SCÈNE TROISIÈME
LA COGNON. FANFAN. FiLFIN.
FANFAN. (Æssouffé et ruisselant de pluie ainsi que Filfin.) Quel temps de chien !..
FiLFiIN. Je plains les voyageurs en route... il grêle à tout casser, en‘endezvous ? (Bruit d'orage dans la coulisse.)
La CoGNon. Mais d’où viens-tu donc Fanfan ?... t'as l'air d’une carpe pâmée !
FANrFAN. Je suis venu de la ville à pied... pas moyen d'emprunter de voiture !... J'ai un si mauvais nom !... etil m'a fallu emporter cette charge sur mes épaules !... Filfin m’a bien aidé un peu, mais il manque de souffle et j'ai presque été obligé de l'emporter lui aussi, pardessus mon sac !... Je suis fatigué et je n'ai pas volé mon repos, allez !
La CoGNon. Pas plus que ta marchandise je suppose ?...
FirriN. Ça ! cela ne te regarde pas, madame Cognon !... amène tes verres...
(Za Cognon verse pour trois.)
La Cocnon (à Filfin qui lui prend le
menton). Otes donc tes doigts de là, mal
élevé.
Fizrin. Tiens !... La Cognon s’est lavée, elle ne veut pas qu’on lui touche la margoulette... Il n’y a pas d’aqueduc ici pourtant !...
FANFAN. Mais il y a des fossés le long du chemin, quoique l’eau qu’ils charrient ne soit pas beaucoup plus sale qu’à la ville,
FILFIN (ava/ant son verre). Elle ne baptise pas mieux le whiskey non plus !
La Cocnon. Dites donc vous autres !
Avez-vous envie de m’insuiter ?
FiLFIN. Pas du tout... J'ai voulu seulement voir la lougneur de votre moustache !... pour vous rajuster je paie un autre verre.
LA CoGnon. Après tout t'es pas si bête que t'en as l'air. ‘
Fizrin. N'est-ce pas, hein ?
LA Cocnon. Montre moi ton argent avant.
FizriN. Tiens le voici—dix sous !...
La Cocnon. Est-ce tout ce que t'as gagnée dans ta journée ?
FILFIN. J'ai gagné ça aussi, (7 montre le sac) en société avec Fanfan—et ga
aussi! (7 montre un billet de cing piastres.)
La Cocnon. Veux-tu me le prêter ?
FiLFIN. Oui, si tu nous traites.
La CoGnon. Ce n’est pas contrefait ?
FiLFIN. Il n’y a pas moyen de contrefaire le portrait qu'il y a sur ce billet de la banque Jacques-Cartier.
FANFAN. Il n’est pas tout à fait joli, en effet. |
FILFIN. Je sais bien que tu le trouves Te SR Tous les anciens officiers de la Corporation qui ont eu de la malchance, comme toi et moi, le trouvent laid—abominable !
La CoGNon. Qu’avez-vous dans ce sac ?
FANFAN. De la marchandise de contre-
bande.
La Cocnox. Je veux voir ça.
FANFAN. Ferme ta porte à double tour, avant. (Za Cognon va pour mettre le verrou sur la porte qui s'ouvre poussée par le vent ; on entend un bruit de pluie, elle referme la porte.)
FiLFIN (fenant le sac et en tirant Les effets). Une paire de souliers de fillette !.
FANFAN. Pas de petits pieds dedans.
(27 prend un soulier et en embrasse la boucle.)
FiLFIN. Une robe de nuit en toile blanche !
FANFAN. Ça ne peut pas nous servir à grand chose !
Firmin, Un gobelet en argent !
LA CoGnon. Pour moi le zobelet, hein cher ?
FANFAN. Si tu veux me pensionner avec Filfin mon assistant, pendant huit jours.
La Cocnon. Pas si folle ! (On entend des coups redoublés à La porte... Fanfan enlève de sac, Æilfin les objets sortis et ils vont les cacher sous le comptoir. La Cognon baisse sa lumière un peu, et va ouvrir.) Entrez mes bonnes dames... Un temps affreux n'est-ce pas ? (On entend un bruit de pluie.) Kntrez sans vous gêner. (7a»fon et Filfin se sont avancés sur le devant de la sène, à droite dans Le coin)... Ma maison n’est pas belle... mais j'ai bon cœur |... comme vous êtes mauillées !
FiLriN. Je crois que c’est la demoiselle aux souhers !
FANFAN. En effet. ..c’est chez elle que nous sommes allés faire visite. (Madame Desmars et Antoinctte trempées par la pluie entrent dans l'auberve.)