DES TRIBUS QUI CHABSENT LE LION
Îl y a dans la province de Constantine trois fractions de tribus qui tuent, à leur corps défendant, quelques-uns des Tions qui viennent s’établir chez elles, ‘sans que pour cela elles répondent aux prières des autres fractions Jeurs voisines, lorsqu’ éllés sont à leur tour décimées par un de ces animaux,
Ces fractions sont les OuleZ-Mejoul, établis chez les Haractah : les Ouled-Cessi, de la tribus des Ségnia, et les Chegutma, fraction
étrangère, établie depuis environ ‘quärante ans dans le cercle d'Ain-Beida.
Comme l’action de tuèr le lion n’est méritoire qu'autant que celui qui attaque est ex-
posé aux dénts et aux griffes de l'animal, et qu'à mes yeux la manière dont les Ouléd- Cessi se comportent leur donne une grande supériorité ’sur les Chegatma, jé ne parlerai de ces derniers qu'en seconde ligne, :
premi, d’étan route recèle In tous-le le Fed fuge:ts tôt à :
d’hive une:far Le mais: 84 les liox tous les
Les Ouled-Meloul comptent environ qüatre-
vingts fusils, et sont établis au: pied du Sid- Reghis et sur-le versant sud du Chepka ; les Ouled-Cessi, qui ont à peu près le même nombre de combattants. habitent en été la plaine. de-Æercha et les crêtes du Guerioun, une des plus hautes montagnes du. cercle constantine, elle est. distante. d'environ. douze. lieues; en hiver, ils se rapprochent d’une autre montagne. qui a, nom Zerazer et: sa trouve ss lieues.
au sud.du Guerioun, .. ...
Exeepté quelque lion voyageur qui prend la:
première de ces montagnes. comme. un gîte.
d'étape pour: continuer, la nuit suivante, sa route À travers-les. plaines, le Guerioun . n’en. recèle .qme de-loin.en loin,
Il n’en est pas de même du Po qui, tous-les ans, alors. que l'aurés,. Je: Bouarif et le Fedjouÿ. sont couverts de neige;; sert. de.re-' fuge.tantôt à.un vieux. lion devenu frileux, tan: tôt à une lionne qui: cherche-un bon: quartier: d'hiver. pour. ses. lionceaux,.et quelquefois : à une-famille entière.
Le Zerager est.une. montagne peu boisée: se mais: ses.flancs:et crêtes sont couverts. d’énormes-rochers dans les:anfractuosités. desquels les lions trouvent de bons: repasse à l'abri de tous les vents.
Au pied de la montagne sont les douars des Ouled-Cessi et des troupeaux nombreux, Com-
me on le voit, il y a 1à toutés les: conditions d'existence que peuvent désirer les émigrants,
aussi ceux qui y viennent n'ont-ils garde de
s’en allér tant qu'ils aperçoivent de la neige
sur les montagnes qu’ils ont abandonnées.
Quand l’arrivée’ d’an lion a été signalée :
soit par l'enlèvement de quelque bétail, soit par ses rugissements, la’ nouvelle en.:est por:
tée de douar en douar, ce qüi n’empêche' pas :
qu’on se laisse tüanger la laine sur le bot ent dant huit ou dix jours.
Ce n’est qu'après que le lion ‘# à fait épioi )
ver des pertes sensibles, et qu’il né paraît pas disposé à quitter le pays, que:l’on prend rendez-vous pour le chasser.‘ :::
Ces sortes d’assémblées auxquelles j' j'ai assis- :
té plusieurs fois, sont: pleines d'intérêt pour
celui qüi comprend la langue des indigènes :
et la gravité des motifs qui en font l’objet.
An lieu d'un beau carrefour ombragé de chènes séculaires ou d’un pavillon de chasse,
qui sont les rendez-vous habituels de nos ve-
neurs et chasseurs de France, ici: on'se-rallié: sous un feu allumé 'aupied de la montagne. ":
Au lieu des beaux équipages, ‘des uniformes brillants qui attiraient les curieux et les im-
de limier. .
Chacun d'eux porte un fusil sur l'épaule, un
pistolet et un yatagan à la ceinture, ” vient :
prendre place autour du feu.
Une dougaine de chiens, au poil: longi et ru ! de, à la physionomie rébarbative, rôdent:au- ‘ tour des chasseurs, et: passent leur temps’ à: s’entre déchirer sans que leurs maitres: fassent
rien pour les empêcher. :
J'ai vu, dans-une de ces bte un étés £
étranglé et:dévoré par les autros; sans qu’un seul des Arabes présents ait daigné quitter la
place qu'iloccupait à l'assemblée ; ‘il est vrai que c'était au moment du rapport et que: les: : quêteurs avaient eu connaissance de nt #1
lions mâles et adultes.
L'arrivée des hommes qui ont :6t6 chargés %
de:faire le bois est d’un intérêt saisissant.
En effet, il ne s’agit-pas ici d'an loup, d’un : cerf:ou d’un sanglier, pauvres bêtes dont on a: . raison avec; une balle depuis que'les veneurs : ont fait place auxsporismen et: le couteau: de.
chasse à la carabine. :: ::
On aura affaire à un animal qui is és LL
luj:la forca de quarante hommes, . armé: de
portuns,:on voit arriver modestement à pied une cinquantaine d'hommes, dont les défro- . ques réunies ne va'ent pas la livrée pos ve |
- = S en EEE ,
griffés et de dents dont tous les membres de Passemblée ont pu voir les éffets et dont. plu-
sieurs:ont senti: les étreintes, alors quie, criblé:
de balles et mourant, il s’acharnait, malgré: leurs efforts, sur l cadavre vu a où
d’un ami:
Quoique les Arabes soient: per impression. |
nables:il-est' facile en ce moment de juger: Ia
valeur:de chacund’enx' et la:manière dont: ib
se‘comportera pendant l’actions:
Je dois leur rendre cette justice, que, rafdhe: parmi les plus jeunes, et il y:en:a: di imberbes, |
enne rencontre pas de fanfarons:
Cela tient, sans donte, à ce que chacun: doit:
payer de ss personne et que ceux qui en sont:
reconnus: incapables sont exclus de l’assemblée et-restent au douar en buttes aux plaisanteries
des femmes en attendant leurs malédicdions,.
si, comme de coutume, le kon ne see pas sans faire quelques victimes.
Dès que les hommes qui ont détourié. L ne
nimal ont fait rapport-des connaissances quils
ont pu avoir sur son sexe, son Àge et Son re+
paire, en le jugeant par le pied, nl ne mesures pour procéder à l'attaque.
À cet effet, les quèteurs se retirent à l'écart
de:lassemblée, avec:quelques vieillards à: bar
be blanche qui plient sous le poids des années,
et-retrouvent, pour ce jour-là, toute Fénargis de leur jeunesse.
Après. un long conseil, dep lequel fohacun donne son avis sur le Ma d'attaque qui. lui paraît le: meilleur, on ‘prend, à l’unanimité, una décision: dont l'assemblée reçoit communication et.qu'elle exéeute. sans commentaire. :
Les armes ayant été flambées et. chargées. avec le plus grand soin; ;cinq ousix chasseurs, choisis parmi les plus jeunes, sont; envoyés, sur: les crêtes de: la montagne: avec mission de suivre toutes les manœuvres du lion; depuis l’attaque jusqu'à la mort, et de correspondre avao leurs frères sù nroyen de-signes de convention, fort simples pour. les indigènes et curieux autant qu ’incompréhensibles pour l'Enropéan qui n’en:a point la clef.
Lorsque les guetteurs ont atteint. do POS tes d'observation :qu'ils. doivent occuper, . le reste de-la-tronpé se.met.en mouvement, pré
. cédé des-quêteurs;.et gravit les pentes qui doivent le rappocher. du repaire du lion.
Comme les:lionnes,. accompagnées de leurs lionceaux et.les'jeunes lions. ne se,comportent pas dé la même manière que les lions adultes, et comme; pour l’intélligence-de, ces: chasses, il faudrait un récit spécial de chacune d’elles,, je supposerai qu'il'a-été fait rapport d’un lion
mêle et adulte, parce qu’il est plus dangereux: :
et plus difficile à tuer que les lions plus jeunes et même que les lionnes suivies ‘de leurs lionceaux.
S'il est vrai qu’en pénetieit un sel bien attaqué est presque toujours pris, il.est égale-
ment vrai que le succès de la Journéé sie |
ici beaucoup de l'attaque. : : ‘::-
‘Lorsque le valet de limier Siarœurie pour:
raccourcir son enceinte, il n’a qu'une crainte, : c'est celle de la faire vider à Paint quia
pris vent du trait. : :
L'homme qni travaille pour éd un lion a, comme on pense. bien; mille raisons
péremptoires pour éviter le rocher ou l'arbre
«soûs lequel la ‘bête est sur le ventre; aussi
est-il bien rare qu’il puisse le rembucher dune manière certaine. : \ Les chasseurs; étant arrivés à une piviée
de fusil du repaire supposé, le tournent en amont en observant le-plus grand silence et
s'arrêtent lorsqu'ils croient le dominer. :
Comme le séns de l’ouïe-esttrès-subtil chez
. le on; il arrive quelquefois qu’il entend les pas des chasseurs ou une pierre’ qui a roulé, et alors il 88 lève et vaatébe dans la direction du
bruit, SX (NE Si lun deu gestion l'apergoit, il noeud le
pan de’son burnous.dans la: main droite et le
fait tourner devant lui, ce qui signifie: Je le vois. :
Un des chasseurs sort du groupe, 8e : met:
aussitôt'en rapport avec Cet homme en agitant 1 son burnous de droite à gauche, ce qui marà
dire: Oùest-il ? et Que fait il?.
Si:le lion est immobile, le guetteur ramasse é
les deux pans de son burnous dans la main, il::
les élève à la hauteur de sa tête, :puis il: los
laisse tomber'etmarche quelques pas ‘dévant : lui en répétant le ‘même signe, qui se traduit : par: 24 est immobile devant vous et à: shiue b
distance. :
Si le lion wamrohe à droite. ou à gauche, il:
marche lui-même dans la direction en agitant:
son burnous,-soit de es à Act soit de: :
droite à gauc
Si enfin l’animal se dirige vers les tech À
le guetteur leur fait face et agite violemment son burnous'de baser haut en criant de toutes.
ses forces: ÆAou vie fs Prenez: pe à
vous ! ”:
À ce signal, les sat se s final en ba ,
taille sur‘un rang, et, #ils le peuvent, il: s’adossent à un rocher de un " ne pes être tournés. |
Malheur à celui qui n’ aura pas entendu à temps le cri du guetteur et sera resté à quelque distance de ses camarades.
Dès que le lion:l’aperçoit, il bondit:vera lui, et quelle que:soit la contenance de cet homme. en se voyant: chargé, soit: qu'il tourne les ta- Jons pour gagner un srbre-ou un rocher, soit. qu’ilattende.de pied ferme et fasse feu à: bout. portant, de toute façon: c'est un homme mort, à moîns que, par un hasard providentiel, Panimal néaoit tué roide:
Comme :on le voit, le. tactique est on. ne:
peut:plus simple: il-s’agit.seulement d'oppo-. set:au:lion autant.de fusils qu’il a dedents.et de: griffes ; mais, pour.que:la partie soit égale, il faut que ces fusils se protégent mutuellement, qu'ils né se désunissent: jamais, et.que chaque combattantsoitinaceessible à la crainte et:d'avance prêt à: faire:le sacrifice de.sa vie. pour protéger celle de son voisin. ..
Quand les: chasseurs:oùt pu.se rédnir avant l’attaque-et s’adosser à un'rocher, le lion:pas-se-majestieusement devañt eux, espérant que.
sa: présence portera:le: trouble dans les rangs, et, dans ce cas, il fond bravement sur la:trou-. ‘ pe-ébranlés, qui'est mise en déroute, laissant un-ou deux des siens au pouvoir de l’ennemi, Si personne ne :bouga' et si le:lion ne voit point d’hésitation parmi les chasseurs, il passe: : en:murmurant-de:sourdes menaces à vingt.:ou trente pas des fusils braqués:sur lui, C’est: là
L 48 muillil
mil
le moment décisif: au commandement de l’un des anciens dela :troupe, chacun fait feu L de:son. mieux:et jette :son fusil pour cé ‘armer ‘du Pistolet ou‘du:yatagan.
Pour:les chasseurs ‘européens, il spesélion -:étonsant que trente coups de:feu tirés à vingt “passur un:animal qui présente:le flanc:ne suf-
fisent pas toujours pour le tuer sur place.
: C'est pourtant:ce qui arrive six fois sur:dix.
‘La vie est si difficile à arracher du:corps du lion, que, quel que :soit le «nombre de : balles «qui lauront touché, il ne-mourr4 pas encore si le cœur ou le:cervéeaunont pasété atteints. : Cependant:s'il a été renvèrsé:par:une grèle de balles, avant qu'il ait puse relever, tous les:chasseurs sont sur lui, les uns ‘armés de “'pistolets, les autres d’armies blanches, tirant, ‘frappant à l'enviles uns desautres, et:finissant
‘presque toujours par laisser. quelques ‘lam- “beaux de chair dans les: ven dé l'animal: expirant.
1Ce qu’il y a de rehsquablé en le: lion, c’est que, plus ilest 50 dé el plus il'est dangereux.
‘Ainsi, lorsque pendant: l'action, : mais avant ‘qu’il soit blessé, il peut atteindre un des chasseurs, il se contents de le renverser, comme un obstacle, et l'homme, s’il:est couvert de bons
burnous, en est souvent quitte pour quelques coups de griffes sans gravité.
A-t-il déjà reçu une: ou plusieurs balles, il tue ou déchire celui qu'il a:pu saisir, souvent même il le prend dans sa gueule et le porte en : le secouañt jusqu’au moment où il:aperçoit - d’autres chasseurs sur excuse il:se aies à leur tour. 121 Mais Inéoinép délits irc atteint, blessé : à mort, par «exemple, il peut s'emparer d’un homme, il l’attire sous lui-en létreignant de - ses griffes puissantes, et après avoir placé sous -ses-yeux la figure du chasseur: malheureux, il semble, comme: le. chat avec la souris, sa réjouir-de sou agonie. . elite
Tandis que ses ongles déchirent dndaniel::
Jos chairs dela victime, ses yeux flamboyants sont. fixés sur coux de homme, qui, .faseiné
-par ce;separd, n’ose ni crier ni 8e plaindre. De -toraps en'temps le lion. promène son énorme et rude langue sur la face du moribond, puis …ifronce ses lèvres à la manière du. chat, et lui: montre ainsi tous ses dents. ;
Cependant les. parents ou les amis. de l'in- : fortuné chasseur font appel.aux plus courageux dé latroupe,:et. ils s’avancent conde à. coude, Je fusil à l'épaule et le doigt sur la détente, vers ‘le lion, quiles-regarde yenir et les attend.
Comme Jes balles dirigées contre le lion pourraient atteindre l’homme, il faut l’approcher assez près pour le tirer à bout portant. C’est ordinairement.un parent de la victime qui se dévoue en ce cas, et toujours seul, laissant les autres chasseurs à une vngtoins de pas en arrière.
Si le lion est à bout de forces, il haile la tête de l’homme qu'il tient sous Jui an moment. où il voit le canon, du fusil s’abaisser vers son oreille, et puis il PE les nés (ar attendre la mort. :
Si, au contraire, . Panimal ns encore. agir, il s'empresse de tuer le chasseur. en son, pou voir pour bondir sur le. rténréraires: qui o8e ve- :vir,à son. Secours...
.Comme.on le voit, le. rôle de Eli qui, s’a- ‘Vance pour, donner le coup: de :grâce est des plus périlleux; car, le lion se. tenant .couché . sur le corps.du chasseur dans une, immobilité ..complète, îlest impossible de juger. de .son s#tat et de ses intentions;, de.sorte.qué, de même qu'on peut l’approcher impunément et. lui mettre le.bout du canon dans l'oreille, de mè- ..me:on-peut, avant d’avoir le temps. de faire . feu, être terrassé et mis en pièces, malgré. les ‘renforts de fusils qui sont à quelques pas de là. Les Arabes ont l'habitude de détacher un
- PP er £ > RE + ds
seul tireur en cette circonstance, parce que, ‘Lorsqu'ils ont fait autrement, il y a eu trouble, confusion, et, par suite, il est arrivé que des ‘balles dirigées contre le'lion:ont atteint l'homme-placé sous lui.
Quoique cet homme sait à l’état de cadavre quand on arrive, il est toujours pénible de constater qui: a été atteint par les siens, et souvent:on est tenté.de croire qu’il aurait pu être sauvé#’il n° ‘avait pou nl ces balles * égarées.
De là bien des piété et de te décision sage et prudente de charger un seul éhéteur ‘de cette honorable mission.
Je dis honorable, parce que celui qui Y'accomplit jusqu’au bout avec’ ls courage et le
“sangcfroid qu'elle récalme ‘est à mes yeux un ‘homme capable dé 2. prud sr cime sr ‘ses sans faiblir.
«Ce qui précède est: ponte Cas asser rare où ‘les'chasseurs réunis ont été prévenus de l’ar- ‘trivée du lion put" un des hommes ‘qui le guèt- ‘tent.
Le plus souvent l'animal «est sur le ventre dans un réduit toujours très-6pais, où, s’il ne “remue en-entendant du PES il échappe à la
vue de tout le’ monde. |
Il faut alors l’attaquer diné son fort et le prendre d'assaut, comme disent les Arabes.
Quelle que soit la hardiesse de ces hommes qui marchent si bravement à la mort, je dois dire que ce n'est qu’à la dernière extrémité et lorsqu'ils ne peuvent faire autrement qu’ils se décident à attaquer le lion dans son repaire. Quand ils arrivent sur la lisière du bois où l'animal est rembuché, sans que les guetteurs aient pu le voir, ils poussent de grands cris dâns lesquels se mêlent milles i injures qui doivent, selon eux, décider le lion à se montrer. S'il fait la sourde oreille, on le provoque
plus directement en faisant sifler quelques
balles dans la direction.
Ces manœuvres durent quelquefois plusieurs heures, et, plus elles se prolongent, plus les
chasseurs hésitent à attaquer. Ils savent par expérience qu’un lion sourd aux provocations
et aux coups de fusil comprend tout ce que
cela veut dire, qu'il a déjà été chassé; et que, par condqten il attendrä sès ennemis au plus épais du fort pour fondre sur eux.
Il est facile de comprendre qu’une pareille perspective fasse naître quelque hésitation, surtout parmi ceux qui ont déjà senti les étreintes du lion.
Pendant que les Arabes, les uns assis, les
autres debout, sur la lisièra du bois, s 'agitent
et discutent à grand bruit, j'invite le lecteur à |
nc scnirec anse tb mets ” TE CT Ge der eco
pénétrer avec moi dans le fort pour voir ce qui s’y passe.
Sous une voûte sombre, épaisse, furmée par des oliviers sauvages et des lentisques séculaires étroitement serrés, l'animal s’est fait plusieurs chambres.bien, propres et bien commodes, pour les habiter selon le temps et la saison.
C'est Ià que, chaque mains il rentre au petit)j jour pour dormir et digérer à son aise la proie qu’il a dévorée pendant la nuit.
Avant l'arrivée des. chasseurs, le lion,, cou-
ché à la manière du chat, dormait profondément.
Au premier bruit qu’il a perçu, il a ouvert les yeux sans lever la tête ; à mesure que ce bruit est devenu plus distinct, il s’est mis sur. Je ventre pour écouter.
Au premier hourra des chasseurs, il s'est levé comme poussé par un ressort, et après avoir secoué bruyamment sk crinière, il a répondu par un rugissement terrible aux cris des imprudents qui ont osé troubler le sommeil du maître,
Au premier coup de feu qui a retenti sous bois, à la première balle qui a sifflé en ricochant dans les branches voisines de sa demeuré, le lion s’est élancé furieux hors de sa chambre pour en explorer les alentours,
qu
Cot
sé dou
Les criailleries, les injures, les menaces des Arabes arrivent-elles jusqu’à lui, il s’arrôte pour écouter, en frissonnant de courroux et d’impatience.
Un mouvement nerveux qui parcourt tout son corps exprime ce qu'éprouve le noble animal avant la bataille.
Il.se souvient qu’un jour, à pareille heure, son sommeil fut troublé par les mêmes cris, et que, trop impatients de corriger les insolents qui osaient aborder son fort, il alla se heurter contre une grêle de balles qui lui brûlèrent le corps. : |
Aussi, quelles que soient les menaces et les provocations qui lui sont adressées, il se mattrisera pour attendre le moment opportun.
Il tourne avec agitation autour de son repaire, tantôt s’arrêtant pour écouter, tantôt se . dressant sur ses pieds de derrière contre un arbre qu'il enlace de ses bras puissants et qu’il déchire de ses dents et des griffes comme si
c'était un ennemi vivant.
Voilà ce qui se passe sous bois péndant que les chasseurs, sûrs: désormais que le lion ne: sortira point, ont ouvert un conseil pour trancher la question de l’attaque ou de la retraite. Je me hâte de dire qu’il est rare que: l’assemblée soit dissoute sans qu’il y ait au moins un
assaut donné, né serait:cé que ‘pour éviter les railleries des feinmes et sauver l'honneur de l'expédition en présentant soit un mort, soit un blessé, ce qui suffit toujours pour justifier la défaite, It p | Dans ces sôrtes de conseils, les hommes d’un âge mûr se montrent toujours:prüdents, et les. jeunes gens plein d’ardeur et d’impatience.
Lorsque, au mois de février 1850, je fus .
appelé par les Ouled-Cessi ponr chasser deux lions qui s'étaient établis: chez eux, je recueillis ‘un souvenir :qui se rattache à ce :qui:précède, et que je suis heureux de consigner ici à la lougnge:de ces braves gens.
«Croyant chasser avec:un Français :qui:tuait les lions'tout seul, les ‘hommes:de cette fraction avaient convoquéile:ban et:l’arrière-ban, et pérsonne'ne'manqua au :rendez-vous.
Lesilions étaient ‘rembuchés dans un :petit massif de lentisques dans :lequel nous pouvions:les ‘entrevoir deitemps ‘en: temps du lieu mème de l’assemblée.
‘Quoique j’eusse résolu d’avance de ne pas accepter le concours des Ouled-Cessi dans l’attaque, j'étais bien aise que cette réution eût lieu afin d’en tirer quelques connaissances, et surtout pour faire voir ce que peut la volonté d’un chien de chrétien.
ferait
Pe tout d cercle près ( de q point avec
ed: 59
Avant de les envoyer au poste d'observation que je devais leur désigner quand je voudrais être seul, je laissai le conseil s’ouvrir et les vieillards prendre la parole, comme si nous eussions dû agir de concert, |
La discussion fut longue et surtout très-bruyante ; les anciens optaient pour que je marchasse le premier à deux ou trois pas avant de la troupe formée sur un seul rang et coude à coude; les jeunes gens indignés de cette prôposition, voulaient marcher en tête, me plaçant entre eux et les anciens, qui auraient formé une troupe dé réserve en cas que les lions fissent une trouée dans la prenfière.
Je laissai la discussion s’échauffer pour voir quelle serait la conclusion. Pendgnt qu’un jeune homme se levait pour montrer son bras et sa jambe déchirés par les griffes d’un lion qu’il n'avait pas tué, un autre le dominait de la voix et du geste, et lui disait qu’il ne montrait là que des égratignures tandis que lui, ferait voir à l’assembléé bien autre chose,
Pendant que le pauvre diable, tout honteux, tout ahuri, tournait et retournait au milieu du cercle sans pouvoir en sortir, je remarquai près de moi un vieillard et un jeune homme de quinze à seize ans, qui seuls ne prenait point part à la joie de la réunion et parlaient avec vivacité.
min dm à
Au premier mot que je pus saisir de leur conversation, je compris que c’étaient le père et le fils.
:+—Mon enfant, disait le dia tn sais bien que je n’ai plus que toi de garçon, que je me fais vieux, et que, s’il t'arrivait malheur, j'en -mourrais de chagrin.
. —Ne dre donc Le un Some réplique l'enfant.
Qui, tu és: un homme, répondit le père en souriant, et je suis fier de toi, mon :sahg | Mais ton frère aussi était un homme, et cependant il s'est fait tuer l’année dernière, ieï, dans cétfte montagne, et j'étais là; moi, son père, à côté de: lui, et je n’ai rien pu pour le sauver ! Le lion est terrible, mon enfant, terrible quand il charge : l'œil de l'homme se trouble en regardant ses yeux ; sa main tremble parce que le cœur bat trop vite, et le coup, | s’il est.certain, malgré le trouble de l'œil et du cœur, -le coup perce sans: tuer, car le lion porte bien des balles !
Mais, mon père, puisqué vous ne vouliez pas que je brülasse une amorce aujourd’hui, pourquoi avez-vous. consenti à m’arener jusqu'à Passemblée, d’où il est honteux pour moi de me retirer maintenant (
—Je t'ai permis de venir, d’abord, parce
que je ne savais pas qüe nous aurions au rapport deux Tions au lieu d’un, ce qui rend la journée doül'lement dangereuse; ensuite par- ‘ce que tu désirerais depuis longtemps voir l’homme aux lions, et que je savais que la tribu avait pris és armes à son intention. Tiens, ajouta le vieiflärd, le voilà près de toi, regarde-le à ton aise pour dire à ta mère et aux gens du douar qui ne le connaissent pas comament il est; puis ‘quand tu l’auras assez vu, nous nous en irons.
À ces mots nous nous:en irons, l'enfant répliqua d'un ton délibéré:—Allez-vous-en si vous voulez, mon père, mais moi je reste ; car s'il me voyait m'en aller, il croirait que j'ai eu peur, et je veux lui faire voir que je suis un enfant de Cessi.
Le père, voyant que la résolution de son fils était inébranlable, essaya des grands moyens :—Ecoute, jui dit-il, depuis longtemps tu désires que je t’achète une jument, eh bien, démain, je te promets que tu l’auras.
—Que m'importe la jument, répondit le Jeune homme avec fierté, si, en me voyant passer, on dit : Quel dommage qu'une si belle bêteæoit montée par un cavalier si timide ]
—Allons, ajouta le vieillard forcé dans ses derniers retranchements, avec la jument je te
FR Lo
donnerai la femme à laquelle tu prétends.
. Cette promesse ébranla un ivstant la volonté du jeune homme ; mais son hésitation ne fat pas longüe, et, se “levant avec une gravité supert CE
notre tribu, les formes méprisent celui qui n’est homme que par l’habit et pour faire des enfants à sa ressemblance,
Si je suis de la tribu des Ouled- Cessi et votre fils, il faut que celle que j'aime et qui doit être ma femme estime celui qui sera tout pour elle, il faut qu’ elle soit fière deluil T. Mon pére, voici mon dernier mot : Si vous né ine permettez pas de suivre la chasse aujourd’hui, si vous m ‘obligez à passer pour un Jâche aux yeux de tous, non-soulement .Je refuse la jument et la femme, mais encore je quitte : votre tente, et je m’en*vais bien loin pour cachèr ma honte aux yeux des gens de ma tribu,
Que « ce soit. le fait de l'éducation de ces hommes à demi-sauvages ( ou celui du milieu dans lequol ils vivent, je pense que le lecteur trouvera, < somme rhoi, qu’il est beau de rencontrer chez un jeune homme encore ipberbe l courage dont je cite un exemple entre mille, et qu’à l’occasion, dans une chasse un peu sé-
Led ne
rieuse, il ne refuserait pas un pareil compagnon.
Je mis fin à cette scène pathétique en: rassurant le père sur les suites de la journée. et en complimentant . le fils sur son courage.
Puis j J fis connaître à l'assemblée la décision que javais prise, et j' ‘invitai le pauvre diable que. les plaisanteries de ses camarades avaient si peu ménagé à rester près de moi pour tenir ma séconde carabine et gagner un titre de gloire qui n’aurais pas besoin d’exhiber en public.
A peine les Arabes venaient-ils de quitter le lieu de l’assemblée pour gagner le. poste d'observation que je leur avais désigné, qu’un lion sortit du massif et se dirigea tout droit vers moi : le second le suiyait à, cinquante pas.
J étais assis eur un rocher qui, dominait la position et auiquêl ont parvenait par des gradins coupés de crevasses,
L'Arabe était à côté de moi ; je prisn carabine Devisme et l’armai; j’armai également la carabine de réserve à un coup et la laissai entie les mains de l’homme, après l'avoir rassuré et lui avoir recommandé de me la donner dès que j'aurais fait feu de mes deux e vups.
Le premier lion, ayant sauté sur les gradins inférieurs du rocher, s’arrôta ; j'allais presser
Sn DS
la détente lorsqu'il se tourna vers son compagnon.
Ce mouvement ms présenta si bien épaule droite, que je n’hésitai pas. s
Au coup de feu, il tomba en rugissant, fit un effort pour se rélever et retomba. Il avait les deux épaules brisées.
Le second était déjà au pied du fsb oi, la queue au vent, le verbe haut; il reçut le premier coup un peu en arrière de l'épaule, à dix pas de son camarade ; il fléchit, so releva, et d’un bond immense tomba sur le rocher même où je me trouvais.
Prendre la carabine des mains de Arabe tremblant, ajuster le lion à la tempe, faire feu et le tuér sur place à quatre pas,.tout cela s’0péra par la protection de saint Hubert mou patron, en moins de ‘temps que j6 n’en mets à Pécrire.
Le coup de grâce fut donné au premier animal,'et tout fut dit.
Et maîntenant, sans plus ample digressi on, revenons à l’autre assemblée, que nous avons laissée discutant l'opportunité de l'attaque.
Après bien des paroles et des gestes qui n’ont abouti à rien, les anciens out subi linfluence des jeunes, et il a été décidé que l’on attaquora sur-le-champ et comme on pourra.
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Chacun se débarrasse de son burnous qu'il pend à un arbre, de ses souliers, il en a, et la troupe entière, vètue seulement d’une che- -mise qui descend aux genoux, s’én va gamba- -dant frapper à la brisée, |
C’est là que le lion est rentré.
Il faut suivre, sans pertire un instant, lés “empreintes de ses pss, afin d'avoir vs “ie Panimal devant soi.
Comme l’éqaisseur du bois est tel que deux hommes'ne peuvent marcher de front, c’est pres- ‘que toujours un jeune écervelé, se trouvant pôur la première fois à pareille fôte, qui prend la tête de la:colonne, quoi qu’on'ait pu faire pour l’en empêcher.
Toutes les fois qu’ils rencontrent une petite clairière, les chasseurs en profitent pour £e rallier, se former:en bataille, et ils appellent le lion au combat'en recommençant à lui pro- -diguer les épithètes les plus injuriguses du vocabulaire musulman.
‘Le noble animal, pour mieux venger ces insultes qu'on lui jette de loin, s’est retiré au plus épais du fort, et il attend, couché sur le ventre, que le moment d'agir soit venu.
La troupe se remet en marche, toujours guidée par notre jeune homme, qui s’arrête tout à coup en disant à ceux qui le suivent de
près. :—Ce lion n’est pas seul, car voici les pas d’un! autre Hion qui me parait re AE à que celui que nous avions.
Aussitôt un des quêteurs s’avance et constate que ces voies sont lés inômes, mais que le lion a quitté 8a reposée, qu'il est: ven là: depuis peu, et.qu’ilk a cherché uniautie réduit. En effet, en cet endroit, les voïés se croisent, et il est difficile de les démêler; «eù voici ure qui va à droite, en voilà une :aitre qui va à gauche, laquelle des deux est la bonne!
-. C’est ce qu'il est impossible de juger, car p une et l’autre sont tellement fraîches, qu’on croirait que l’animäl était à quand les chatseurs sont arrivés,
. Le cas est des plus graves, ét oh se tétire
vers la clairière qu’on a laissée derrière soi, afin de pouvoir se grouper et ténir conseil pendant, que quelques hommes veilleront,
Tout d’bord, les vieillards proposent la retraite, s’engageant à faire venir le lendemain tel savant, tel marabout, pour conjurer le lion et l’éloigner du pays. |
D’autres proposent d’allumér un fou à l'entrée du bois pour appeler du renfort.
- Cependant la majorité tient pour l’attaque et en diseute le mode, Vaut-il mieux suivre tous l’une des deux voies ou se diviser en deux troupes ?
Après avoir examiné les diverses chances des. deux manières d’agir, le conseil adopte la dernière, et tout le monde:se lève pour :procéder à la formation.des deux corps d'attaque.
Cette apération.est aussi curieuse qu'intellirente.:::
Au lieu de bartager les combattants en nombre égal «et.de: mettre de pair dans chaque troupe des'hommies courageux et adroits, comme:cela:se ferait chez nous, on se divise par douar, par tente «et par famille, de ‘sorte que, s’il-y a trente hommes présents, un poupe comptera vingt fusils, tandis que l’autre n’en aura .que'la moitié, et ces dix fusils, malgré l'infériorité du nombre et quelquefois du courage individuel, seront néanmoins plus forts que les vingt autres, parce qu’ils sont portés par desfrères, des cousins, en an mot,.par des proches parents qui sont sûrs de leurs compagnoñs au moment du . danger,
Les deux troupes une fois formées se rendent.ensemblé à la bifurcation des voies, où elles se séparent en se promettant un appui réciproque au premier cri, au: premier coup de feu. |
Chacune d’elles suit en: silence les pas de l'animal, s’arrêtant de temps en temps pour se rallier et écouter.
Après avoir marché quelque temps, la troupe de droite rencontre un arbre dont le tronc est labouré par les griffes du lion.
Tous les hommes qui la composent s'arrè-
‘ tent à la fois pour se communiquer leurs réflexions et peut-être pour donner le temps, à la troupe gauche d’attaquer si elle rencontre, ou de rallier si elle tombe à bout de voie.
Mais celle-ci va. bravement son chemin et.
sans;hésitation aucune ; c'est qu'à sa tête marche un: étranger qui vient de rejoindre, le fameux Abdallah, prévenu trop tard: de la chasse, ce géant, toujours le premier à l’attaque, celui qui, lorsqu'un homme est terrassé par le lion, est toujours là pour le dégager ou le venger, celui qui, lorsqu'il y a: défection ou panique, reste toujours à son poste, celui-là, enfin, que l’on a vu, après avoir fait feu de toutes ses armes et brisé la lame de son yatagan sur la téte d’un lion à l’agonie s’acharnant après l’un des siens, se ruer sans hésiter sur l'animal, l'enlacer de ses bras puissants, le: mordre à pleines dents, se laisser déchirer, écharper, et tenir bon jusqu’au moment où l'animal reçut lui-même une balle dans l'oreille entre lui et Île cadavre de son ami.
. Puisque je raconte un épisode de chasse et que je cite un homme qui peut, à juste titre,
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passer pour le modèle du chevalier sans peur si non sans reproche, que le lecteur me permette de lui faire connaître un trait de fierté de cet ami, pauvre comme Job, mais fier de,ce qu'il vaut, de cequ'il a fait et de ce qu'il, se sent capable de faire.
C'était au mois de mai 1852; les troupes de la province de Constantine expéditionnaient en Kabylie sous les ordres du général de M..
M..., lorsqu’ une insurrection éclata sur plusieurs points de la province.
Le général d'A. .fut détaché de la colonne avec quelques bataillons, afin d'arrêter les progrès de l'insurrection et. da châtier les tribus. rebelles, Je fus attaché à ce général pour traiter, sous ses ordres, les affaires arabes pendant la durée de l'expédition.
Nous arrivâmes, après cinq jours de marche, au pied d'une montagne située. chez les Haractah, qui a nom Sidi Reghis et l’honneur d’être habitée par Abdallah le charbonnier.
. Comme il était de bonne heure, le général, qui est un des plus passionnés et des plus.
forts chasseurs que je connaisse, m'exprima, le désir de tirer quelques coups de fusil autour de son bivouac.
Je lui parlai d'Abdallab et lui demandai s'il lui serait agréable. de l'avoir pour guide.
À l'instant même, un cavalier fut envoyé dans la montagne et ramena notre homme, armé de pied en cap.
Après les saluts d'usage, je lui déniandai s’il y avait beaucoup de lièvres dans les environs. À cette question, il me regarda d’un air étonné, et, me tournant le dos, il s’en alla vers
un: groupe d’Arabes, accroupis près de ma
tente; puis il revint suivi de l’un d'eux.
Voilà, me dit-il en me montrant le nouveau venu avec un air de dédain superbe, voilà un hoinme à à lèvres.
—Mais toi, lui dis-je un peu piqué de ce qu'il venait de faire, toi aussi, tu.es du pays comme Jui et tu dois savoir Où il y en à.
—Moi, j'habite la montagne, et le lièvre habite la plaine, me répondit-il franchement et sur le même ton.
—Tu sais donc, ajoutai-je, qu’il y a du lièvre dans cette plaine [à
—Tout ce que je puis te dire, c’est que je n’y descend que la nuft, soit pour aller voir ina maîtresse, soit pour mettre un mouton de plus dans mon troupeau ; et, si je rencontre des bêtes sur mon éhétia, assurément ce ne sont pas des lièvres.
Comme je ténais à le présenter au général et à le lui donner pour guide, je coupäi court à
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cette conversation devant témoins et l’amenai eous ma tente. : | |
Une fois là, nous parlämes lion, et lorsqu'il me parut bien disposé, je lui fis part de ce que je désirais de lui. Je dois avouer qu’il n’y consentit qu’à regret, et que, pour ne pas compromettre sa réputation, il fit si bien, que le chasseur, accoutumé à rentrer avec son porte-carnier chargé de gibier, revin bredouille se jourlà.
Je n’ai pas revu Abdallah depuis cette époque; mais à la fin du mois de juillet dernier, en revenant d’une excursion dans le sud, je m’arrêtai un instant chez le cheik de sa fraction, et j’appris par lui que, dans le courant de l'hiver, Abdallah avait encore une fois sauvé la vie à un des -siens qui, grâce à son secours, en était quitte pour une jambe de moins.
Mais, pendant que nous nous occupons de lui et de ses prouesses, le chef de la troupe que nous avons laissée marchant d’assurance sur la voie du lion est arrivé au but.
Un rugissement terrible a retenti sous bois à quelques pas de lui.
—AÀ terre! a répondu une voix digne de commander une armée; à terre | enfants de Cessi ; souvenez-vous que vous êtes des hommes et que je suis avec vous !
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Aussitôt la troupe se resserre en se groupânt comme elle peut autour de son chef, et attend, le fusil à l’éqaule, que le lion fasse une trouée dans le fort pour venir à elle.
C’est un moment solennel que celui-là ! Les.
chasseurs et le lion ne sont séparés que par une distance de quelques pas à peine, et cependant ils ne se voient pas.
Le lion s’est rasé à la manière du chat, afin de mieux bondir et d'offrir moins de prise aux balles.
Tout à coup un des chasseurs fait un signe de la main qui veut dire: Je le vois ! Son voi-
sin suit ladirection du doigt et confirme le si-
gne du premier. Tous se pressent tous se poussent pour voir à leur tour et ne feu tous à la fois.
Malheureusement il est tard : le lion, se voyant découvert, est tombé sur la troupe, a broyé la tête de celui-ci, enlevé un œil à celuilà, déchiré l’épaule d’un troisième, puis d’un bond il a disparu sous bois aussi vite qu'il est venu, sans même donner le temps de brûler une amorce.
Alors se sont des cris déchirants, c'est un brouhaha à ne plus 8 entendre : chacun s’en prend à son voisin de ce qui VUE d'arriver, et le malheureux qui a vu le lion le premier,
s’il n’a été ni tué ni blessé, est accablé d’injures, comme s’il avait dit au lion: Venez, agissez, voilà l'instant.
Cependant la troune de droite n’a pu sans honte rester plus longtemps éloignée de la chasse, et elle arrive en se trainant.
On regarde, on compte: un mort et deux blessés, C’est très fort, cela ne peut se passer. ainsi! Comment ! sans avoir brûlé une amorce ! Allons, il faut une revanche? Voyons, où est-il ? Et on se monte, et on:s’échappe au point de ne plus écouter la voix des anciens,
Tout beau, mes compagnons, vous n'irez :
pas loin pour le trouver, et, tenez, justement le voici qui vient ou plutôt qui revient, car il: charge.
Vous avez trop oùié, vous lui avez porté sur les nerfs, tant pis pour vous; la journée coinmence mal, et, sans aucun doute. finira plus mal.encore.
En effet, le lion, irrité de tout ce bruit ct alléché par le sang qu'il vient de verser, re. vient en rugissant à travers bois, brisant, renversant tout ce qui lui fait obstacle, et il fond, la tête haute et la gueule béante, sur la ligne des chasseurs, qui, cette fois, ne sont pas surpris et lui envoient trente coups de fusil à bout portant.
Le liou, criblé de balles, tombe au milieu de la troupe, et saisit de la gueule et des griffes tout ce qui trouve à sa portée pour mordreet déchirer j’usqu'au moment où il succombera à ses blessures ou recevra encore une balle, le coup de grâce.
L'animal tué, on s'occupe. de dégager les chasseurs qui sont sous lui, et on vérifie leur état, ainsi que celui des premiers qui ont été atteints, total : deux morts et quatre blessés, dont deux grièvement.
Chez nous, on regarderait la journée comme mauvaise, et l’on s’occuperait plus des morts et des blessés que du lion ; ici, c’est tout le contraire. Excepté les proches parents de ceux qui ont été victimes, persorne fait attention à eux.
Après avoir traîné les blessés dans un coin et les avoir adossés contre une cépée à côté des morts, on détache un ou deux hommes qui vont au douar le plus voisin chercher des mulets pour les transporter. Puis, les couteaux sont tirés, et l’on commencent sur:lechamp à enlever la dépouille de l'animal, en criant à tue-tête et en répétant cent fois les épisodes de la journée.
Dès que cette opération est terminée et que les moyens de transports sont arrivés, les chas-
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seurs descendent tous ensemble-dans-la plaine d’après l’ordre suivant : en tête marche l’homme qui a donné le coup de grâce au lion, couvert de sa, dépouille; derrière lui, viennent. trois mulets marchant de front ét chargés : |
Le premier, de deux blessés assis à califourchon; le second. ét le troisième, des deux autres blessés tenant chacun l’un des morts dans ses bras, assis comme lui et devant lui à califourchon.
Le corps du lion, séparé par quartiers, marche au centre du cortège, suspendu à des branches d’arbres coupées à cet effet.
Arrivés au point où ils doivent se séparer pour rentrer dans leurs douars respectifs, les chasseurs sont reçus au milieu des cris de joie des sanglots et des trépignements, par uné foule d'hommes, de femmes-et d'enfants accourus de tous côtés au-devant d'eux.
Les hommes se mèlent à ka troupe. pour avoir des détails sur l’événement de la journée ; les femmes pleurent ou se réjouissent, suivant que ceux qui leur sont chers sont morts, blessés ou sains-et saufs; les enfants entourent et suivent, malgré l’effroi qu’il leur inspire, celui qui, couvert de la dépouille du lion, parcourt l'assemblée en marchant sur les
mains eten rugissant. Puis, lorsquetout lemon-
de est enroué à force parler, de hurler, de sangloter et de rugir, on se prépare pour recommencer à la première occasion.
Voilà comment chassent, ou plutôt chassaient les Ouled-Meloul et les Ouled-Cessi,
Je m 'explique.
Avant la prise d'Alger, c’est-à-dire à Y'épo: que où l’Afrique, aujourd’hui française, était au pouvoir des Turcs, les beys de Constantine donnaient à ces deux fractions des titres qui les exemptaient de l'impôt et de toutes les autres charges pesant sur les autres tribus. .
En outre de cela, ils leur payaient largement, et selon ce qu’elles leur avaient coûté d'hommes, les dépouilles des lions qu’ils tuaient et qu'ils envoyaient au pascha d'Alger, lequel les offrait un grand sultan.
Depuis que nousoccupons le pays, les chefs de ces deux fractions ont eu beau présenter à l'autorité française les titres qui les proté- -geaient précédemment, on les a traitées comme les autres tribus, en les soumettant au payement des impôts, aux réquisitions et autres charges dont elles sont passibles.
Il y a plus encore: c’est que, lorsqu'il est arrivé que l’une ou l’autre de ces deux fractions a offert aux représentants du pouvoir en
Algérie ja dépouille d’un lion qu’elle avaît tué, les administrateurs, ne voyant que la peau de la bête sans savoir ce qu’elle avait coûté à ceux qui l’apportaient, ont donné la prime dérisoire de cinquante francs, allouée, en pareil cas, par l’Etat, et ont dit aux chasseurs de disposer comme ils l’éntendraient de la dépouille offerte.
Alors ceux-ci, blessés de se voir traités en marchands de peaux et appréciant mieux la valeur de leur sang, ont laissé la dépouille à la place où ils l'avaient déposée, et, sans dire un mot, sans faire un geste, il sont rentrés fièrement sous leurs tentes pour mettre les fusils dans leurs fourreaux.
Ce n’est que de loin en loin, et lorsqu'ils ont personnellement beaucoup à souffrir du voisinage d’un lion, que les Ou'ed-Meloul et les Ouled-Cessi se décident à l’attaquer.
Il leur est arrivé plusieurs fois, depuis deux ou trois ans, de venir me chercher à Constantine, et, lorsqu'ils ne me trouvaient pas, de laisser décimer leurs troupeaux pendant un mois entier plutôt que de prendre les armes.
Je n’approuve ni ne blâme ce qu'a fait l’autorité française à l'égard de ces deux fractions; mais je crois qu’il m’est permis, en écrivant un livre de chasse, de signaler au
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monde chasseur à qui je m’adresse tout ce qui se rattache à ces hommes vraiment dignes de quelque sympathie.
Venons maintenant aux Chegatma, cette troisième fraction sur laquel il n’y a pas grand'’chose à dire, quoiqu’elle ait joui autrefois des mêmes privilèges que ses aïnées.
Les Chegatma forment une petite fraction qui s’est détachée d’une tunisienne portant ce nom : ils sont venus, il y a environ quarante ans, à la suite d’un bey de Tunis qui mit lo siège devant Constantine, et se sont établis dans la montagne d'Hamama, chez les Haractach.
Lorsque le cheick de cette fraction fait un appel aux armes, il peut réunir une centaine de fusils.
Les montagnes dans lesquelles ils chassent habituellemt sont Hamama, Bou-Tokrema et Tafrent.
Les détails qui précèdent l'attaque sont les mème chez les Chegatma que chez les Ouled- Cessi et les Ouled-Meoul. C’est toujours un . feu qui sert de point de ralliement à l’assemblée, et ce feu est toujours allumé par les hommes qui ont fait le boïs.
Lorsque l'animal est détourné et l’enceinte raccourcie prudemment, les chasseurs l’entou-
armes RQ. ae
rent sans bruit et montent sur les pins ou les chènes dont les trois montagnes désignés sont couvertes.
Tout le mondeétant à son poste, on com mence à hurler de toutes parts, et, si le lion ne se moutre pas on brûle alors quelques cartouches.
L'animal, accoutumé à avoir affaire à des hommes et non à des écureuils, jugeant par les cris qu’il a entendus autour de lui que les Arabes sont divisés, quitte doucement son repaire, et se dirige, l’œil aux aguets, l'oreille base et frémissante, la queue tendue, vers certain braillard qu’il croit surprendre isolé du reste de la bande.
Tout à coup, il entend là, tout près de lui, Je bruit que fait ordinairement un fusil qui rate ; sans faire un pas de plus, il se couche sur le ventre et sonde de son regard perçant chaque broussaille, chaque pierre susceptible de cacher un homme.
Au même instant, sa vue est obscurcie par un nuage de fumée, ses oreilles sont assourdies par des détonations et des cris qui se succèdent; son corps frisonne, bondit et se tord, comme celui d’un serpent, sous les balles qui percent.
Tandis qu’il se heurte avec fureur contreles
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hrbres de la futaie, les chasseurs, forts de leur position, lui prodiguent les injures et les balles jusqu’au moment où, ayant aperçu l’un d'eux, le lion s’acharne contre l'arbre qui le dérobe à sa colère et au pied duquel il se fait tuer. : Excepté le cas, assez rare, du reste, où un tireur imprudent a choisi un poste peu élevé, c’est ainsi que les Chegatma ont raison des lions qu'ils chassent, sans plus de difficulté. Comme on a pu le voir par ce qui précède, cette manière de combattre le lion est tout à fait dépourvue d'intérêt, aussi les Chegatma sont-ils loin de jouir de la popularité et de l’es-
time que les Ouled-Meloul et les Ouled-Cessi @nt su se concilier généralement.