‹ La chasse du chevreuilChapitre 17 sur 28 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DU MAITRE D’ÉQUIPAGE

Tout vrai disciple du grand saint Hubert doit être sobre, tempérant, calme et mesuré dans ses paroles : la chasse, qui est une récréation licite et charmante, que les dames honorent souvent de leur présence, doit être une école de bon ton. Il ne faut pas faire, d’un délassement et d’un amusement permis, une occasion de disputes, de querelles, et, par suite, d’amers regrets : un maître d’équipage doit être affable, poli pour tous ceux qui lui font l’honneur de suivre ses laisser-courre; il imposera par sa seule bienveillance mille fois plus que par son aigreur ou ses mauvais procédés. Pendant le laisser-courre, tout le monde doit s’y intéresser, je dirai plus, y prendre part; pour les invités, c’est le seul moyen de s’amuser, et il faut qu’à la chasse tout le monde s’amuse.

Un jeune débutant pourra sonner à faux une vue sur un change, un vol-ce-l’est de chevreuil sur un pied de mouton, ou un retour au lieu d’un bien-aller. Tout ceci est de peu d’importance : une meute bien réglée, un maître d’équipage calme et solide, n’en seront nullement dérangés ; d’ailleurs, l’écolier ne sait pas tout, le maître le comprend, et, si son disciple qui fait une école est repris avec douceur, il ne retombera plus dans son péché.

La science de la chasse demande de la réflexion. Un veneur, maître de soi, modère son ardeur, et, par cela même, calme la fougue de ses chiens ; il ne peut du reste modérer l’ardeur de ses chiens qu’en se cal-

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mant lui-même. Maître de ses actions, il juge plus sainement les difficultés, et devient par suite plus apte à les vaincre.

Le maître d’équipage, autant que possible, ne doit pas quitter la tête de ses chiens ; attentif à leur manière de chasser, il sait que, par un mauvais temps, la voie d’un chevreuil qui se forlonge devient légère ; dans ce cas, il presse ses chiens pour ne pas perdre de temps, et les aide à travailler diligemment. Si, au contraire, ses chiens chassent gaiement et sans défaut, loin de les presser, il les calmera, les ralliera à la trompe, évitant surtout de crier à tout propos ; il rompra les plus fougueux qui dérobent la voie. Les observant sans cesse, le bon veneur arrête ou appuie ses chiens, suivant qu’il le juge utile, leur«parle souvent, doucement et à mivoix, les appelant toujours par leur nom.

Le bon veneur doit connaître à fond tous ses chiens, leurs différentes qualités, leurs défauts, leurs aptitudes particulières; sans cette connaissance, pas de vénerie possible, chaque pas compte une erreur de plus. Dans certaines circonstances graves, alors que le veneur semble dérouté, il doit parfois avoir plus de confiance dans ses bons chiens que dans luimême. Si nous avons plus d’intelligence, le chien a son instinct, et pardessus tout un odorat merveilleux. Le veneur qui débute doit donc observer ses clefs de meute ; il apprendra mieux que dans les livres l’art de la vénerie, en voyant chasser ses bons chiens.

Il faut très rarement enlever ses chiens ; outre que la meute est exposée par ce fait même à prendre le contre ou à partir sur un change, on rend de la sorte ses chiens légers et volages. Si le temps est mauvais, que vous chassiez un chevreuil forlongé, et dont la voie refroidie ne laisse à la meute que la perspective d’une retraite manquée, aidez-vous de tous les renseignements possibles, et alors marchez de l’avant; vous jouez votre va-tout, il est vrai, mais aussi vous avez quelque chance de réussir : j’ai vu maintes et maintes fois des chevreuils relancés, après trois ou quatre heures, soit de forlongers, so.:t de défauts, relevés à force de travail,

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de persistance et d’énergie : une charmante fin de chasse récompensait amplement la constance du maître d’équipage.

Le bon veneur sonnera près de ses chiens, et, quand ceux-ci chasseront franchement, il évitera de sonner trop loin des chiens, de peur que, sur un balancer ou sur un retour, la meute ne rallie à la trompe hors de la voie.

Pour avoir une meute souple, bien mise, très ajustée, le maître d’équipage doit faire arrêter tout chien séparé ; si ce chien a coupé un retour, le piqueur le tiendra sous le fouet en sonnant des bien-aller jusqu’à ce que la meute ait rallié; quand toute la meute a rejoint, et qu’elle a été tenue sous le fouet pendant quelques secondes, le piqueur laisse le champ à son ardeur et sonne un bien-aller . C’est un parfait moyen d’apprendre aux chiens à s’arrêter facilement, à se calmer, à chasser plus sagement. Par ce moyen, les vieux chiens ont le temps de prendre haleine et d’arriver au secours des jeunes chiens, si le change vient à se présenter. Pour le maître d’équipage et pour ses invités, ce spectacle est plein d’intérêt; l’assemblée est en outre assurée, tous les chiens étant bien ralliés, de jouir d’une musique et d’un ensemble parfaits : la chasse n’est, à mon avis, amusante qu’à cette condition.

Beaucoup de gens chassent, mais les veneurs sont rares; bien peu étudient les vrais principes, pratiquent surtout par eux-mêmes ce noble exercice. Les amateurs qui suivent les laisser-courre de leurs voisins me permettront de leur donner un conseil d’ami. En lisant avec attention quelque bon livre de vénerie, en s’inspirant d’avance des meilleures méthodes, ils prendront plus d’intérêt à la chasse, deviendront aptes à se rendre utiles, sauront apprécier les qualités et les défauts des veneurs et de leurs chiens, en un mot, s’amuseront à la chasse. Le maître d’équipage, aidé de compagnons instruits, prendra, lui aussi, un plus vif intérêt aux succès de sa meute.

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