‹ La chasse du chevreuilChapitre 18 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE LA MANIÈRE DE FORMER UNE MEUTE

La première condition pour forcer habituellement le chevreuil est surtout de savoir former une meute : c’est le rôle du maître d’équipage.

J’ai déjà dit qu’il était admis par tous nos meilleurs veneurs de l’Ouest qui chassent le chevreuil, que le sang anglais, staghound surtout, mêlé dans une juste proportion avec celui de nos vieilles races françaises, réunissait au plus haut degré les qualités nécessaires à ce charmant laisser-courre. Une de nos autorités cynégétiques, M. de la Débutrie, écrit à ce sujet dans le Sport, numéro du 21 mars 1877, ces lignes significatives : « Le bâtard saintongeois ou du haut Poitou est le plus apte, pour ne pas dire le seul , qui convienne à ce courre ; j’en ai fait l’expérience. »

Je ne puis que m’incliner, et conseiller très sincèrement à tous ceux qui désirent former un équipage sérieux, de s’en tenir à cette décision si catégorique, fortifiée du reste par l’avis à peu près unanime des meilleurs veneurs du Poitou, de l’Anjou et de la Vendée.

Une taille ordinaire, 60 à 63 centimètres, suffit pour une meute de chevreuil ; cependant, plus la taille est élevée, plus l’aspect de la meute est flatteur. Pour que l’équipage soit correct, tous les chiens doivent être

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de même taille, de même couleur, de même forme, doivent avoir surtout un air de famille.

Ne conservez que des chiens de même pied : le chien trop vite, orgueil des jeunes chasser eaux , doit être supprimé; les chiens trop lents doivent être mis en relais vers la fin de la chasse s’ils sont de change, mais impitoyablement réformés s’ils sont médiocres : nous disons en Vendée, d’une meute bien réglée, qu on pourrait la couvrir avec un drap.

Supprimez sans hésiter le chien qui aime à chasser seul, qui rallie en criant, qui bricole sur les côtés, qui laisse la voie pour la couper et la dérober, qui lève le nez en l’air dans les défauts, qui ne crie pas ; un seul chien dangereux désorganise toute une meute.

Jamais un veneur, quelque habile qu’il soit, ne rend bon un mauvais chien : or, bon chien chasse de race, dit le plus vrai des proverbes. Si donc vous montez un équipage de chevreuil, sachez où se trouve une bonne race de chiens; ne craignez pas de l’aller chercher au loin, et, coûte que coûte, procurez-vous-en des sujets distingués. Avec des chiens de mauvaise race, ou de race peu suivie et peu fixée, un veneur habile ne chassera jamais agréablement; il peinera, trimera, obtiendra difficilement un succès au prix de mille fatigues et de nombreux déboires. Avec une bonne espèce de chiens, les difficultés s’aplanissent naturellement, la chasse devient un jeu, une récréation charmante.

Tels sont, en résumé, les devoirs d’un bon maître d’équipage.

Avant de clore ce chapitre, je dirai quelques mots de la vénerie telle qu’elle se pratique aujourd’hui en Angleterre, et de la vénerie française actuelle.

La chasse du renard, si toutefois on peut donner ce nom à un véritable steeple-chase accompli en quarante minutes par cent sportsmen et plus, montés sur des chevaux de pur sang, ou le plus près possible du sang, à la suite de cinquante couples de chiens entraînés journellement, muets,

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vites comme des traits, chassant le renard dans un pays découvert, le fox-hunting, dis-je, n’a d’autre attrait que celui de franchir des obstacles imprévus, de courir à bride abattue, d’éprouver sérieusement la vitesse des chiens et des hunters, la solidité, l’audace et l’énergie des cavaliers. Excellente école de cavalerie, médiocre école de vénerie, tel est, en peu de mots, le fox-hunting anglais.

Rendons cependant hommage au talent des éleveurs anglais : avec leur étonnante habileté et leur esprit pratique, ils ont su créer le chien et le cheval les plus aptes à ce genre de sport. De plus, ils savent entretenir en bonne santé et entraîner admirablement leurs meutes, les assouplir, les resler, les créancer surtout : l’ensemble d’un grand chenil anglais est superbe et vraiment aristocratique ; l’équipage semble avoir été fondu dans le même moule. Entretenus avec un luxe inouï de propreté, ces chiens au poil luisant, à la solide charpente, réjouissent l’œil de tout connaisseur : n’oublions pas que c’est grâce à ces chiens que nous avons régénéré nos races françaises qui menaçaient de disparaître, et que, à mon avis, leurs bâtards ont avantageusement remplacées. Ce que j’ai dit plus haut ne s’applique pas aux équipages anglais qui chassent le cerf et le lièvre : sept meutes chassent le cerf en boîte, deux le chassent dans des forêts où ils sont en liberté et à l’état sauvage ; plus de cent meutes composées de harriers et de beagles chassent le lièvre suivant les meilleurs principes de la vénerie.

Je ne dirai qu’un seul mot de la vénerie française actuelle : ses vieilles traditions pieusement conservées font encore de la France le pays de la vénerie par excellence; que dis-je? la France est encore à peu près le seul pays où l’on chasse véritablement suivant les réglés de l’art.

Avec une fortune médiocre, un pauvre, veneur entretient péniblement vingt-cinq chiens, quatre chevaux, un piqueur et un jeune valet de chiens ; mais il a appris l’art de la vénerie plus encore par sa propre expérience que dans ses auteurs favoris ; suivi de ses chiens, qui lui obéissent,

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l’aiment et le connaissent, il attaque résolûment, en tout pays et par tous les temps, cerfs et chevreuils, triomphe des plus grandes difficultés, et, au lieu de s’amuser et d’amuser ses invités pendant trente ou quarante minutes, il fait passer à tous ses compagnons une bonne journée.

Aimons donc et la France, et la vénerie française, et saint Hubert, notre glorieux patron !

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