FE
tète engloutié par Îa gueule du fion, qui regarde le canon de ma carabine s baie sur uj, effleurant sa crinière, sans que pour cela il quitte la victime qu'il a choisie,
Craignant pour la tête de l’homnre en frappant celle du lion, je cherchaï la place du cœur et je fis feu. |
Amar-ben- Sigha, dégagé, roule à mes pieds, qu’il étreignit si violemment, qu'il faillit me renverser, et le lion, le flanc appuyé contre a branches qui craquaient SOUS son poids, n tombait pas encore.
Je visai à [a tenrpé et je pressai la détente : le coup ne partit pas.
Pour la première fois depuis dix ans, nta carabine avait raté, et le lion était toujours là, debout contre la cépée, qu’il déchirait de ses dents et de ses griffes en rugissant et en se tordant dans les convulsions de l’agonie, à un pas dé moi et presque sur le eorps d'ANar-ben- Sigha, qui criait comme un possédé.
Tous mes hommes étaient accourus, les uns brandissant leurs yatagans, les autres temant leurs fusils en l’air par le bout du canon en guise d'assommoirs.
Faïbles moyens, pauvres armes contre mn ennemi que les balles ne tuent pas !
Mon premier mouvement fut de-tendre Îa main vers mon spahi Hamida, qui, le visage
ee 748 cohtracté, les yeux hagaïds, tremblant de tous ses mëmbres, pouvait Peine me dire ce mot ; —Vide ! | Mon second fusi impradent .
avait fait feu ay us mettait à la merei du lion
(2 A Je trouvai les blessures graves, le hatt du € Coups de griffes les chairs ; mai horriblemen ne jusqh’au
or
de secours,
Pendant que les Arabes brancard avec des fusils
Sayri de trouver
Préparaient un et des bur et d'arrêter |]
X, et'ne Soins que je voulai
.… Jene vous dirai pas ce qu'il nous. fallnt de temps et de,peive pout sortir du taillis et gagner le lit du ravin; maïs je vous assure
. que ce fut un spectacle imposant que celui de
hotre retraite, Feu
J'avais toujours vu les Arabes profondément affigés lorsqu'un des leurs. était tombé sous une-balle, et je ne. m'expliquais pas leur indifférence pour. Amar-ben-Sigha.
Eu etfet, depuis le moment où le lion était mort, quoiqu'ils me visseht accueillir avec froideur leurs félicitations empressées et n’ex- ‘primer aucune joie du succès obtenu, ils ne s’étaient occupés du blessé que pour lui que :ces choseslà n'arrivaient qu'aux hommes ; puis ils s'étaient mis à discourit entre eux sur fes dif- . férentes scènes du drame, parlant tous à la fois, vocifér int comme des enragés et recomimençant leur histoire chaque fois qu’un homme des douars voisins arrivait au-devant. do “Nous. DU |
L’enthousiasme de ces hommes était si bruyant, que quiconque eût rencontré notre cor tège-aurait pensé tout d'abord que le brancard servait de couche au lion: tué, si de temps en temps un cri perçant et qui allait au cœur ne
-s'en était échappé; dominant la rumeur générale et répondant au chant luubre du hibou qu’on entendait sous bois.
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Cé fat ainsi qu’à onze heures du soir nous :
arrivèmes à la tente préparée pour recevoir le blessé.
Le lendemain 27, j'allaile voir de bonne heure, et je trouvai près de lui sa vieille mère, son frère et un grand nombre d'hommes et de femmes qui devaient être de sa famille; car, à mon arrivée, ils me remercièrent avec effusion d’avoir délivré Arnar des griffes du lion
. et me demandèrent mon avis sur son état. :
Pauvres gens qui croient tous les Français médecins, parce qu’il y a parmi eux de bons médecins, et qui pensent que celui qui tue un animal connait et guérit le mal que celui-ci a pu faire ! |
Je n’ai pas la moindre notion de chirurgie, et pour ce aui est des blessures faites par lé lion, l'expérience seule m’a appris qu’on en revenait difficilement, et que presque toujours on y laissait soit un bras, soit uné ‘ambe :
c’est juste assez pour que je puisse savoir à quoi m'en tenir, le cas échéant, maïs c’est peu pour ceux qu | me consultent.
Toutefois j’avais vu plétetis fois des hommes blessés bien moins grièvement qu’Amar mourir par suite de leurs blessures, ou perdre l'usage des membres atteints, et j'engagai ses parents à lo faire transporter à Bathna, où il
trouverait des médecins FeRnsats et têus les soins désirables.
Le blessé s’y étant refusé à cause des souffrances du voyage, je lui fis, tant bien que mal, avec l’assistance de l'officier, hollandais, un premier pansement ; j'envoyai chercher un docteur arabe qui jouit d’une grande réputation; puis nous nous dirigèmes vers le bois ou le lion dormait depuis la veille.
L'assistance était nombreuse; en, peu de temps un chemin fut frayé dans le taillis, et, au moyen d’un brancard fait avec des -troncs d’erbres, l’animal fut porté dans la clairière, où, la veille; il m'avait fait l'honneur d'un long tète-à-tôte,
Après avoir fait enlever la dépouille et observé avec attention le trajet de mes balles, j'abandonnai l'animal aux Arabes, qui se ruèrent sur lui, le couteau à la main, avec une fureur égale à celle d’une meute ardente à la curée, Le soir du mème jour, jé regagnai mon campement pour faire préparer la dépouille du lion.
Le 29, pendant que je finale mes prépara-
tifs de départ pour Constantine, ma tente fut envahie par cinq ou six femmes qui entrèrent en pleurant à chaudes larmes, comme si un grand malheur venait de les frapper,
Ma première pensée fut qu’elles venaient m’apprendre la mort. d’Amar-ben-Sigha, leur parent, et Je ne pus m'empêcher de rire lorsque je sus qu’il s'agissait simplement de la mort de trois bœufs, tués par un lion nouvellement arrivé dans le pays.
Comme Îles sanglots allaïent toujours croissant, et Ci ce concert n'avait rien de récréatif, je m "empressai d'y mettre fin en leur donnant l'assurancé que je ne partirais point avant. d'avoir mis à mort la vilaine bête qui leur
avait fait tant de chagrin.
Les pleurs cessèrent comme par enchantement, et ces dames se retirèrent en devisant joyeusement entre elles, eomme si elles vepaient d'apprendre un événement heureux.
Le douar auquel appartenaient les bœufs tués par le lion étant placé près de mes tentes, je fis venir les gardiens pour me renseigner aur ce qui s’était passé et en tirer des connaissances pour la rencontre du lendemain.
Ces hommes me dirent que vers six heures
du soir, au moment où ils descendaient de 12 montagne, le troupeau s'était dispersé en
fuyant dans toutes les directions, et que, lors-
qu'ils étaient parvenus à le rallier. il leur manquait trois bœufs, ”
Ils n'avaient vu le lion ni par corps ni par-
Le
- pied: mais les symptômes de: frayenr qu'ilé: avaient remarqués dans. le- troupeau leur don-naient l’assurance que les animaux qui manquaient avaient été: pris par un.lion.
Je leur recommandai de se rendre le lendemain de bonne-heure, et en nombre, dans l&
montagne, pour retrouver les bœufs tués,
d’en traîner dans. un: endroit découvert, afin: que les vautours vinssent manger leurs restes: pendant le jour, et de laisser celui qui leurparaitrait le plus intaot à plee-eù ils trou. veraient,. après l'avoir. couvert de branches:
d'àärbes pour l préserver dès vautours.
Le 30, à six heures:du soir, je m’acheminai vers la montagne, guidé par un des. gardiens. et suivh par deux. hommes qui portaient mes:
armes.
Au bout d’une heure de marche à travers.
Bois.neus passions. près. des ossements.que les. vautours avaient laissés, et sûr désorntais que si le lion revenait en cet endroit, il ne ferait qu'y passer comme nous, jè me difigont vers le. buisson où le troisième RU avait ‘été tué,
Après-avoir fait enlever les. branclies qui le: recouyraient, je m’assurai qu’il était parfaite ment intact @$ qu'il n'avait qu'un coup de dent à la gorge et un.coup.de-griffe à l “épaule, @e qui signifiait qu'il avait été tué par un. jeu.