‹ La chasse au lion Jules GerardChapitre 18 sur 20 · LE MENU GIBIER · texte numérisé non relu

LE MENU GIBIER

Pendant les premières années de l’occupation française, le gibier de toute sorte était si abondant en Algérie, qu’une perdrix valait dix centimes, deux lièvres un franc, et ainsi du reste. Les plus mauvais chasseurs rentraient toujours avec des carnassières pleines, et, dans un grand nombre de localités, on chassait à une portée de canon du rempart. quand c’était une ville, du fossé quand c’était un camp. A

Il me souvient qu’au mois de septembre 1842 l’ai tué, un jour, entre le déjeuner et le dîner, dans les environs de (ihelma, quarante-cinq perdreaux et

Tout cela s'opéra sous la protection de saint Hubert, mon patron

LA CHASSE AU LION. lô,"

sept lièvres avec un fusil de dragon. J’ajouterai que je ne suis pas un tireur de première, force el que j’en connais qui, armés d’un fusil Lefaucheux, auraient tué le double.

A force de chasser en tout temps, le gibier est devenu plus clair-semé autour des villages et des camps, et rare près des villes. Cependant, comme il existe dans toutes les provinces, et surtout dans celle de Constantine, bien des points, éloignés de nos centres de population,, où le gibier de toute espece abonde, il est encore facile de faire de belles chasses en Algérie.

Pour cela, il faut se déplacer pendant plusieurs jours en compagnie d’un officier attaché aux affaires arabes ou d’un caïd. Si c’est en hiver, on va s’établir sur le bord d’un lac, dans lequel on est sur de semer tout le plomb dont on se sera muni, contre les oies, les canards, les cygnes et autres oiseaux aquatiques qui sont là par milliers.

Les habiles trouveront sur le bord des lacs, et dans les prairies submergées, des légions de bécassines.

Aiï moÿis de juillet et d’aoùt, avant que les chacals et autres braconniers à poil aient prélevé la dîme, on tombe au milieu de compagnies de perdreaux rouges (la perdrix grise n’existe pas en Algérie), dont les aïeux n’-ont jamais entendu un coup de fusil et qu’il faut pousser du pied pour les décider à partir.

Dans les provinces d’Oran et d’Alger, le lapin pullule ; celle de Constantine n’en a qu’à ses limites du côté de l’ouest; mais, en revanche, le lièvre y est si abondant, que, lorsqu’une expédition est dirigée vers l’est ou vers le sud, chaque jour nos soldats en prennent avec la main des quantités considérables, soit pendant les marches, soit même dans les bivacs.

Chassé au chien courant, le lièvre d’Afrique, d’un tiers plus petit que celui d’Europe, ne prend jamais de parti, ne débuche jamais, et se terre quand il peut lorsqu’il est sur ses fins.

Au printemps et en automne, les oiseaux voyageurs viennent augmenter les richesses cynégétiques indigènes, de telle façon que, dans les plaines éloignées des points d’occupation, on rencontre comme des semis de grues, d’outardes, 'de poules de Carthage, de pluviers, de cailles, de bécasses, et autres ennemis de la poudre et du chasseur.

Je me résume : l’Algérie renferme des éléments précieux pour la vénerie et la chasse. Il suffit de vouloir et de savoir les trouver pour en jpuir.

Au paresseux, au sybarite, au chasseur efféminé, * le soin de glaner autour des villes et des camps. Au vrai disciple de saint Hubert, les riches moissons, loin, bien loin, dans la montagne et dans la plaine.

Page 1