‹ La chasse au roman comédievaudeville en trois actesChapitre 23 sur 42 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes. SAINTE-AMARANTE, RODOLPHE.

BAIKTE-ANAHAXTK. bas à Rodolphe en entrant avec lui

Tu vois, il iio musa pas, lui, le voilà à l'œuvre.

roooli'IIR, de même.

N’jiye 2 pas peur, jo vais lo rattraper vivement. Bollo dame, c’est mon oncle qui a mis mes hommages en retord. Il m’a ontraîné, bon gré, mal gré, chez Torloni, où il m’a offert des glaces. Vaine précaution, madame, contre l’incendie quo vous allumez.

SAJXTB-AHAHAXTB, à part.

Bravo !

LOUISAXXE.

Il est heureux pour vous, monsieur Rodolphe, quo j'aie unsecrel à éteindre une si belle flamme, un secret infaillible.

noDüi.riiB.

Parbleu, inadamo, mon feu déflorait le déluge ; c'est un feu grégeois !

valentix, à part.

Animait

saixtb-amaiuktb, à pari.

C’est de mauvais goût.

LOUISANNB.

Ainsi, monsieur, voire passion, puisque passion il y a, no i . culerait devant aucun danger?

RODOLPHE

Et plut à Dieu, madame, qu'il y en eût, des dangers! Où sontils, que je les affroule !

sainte-amarante, bas à Rodolphe.

Bien, Rodolphe I je reconnais mon saug.

valentix, à /jouisanne .

Je n'ai pas l’éloquence do monsieur Uodolpho?...

LA CHASSE Ali HUMAIN.

Non.

RODOLPHE

VALENTIN

Mais pour vous, madame, je donnerais ma vio avec joie. louisannb, d'un ton solennel.

Asseyez-vous, messieurs, et veuillez me prêter toute votre attention. (On s'assied. Après un stfatee.) • Il y a dans ma vio un Mcret terrible que je m'étais promis d'emporter au tombeau. L’Iioin.cur roo lait une loi do vous le révéler, puisque volie gaUnterio vous pousse élourdiineut daus l’abîme ouvert sous vos pas.

RODOLPHE , à port.

Un abîmoT

sainte-amarante, à pari.

Jamais ie ce fus à pareille fête.

valbntin , à part.

Je vais donc tout savoir.

lOtnSiRHI.

C’est une grande preuve de confiance que Je vous donne ; mais vous ôtes gens d'honneur cl n’abuserez pas de ma confidence.

SAINTF.-AMllüXTB, St levant.

Nous lo jurons. |{// se rassied. Rodolphe se 1ère à son four; mais s apercevant que son oncle s'esl rassis, il en fait autant ) LOL'ISANVB.

Je suis lo dernier rejeton d’un.* famille corso autrefois puissante, do la famille Mammiani, engagée depuis deux siècles dans une guerre d’extermination contre les Pigliaspada.

SAINTE- AMARANTE

Cest parfaitement exact. Tous les romans corses commencent

LOL'ISANNg.

Mon père est tombé dans un mAquis....

sainte- am chatte. Un mAquis! comme c’est ça !

LOUI8ANNB.

Victime de la haine des Pigliaspaila sans qu’on ait jamais pu •avoir quelle main l’avait frappé. Depuis 1625 jusqu’à l’heure ou je vous parle, notre famille a perdu cinquaute-trois des siens par lo fer ou par le plomb.

Rodolphe, à part.

Diablot quel abattoir!

LOUISANNB.

La famille de nos ennemis n'a pas été moins cruellement décimée. Cinquante-cinq Pigliaspada ont paye de leur sang les meurtres qui avaient fait tant de veuves et d’orphelins.

SAINTE -AMARANTE

^ i^arfaitcnicnt exact. Eh bien! Valentin, qu’en dilos-vousî Voilà la vie, mon bon ami.

VALENTIN

N’interrompez pas madame.

louisanne.

Cetln guerre sans trêve et sans merci paraissait enfin terminée. U's Pigliaspada avaient quitté la Corse et on n'en tendait plus parler d’eux. Les proecs avaient dévoro les derniers débris de nos domaines.

RODOLPHE

Les procès et les frais do sépulture.

LOUISANNE.

Je vivais arec ma môro dans un obscur village do la côte. Un jour, on vil arriver dans ce village un homme que personne ne connaissait : c’était le comte de Pieiranera.

SAINTK-AMaR VNTB.

. C est plein d'intérêt.

LOUISANNE.

U était richo : il se montra généreux et se fil aimer do tous.

nouoi.i-m: , « par,'.

Je le reconnais bien là, bon Corse !

L<»l'ISANNB.

H devint bientôt notre IWH» familier. Au bout do quelques semaines, il domamJa ma main. Je no l’aimais pas, mais jo n’aimais personno, cl pour assurer les derniers jours de ma mère je consentis à l’épouser.

sainte-amarante.

Charmant ! délicieux I...

LOUIS ASM.

Ma mère mourut. Mon inari m’oramena dans un magnifique château, à quelques litues d’Ajaccio.

RODOLPHE

Chef-lieu de département.

LOUSANNE. ,

Ma belle-mère me reçut avec une politesse froido et hautaine; mais lo comte redoublait de piévcnanccs et de générosité. Rodolphe, à part.

Excellent homme ! plein do délicatesse !

Il ne me témoignait jamais la moindre jalousie; il voyait les jeunes gens s'empresser autour de moi, et loin de s’en alarmer, il les attirail chez lui tt me grondait doucement quand je les recevais avec trop de froideur.

Rodolphe, bas à Sainte-Amarante.

Jusqu’ici je ne vois pas plus d'abtme que sur la main.

SCINTE-AMARANTE , bas.

Attends donc ! ça se creuse.

valbntin.

Do grâce, messieurs, laissez parler madame.

LOUISANNE.

Parmi les jeunes gens qui me faisaient la cour , j’en avais remarqué un , nommé Giacomo Doria.

VALEMTUt.

Vous l'aimiez?

LOUISANNE.

Non , je no l’aimais pas ; mais par son esprit il avait su nio plaire.

rodolpub, à part.

Elle aime les gens d’esprit ! bon !

LOU IRA !f NB.

Sous lo prétexte le plus frivole, mon mari le provoqua et lo tua d’un coup d’épeo.

rodolpub, d part.

Fichtre 1

U le tua?

LOUI8ARHB.

Plus tard, un jeune Anglais, sir Edmond Dudley, mo poursuivait de ses hommages.

VALENTIN

Vous l’aimiez?

LOUISANNE.

Non , jo no l’aimais pas. Cependant , je le voyais sans déplaisir. Un jour, daus une partie do chasse où était mon mari, sir Karnond Dudley tomba frappé d’uno balle pdrtio ou no sait d’uù. aoDOLPUE, à part .

Nom de nom !...

VALENTIN

Et l'on n’a jamais su...

SAINTE-AMARANTE

Attendez donc ! attendez donc !

LOLTSANNE.

Je n’osais pas accuser mon mari , ut je medeniandnis avcccITn i si tous ceux qui m’aimaient étaient destinés à mourir.

Rodolphe , à part.

Moi aussi , je mo lo demande avec effroi I *

LOUISANNE.

La comtesse douairièro tomba malade; je la soignai comme ma propre mère. Un soir, nous étions seules : lo comte clan i»l?é à la ville. Il faisait une affreuse nuit; la tempête soufflait au dehors; la chambre où nous étions n’était éclairée qui* par la lueur du foyer; la pluie fouettait les vitres, et la bise sifflait dans tes loegs corridors.

EAINTE-AMAIUKTE.

Quel tableau I je n’ai jamais rien lu do si saisissant.

RODOLPHE, « part.

Jo ne sais pas pourquoi, niais je no suis pas à mon aise.

, LOUISANNE.

La comtesse m'attira vers elle, et d’une voix qui empruntait À la mort une étrange solennité...

sainte-amarante, te rapprochant.

Redoublons, d'attention. [Rodolphe recule sa chaise.)

LOU8ANNB.

Ma fille, nie dit-elle, sais- tu qui lu as épousé? Le dernier des Pigliaspada ! Il a tué Edmond Dudley par le plomb ; il a tué Gincomo Doria par le fer; il tuera tous ceux que tu aimeras. Si le fer et le plomb lui manquent, il a lo poison des Borgia. S’il no l'a pas tuée, c'est que chez nous on ne tue pas les femmes; mais il te tuera dans ion rœur. Tous ceux qu’il attire piès de toi sont des victimes vouées à sa vengeance. Défie-toi deta beauté, défie-toi de ta jeunesse, ton amour donne la mort.

Rodolphe, à part.

J'ai froid dans le dos. [H recuit sa chaise.)

SAINTE-AMARANTE

Eh bien, Valentin, vous avais-je trompé? Voilé la vie.

VALKNTIN.

C'est une épouvantable histoire l

LOtnunit

Maintenant, messieurs, vous comprenez pourquoi je vous éloigne, pourquoi mon mari vous attire?

RODOLPHE

Parfaitement.

SAINTE-AMARANTE

Votre récites! terminé, madame?

LOt'ISARRE, W levant.

Vous savez tout, messieurs. (Les trois hommes se lèvent et rangent les sièges.)

SAIN T R- AMARANTE

Eh bien, moi, Alfred de Sainte-Amarante, je jure, et jo prends à témoin du serment tous mes aï»ux, depuis Haoul de Saiute- A marante, qui mourut en Palestine, jusquà Paul do Sainte- Amarante, qui mourut sur la terre d’exil... je jure que nous vous délivrerons du monstre qui vous torture ou que nous périrons tous trots.

Rodolphe, à part.

Tous trois? parlez pour vous !

VALENTIN

Acceptez nos services, madame; quanti moi, jo succomberais sans regret dans une pareille entreprise.

LOIII8ANHB.

Je suis touchée, comme je lo dois, de votre générosité , messieurs. Je crois que le ciel vous a mis sur ma roulo pour me délivrer, et j’accepte vos offres chevaleresques.

Rodolphe, à part.

On n’est pas plus indiscret, ma» parole !

VALENTIN

Merci, madame, merci.

sainte-amarante.

Choisissez, madame, faites un heureux. Tous deux seront également fiers de vous servir, tous deux sont également braves ; mais Rodolphe a l’avantage de l'expérience, il est fait à ces sortes d'aventures, il a déjà tué deux Corses ; il y a la main.

Rodolphe, à part.

Ah ! je m’ennuie !

VALENTIN

Je n'ai encore tué personne, il est vrai; mais quand le cœur est ferme, la maiu no tremble pas.

RODOLPHE

Mais, madame, il y aurait un moyen bien simple d’arrjngor tout cola.

• SAINTE-AMARANTE

P;is de coup de tôle, mon neveu ! Je le connais : sans plus attendre, il est homme à provoquer le comte.

RODOLPHE

Mais non, mais non... un moyen plus sûr.

LOlIlfUNNK.

Et lequel, je vous prie ?

SAINTE-AMARANTE

Oui, lequel ?

RODOLPHE

Tardieu , que madame dépose uno plainte au parquet du procureur du roi 1 •

LOUISAKRE.

Ah 1 monsieur...

VALENTIN

Allons donc,!

SAINTE-AMARANTE

Ventre de biche, monsieur ! je donnerais le château do mes pères pour pouvoir racheter celle parolc-là. Depuis quand les gentilshommes prennent-ils la cour d'assises pour champ clos ot les huissiers pour hérauts d’armes? Le procureur du roi? mais, monsieur, avec lo procureur du roi, il n'y aurait plus do romans possibles.

VALENTIN

Monsieur le chevalier a raison, madame; no confie* qu\i notre courage le soin de votre délivrance, choisissez entre monsieur Rodolphe et moi.

LOOISANNE.

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