CHAPITRE X
ÜN DERNIER CONSEIL.— LA CHASSE AU LION COMME ELLE SE DOÎT FAIRE EN ALGÉRIE,
Si vous êtes un chasseur, il vous est arrivé plus d'une fois, après un bon diner avec de joyeux convives, alors que chacun tue, massa: cte depuis la caille jusqu’au sanglier; il vous est arrivé, dis-je, d'avoir exprimé le désir de vous trouver en face d’un ennemi plus noble, plis dangereux que les hôtes de nos forêts de France, et vous avez dit, comme les autres i Je voudrais bien tuer tin lion, Pett-être mbme êtes-vous allé plus loin que pas un, en disant : Je tuerais bien un lion.
Eh bien, voulez-vous, en effet, essayer d’immoler quelques-unes de ces intéressantes bètes ? Si ce désir est dans votre cœur et non pas sur vos lèvres, je puis vous satisfaire en vous livrant mon secret.
Mais, d’abord, voyez si ce ne serait point chez vous une simple fantaisie, consultez-vous bien, et, si vous êtes sûr de vous, touchez-là. Vous êtes jeune, vigoureux, vous avez bon
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jarret, bon pied et bon œil; ces conditions physiques sont indispensables ; vous aves l’a: imour du beau aveo une volonté de fer, voilà l pour le moral,
Si vous n'êtes pas à Paris, alles-y, cherches Deviume, l'arquebusior, commandes-lui uno carabine à deux coups, canons superposés; dites-lui l'usage que vous voulez en faire ; il saura que oette armo doit réunir trois condi-
! À tions essentielles: solidité, précision ot pénéih: tralion, ds Régles la carabine avec Dovisme, et, lorsque sa vous sors parvenu à maribr vos balles à tronte ta, pas, tenez-la pour bonne, Ajoutez 4 la carn- EN bine uu pistolet qui réunisse les mômos cont. ditions qu'elle; tones surtout la main à la pé- À à. nétration de ce dernier, que vous chargeror,
ges comme Îa carabine, avec des balles coniques à pointes d'acier.
Le pistolet que jo vous recommande, je l'ai abandonné dès les premiers teinps, parce qu'il n'était ni assez juste ni assez pénétrant; chez Devisme vous l'aurez tel qu’il le faut,
Vous devez avoir denx tenues : l’une pour l'hiver, bien chaude ; l’autre pour l'été, légère, mais pouvant résister aux broussailles, aux épines dont les bois que vous aurez à parcourir sont remplis,
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Ai j'étais certain que vous viondrer prochninement, je voue dirais : Débarques à Philip:
péville, prenez la diligenco qui mène à Cons tantine, où vous arriveros le soir, adronez-vous au burenu arabe pour avoir de: mes nouvelles; si je suis dehore, 06 qui ent probable; vons attendres mon retour en faisant des études sur votre oarabine ; si je suis présent, nous prendrons ensemble des dispositions pour nous mettre en Campagne,
Vous devez vous dire: Voilà un gaillard bien impatient d'avoir un compagnon durs sos chasses aventureusés, Eh bien, monsieur etfrère en saint Hubert, vous vons trompez ; co n’est pas un assooïé que jé cherche, mais bieti un successeur,
Hélas! oui, je donne ma ‘démission ; les jombes ne vont plus, la cnrabine pèse À In main, la poitrine est oppresée en montatit le plus petit ravin, les yeux seuls sont restés bons. Toute la machine a périau champ d’honnieur ; puisssiez-vous en dire autant un jour! Mais j'irai jusqu’au bout quand même, trop heureux si saint Hubert m’accorde la faveur de mourir sons ia griffe et la gueuie d’un lion.
En attendant que ce vœu soit exaucé, comme je ne puis répondre à tous les appels qui me sont faits par tous les Arabes, et que je
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dois choisir le temps et la saison pour ménager le peu de santé qui me reste, je serais heureux de trouver un successeur. Heureux, entendez-vous, ue l’initier aux secrètes manœuvres, aux habitudes nocturnes, au caractère noble du lion, que personne ne connaît.
Le chercher, l’attendre, le rencontrer, le combattre toujours et partout, la nuit, le jour : voilà, frère ce. que je veux. vous apprendre, non pour dire: Cet homme est mon élève, mais parce que la chasse au lion faite par un seul homme et franchement a été apportée en Algérie par la conquête des Français et qu’il ne faut pas laisser. tomber les bons exemples.
Les Arabes sont courageux. Ils nous regardent du haut de leur grandeur avec un dédain insupportable. Je ne sais pas s'ils ont tort 'ou raison. La bravoure a tant de couleurs, que chacun la définit à sa manière et que chacun veut avoir une couleur de bravoure,
Ce que les Arabes redoutent le plus après Dieu, c’est le lion. Pour le détruire, ils emploient ordinairement la ruse, l’attirant, comme nou l'avons décrit plus haut, dans une fosse où ils l’assassinent. Ils l’assassinent encore, cachés derrière l'affût solidement. construit sous terre qu’ils appellent melbeda, ou du baut d’un arbre où ils sont montés, Rarement
flal’attaquent franchement, et lorsqu'ils le font, c'est uné bataille où la victoire coûte cher, quand victoire il y a; mais jamaïs un Arabe, seul ou accompagné, n’a osé marcher au-devant du lion ou l’attendre sans abri {a nuit.
L’orgueiïl insolent de ces horames s'est abaïssé par le fait d’un Français : ils ont été humiliés par la volonté heureuse d’un ennemi ieur imposant le respect qu’ils refusaient à fui et aux siôns,
Je voudrais qu'il y eût dans 1a province de Constantine une poignée d’hommes d'élite, pris dans l’armée ou aillénrs pour se livrer à la chasse du lion; ces hommes, rétribués en raison de leurs fatigues et sûrs d’une récompense honorable en cas de Diessures graves, ces hommes, dis-je, rendraient un service immense flans ee pays où il faut parler aux yeux.
Je serais heureux et fier de commander cette petite troupe et de la diriger dans Taccomplissement d’une mission qui profiteraît à la nouvelle et à l’ancienne France. Auraï-je cet honneur? j'en doute. C’est plus difficile que d’avoir un successeur ; car, dans ce second cas, À ne faut qu’un noble cœur, qu’une nature d'élite qui se dévoue; certes, notre pays ne manque pas de ce produit-là.
N'attendez-done pas plus longtemps; venez
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