ÉPILOGUE
Semblable au pauvre naufragé qui se prosterne en priant avec ferveur sur le rivage aride et tutélaîre qui Yientét l'arracber à la fureur des flots... Arnold s'attachait chaque jour davantage à son humble destinée, a cette vie si paisible^ à cette vie toute de calme, d'oubli et de simplicité; mais il se reprocha souvent et avec amertume, il se reprocha souvent en silence, pendant plusieurs senuioes et plusieurs mois, cette lecture si funeste de l'histoire de l'ex-lrésorier du Confalon, regardant comme un châtimeot céleste les dangers nouveaux qu'il avait courus, ainsi que les rechutes plus fréquentes du pauvre baron... Après avoir hésité de nouveau entre ses plus saintes résolutions, fruits bienfaisants de la parole inspirée d'Ambrosio, el toutes les nouvelles amorces que la renommée et la gloire venaient de faire briller passagèrement à ses yem éblouis... Arnold le peintre ferma avec humeur le manuscrit poudreux.
— • Non, s'était-il dit un soir, non, je ne transgresserai point mes promesses: Ambrosio, mon vénérable ami, voui seul l'emporterez... Je le sens, oui, je pourrais encoit trouverjdans cette vieille chronique plus d'un poétique sujet de composition, et peut-être quelque sublime inspiration ; qui sait si une nouvelle et plus solide gloire ne viendrait pas couronner de nouveaux et plus consciencienx efforts?., la gloire... la gloire !.. yalut^Ue donc jamaîs,é
LA ROBB ROUGI. %3
toon Ueu! )a vjnglième partie de ce calme ineffable de |na raisoQ et de laes sen»?.. el quelle gloire, je vous prie^ pourrait être comparée à cet amour d'ange que le ciel m'envoie peut-être, à toutes ce» amitiés n fratamelles et m dévouées qui m'entourent et m'abritent après de si longs joors d'orage?., non 1 non^ jamais !.. Ambrosio^ iBcm saint guide> pardonnez-moi mes dernières erreors, mes derniers lèves d'ambition } Âtnbrosio, vous seul désormais l'emper*' terez sur fontes mes résolutions : à d'autres la gloire, h d'autres la fortune^ les j(»ee bruyantes et les vanité» folles ; à moi l'oubli, à moi la paix^ à moi, Arnold, la vie du cœur, à moi l'existence du sage !
Et, prêt à déchirer le parchemin poudreux^ il s'était soudain rappelé son ancien professeur de dessin, le directeur de la célèbre école de peinture où l'exposition de ce drame qui s'achève a commencé; et, se sentant tout à coup comme illuminé d'une idée heureuse et imprévue^ Arnold s'était écrié en se» promenant à grands pas dans son atelier :
— Oui, j'adresserai celle vieille chronique à mon ancien professeur, à mon guide chéri, à cet ami infatigable dont les vœux n'ont jamais manqué à l'élève grandi; et marchant lui aussi dans sa force... lui au moins il ne se lassera pas de suivre la gloire au vol rapide et décevant, la gloire déjà accoutumée depuis longtemps à orner son beau et noble front.
El il avait sur-le-champ adressé (escortée d'une lettre des plus affectueuses) l'histoire du vieux trésorier des pénitents du Gonfalon, à monsieur le directeur en chef de l'école de peinture de
Durant plusieurs jours et plusieurs nuits, Arnold le jeune peintre contempla d'un œil de convoitise ses chevalets, ses boîtes de couleurs et ses cadres maintenant oisifs et inutiles; et il lui semblait alors voir l'ombre du vieux et impitoyable trésorier du Gonfalon, el celles des Kcteurs sinistres de sa vendetta toute italienne, se grouper fantastiquement devant lui , sur chacune de ses toiles intactes et oubliées.
Qui oserait, qui pourrait dire quelle torture il eut à
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souffrir de cet affreux vertige et de ces hallocînafions si lugubres?.. ËlaiU>ce donc un commencement d*expiafioD ; qui peut le savpir? grand Dieul.. Aiors^ passant une maio sur ses yeux et sur son front, Arnold quittait précipitamment son atelier, puis il volait, comme un enfant dans son effroi vole près de sa mère , il volait rechercher auprès d'Ëveiine le calme et Pespérance qu'un tendre sourire^ qu'un regard compatissant d'ange et de sœur savaient bien vile lui rendre...
Heureuse Éveline!... heureux Arnold !