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ORDRE DE LA DIVISION

Au quartier général à Oran, le 9 avril 1848.

Officiers, sous-officiers et soldats du 6^ régiment d'infanterie légère, recevez les adieux de la garnison d'Oran.

Ce n'est pas sans émotion que je vous ai transmis les ordres qui vous rappellent dans la patrie. Parmi les vaillants régiments qui ont dignement soutenu, en Algérie, la réputation de Tinfanterie française, vous êtes celui peut-être auquel m'a le plus souvent réuni ma destinée militaire : de loin comme de près, je vous serai toujours lié par le souvenir du danger.

Vous débarquiez à Mers-el-Kébir, il y a sept ans, le 3 avril 1841 ; vos premières opérations se concentrèrent dans la zone d'Oran, de Mostaganem et de Mascara; vous étiez à la seconde prise de possession de cette capitale de l'émir. Vous avez vu flotter votre drapeau sur les ruines fumantes des forts de Tegdempt et de Saïda, par lesquels il croyait avoir assuré sa puissance militaire.

Bientôt s'ouvrit cette campagne de Mascara, titre si brillant pour le jeune général quia tout fait pour l'avenir de cette province et pour la gloire de nos armées.

Il vous souvient, soldats, de cette vie d'épreuves... Bien grandes étaient les difficultés, mais plus grands encore furent votre discipline, votre patience, votre courage. Rien n'abattit vos cœurs intrépides, ni les marches incessantes, ni la faim, ni les neiges de Frendah.

En 1843, vous occupiez Bel-Assel et Orléansville, vous coopériez à la soumission de la vallée du Chélifî et des revers de Soumata et du Mouzaïa.

En 1844, on vous voit partout : à Bel-Assel, à Mostaganem, à Zebdou, k Aïn-Témouchent, à Lalla-Maghrnia, à Djemma-Ghazaouâ; vous assistiez à la journée d'isly : là, sous les regards victorieux du Maréchal, nous avons vu fuir, désespérée, cette cavalerie si nombreuse et si vantée du Maroc.

En 1845, quelques fanatiques tentaient une surprise sur votre garnison de Sidi-Bel-Abbès; ils y trouvèrent

leur tombeau. Bientôt, passant dans la province d'Alger, vous gravissiez les pentes de l'Ouaranséris; puis vous entriez dans le Dahra, où vous avez contribué à châtier complètement des tribus insolentes et perfides. L'expédition de Delhys vint couronner tant de marches et de travaux. Depuis rentrés dans l'Est, vous avez occupé Tlemcen et Mascara, et trois fois vous avez pris part aux courses lointaines exécutées dans le désert.

Pendant sept ans de séjour, vous vous êtes embarqués six fois. Vous avez fourni deux généraux à l'armée d'Afrique, et tous deux s'enorgueillissent de leur titre de colonel.

Vous partirez, braves soldats du 6^ léger, avec la conscience du devoir accompli; vous partirez animés de cet esprit d'union et d'ordre qui a toujours fait de votre régiment une famille généreuse : ce lien sacré de la discipline, qui vous a rendus si forts devant l'ennemi, vous le rapporterez intact au sein de la République.

Jusqu'à ce jour rien n'a pu l'ébranler chez vous, ni chez vos frères d'armes de la province : c'est là ce qui fait la dignité et la force de cette division et de cette noble armée d'Afrique, dans le cœur de laquelle seront empreints à jamais le respect des lois militaires et l'amour de la patrie.

Le général de brigade, commandant la province d'Oran par mtérim,

Signé : Pélissier.

Pour ampliation :

Le chef d'état-major de la division, Signé : de Cissey.

Le 23 avril, j'étais en mer sur un vapeur dont je ne me rappelle même plus le nom; le 25, je dé-

barquais à Port-Vendres et le 6° léger se dirigea sur Avignon. Tout chemin mène à Rome.

A peine les troupes rentrées en France eurentelles été concentrées pour former l'armée des Alpes, que les marabouts prêchèrent à qui mieux mieux. Ils avaient vu distinctement de saints guerriers, destinés à chasser des infidèles qui avaient détrôné leur roi et étaient menacés d'une coalition européenne.

Du reste, quand les marabouts manquent de raison immédiate pour une prise d'armes, ils en ont toujours une sous la main. Un de leurs saints a prédit que les Français seraient jetés à la mer l'un des septièmes anniversaires de la prise d'Alger. C'est toujours infailliblement une insurrection septennale, ici ou là, sur la planche, sans compter celles que chacun est libre de provoquer dans les moments de chômage : bureaux arabes, pour se donner de l'importance; grands chefs arabes, pour se venger d'administrés peu dociles à leurs exactions; chefs militaires, pour conquérir un galon, deux ou trois étoiles.

On ne chôma guère en Algérie, où une nouvelle couche de généraux avait besoin de se produire, après la révolution de Février.

Tout en se battant un peu partout, on en finit avec Ahmed, l'ex-bey de Gonstantine, qui avait assez duré et dont la voix ne trouvait plus d'écho

parmi les populations. Il était si peu redoutable qu'on l'interna simplement à Alger, où il mourut le 30 août 1850; mais sa capture fit des heureux.

En 1849, Bou-Zian, qui s'était fait remarquer en 1833 et 1838, lors de la double attaque d'Ahmed- Bey et d'Abd-el-Kader, nécessita le siège de Zaatcha, qui fut suivi d'une répression après laquelle les Sahariens restèrent frappés d'une terreur profonde, mêlée de plus de haine encore.

Bou-Zian s'était rendu. On le fusilla.

En 1850, ce fut le tour de la Kabylie. Il était nécessaire, urgent, de mettre en belle et vive lumière Saint-Arnaud qu'on voulait grandir en vue du coup d'État.

En 1851, toujours l'insurrection kabyle. Camou et Bosquet brûlent plus de trois cents villages — trente dans un seul jour — et des milliers d'oliviers. Ils ne se reconnaissent plus au milieu du massacre : des tribus amies sont égorgées et les habitants d'un village, restés tranquillement chez eux, fusillés sur un soupçon.

En 1852, les guerriers de Laghouat, que' nous avons vus nous aider à piller leurs voisins, se soulèvent à la voix du marabout Mohammed-ben- Abdallah, et sont châtiés... à la française.

Les tribus limitrophes du Maroc sont, elles, en perpétuelle insurrection et font courir nos colonnes, auxquelles elles échappent dans les sables.

En 1854, le colonel Desvaux se dirige sur Tuggurt, dont le bey avait offert ses services, qui furent rejetés :... les deux étoiles! Pendant qu'il envoie chercher des échelles à Biskra, pour franchir une muraille, entourée d'eau, à laquelle il ne s'attendait guère, le chef d'escadrons Marmier, de son régiment, — le trait est noir, — battant l'estrade, livre avec ses spahis, appuyés de chasseurs d'Afrique, un combat en avant de la ville et y pénètre pêle-mêle en poursuivant les fuyards, par la porte qu'ils n'ont pas le temps de refermer. Tuggurt est pillée de fond en comble, au grand déplaisir du colonel, très arabophile, qui arrive trop tard avec ses échelles... Mais le commandant Marmier eut le cinquième galon qu'il rêvait, et le colonel reçut ses deux étoiles comme fiche de consolation.

En 1857, le maréchal Randon, que les lauriers de Saint-Arnaud empêchaient de dormir, monte à l'assaut de la Kabylie pour exercer ses vingt-cinq mille hommes, et y recommence les incendies de ses prédécesseurs.

C'est dans cette expédition qu'on vint dire au général Yusuf : « Encore une tribu, mon général, qui en a assez et demande aussi l'aman. » — « Non, répondit Yusuf; il y a là sur notre gauche ce brave colonel qui n'a encore rien eu. Laissons-lui cette tribu à éreinter; cela lui fera un bulletin : on donnera ensuite l'aman. »

Pendant l'hiver 1858-1859, un marabout, du nom de Si-Saddock, prêcha la guerre sainte dans le sud de la province de Constantine. Le général Desvaux, qui commandait la subdivision de Batna, marcha contre cet aventurier précieux, que quatre hommes et un caporal auraient suffi pour arrêter au début. Il le laissa bien pérorer, recruter des adhérents tout à son aise et, même, venir l'insulter jusque dans son camp.

Ce ne fut que sur la menace du général commandant la division d'envoyer son chef d'état-major prendre la direction des opérations et en finir qu'il attaqua et prit son adversaire. Le combat fut brillant — tous les partisans du marabout, sauf une trentaine, se sauvèrent — la lutte avait été longue et pénible. Si-Saddock valut au général sa troisième étoile et à sa colonne des promotions et des récompenses.

Le voyage de l'empereur en Algérie, voyage pendant lequel ses idées d'empire arabe, lui firent pencher la balance contre les colons en faveur des indigènes, exalta l'orgueil de ceux-ci. Et pourtant Napoléon III faillit trouver sur le sol africain la fin de ses aventures.

Près de Relizane et avant d'arriver à la ville, les Arabes se ruèrent sur sa voiture et l'entourèrent avec tant d'insistance, que lui et son entourage crurent qu'ils étaient tombés dans un piège. Aus-

sitôt cris, fureur; on fait demi-tour au galop et Ton tance d'importance le bureau arabe qui n'avait pas prévenu un pareil désordre.

A ce bureau, on avait proposé le chaouch pour la croix. Tout fut manqué, puisque l'empereur s'était retiré en toute hâte. Cet Arabe, furieux de l'échec de sa croix — parce qu'elle aurait été payée , — s'exprimait hautement et avec violence contre Napoléon, disant que, s'il avait prévu pareille chose, il l'aurait fait mettre en pièces par les Arabes. « Il était sur les lieux, disait-il, à l'incident de la calèche, et il n'avait pour cela qu'un signe à faire. »

Ce voyage, malgré les faveurs et les grâces dont le souverain combla ses nouveaux sujets, et l'accueil que reçurent aux Tuileries leurs chefs, attirés à Paris, ne changea absolument rien aux mœurs et coutumes algériennes.

Pour l'Arabe, le Roumi resta l'envahisseur à jeter à la mer à la première occasion et, pour le Roumi, l'Arabe un excellent terrain pour faire pousser la graine d'épinards et la fortune.

Les révoltes succédèrent aux révoltes à brefs intervalles. Les oreilles des indigènes valurent longtemps encore dix francs la paire et leurs femmes demeurèrent, comme eux d'ailleurs, un gibier parfait.

En 1864, ce sont les Oulad-Sidi-Gheikh avec Si- Sliman qui tue le colonel Beauprêtre et est tué par

lui. Après Si-Sliman, son frère, Si-Mohammed-ben- Hamza, réunit dans une levée commune de boucliers, Oulad-Sidi-Cheikh, Laghouatis et autres tribus oranaises. En plein Tell, près de Mostaganem, les Flittas font à leur tour défection, entraînant les Harars et les Beni-Ourag... Et cependant c'est le terrible maréchal Pélissier qui gouverne l'Algérie !

Un marabout célèbre, Si-Lala, se joint à Si-Mohammed-ben-Hamza et, celui-ci tué à Garet-Sidi, continue la guerre sans interruption, en se réfugiant, après chaque défaite, dans les régions inaccessibles du Sahara.

En 1871, au bruit de nos désastres, Si-Kaddourben-Hamza, chef religieux en même temps que politique, vint appuyer Si-Lala, tandis que Mokrani, ancien invité de Napoléon III à Gompiègne et commandeur de la Légion d'honneur, traité avec insolence par les bureaux arabes, faisait reprendre les armes aux Kabyles, qui brûlèrent vifs nos colons.

Mokranifuttué. Si-Lala disparut. Mais Si-Kaddour, indompté, parvenait, en 1879, à nous mettre sur les bras les montagnards de l'Aurès, et Bou- Amena massacra tout sur les Hauts Plateaux en 1880.

C'est au milieu de ces luttes que la mission Flatfters fut détruite et que celles des ingénieurs Choisy et Pouyanne, qui poursuivaient le même but, durent rétrograder. Elles furent assez heureuses pour se replier sans catastrophe.

La tactique des rebelles de s'enfoncer dans le désert pour se dérober à nos coups a eu pour conséquence de nous faire étendre notre domination, plus nominale qu'effective, sur des contrées pour nous inhabitables. Tuggurt était déjà loin, puisqu'il nous a fallu en confier la garde aux tirailleurs. Nous avons dépassé El-Goléa, dans le pays des Chamba, à un degré et demi de latitude au sud de Tuggurt : qui trop embrasse, mal étreint.

Il résulte de cette extension anormale, des colonnes expéditionnaires forcées, courant au milieu des sables en hiver pour faire rentrer les impôts dans les oasis les plus reculées... et chercher l'occasion de quelque coup de main fructueux. Ontâte le Saharien.

Les régiments du corps d'armée ayant à garder des espaces considérables se trouvent disloqués en détachements, placés à de grandes distances les uns des autres, et ne sont plus dans la main de leurs colonels, au détriment de leur instruction et de la discipline. C'est la désorganisation en permanence. La chasse aux Khroumirs et aux tribus tunisiennes, suivie de l'établissement de notre protectorat, n'a pas amélioré les choses.

Il ne sera pas sans intérêt de placer ici le jugement que le général Trochu a porté dans son livre remarquable, YArmée française en 1867, sur l'état d'infériorité dans lequel la guerre d'Afrique a

mis nos troupes, au point de vue de la tactique : « La conquête de l'Algérie et les insurrections qui nous ont plus d'une fois troublés depuis la conquête, ont été pour l'armée française une école de guerre d'un haut intérêt. Il y a fallu de considérables efforts de toute sorte qui nous ont appris à résister aux grandes fatigues, à exécuter de pénibles travaux, et qui nous ont conduits à vaincre un ennemi entreprenant, mobile à l'excès, difficile à saisir. Mais en dehors de quelques actions de guerre d'exception, qui ont exigé un certain déploiement de forces engagées suivant des règles déterminées, nos opérations avaient pour objet habituel de« battre Festrade », comme on disait autrefois. Des luttes partielles, souvent imprévues, quelquefois dramatiques, exerçaient continuellement l'intelligence des officiers, des sous-officiers, des soldats, et développaient parmi nous des habitudes d'individualisme ïnilitah^e qui sont devenues excessives. En un mot, notre éducation pratique de combat comporte une certaine part de laisser aller et de décousu, auxquels il faut apphquer des redressements, en vue de grandes opérations de la guerre ordinaire et des batailles en ligne, qui exigent absolument le calme, le coude à coude, la méthode, dans un ensemble silencieux et bien ordonné. »

Le général Yusuf nous a dit qu'Abd-el-Kader n'avait emporté avec lui ni le génie arabe, ni la haine que

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portent aux chrétiens les sectateurs du Koran, haine que nous avons tout fait pour accroître. Il va nous apprendre que nous ne les civiliserons pas :

« L'Arabe sobre, se contentant de peu, — écrit-il [De la guerre en Afrique) — préfère sa tente à nos plus beaux palais. Nos arts, notre industrie, il les dédaigne. Il n'a pas changé depuis les âges bibliques; ses mœurs, et même son costume, sont restés immuables. Enfin, il n'éprouve aucun des besoins d'un peuple civilisé; et lorsque nous le traitons de barbare, il nous prend en pitié; il veut vivre et mourir comme vécurent et moururent ses pères. »

Une anecdote feracomprendrepourquoiles Arabes dédaignent nos arts.

Je connaissais assez intimement un tout jeune homme, fils du général Mustapha, notre allié, et l'ennemi personnel d'Abd-el-Kader, qui avait fini par le faire tuer par surprise. Or, en causant avec cet indigène, lequel parlait assez bien le français;, lorsque jouait notre musique, il me dit tout naïvement qu'il ne comprenait pas pourquoi les musiciens jouaient tous ensemble, ce qui produisait un charivari effrayant à son oreille ; tandis qu'un solo de cornet à piston, de petite flûte ou de tambour, lui faisait tant de plaisir.

Cette impression du jeune chef arabe était partagée par tous ses coreligionnaires. En un mot, autant ils étaient sensibles à la mélodie, autant

l'harmonie les trouvait indifférents et fatigués.

Je compris alors que la musique était une science qui, comme toutes les sciences, demandait une étude approfondie; et que ce sentiment du jeune Arabe devait être celui des enfants qui ne deviennent harmonistes que par goût, par habitude, et lorsqu'une oreille juste se joint à l'expérience.

Ce n'était pas tout. En peinture, nos pauvres Arabes étaientà peu près aussi forts qu'en musique.

Je me rappelle avoir montré au jeune Mustapha des lithographies d'après les tableaux d'Alfred de Dreux. Certes, si un sujet devait lui plaire, c'était la reproduction fidèle sur le papier du noble compagnon de ses courses, de sa tente, de ses plaisirs. Eh bien ! il n'y voyait rien absolument que du blanc et du noir, et j'étais obligé, pour ouvrir son intelligence à la compréhension du dessin, de lui en détailler toutes les parties :

— y ois-tu là une oreille?

— Oui.

— Un œil?

— Oui.

— Une bouche?

— Oui.

— Alors, tu vois la tête ?

— Ah ! oui.

— Yois-tu le cou, le ventre, le dos, les jambes, la queue, etc. ?

— Oui.

— Tu vois donc tout le cheval.

Et ma main lui faisait suivre avec la sienne les contours du dessin. Il paraissait tout surpris et comme des ombres épaisses tombaient de ses yeux.

Mais si, en peinture, la démonstration était facile, il n'en était pas de même pour la musique.

Arabes et Français n'ont échangé que leurs vices, en gardant avec un soin jaloux leurs qualités respectives.

Un jour, un spahi, Hassen-ben-Signy, se promenait tivls ému par les rues de Gonstantine. Il pressait amoureusement sur son cœur une bouteille d'absinthe et criait aux passants : « Voilà la civilisation française ! »

Civiliser des nomades, c'est-à-dire les transformer, quel rêve I

Phéniciens, Romains, Vandales, Grecs deByzance et Turcs les ont tenus sous le joug sans y parvenir. Ils ont toujours été et seront toujours ces Numides, dont Jugurtha et Abd-el-Kader furent les plus hautes expressions.

Tous les conquérants qui ont passé sur leur sol ont été obligés d'y entretenir de nombreuses armées, qui ruinaient presque autant le vainqueur que le vaincu. Seuls, les Turcs ont échappé au sort commun et Kheïr-Eddin, le second Barberousse, avait conquis toute la Régence d'Alger avec

moins de huit mille Osmanlis ou renégats; mais les envahisseurs étaient de la même religion que les envahis, et les tribus, divisées entre elles comme elles le sont encore, n'avaient pas pour les grouper contre l'ennemi le fanatisme suscité par la crainte de voir le triomphe d'un culte étranger.

Depuis que l'Algérie est en notre possession, trois moyens ont été proposés pour asseoir définitivement notre conquête :

L'assimilation, c'est-à-dire la civilisation des Arabes dont nous venons de voir la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité absolue;

Leur refoulement dans le désert ;

Leur destruction complète.

Ces deux dernières façons d'agir, qui ont eu de chauds partisans et tendent, toutes les deux, au même résultat, ne nous paraissent pas dignes de discussion. Les dénoncer suffit pour qu'une nation comme la France les repousse.

. C'est dans le caractère des indigènes que nous trouverons, si nous le voulons sérieusement, le moyen de nous les attacher autant qu'ils peuvent l'être. L'intérêt les domine et par lui nous pouvons les dominer à notre tour.

Au nombre des qualités de l'Arabe, la reconnaissance brille au premier rang.

Nos bienfaits répandus sur eux ne risquent donc

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pas de tomber sur une pierre où ne saurait germer aucune semence.

On a dit à leur sujet un mot cruel :

« Lorsqu'on les voit, on les aime ; quand on commence à les fréquenter, on les hait; et, plus ample connaissance faite, on les méprise. )>

Cette appréciation était fort en faveur au moment où les Arabophiles malgré tout luttaient contre des adversaires non moins exclusifs. Ce temps est loin, et nous croyons qu'à l'heure actuelle, on juge les Arabes avec plus de raison, sans enthousiasme irréfléchi, comme saas parti pris de haine. L'exagération de ces deux sentiments a causé plus de maux qu'on ne le croit généralement à notre colonie, à nos colons, et même à notre armée.

L'Arabe doit être convaincu de notre force invincible, de l'impossibilité matérielle de nous chasser jamais et, en même temps, appelé par nous à jouir de tout le bien-être que comportent notre civilisation plus avancée que la sienne, notre science et nos arts.

Peuple pasteur et agricole, il ne peut être insensible à ce que nous ferons pour qu'augmentent entre ses mains les produits de sa terre et de son troupeau.

On voulait le refouler dans le désert ! Refoulons, au contraire, le Sahara le plus possible. Agrandis-

sons les oasis. Faisons-en surgir de nouvelles du milieu des sables, en amenant à leur surface les eaux des rivières qu'ils ont englouties et qui n'en coulent pas moins à des profondeurs que nos instruments perfectionnés se feront un jeu d'atteindre. L'Arabe nous en tiendra compte et sera désarmé, s'il est trop vieux croyant pour s'attacher bien franchement à nous.

Qu'on se souvienne des massacres de Syrie. La géuérosité de la France envers Abd-el-Kader a valu alors aux chrétiens d'Orient la puissante protection de celui-ci, et son palais de Damas a servi de refuge à bien des missionnaires et à bien des néophytes.

Le peuple arabe ressemble en ceci à son ancien chef, c'est qu'il est rare que l'ingratitude habite son cœur.

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