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La chasse a courre

11 n'est aujourd'hui si mince seigneur qui n'ait au moins 'occasion d'y figurer comme invité.

La chasse à courre se démocratise comme toute chose, et e temps est proche où les premiers éléments du noble art j^ de vénerie feront partie des connaissances obligatoires professées à la laïque.

Il n'est peut-être pas inutile, au moment où le nombre des

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veneurs accidentels tend à se multiplier dans une proportion considérahlej de mettre sous les yeux de la jeunesse appelée à fournir à bref délai aux maîtres d'équipage un contingent imposant de futurs invités une sorte de manuel abrégé et panoramique des incidents qui se produisent le plus généralement au cours d'une journée de chasse^ et contenant en outre quelques mdications pratiques sur la conduite à tenir suivant les circonstances.

Le maître d'équipage, qui tait tous les frais, assume toute la responsabilité et s'expose à une quantité considérable de tracas de toute nature pour procurer à ses invités un plaisir sans mélange, a droit, en retour, à tous les égards de ceux-ci.

Aussitôt arrivé au rendez-vous, l'invité devra onc se faire régulièrement présenter nonseulement à l'amphitryon, mais encore aux personnages les plus considérables de son intimité.

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Ces formalités remplies, il aura soin de se tenir modestement à l'écart, et de ne rien faire qui puisse attirer sur lui l'attention.

Dans ce but, il agira prudemment en se procurant un cheval d'une sagesse exemplaire, qui ne rue ni aux chiens, ni aux hommes, ni aux autres chevauv.

Il devra également faire preuve de la plus grande discrétion au moment du rapport, et évitera de troubler, de quelque façon que ce soitj la conférence préparatoire entre veneurs et piqucurs dans laquelle se décide - l'emploi de la journée.

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Pendant les manœuvres qui précèdent l'attaque, il usera de toute l'autorité qu'il peut avoir sur sa monture pour laisser circuler librement les bardes, et fera tous ses etîorts pour n'écraser ni chiens ni valets de chiens.

L'invitij doit se faire remarquer par la correction de sa tenue. • — 11 doit avoir une culotte assez large pour contenir toute une famille : — des bottes exquises, — un habit rouge ou noir d'une coupe irréprochable, — des éperons du dernier modèle, — un chapeau éblouissant, — et surtout n'avoir à son stick aucune fîamme, — de manière à faire voir qu'il connaît son rôle tout d'abstention et de reserve.

Le devoir d'un maître d'équipage qui reçoit une invitée est tout indiqué. II doit la mettre sous la direction d'un veneur expérimenté, quoique encore vert, énergique mais prudent, chargé de la guider sûrement, de veiller sur sa sécurité et d'écarter de son chemin toutes les ronces et toutes les aspérités.

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Le veneur chargé de piloter une amazone devra s'abstenir de tout ce qui peut rappeler la fantasia. — S'il ne sait pas résister à la tentation de passer un obstacle pour le plaisir puéril de montrer combien son cheval est souple, docile et tranc, il est indigne de la confiance qu'on

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Si une invitée a plus de vingtcinq ans, elle a toujours droit aux égards les plus respectueux. Mais elle ne doit plus compter sur les attentions délicates auxquelles ont droit ses cadettes. Au lieu de suivre à cheval, elle fera preuve de sagesse en se contentant de moyens de transport plus sérieux, tels que demidaumont, chaises attelées en poste, etc., voire le coupé fermé.

Si la tenue de l'invité parisien est généralement irréprochable, il est rare que celle de l'invité indigène puisse être recommandée comme un modèle de correction. — Une même préoccupation préside à l'équipement du chasseur local, la recherche de ce qui lui paraît commode ^ de là une diversité invraisemblable dans le vêtement des hommes, le harnachement des chevaux, etc. L'important est de suivre par tous les temps. L'accoutrement s'en ressent, mais n'enlève rien à l'entrain de ceux qui le portent.

« Se regarder comme deux chiens de faïence », dit le proverbe.

L'intensité de l'examen auquel se livrent ces quadrupèdes, cuits à grand feu, n'est rien en comparaison de la fixité du regard de chasseurs parisiens et campagnards mis en face les uns des autres par un hasard quelconque d'une chasse.

Pour aller au rendez-vous, chacun adopte le système de locomotion qui lui paraît le plus pratique- Les uns vont en voiture, les autres à cheval; les plus sages, quand la chose est possible, par voie ferrée. — Tous les moyens sont bons : la seule considération importante est de savoir si les chevaux qui doivent chasser arriveront frais et dispos au rendez-vous; — d'aucuns pensent que, pour obtenir ce résultat, le meilleur moyen consiste encore à les y conduire soi-même : on sait exactement de quel train ils ont marché, et l'on est sûr qu'ils n'ont couru aucun match, sous un poids indéterminé.

Un système à éviter est celui qui consiste à atteler en tandem le cheval qu'on a l'intention de monter. — Les chemins qu'on doit suivre n'étant pas toujours admirablement entretenus, on a les plus grandes chances de se faire quelque accident avant d'arriver au but. — Comme, la plupart du temps, c'est au cheval attelé en flèche qu'ils arrivent, on court le risque d'avoir son cheval plus ou moins couronné et d'être obligé de rentrer chez soi par les voies les plus rapides, sans avoir vu même le lancer.

L'inconvénient le plus grave de la méthode qui consiste à conduire soi-même au rendez-vous le cheval sur lequel on doit chasser, réside dans l'obligation où l'on est, la plupart du temps, de se lever à des heures invraisemblables.

— Avez-vous bien dormi, cher ami?

— A merveille, mais pas beaucoup! ! !

On appelle cheval d'invité un animal insupportable chargé de décourager les indiscrets qui pourraient avoir le désir de s'éterniser chez leurs hôtes.

Ce cheval spécial doit avant tout avoir une bouche d'une sensibilité exceptionnelle et un caractère médiocre.

Si, par surcroit, il possède des réactions impossibles, il réunit tous les défauts désirables.

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La pratique de lâchasse démontre rapidement combien il est inutile de demander aux indigènes des renseignements sur le chemin à suivre.

Dans la plupart de nos provinces, le paysan n'aime pas les veneurs : surtout s'ils sont Parisiens.

Porter sur soi une carte détaillée de l'arrondissement dans lequel on chasse.

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Le seul pays où la recommandation qui précède puisse être considérée comme non avenue est le Poitou, où la haine du loup fait de chaque habitant un auxiliaire des veneurs, auxiliaire souvent aussi passionné que le plus ardent disciple de saint Hubert.

Dans cette contrée exceptionnelle, il n'est pas rare de voir les cultivateurs se joindre à la poursuite, et dételer le bidet de leur cabriolet, ou l'un de leurs chevaux de charrue subitement métamorphosé en hiinter.

Bien attaqué! bien chassé! dit avec raison le proverbe. Aussi l'invité bien avisé devra-t-il se tenir prudemment à l'écart pendant toute la partie préparatoire de la chasse. Il se tiendra à une distance également respectueuse des chiens et des hommes, et se gardera comme de la peste de la tentation de fournir à ces derniers aucun renseignement qui puisse faciliter leur tâche.

Jamais un invité ne doit dépasser le maître d'équipage : c'est une règle de bienséance absolue, à plus forte raison quand ledit maître d'équipage accompagne une dame.

En cas de force majeure, l'invité qui viole cette règle doit saluer au passage

A moins toutefois qu'il n'ait perdu son chapeau.

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