pendant la période de temps qui .s'écoula depuis l'an 1782 jusqu'à l'an 1843, époque du retour des moines à la Chartreuse, comme on l'a déjà dit.
On doit au Comte Ambroise Nava — qui avait déjà fait don aux Chartreux d'un riche porte-choraux en bois sculpté — le travail de la restauration du chœur. Après le nettoyage général et soigné, qui raviva les couleurs des différents qualités de bois, on compléta les parties de marqueterie qui manquaient en bouchant avec des mastics de différentes couleurs les