SCÈNE SEPTIÈME
ANTOINE, MME DESMARS (fous deux assis sur le sofa.)
ANTOINE. Que s'est-il donc passé hier soir ? .
MADAME DEsmars. Je suis allé chercher votre neveu dans un club de joueurs, à quelques portes d'ici, et j'ai fait comprendre à messieurs ses amis, ce que je pensais de leur conduite.
ANTOINE. Oh! le jeu maudit ! C'est
pire que livrognérie, pire que le vol, pire que la prostitution ! C’est tout cela à la fois et plus encore, quand ce sont des chefs de famille qui s’y livrent. Mais pardon !....
MaDaME DesMARs. Laisssons de côté ce triste sujet, parlons de vous... Quelle bonne inspiration vous avez eue de nous revenir !... Notre maison sera plus gaie désormais.
ANTOINE, Une circonstance assez extraordinaire m'a décidé à quitter l'Ouest, pour venir me reposer ici. . J’ai comme vous le savez, amassé une fortune assez rondelette, dont j'ai fait deux parts ; la première, pour Gaspard, l’autre pour ma filleule Antoinette ; à l'exception d’une petite réserve pour mes menus plaisirs de
‘vieux garçon... À la condition toutefois de finir mes jours, soit chez l’un, soit chez l'autre... Au cas du décès du neveu avant la nièce, tout l'héritage appartiendra à cette dernière, et vice versa... J'ai fait dresser en conséquence, les papiers nécessaires que j'ai expédiés à un notaire de Montréal, pour plus de sûreté... Si, ce que je ne souhaite pas, Gaspard et moi, nous mourions demain, Antoinette serait un splendide parti, n'est-ce pas ? Un double héritage ! Celui de son père et le mien réunis, il y aurait de quoi exciter les convoitises des Montréalais, un million !... mais tout cela n’est que pure supposition. ….
MADAME DEsMars. Pure supposition vous le dites;... car vous êtes encore vert, on ne vous donnerait pas quarante ans, cher beau frère !
ANTOINE. Je puis bien en dire autant de vous, belle veuve ! On ne vous donnerait pas, foi de garçon, plus de vingtneuf ans et onze mois, dans ce moment !
Maame DesMars. Toujours flatteur et galant !... Mais veuillez continuer votre récit.
ANTOINE. Il y a six mois, environ, je fis la connaissance d’un individu du nom de Lamy, avec lequel je me liai d'amitié :
c'était un charmant garçon, apparemment ; plein d’obligeance, d’un physique agréable... bref, au bout: d'un mois, il connaissait parfaitement mes goûts et ma fortune et ma parenté... Un soir, je l’invitai à ma pension et l’'amenai avec moi.
Quelle ne fut pas ma surprise en entrant
‘dans mon appartement de le voir lever
sur moi, sa main armée d’un coutelas...
J'essayai de résister, mais l’ét nnement mé paralysait ; je sentis le froid d’une lamé entre mes deux épaules et je tombaï, n'ayant pas même la force d'appeler au secours... En retrouvant ma connaissance au bout de trois heures, je me vis couché dans un lit d'hôpital ; heureuse:
ment, le chirurgien qui me pansa, me déclara de suite, que le coup n’était pas mortel.
MapDaAME DESsMARS. Comme c’est affreux !
ANTOINE. Quant à Lamy, je ne lai plus revu... Lorsque je fus én état le voyager, je pris le parti de retourner au Canada, et me voici.. S'il m'arrive encore de recevoir des coups de poignard, j'aurai du moins la consolation de mourir dans mon pays, au milieu de ceux qu j'aime. ;
MADAME DEsMaRs. Maïs vous né mourrez pas maintenant, la Providence vous conservera pour m’aidér à ramener mon pauvre Gaspard dans le bon chemin... Vous m’aiderez ? (Avec chaleur.), Vous m’aiderez, n’est-ce pas ? (Æssuyant une larme) à en faire un homme utile, digne du nom qu’il porte ?
ANTOINE. Je vous le promets, chère
belle-sœur !... Vous avez donc à vous plaindre de lui ?
MADAME DEsMars. Hélas !.,. Jai fait
ce que j'ai pu pour l'empêcher de se dévoyer,.…. mais les mauvais amis l’ont emporté sur la mère... Aujourd’hui, la vie en famille est tellement négligée; que les jeunes gens n’offrent guère de bonnes garanties pour l’avenir.
ANTOINE. Et les jeunes filles ?
MADAME DEsMars. En général elles sont infiniment supérieures, en instruction et en savoir vivre ; malheureusement, l'éducation qu’elles reçoivent est incomplète, et lorsquelles sortent des écoles pour se heurter à la vie pratique, à la vie du ménage, elles sont toutes désorientées, les pauvrettes ; ce n’est pas Comme dans notre jeune temps !
ANTOINE. Et les garçons, dans mon jeune temps, étaient plus rangés qu'aujourd’huï, ils aimaient mieux la maison, la famille, (Gaspard entre.) Re
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