‹ La chasse au lionChapitre 12 sur 20 · LA GAZELLE · texte numérisé non relu

LA GAZELLE

On trouve en Algérie deux espèces de gazelles : celle du Sahara, qui Ijabite la région des sables, et celle du Tell, que l’on rencontre sur les hauts plateaux et dans les montagnes qui bordent le désert au nord.

La première, beaucoup plus petite et d’un pelage plus fauve, est nomade comme l’antilope , c’est-àdire qu’elle change de quartiers suivant les saisons

La seconde ne sort guère d’un rayon de deux ou trois lieues autour de sa demeure habituelle. J’ai connaissance de plusieurs troupeaux de gazelles établis dans diverses montagnes situées au sud et à l’est de Constantine, que j’y ai toujours rencontrés depuis cinq ou six ans. • • . *

J’ai remarqué une habitude chez la gazelle du nord, qui non-seulement la distingue des autres ruminants, mais encore de tous les quadrupèdes vivant comme elle à l’état sauvage.

Chacun sait que les animaux en état de nature, bêtes noires, fauves ou nuisibles, font du jour la nuit, et vice versa.

La gazelle fait exception à cette règle générale, en se couchant, le soir, avec le soleil, pour aller au ga. gnage à la pointe du jour.

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LA CHASSE AO LION iftl

Voici comment je suis arrivé à connaître cette particularité, qui, selon moi, prouve que la gazelle est le plu? timide et le plus craintif des animaux delà création.

En parcourant les crêtes d’une montagne connue dans le cercle de Constantine sous le nom de Zerazer , je rencontrai sur un point culminant et découvert une quantité considérable de fumées et un grand nombre de chambres de gazelles.

Gomme cette demeure me parut fréquentée depuis longtemps et vidée depuis peu, je pensai que ces dames avaient été dérangées par une bête ou un bruit quelconque ; ayant trouvé à trois ou quatre cents mètres de là un rocher qui dominait le pays, je m’y installai pour y passer la nuit et suivre les rugissements du lion qui m’avait été signalé.

Le soir, au moment où le soleil allait disparaître à l’horizon, j’aperçus un troupeau de gazelles marchant à la file et se dirigeant vers la demeure que j’avais

reconnue.

Je les comptai, elles étaient six, dont un seul mâle, qui tenait la tête. Le chef de ce petit sérail arriva droit aux chambres dont j’ai parlé, gratta le sol deux ou trois fois, puis se mit à genoux et se coucha. Un moment après, tout le troupeau était couché autour de son chef.

Je les observai jusqu’à la nuit sans qu’elles quittassent leurs demeures, et, quand les premières

•ueurs me permirent de voir jusque-là, elles y étaient sncore.

Ce ne fut qu’au moment où je me levai pour rentrer sous ma lente que le mâle donna l’éveil en frappant du pied, et que les gazelles quittèrent leurs reposées en s’étirant comme des paresseuses trop tôt éveillées.

Ne voulant point troubler ces pauvres bêtes, je m’éloignai en suivant une direction opposée et pus lés voir longtemps immobiles à la même place.

Cette observation, que j’ai pu renouveler depuis, m’a donné la certitude que la gazelle dormait la nuit, de peur de rencontrer des animaux nuisibles sur son chemin ; et ce qui prouve qu’il n’y a pas d’autre raison à cette habitude, c’est que ses demeures, au lieu d’être cachées comme celles des autres animaux, se trouvent toujours soit sur un plateau, soit sur un versapt parfaitement découvert, afin d’éviter toute surprise.

Sans rien affirmer sur la gazelle du désert, j§ crois qu’elle doit se garder de la même manière ; car, dans les premiers jours du siège de Zatcha, en 1849, j’en ai vu qui venaient, tous les matins à la pointe du jour, et tous les soirs un peu avant le coucher du soleil, s’abreuver en aval d’une source gardée par un de nos postes. Le bruit de la fusillade et du canon finit par les éloigner et les obliger à chercher des parages plus tranquilles.

La gazelle et le lion sont les deux extrêmes pour le moral et le physique.

Elle es! timide autant qu’il est audacieux, faible autant qu’il est fort, belle par la finesse, la distinction, la délicatesse de ses formes et la xlouceur de son regard, comme il est beau par sa prestance de roi tenant son trône du ciel, par les proportions de son corps pétri de force, de souplesse et d’élégance, et la fierté placide de son regard, qui impose le respect et magnétise.

Si l’espèce humaine n’avait pas dégénéré, on pourrait comparer la gazelle à la femme et le lion à l’homme; mais, s’il reste quelques femmes qui méritent cette comparaison, et il en reste, le plus bel homme de notre siècle paraîtrait bien laid à côté du roi des animaux. Les Arabes rendent justice au mérite personnel de la gazelle, et surtout à la beauté de ses yeux, ce qui ne les empêche pas de lui faire une guerre à outrance.

Dans le sud, ils la chassent comme l’antilope et avec des lévriers.

A moins qu’un troupeau ne soit cerné par un grand nombre de cavaliers et qu’il ne perde la tête, les jeunes et les femelles restent seuls au pouvoir des chassears; les adultes se tirent toujours d’affaire; car leur vitesse et leur fond sont supérieurs h ceux des meilleurs lévriers.

Dans le Tell, les Arabes font des battues qui ont

pour objet de chasser les gazelles d’une montagne à une autre.

Des hommes cachés sous bois ou derrière un rocher occupent les accourres, tenant des lévriers en laisse, et. lorsque le troupeau passe à proximité, ils les lâchent sans bruit, de sorte que souvent plusieurs gazelles sont portées bas d’effroi ou par surprise, sans avoir été courues.

Les fumées de la gazelle, séchées au soleil et réduites en poudre, donnent un goût et une odeur très-agréables au tabac que l’on fume en Algérie. C’est, selon moi, ce qu’il y a de meilleur dans cet animal, qu’il vaut mieux voir et avoir vivant que mort, tant il est intéressant et joli.

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