LE CERF
Le cerf d’Afrique est' un peu moins grand que celui de France ; son pelage est plus fauve et {Hus rude. On ne le rencontre en Algérie que dans la province de Constantine et dans trois cercles à l’est de cette province : ceux de Bône, de la Calle et J de Tebessa.
Dans le premier, les cerfs habitent les montagnes de Beni-Salah et des Ouled-Bechiah, couvertes de magnifiques futaies de chênes verts et de chêneslièges ; dans le second, on les trouve sur les bords des lacs situés près du littoral ; dans le troisième, les cerfs ont fixé leur demeure dans une forêt de pins que les Arabes appellent Ghib-Choueni (Bois des Voleurs), enclavée entre trois montagnes qui forment un trian-
gle, et sont : 1 ’Ouenza à l’est, le Bou-Kradera au sud et le Gnelb à l’ouest.
La forêt est en plaine, et, quoique non percée, 3lle présente un courre assez bon. J’y ai chassé le rerf en compagnie des Mahallah et des Ouled-Sidi- Abid, avec des lévriers qui le forçaient, ou plutôt qui l’essoufflaient et le tenaient hallali sur pied , jusqu’au moment où nous arrivions pour le servir d’une balle.
Je pense qu’avec un équipage de chiens courants on pôurrait chasser le cerf dans cette contrée comme cela se pratique dans nos forêts de France.
Il suffirait de chasser deux ou trois animaux pour apprendre leurs refuites ordinaires, afin de placer les relais ; de nombreuses clairières rendraient facile Faction de rembucher et de détourner le cerf qu’on voudrait attaquer.
11 n’en est .pas de même des bois dont il est parlé plus haut, qui sont impraticables pour un veneur, tant le pays est accidenté et couvert.
Dans ces contrées, les indigènes tuent les cerfs à l’époque du rut, en les approchant à la faveur des bruyères et des lenlisques, qui partout sont trèshauts et très-épais. Pendant la belle saison, ils les affûtent la nuit, quand ils viennent au gagnage dans les champs ensemencés d’orge ou de blé.
Je connais à Borj-Ali-Bey, sur la route et à michemin de Bôriy à la Calle, un Arabe qui a tué plus de cent cerfs de cette manière. Je le signale comme un
bon guide au chasseur que la fantaisie conduira vers ces parages.
L’ANTILOPK
L’antilope, que les Arabes appellent Bagar-Otierch ou Fechtal, selon les localités, est nomade comme les tribus du sud, qu’elle suit dans leurs déplacements.
Au printemps, en été et en automne, on la trouve sur les hauts plateaux qui touchent au Sahara vers le nord. Aux premiers froids, elle descend dans la région des sables.
Ces mammifères voyagent par troupeaux de plusieurs centaines, et se tiennent toujours dans un pays découvert. Leur vitesse et leur fond sont tels, qu’il n’est pas de lévriers qui puissent les atteindre, et que les chevaux les plus vigoureux ne sauraient les forcer.
Lorsqu’ils aperçoivent un petit nombre de cavaliers, au lieu de les fuir, ils viennent à eux, et, précédés d’un nulle qui parait être le chef du troupeau, ils défilent au trot, quelquefois à trente ou quarante mètres des cavaliers, qui ne peuvent leur envoyer qu’une décharge pendant le défilé; car, à la pre-
mière détonation, le troupeau fuit avec une vitesse qui, comme je l’ai dit, déûe celle des meilleurs lévriers.
Lorsque les Arabes veulent chasser l’antilope, ils réunissent le plus grand nombre possible de cavaliers. Le gros de la troupe met pied à terre dans un pli de terrain propre à la cacher, pendant que les éclaireurs vont reconnaître le troupeau.
Si leur rapport fait connaître que le troupeau est nombreux, et qu’il s’y trouve soit des femelles pleines, soit des bêtes de l’année, on forme un relais qui va occuper les refuites connues ; et, lorsque la troupe qui doit attaquer juge le moment venu, elle se dirige vers les antilopes,, d’abord au pas, puis au trot, et elle charge dès qu’elles partent d’effroi.
11 est rare qu’avant d’arriver au relais une bête reste en arrière et soit tuée. Le troupeau fuit avec ordre jusque-là, les m$les formant l’arrière-garde, et poussant devant eux les femelles et les faons; mais, lorsqu’ils voient sortir, comme de dessous terre, trente ou quarante cavaliers hurlant comme des furieux, les animaux dont le ventre est trop lourd ou le jarret trop faible, c’est-à-dire les femelles pleines et les jeunes faons, perdent la tête, et, malgré les coups de corne des mâles, qui voudraient les sauver, ils sont distancés par le reste du troupeau, et ne tardent pas à être entourés par les cavaliers du relais, qui les fusillent.
Si les éclaireurs ont reconnu un troupeau peu con-
sidérable ou dans lequel les animaux susceptibles d’être forcés sont en petit nombre, tous les cavaliers manœuvrent de façon à l’enfermer dans un vaste cercle qui se rétrécit peu à peu.
Lorsque ce mouvement est exécuté par un nombre de chevaux suffisant et à une allure vive, le troupeau est enfermé comme dans un parc et tellement ahuri, qu’il se presse et tourne sur lui-même au milieu du cercle, sans même chercher à fuir par les intervalles restés libres.
Alors cg n’est plus une chasse, mais une véritable boucherie.
Le plus souvent, trop pressés de se rapprocher des antilopes, les cavaliers ne gardent pas leurs distances, et celles-ci en profitent pour s’échapper.
Cette chasse est agréable, non-seulement pour celui qui y prend une part active, mais encore pour le spectateur. Pour la pratiquer, il faut être habitué à manier un fusil à cheval et ne pas reculer devant les fatigues qu’entraînent ces courses, qui durent quelquefois une journée entière, sans compter la retraite, qui prend la moitié de la nuit.
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