CHAPITRE IX LA | FAGCONNERIE EN ArRrQüE
CHA Dans un pays où l’histoire s 'écrit à coups + de’fusil, il est difficilé de remonter à la source * des-uéépes et dés ‘coutumes de ses: habitants, ‘surtout lorsque, commeles Arabes, ils vivent “dans un milieu de tradition et de croyances “qi, le plus souvent, ne vont pas au-delà des ‘limites de la tribu et. " #7 Ra de pes sente. 104
Aussi säns rien affirmer sur l'origine de la fauconnerie en Afrique, je dirai que: les Arabès proprement dits paraissent l'avoir importée avec eux, puisqu'elle est. presque inconnue ‘chez les Chaouia et les Kabyles, qui les’ ont précédés dans les occupations de ce pays.”
‘La chasse au faucon en Algérie est le priti. lêge des grands et des forts. Ceux qui la’pratiquent avec passion sont les descendants des familles nobles et militaires qui se sont ralliées à la France pour conserver ou obtenir des commandements.
Quel que soit le pouvoir ou la fortune d’un indigène, il ne peut, s’il n’est pas un peu no-
NT
ble ou d’une bravoure bien établie, se livrer à ‘Yart de la fauconnerie sans courir le risque d'être tourné en ridicule et quelquefois molesté par les siens.
” L'oiséleur d’un caïd de ta connaissance m'a rapporté à ce ‘sujet ‘une ‘anecdote assèz Curièuse, et dans laquelle il'a jou, cobime On le verra, un rôle dangereux. ” Sos Cét'homime, qui est, après un cértaini ds.
Brouk dont je parlerai plus loin, te plus ‘nragé faucornier que j'aie connû'én’Afrique, mérite d'occuper un'instant l'atténtion du lecteür. Îl sé nomme Abdallah,'ét appartient | à la “tribu des Mahatlah, dont il ést'un des plus bra-. ves cavaliers, ce qui n'est pas peu direi +! Le‘jour où.je lui demandaï son âge, i ile
répondit qu'il était né l’année de poudfe.
‘Or, comme avañt'sa soumission à I4 France cette tribu’ passait sôn temps à faire le ‘coup ‘‘de'fusil avec sés voïsines, je dus lüi d' ‘her “Tige qu Pil paraissait avoir, C 'est-à are qbraine
ans.
D'une taie”: au-dessous de’ mi moÿenne, An air grave et tacitarne, d'ûne apoaréncé frêle et maladive, pour” qui le voit “eue oc “orme n’a rien de remarquable. re pr
Mais, lorsqu'il sé trouve en compâgnie de gens qui lui sont sympatique, ët que 1 ton-
Srecaton roule Sur des es enjets de guerre on de : Chasse, son visage # anime, ses yeux lancent des éclaire, et ses narines se dilatent comme
sPour:respirer à longs traits l'odeur de Ja pour «dre ef du. sang > Car, POUr lui, la chasse, c’est
agonie de la rigtima dont Jes aucons,, déchirent les yeux et Ja tête; de, SREFTEs. € est y ac-
Eu de.cquper le.çou de l’e ennemi) vivant, 4 AVEC. ER instincts féroces qui sont le pro-
F Pre. de, la sauvagerie, Abdallah. pose une &me. sensible,. un cœur a)mant.
: Son intérieur se compose d’une vieille mère, .qn’il aime et qu'il respecte, ce que ne font pas la plupart des. Arabes, de trois. enfants qu'il
« #dore, et d'une jument née:le. jour. où: mourut
sa femme, et à laquelle il.a donné son nom,
:», 1 Depuiscette époque, non-seulement il a résis-
té. aux instances de sa mêre, qui voulait, le re-
. marier, maisencore il porte et m’a assuré qu'il
portera jusqu'à sa mort le deuil. de: 88 femme.
Afin de juger de ce qu'a de périble le deuil - $es Arabes, accoutumés à des ablutions jour- .Bslières, il faut savoir qu'il. eonsiste à ne plus laver ni son corps, ni ses vêtements. ..
Quand ; j'ai connu ce. brave. homme, sa. fem- ,:ime était morte depuis six ans, c’est vous dire 906 84 personne et ses burnous ne respiraient pas un air de grande propreté; mais l'intérêt
que m “inspirait son caractère me faisait passer outre et le bien accueillir toutes les fois que j'allais dans sa tribu...
: Au mois de. mai 1850, je drone à la per-
a la permission de venir, tous seb jours dans mes.moments de loisir, de
… Comme j'avais beaucoup. de plaisir à 6 entendre ses récits de guerre et de chasse, je ne lui cachai point que je le recevrais volontiers, et j'appris le lendemain qu'il s’était installé sous . Ja tente de.mes sas pour la durée de notre one
136 dé:
.conter une des. anecdotes de son répertoire. : Après avoir. échangé les .salnts d'usage avec . mes hôtes, qui, étaient de ses amis, et s'être enquis de ce. que je désirais de Ii, Abdallah se recueïllit an instant, puis il prit la parole en ces termes :. :
—Dans le courant de l’année où Alger : tomba au pouvoir des chrétiens, nous eûmes, mon cousin Lakdar.et moi, l'idée de myatifier un cheik des Ouled-Bou-Ghanem, notre
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chasses,
voisin, qui, quoique un homme de rien, se permettait, disait-on, d'élever et d'affaiter Qi) des faucons.
A cet effet, nous primes deux } jeunes aigles dont nous avions connaissance dans leur aire,
et nous les dressämes à chasser les fancons niaïs (2) que nos pâtres nous Apportaieut cha-
que jour.
Lorsque nous jugémes n08 oiseaux suffisamment affaités et äccoutumés au bruit dès
‘hommes et des chevaux, nous envoyämes un ‘de nos‘affidés auprès des gens du cheïk, afin
de savoir où et. quand il commencerait ses EE)
Ayant appris le lieu et 165 jour Sééynés, 1 nous partimes, Lakdar et moi, avant la. pôle du jour, poussant dévant nous l'âne qui. portait
‘nos aigles encapnchonnés et quélques fâtcons
pour les rappeler au besoin. LE Le Gheik et les siens n’arrivèrent que long-
‘temps après nous près de l'Oued-Mellegh, où ils devaient chasser l'outardé. Les tamarins ‘qui bordént 18 ruisseau nous ‘permettant de
suivre la chasse sans être aperçus, nous réglàmes notre marche sur celle des chasseurs,
4 1) Terme de 'fayÿtonnerie, None dresser des
“faucons à la chasse,
(2) On appelle niais les facons pris dans leur nid,
“et hagards les faucons adultes.
Bientôt une compagnie d’outardes s’envola devant les cavaliers qui.battaient la plaine ;
quatre. faucons furent successivement lächés, et
une outarde fut à l'instant séparée et igonrausement-attaquée. : …
Nos aigles délivrés, de, leur ‘espuchon,. ne tardèrent pas à, apercevoir la chasse,.vers la-
. quelle ils prirentleur vol, d'abord lourdement et en suivant une ligne droite, puis avec: plus
de vitesse et.en tirant des bordées qui ies rap-
proohaient. peu à peu à mesure qu'ils pre valent...
. Après : avoir attaché” notre âne à un tamarin,
nous. remontâmes le cours, du ruisseau afin de
mieux suivre l’action. .:
L'outarde, séparée de la eompagnie, et,
comme j je l'ai dit vigoureusement attaquée par
les quatre faucons réunis, n’avaitd’autre moyen de salut que de les maintenir au-dessous d'elle. À cet effet, elle s'était élevée verticalement
ol . une hauteur. telle, que:nous l'apercevions
grosse comme, un ‘Pigeon, tandis.que les. oi-
.seaux, acharués après elle, tantôt nous appa- - raissaient comme des sauterelles, tantôt AHapp- . raissaient tout à fait...
Les deux aigles, une fois arrivés dans ces
. hautes régions, se confondirent tellement avec -la chasse, que bientôt il nous fut impossible, de
les distinguer des autres oiseaux,
Le cheïk et ses cavaliers étaient ‘arrêtés
‘dans la plaine, les yeux fixés vers le ciel, attendant comme toùs’ l'issue: de ‘cette’ lutte ‘aérienne. -
or bs coup 4 nous La sIRéRGre au loin
, dént à mesure qu vil se NRA tantôt ‘se débattre vivement, ‘tantôt üescendre verti- Calement vers lés régions basses.
‘Nonspümes reconnaftré alorsnos deux aiglés, les ailes déployées, se laissant remorquer par
‘ le'poids de l’outarde, qui, leé pattes pendantes ‘et les ailes fermées, tombait vers la terre Sahs
donner aucun signe de vie.
Nos regards cherchèrént en vain'les faucons
‘du’chéik, îls avaient disparu. Toute nôtre'at- ‘téntion se porta ‘alors du côté des cavaliers,
‘ At moment où Foutsrde et les äigles tom-
‘béfent: ‘en sifflant au“milieu ‘du’ large cercle " formé’ par le‘chéik'et les siens, ur 1ong éri‘de ‘trahison vint nous’ glacer de térreur,
l'Nous nous rappelâmes, mais trop tard, que,
dins la précipitation avec laquelle nos ciseaux
avaient été lächés, l’entravé était réstéé aux
” piéd de l’ün d'eux. Plusieurs hommes ‘avaient ‘mis pied à” terre et “disposaient leurs burnous ‘dé façon à prendre les aigles sans être blessés.
Il ne nous restait plus qu'à fuir; c’est ce que nous fimes de toute la vitesse de nos jambes, sans penser à notre âne, qui, cependant, devait me sauver la vie ce jour-là.
I y. avait près, d’une heure que nous courions toujours en remontant le cours du ruisseau et sans sortir ‘des arbres qui le bordent, lorsque nous aperçümes quatre cavaliers à deux cents PR derrière nous, et plus loin. le goum du cheik tout entier.
Tout ce. monde arrivait Sur, n08 traces au trot et au galop. |
Il n’y avait plus de fuite possible, nous cherchâmes à nous dérober à leurs yeux,
Lakdar choisit une touffe de tamarins et de ronces ; quant à moi, je. descendis. vers le lit du Fuissean, dans lequel j’entrai avec de l’eau jusqu’ au cou et la tête cachée par les herbes qui tombaient de la berge.
A peine étais-je installé dans ma cachette, que j’entendis les pas de chevaux et la. voix d’un cavalier qui criait aux gens du cheik :— Venez de ce côté, nous sommes sur Jeurs traces ! On voit leurs pas comme on voit le soleil, Ils sont deux fils de chiens ensemble!
Un galop bruyant et les hennissements des chevaux échauffés par une longue course m’annoucèrent l'arrivée du cheik et de tout son monde,
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trouvelit. plus de traces. Alors seulémént ‘ils
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“Que dix hommes, dit le cheick ên arrivañt,se portent en âvant jusqu’à ce qu’ils ne
s’arrêteront, gardant militairement les deux rives. Vous autres, enfants, pied à terre, ot
suivez « pistolet au poing, les pas de ces f chiens, que vous m 'amènerez vivants si vous lé, ] pouvez, é FE PRE, © Je compris à cet érdre que c’en était fait de Lakdar : ma position. étant meilleure que la e sienné, je conservai l'espoir de lui survivre pour le venger. k le Seulement alors je m "aperçus qué més piéis di enfonçaient dans la vase, et que l’eau, qui d’a- b bord coùvrait à | peine mes épaules, commen- | çait à mouillér mes Jèvrés. pe On dit que celui qui ne connaît pas l peur. ru n’est pas un homme: eh bien, moi, j'ai eu 1 peur çe jour-là, non pas tañt des menaces de be l'ennemi acharné à tiotre Poursuite" que” de à, mourif noyé. S dise 4 É Je’fis tiré de mes “précécupatibhs" persohe ch ñêlles par un coup dé feu suivi d'iprécations de etidé ‘plusieurs ‘autres cotps dé feu. ‘ Mon cousin se Voyant, ‘débouveitAvait” ‘dë-
éhargé son pistolet sur tè groupé q qui Petitôurit, et qui, malgré Ta défense du éheïk, n'avait
Hs étrbobter dé tiposter, =" ""+ “2: oi-ji
Quelques paroles que je pus saisir au lien du vacarme qui se faisait près de moi me fr ent, coïnprendre que Lakdar n’était pas mort et, qu’on le traînait vers le. cheik. 7
N'y tenaat plus et voulant, au risque de me, faire préndre, savoir ce qu’on allait faire de, lui, j'allais quitter ma retraite, lorsque deux hommes sautèrent dans le lit du ruisseau,
—Voilà où il est descendu, dit, le premier.
en montrant mes pas sur le sable.
—Il entre‘ici, dit l'autre en se portant sur.
le bord do l’eau, où je me tenais immobile, à dix pas. de lui et le regardant. à travers les herbes qui. couvraient ma tête.
C’est singulier, continua le dernier qui avait parlé, on ne voit plus de traces dans le Bt du ruisseau. S'y serait-il fourré?
‘En ce moment, j'entendis marcher. sûr la berge au-dessus dé InA tète, et, un. homme dire, à, celui, qui, 88 trouvait près, de MOT LE cc pal © —Mohammed, le cheik m'envoie, te chercher, parce qu'aucun des. cavaliers restés près de lui n’a un couteau aussi bon que: le-tien. is | + Pourquoi faire ! répliqua celui-ci. .:
—Pour décapiter le chien: que nous venons de prendre, répondit. l'envoyé..
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La perspective de. couper. une tète sans l'emportant sur l’ardeur de la recherche à. 13:
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quelle ils s'étaient livrés jusqu'alors, fit que ces arabes s’éloignèrent aussitôt, ce qui me tira dé la position la plus épouvanitable où je me sois trouvé de ma vie.
D'après ce que j'avais entendu, mon cousin allait avoir la tête tranchée, et je né pouvais rien pour le secourir, Ç
Persuadé que les hommes qui venaient de partit reviendraient après l’éxécution, et ne pouvant, sans laisser de tracés, éherther un autre abri, je résolu de rester ou je me trouväis.
” Une racine que j'avais aperçue sous la berge, au-dessus de ma tôte, m'avait permis de m'y suspendre un instant et dé prendre une position qui ne présentait plus le même danger que la première. Sa g
Après avoir entendu les cris et les Mis bruyants excités par la triple exécution qui avait lieu derrière moi, il me sembla distinguer les pas des chevaux d'éloïgnant du ruisseau, puis je n’entendis plus rien.
Le temps avait marché, et avep lui le soleil, qui avait disparu au couchant,
Bientôt vint le crépuscule, ét enfin je pus voir quelques étoiles briller ay ciel.
Je sortis alors doucement do ma retraite et montai avec précaution ut 1 berge du ruise #eaus
J'écoutai, je regardai....rien, aucun bruit, si ce n’est le coassemunt des grenouilles ;- aucun être vivant, si ce n’est quelques chacals rôdant autour du cadavre de Lakdar, qué je trouvai horriblement mutilé et flanqué de nos deux aigles, décapités comme Ini.
Après m'être assuré que j'étais bien seul, j'enveloppai le corps et la tête de mon cousin dans mon burnous, et, l'ayant chargé sur mon épaule, je me dirigeai vers le fort où nous avions caché notre âne le matin.
Je le trouvai à la même place brouttant l'herbe au pied du tamarin qui le retenait. Je me servis de la corde qui serrait ma tête pour attacher solidement mon précieux fardeau, puis je coupai à travers la plaine afin. de gagner un sentier qui devait me faire: arriver. à notre douar avant Je jour.
Je marchais depuis environ quatre ‘heures sans avoir fait aucune rencontre, toujours suivi par quelques chacais que Fodeur du sang rlléchait, lorsque mon âne s’arrêta tout court, dressant les oreilles et treinblant de tous ses membres,
J’aperçus aussitôt deux yeux brillants com me des charbons sur mon chemin et non rs de moi. s. .…
Habitué à ces sortes de fencontres, je m’emê
pressai de couper les liens qui retenaient le cadavre de Lakdar sur le dos de l’âne ; je le mis sur mon épaule commedevant, et pris à travers champs, laissant na pauvre bête clouée: par la peur sur le clremin.
Quand j'eus marehé environ cent pas, j’entendis comme la chute d’un corps lourd qui est violeminent jeté à terre, puis une espèce de râlement, puis plus riem
Le lion ayant accepté le sacrifice que je venais de lui faire, ja me rassurai sur mon propre compte et regagnai, en faisant un grand circuit, le sentier que j'avais quitté.
Peu de temps après, je rencontrai quelques:
cavaliers de nos parents qui allaient à notre recherche.
Après m'avoir entendu leur renconter ce qui s'était passé depuis le matin, ils voulurent aller à l’instant même venger la mort de Lakdar,
Je leur fis comprendre qu'ils n'étaient pas en nombre suffisant, que nous ne pouvions laisser là le corps de notre ami, et enfin que j'étais sans armes et à pied.
Un cavalier mit le burnous qui contenait les restes de Lakdar en travers de sa selle, un autre me prit en croupe et nous regagnâmes le douar avant que personne fût debout.
Le soir du même Jour, à l'heure du souper, cinquante cavaliers choisis et de chacun desquels on pouvait dire : C’est un ter, arrivaient Au pas de leurs chevaux et mettaient pied à terre près de la smala du meurtrier de Lakdar,
Il y avait une grände réjouissance chez le cheik, en l'honneur de l’exécut:
veil à notre ap- S Par quelques serétonnés de voir tant OI,
iers étranglaient ces de chameau qui enles autres arrivaient de- K et sabraient Ja valetaille
étage, dont Ja place était dehors en attendant les restes du dîner.
Jusque-là, J'avais laissé fai
Un quart d'heure après, jeurs tôtos étaient
rangées avec ordre autour du plat de. couscoussou encore fumant, et les cinquante cavaliers rentraient dans leurs douars respectifs, poussant devant eux un immense troupeau et chargés d’un butin considérable,
‘Tout cela s'était passé sans nn coup de.
fusil et presque sans bruit, de sorte que les douars voisins de la smala du cheïk apprirent notre coup de main trop tard pour le secourir.
Depuis ce jour jusqu’à l’arrivée des Français, qui ont mis un terme aux hostilités, bien des têtes sont tombées sur la limite des deux tribus; mais jamais on n’y a vu d’autres faucons que les nôtres. |
Comme on pent en juger par ce récit, les nobles et les guerriers ont, en Algérie le monopole de la chasse au vol, et il n’est pas permis au premier venu de la pratiquer.
Les tribus chez lesquelles on rencontre des oiseleurs émérites sont : les Zmouls, les Righa, les Amers de Sétif, et les Arabes nomades qui prennent leurs quartiers d'hiver dans le Sahara et viennent passer les trois autres saisons sur les hauts PIRiRRE qui avoisinent Constantine.
Il est rare que les Fute gardent les faucons dont ils se sont servis pendant. la saison des chasses. Le plus souvent, ils Les lèchent à
Ja fin de février pour en reprendre d’autres au commencement de l'automne. |
Dans quelques tribus, on se sert du faucon niais ; cet oiseau est plus facile à apprivoiser et à dresser, mais il est moins courageux et plus sujet à des maladies que le faucon hagard. On prend celui-ci à la fin de l’été et de ‘Ja manière suivante :
Après avoir remarqué le 1ocher ou les ruines dans lesquelles le faucon a l’habitude de passer la nuit, un cavalier arrive le matin, de bonne heure, porteur d’un pigeon ou d’une j'erdrix, dont le corps est enveloppé d’un filet dans lequel se prend le faucon par les serres, lorsqu'il fond sur Pappât que le cavalier a làché devant lui.
Les Arabes connaissent plusieurs espèces de faucons, qu'ils distinguent par des noms propres à chaque espèce. Quel que soit d’ailleurs le genre auquel l’oiseau appartient, l’6ducation du faucon adulte étant beaucoup plus difficile que celle du faucon niais, nous ne parlerons point de’ cette dernière.
Dès que le cavalier chargé de prendre le faucon l’a vu fondre sur l’appât, soit en l’air, soit à terre, il s’empresse d’arriver et de le prendre avant qu’il ait pu déchirer le filet qui retient ses serres,
ais
Séance tenante, il lui met le capuchon, qui a pour objet de l'empêcher de voir, et des entraves auxquelles est attachée une corde de quatre ou cinq pieds pour l’empêcher de fuir.
Cette besogne terminée, le cavalier entre au douar, portant le faucon sûr son épaule ou sur sa tête, sans que celui-ci pense à s'envoler, tant la perte de la vue l’a rendu timide.
Ea arrivant sous la tente, l'oiseau est placé sur un perchoir d’un pied de haut, rembourré de drap pour préserver ses griffes. C’est là que commence l’affaitage ou l’action de dresser l'oiseau. Il s’agit, avant tout, de l’habituer à la vue des hommes, des chevaux et des chiens, à se laisser mettre et enlever capuchon et entraves, à prendre enfin à la main la nourriture qu'on lui offre.
Il est très-peu de faucons qui n’opposent
une grande résistance ; il en est qui refusent
toute nourriture pendant plusieurs jours: d’autres se défendent du bec et des serres quand on les touche ; il en est enfin qui sont tellement intraitables, qu’il faut renoncer à les apprivoiser. Une chose très-remarquable, c’est que les meilleurs à la chasse sont ceux qui se
sont montrés les plus sauvages pendant leur
éducation.
Le moyen le plus sûr de dompter le faucon
æst la privation de lumière et de nourriture pendant plusieurs jours. On les habitue ensuite.à sauter du percheir à terre et plus tard sur le poiug pour y prendre leur nourriture.
Lorsqu'ils sont suffisamment aceoutumés à la vue des homanes :et des chevaux, en leur présente l’animal ou l’eiseau qu’en veut leur faire chasser, en leur permettant de manger un peu de sa chair après qu'ils Pont tué.
La curée chaude est, aux yeux des Arabes, la meilleure leçon peur préparer les oiseaux. On a vu des faucons, auxquels la privation de aourriture et de lumière n'avait rien enlevé de leur sauvagerie, devenir tout à coup les amis de l’homme qui leur donnait soit un lièvre, soit une perdrix à tuer, en les laissant se tepaitre de sa chair.
Lorsque les faucons attaquent franchement J’animal qu'on leur présente au perchoir, en æépète cette leçon à cheval,
À cet effet, on sen va dans une plaine après s'être muni de plusieurs lièvres ou de plusieurs perdrix, selon que Les oiseaux sent destinés à l’une ou à l’autre de ces chasses. Dès qu'on a trouvé un endroit parfaitement découvert, on s'y arrête, Les faucons, eouverts de leurs capuchons et armés de leurs .entraves, sont por- 468 par des cavaliers sûr l’épaule ou sur la tête,
Cr
me ep amer
LYC AS À ia & e no Des Teenage ds dore 2 ONE MORTE 0e « +
Quand on se prépare à les lancer, on les place sur le poing du bras gauche,ganté à la crispin. L :
Ea leçon se donne d'abord isolément : pendant qu’un eavalier met en Kberté une perdrix dont on a rogné les ailes, ou ur lièvre qui n’a que trois pattes, l’oiseleur décapuehonne un oiseau. Il est facile de comprendre que cette épreuve doit fixer l’opinion du fauconnier sur le talent de ses élèves, qui, privées de lumière et de liberté depuis un mois, se trouvent tout à coup libres et en rase campagne.
Il arrive quelquefois que le faucon ne prête aucune attention au lièvre qui, court ou à læ perdrix qui vole; dès qu’il a compris qu’il est libre, il reprend avec dès cris de joie la hberté qu’on lui avait ravie. De tels oiseaux ne sont jamais regrettés par les vrais connaisseurs.
1} faut dire que, le plus souvent, au contrai-
re, dès qu’il est décapuchonné, le faucon, s’il
aperçoit le Hièvre ou la perdrix, ne pense pas à recouvrer son indépendance, maïs d'abord à assouvir ses instincts.- Il fond bravement sur sa proie, qu'on lui fait tuer, puis il se laisse: prendre et remettre capuchon et entraves.
Pour qu’il soit un faucon bien affaité, ik suffira maintenant de lui apprendre à obéir à la voix du fauconnier lorsqu'il rappelle. On se
if. À Ds D (D:
sert pour cela d'une peau de lièvre, empaillée, appelée leurre.
Après que le faucon a tué l'animal lâché devant lui, le fauconnier s’avance en lui présentant le leurre qu’il a dû lui faire connaître déjà, en l'appelant d’une façon particulière.
Cette manœuvre à pour but de faire venir l'oiseau sur son poing vou sur son épaule. Si Fanimal reste sourd à l’appel qui luï est fait, le fauconnier met pied à terre, s’approche de l'oiseau et luï présente le leurre en lui laissant voir quelques morceaux de chair qui ne manquent jamais de l’attirer à lui.
Lorsqu’un faucon, soit qu’il s’écarte en chassant, soit qu'il s’acharne sur sa proie, connaît bien le leurre, il est regardé comme propre à voler, c'est-à-dire que son éducation est terminée, |
Comme je n’ai pas eu l'intention de publier un traité de fauconnerie, je renvoie le lecteur désireux de connaître les soins à donner aux faucons aux auteurs français et étrangers qui ent écrit tout ce qu’un fauconnier doit savoir pour tenir un vol en bon état.
Je dois pourtant constater un fait qui pourra être utile à ceux qui pratiquent ou voudraient pratiquer cette chasse.
D'après les auteurs qui ont écrit sur la fau-
car: cd NF 7 . > PT ù RE domi RES Es Fe PAT LE FR rh " z as 2 haies TT TAN ES le dr aan L'hcs AS Lee &
orages
ES Bas
connerie, les faucons, en Europe, sont sujets à une foule de maladies, souvent, montoëles: malgré les soins qui leur sont donnés. Il n’en est pas ainsi, en Algérie, où les même cas sont très-rares. Je crois qu’il y a trois raisons qui expliquent et causent cette supériorité du faucon africain.
La première est que les Arabes ne se servent presquo jamais que des faucons adultes.
La seconde est qu’ils leur rendent leur liberté avant Bépoque de la mue. La troisième, enfin, est qu’au l‘eu d’être enfermés, les oiseaux suivent leurs maîtres dans les voyages, portés sur d'épaule, et que, quand la tribn a pris son campement, on leur permet de passer la journée sur le perchoir ou autour du perchoir, eu dehors de la tente, sous laquelle ils ne rentrent qu’à la nuit.
C’est ordinairement au mois de décembre que l’éducation des faucons est terminée et qu'ils commencent à voler. Les Arabes du nord chassent le lièvre et la perdrix ; ceux du sud le lièvre et l’outarde.
Rendez-vous ayant été pris peur chasser le lièvre, le maître du vol quitte sa tente, suivi des oiseleurs et des cavaliers de son service. À son arrivée au rendez-vous, les invités qui s’y trouvent viennent lui baiser la main, puis ils montent à cheval.
Sur un signal du chef, les oiseleurs se portent en avant, marchant sur une seule ligne, tandis que les cavaliers se dépioiunt en tirailleurs, au galop, sur les flancs. Le maitre du vol et les grands qui l’accompagnent suivent les-oiseleurs.
Après que les cavaliers déployés sur les côtés ont pris leurs distances, qui sont ordinairement de dix à quinze mètres, ils font face en tête, passent au pas et marchent droit devant eux en réglant leurs allures, savoir : les plus rapprochés des oïseleurs, sur celles de ces derniers, qu’ils ne doivent jamais dépasser; et les autres sur les premiers cavaliers des deux extrémités des ailes de droite et de gauche, qui se portent en avant de la ligne pour y .
maintenir la chasse.
Dès qu’un lièvre est sur le pied, l'éveil est donné par celui qui l’a aperçu le premier, et chacun manœuvre de façon à former le cercle.
En même temps le$ faucons sont décapuchonnés, et le mieux affaité est lâché le premier.
Une fois libre, l’oiseau s’élève en tournoyant au-dessus du cercle formé par les cavaliers, Voiseleur suit au galop la direction du lièvre et appelle son faucon jusqu’à ce qu’il le voie fondre ou planer : i! fond sur le lièvre qui fuit, il plane sur celui qui se rase.
D cn
D dre TON PE
Daus les plaines peu couvertes, les lièvres éprouvent une telle crainte à la vue du fau- ‘con, que, le plus souvent, ils se rasent en l’apercevant. Dans l’un et l’autre cas, tous Îles ‘oiseaux sont successivement lächés pour qu'ils rallient l'oiseau de tète. :
C’est un spectacle plein d’attrait que celui de ces faucons fondant tour à tour sur le lièvre, qu’ils frappent de leurs serres sans s’arrèter, tandis que les cavaliers agitent leurs burnous en:signe de joie et poussent des honrras à faire mourir de peur de plus braves qu’un lièvre.
Que le lièvre coure ou se rase, l’oiseau ne s'attache à Qui que lorsque, étourdi par les coups qu’il a reçus, il ne donne plus signe de vié.' C'est alors que, sur l'ordre du maître, les faucons sont repris, encapuchonnés, et que la chassé recommence.
Comme, une fois repus, les oiseaux deviennent paresseux, il est d'usage de ne les laisser s’acharner que sur le dernier lièvre pris ; alors on leur perniet de prendre curée, afin de les encourager pour les chasses qui doivent suivre celle de l'ouverture.
Il arrive quelquefvis que le lièvre, apercevant le faucon, se réfugie sous le ventre des Chevaux, et que l'oiseau le poursuit jusque-là.
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La chasse devient alors pleine d’attrait et surtout très-bruyante.
Le faucon ne pouvant frapper sa proie qu’en fondant sur elle dans une direction verticale, Je cheval lui fait obstacle ; il exprime alors sa colère par des cris aigus, en manœuvrant tantôt au-dessus, tantôt autour du cheval protecteur.
Le cavalier a beau se porter à droite, à gauche, en avant, en arrière : quelle que soit sa direction ou son allure, le'pauvre lièvre s’attache à ses pas et ne le quitte plus.
Lorsque le maître a assez joui de l’agonie de l'animal chassé, un cavalier met pied à terre, le prend à la main, et le porte au milieu du cercle, en le montrant aux faucons, qui sui-. vent avec impatience ce dernier. acte du drame. a auf
S’étant assuré que les oiseaux sont là .audessus de sa tête, il leur montre de nouveau le lièvre, qu’il jette aussi loin qu'il le peut. À peine est-il arrivé à terre, avant qu'il ait pu, se reconnaître, un oiseau fond sur lui, le frap-. pe de ses serres, et tous viennent à la fois donner le coup de grâce au pauvre animal.
Les Arabes volent la perdrix de la même manière. Seulement, au lieu de former. le cercle, ils galopent sur une seule ligne en sui-
vant la manœuvre des faucons. Cette chasse est loin d’offrir le même attrait que celle du lièvre ; aussi les indigènes la pratiquent rarement.
La chasse la plus intéressante pour les Arabes et pour les Européens, celle qui fait voir tout ce qu’il y a de conrage chez le faucon, est la chasse à l’outarde,
Comme je l’ai dit plus haut, lestribus du sud sont les seules ayant le privilège de voler cet oiseau, qui ne vient point dans les régions trop froides des hauts plateaux.
Les chefs indigènes qui possèdent un vol pour l’outarde déploient dans leurs chasses un luxe de chevaux et de gens qui ajoute à leur intérêt. Il n’est pas rare de voir une réunion de deux à trois cents cavaliers dans une chasse.
On rencontre l’outarde en deçà ou au-delà des montagnes qui séparent le Tell du désert, mais le plus souvent au delà. Cet oïseau se trouve ordinairement par compagnies de dix à trente. Comme il se laisse facilement approcher par les cavaliers, ceux-ci se déploient dans la plains sur une immense ligne, précédés des oiseleurs, qui marchent de font et à de grands intervalles. |
S'il arrive que des outardes s’envolent à de grandes distances, on se contente d’observer
Jeur remise, et l’on continue à marcher jusqu’à ce qu'on en voieune compagnie à terre ou qu’elles s’envolent de très-près. Dans les deux cas, un ou deux faucons, réputés meilleurs, les sont lâchés.
Dès que les outardes qui sont posées aperçoivent le faucon planant au-dessus d’elles, elles se rasent à la manière du lièvre et attendent que les oiseaux chasseurs aient choisi leur proie,
Après que ceux-ci ont fondu deux ou trois fois sur une outarde, les autres s’envolent, et celle-là se laisse tuer sur place. Comme on le voit, ces rencontres n’offrent pas grand intérèt ; aussi les Arabes font-ils toat ce qu’ils peuvent pour que l’outarde n’attende point le faucon.
Dans ce dernier cas, c’est-à-dire lorsque les oiseaux sont lächés sur des outardes qui ont pris leur vol, on voit d’abord l'oiseau ehassé
so mêler à la compagnie pour donner le chan-
ge, puis se séparer d’elle lorsqu'il est serré de près, et monter verticalement pour conserver le dessus. |
C'est ordinairement lorsqu'une outarde est séparée que les oiseleurs lächent tous les autres faucons.
Ea chasse acquiert alors un immense intérêt.
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