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ne lion ow par une lionne adulte. Ne pouvant juger animal par le pied, à eause de la nature du sol, très-rocailleux en cet endroit, j’examinai avec soin les empreintes des dents: et celles des griffes ; j'en conelus que j’aurais àffaire à une lionne adulte.
Le repaire habituel des lions, lorsqu'il em vient dans cette montagnè, se trouvait à environ cinq cents mètres au-dessous de moi.
Persuadé que la lionne arriverait parle bas, je renvoyaï les Rommes qui m’avaient accompagné à une centaine de pas en amont, et je eherchai à m’installer de mon mieux.
Je venais de déposer mes armes près d’une pierre que j’avais remarquée comme pouvant faire un siège commode, ef j'allais m’asseoir, lorsque, jetant un dernier regard versle fond de la vallée, j’aperçus ma Konné qui se promenait sur la route de Krenchela.
Après avoir suivi quelque temps cette route, elle à quitta pour traverser une petite plaine 5 puis elle prit un sentier qui aboutit à une source que Je eonnais depuis longtemps pour être souvent visitée par les lions.
Un quart d'heure après, je la vis revenir par le même chemin et entret sous la futaie
qui borde le repaire. En la voyant disparaître
sous bois, je m’assis sur la piërre et me prépa rai à la recevoir.
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nons, Encore quelques minutes, et je ne ver
Je me trouvais au milieu d’un massif sans la moindre petite clairière, sans le mojndre jour, at je n’apercevais qu’une partie du, bœuf qui servait d’appât, quoiqu'il ne fût qu’à quelques pas de moi.
Je compris qu’il me serait impossible d'euvoyer deux balles à la lionne,.et qu'il fallait la tuer du premier coup ou la mettre du moius hors d'état de mal faire.
Le temps avait marché, et la nuit commençait à tomber, lorsque la lionne rugit au-dessous de moi et près de l’endroit où les restes
‘des bœufs avaient été livrées aux vautours,
Peu de temps après, j'entendis le bruit de ses pas sous bojs ; puis, à mesure qu’elle approchaiït, une espèce de râlement sourd et régulier, qui n'était autre chose que le bruit de sa respiration,
Je la jugeai à quinze pas de moi, et j'épaulai ma carabine dans sa direction, d’être prêt à faire feu lorsqu'elle paraîtrait.
Il était écrit que cette campagne serait pleine d'émotions, et vous devinerez facilement celle que je dus éprouver lorsque, cheïchant le guidon de ma cärabine, je ne le trouvai point.
J'apercevais à peine l'extrémité des cn-
rais plus rieu quand Ja lionne serait là à quelques pas de moi, .
Il n’y avait pas à hésiter un seul instant ; je me levai aussitôt et marchai droit sur elle en faisant le moins de bruit possible et prôt à faire feu.
Après m'être avancé de cinq ou six pas en sondant des yeux l'épaisseur du bois, j’aperçus la moitié de son corps entre deux arbres.
Elle était debout et immobile, écoutant sans doute un bruit qu’elle ne s’expliquait pas.
La tête m'était cachée jusque près de l’épaule, dont il me semblait aan assez bien le défaut,
Le cœur était là, Je tirai tant bien que mal
‘et un peu au juger au défaut de l’épauie.
J'eus beau me baisser aussitôt pour voir sous la fumée l'effet de ma balle et en ape une seconde, je ne vis rien.
Cependant un rugissement de bon: augure avait répondu à mon coup de feu, et mon oreille exercée avait jugé l'animal mortelle. ment atteint.
En effet, la lionne, que j'avais pu voir “tant qu’elle était restée debout, m'était cachée par la hauteur des arbres maintenant qu’elle était couchée, et je l’entendais rugir et se débattre
à la même place; donc elle était griègement blessée,
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marchait que sur trois jambes, que lorsqu'elle
Me souciant fort peu, à une pareille heure, de m'en aller avec elle de ce monde, et remettant au lendemain, quand il ferait jour, pour
Jui donner le coup de grâce, si toutefois elle
vivait encore, je rentraï avec mes hommes, qui avaient tout entendu et qui, comme moi, étant persuadés que la lionne était à nous.
Grande fut la joie de tous à notre rentrée au doûar, et les femmes demandèrent à venir.
le lendemain dans la montagne, afin de voir l'animal avant qu’il fût dépouillé ét de choisir les meilleurs morceaux de sa chair,
Le 81, avant le lever du soleil, j’arrivai près de l’endroit où la lionne était tombée la veille, suivi dés hommes et des femmes du douar, Après avoir recommandé à tout le monde de
ne pas s'avancer daväntage, je mé portai avec
mon £pahi sur la où l'animal avait été frappé.
La place était vide ; mais une mare de sang l'avait suffisamment marquée, il me fut d’autant plus facile de suivre la lionne aux rougeurs, qu’elle avait évité de traverser les parties fourrées du bois, qu'elle était toujours descendue, ét qu'à chaque pas js trouvais des traces de ses chutes.
Je ne tardai pas à m’apercevoir qu'elle ne
tombait c'était toujours du côté gauche, et que Pos de l’épaule traçait un silon dans la terre toutes les fois qu’elle tombait.
Je jugeai que ma balle, entrant au défaut de l’épaule droite, avait traversé la poitrine obliquement, et qu’elle était sortie par l'épaule gauche en La brisant,
: La lionne, morte ou vive, ne pouvait êtra loin : il était temps de se mettre en gerde, et il ne fallait jamais perdre les traces de sang, de manière à l'avoir toujours devant et audessous de moi.
À cet effet, toutes les fois que-’arrivais près d’un buisson propre à la cacher à mes yeux, jo faisais lancer des pierres par mon spahi.
afin de l’attirer, ou la faire rugir si elle s’y trouvait. Cette manœuvre réussit. parfaitcment, à
Je venais de traverser une clairière. où la lionne était restée longtemps couchée, à en juger par le sang qu’elle y avait laissé, et j’arrivais sut la lisière d’un bois très-épais en suivant ses traces, lorsque mon spahi lança “une pierre à quelques pas devant moi.
Le même rugissement que j'avais entendu quelques jours auparavant en suivant le lion blessé se fit entendre sous bois et près de la clairière,
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Seulenent, iei, je savais parfaitement à quoi m'en tenir et j'étais sûr de mener l'affaire à bonne fin, sans y laisser le moindre lambeau de chaïit humaïtie.
D'abord il faisait jour et javais du temps
devant moi, ensuite je n'avais affaire qu’à une
lionne ayant perdu presque tout son sang,
c'est-à dire ses forces ; enfin, je savais qu’elle
n'avaient que trois jambes,
Le succès n’était pas douteux ; mais comme, au bout des trois jambes qui lui restaient, ii y avait de grosses pattes armées de fortes griffes et que les dents qui avaient étranglé: les trois bœufs devaient être respectables, je pris des mesures pour que la lionne ne me traitàt point comme les herbivores du jour précédent,
Le bois dans lequel elle s'était retirée était si épais, quesi j'avais voulu l’y suivre, il m’eût été impossible de la voir sans la toucher, et j'eusse été pris et mis en pièces avant d’avoir pu lui envoyer une balle.
Toutefois, j'avoue à ma honte, car &’eût été urie folie, que si je n'avais pas eu d’autre moyen-d’en finir, confiant dans le hasard de la veille et dans les hasards précédents, qui m'ont, vous le savez, si miraculeusement servi, j'avoue que j'y serais allé sans hésiter.
Mais j'avais là une bonne clairière au mi-
fieu de laquelle je pouvais !’attirer ; je résolus d'en profiter et je fis venir Îles homes et les femmes du dotar pour assister à la mort de fer ennemi.
Pendant que je faisais brtler quelques bronssailles, pour empécher l'animal de sortir de l'enceinte, mon spalii m 'apportait de Krenchela quelques fusils dont j'avais besoin.
Après les avoir fait cliarger, j'en distribuai ‘quatre à des Arebes, que je fis monter sur un arbre situé au milieu de la clairière, avec ordre de faire feu tous à la fois et de pousser de grands cris dès que je leur en donnerais le signal.
Je fis venir ue des Arabes qui étaient à cheval ét je l’envoyai à trente pas de la lisière du bois, avec ordre de s’y maïntenir immobile jusqu’au moment où Îa lionne apparaîtrait, et de courir alors de toute la vitesse de son cheval en se dirigeant vers moi un peu obliquement, afin de ne pas gèner mon tir.
Je m'assis dans !: clairière à quelques pas en avant de l'arbre sur lequel mes hommes étaient perchés, ayant près de moi mon spahi chargé de me passer mes armes en temps opportun.
Cependant la foule dés snectateurs, qui, jusqu'à ce moment, avaient dévisé bruyam-
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Wmont au milieu de la clairière, s'était dispersée tout à coup et à la hâte.
Les hommes s'étaient perchés sur les arbres des plus élevés, et Rs femmes avaient gagné un rocher d’une hauteur respectable, au faite «luquel elles étaient groupées,
Lorsqueje. vis la cläirière débarrassée, j je triai au cavalier, qui servait d’appht de se tevir sur.ses gardes et.je fis signe aux hommes qui étaient sut l’arbre de tirer,
Aux: ceups de feu, la lionne rugit avec colète, et, a premier Lourra que poussèrent les Ara- | bes, elle parut sur la lisière du bois, et, sans s'arrêter un seal instant, elle chargea le cavaâier, qui avait piqué des deax en la voyant.
Quoiqu'elle n’eût que trois jambes, ses premiers bonds m'effrayèrent, tant ele gagnaït sur l’Arabe, qu détalait à fond de train.
Une balle tirée à quarante pas dans Îa tête l'arrêta sur place et la fit chanceler sans que pourtant elle tembât.
Le cavalier avait continué de fuir et était Ut 10 arrivé à l’extréinité de la clairière, lorsque la de. fi dionne reprit sa course, cette fois droit à mot: he J'avais eu le temps de prendre mon second 1e "fusil, et, à vingt pas, elle recevait deux balles Au En de en pleine poitrine. Elle tomba comme fou- PSS EE droyée, etje la croyais morte, lorsqu'elle so
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eva en me montrant toutes ses dents et essaya de venir à moi; mais ce fat son dernier effort, car elle roula sur place en poussant un long rugissement de douleur anquel répondit un hourra formidable.
La lionne n'ayant recu le coup de grâce que lorsque 1es femmes furent arrivées, elles furent les premières à la contempler, à lui prodiguer mille injures et à braver ses griffes et ses dents désormais inoffensives.
Comme Ia curiosité de ces dames menaçait de me tenir là jusqu’au soir, je les engageai à prendre les devants et lour promis’ qu’elles pourraient venir revoir Ja lionue et choisir leurs nrorceaux devant ma tente, où j'allais la faire porter. |
Au moyen d'un brancard fait avec des fusils et des branches d'arbres, Panimal put arriver à Ourtèn, où, sa dépouille enlevée, je labandonnai aux Arabes. Le lendemain je quittais le pays au grand regret de ses habitants, auxquels je p'omettais une visite en automne, et deux jours après j’arrivais à Constantine, bien fatigués par les émotions de cette campagne.
Le 16 août, je reçus, par un mot du caïd de Krenchela, la nouvelle de la mort du malheureux Amar-ben-Sigha.
Je me résume. S'il vous arrive jamais de NY] «
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chercher pendant le jour un lion aue vous avez blessé la nuit, renoncez-y s'il ne laisse pas assez de sang pour qu'on ne prise un instant perdre sa trace.
Il s’est réfugié dans un massif dont il no sortira que pour bondir sur celui qui passera là.
Suivez donc toujours le sang pas à pas et jetez des pierres en avant pour débusquer l’animal à bonne portée et avant qu’il puisse arriver jusqu'à vous sans être tiré.
Gardez toujours le haut du terrain,
S'il pleut ou que la rosée soit abondante, couvrez les batteries de votre carabine.
Déchargez-la toujours en rentrant, et ne la chargez qu’au moment de partir, après l’avoir flambée.
Si après une averse ou une forte rosée, vous éprouviez quelque crainte sur l’inflammation
de vos coups, évitez une rencontre.
Ayez toujours des capsules et de la poudre de première qualité.
Enfin, souvenez-vous qu’un lion $ombe rare-
ment sous une seule balle.—Ne cherchez ja-
mais votre salut dans la fuite quand il vous chargera, et, ces conseils aidant, que Dieu et saint Hubert vous aient en leur sainte garde!