PAR CETTE CONNAISSANCE
(( Les chevreuils se jugent au pied comme les autres animaux; ce- (( pendant les plus habiles gens conviendront qu’un brocard qui n’est pas ce au moins à sa troisième tête est très difficile à distinguer de la vieille « chevrette ; mais à sa quatrième tête certains connaisseurs se trompent « rarement ; car il a plus de pied devant que derrière , les pinces sont « plus rondes , le talon plus gros, la jambe plus large, les os mieux <l tournés , les allures plus grandes et plus régulières que la chevrette qui ce a le pied creux , les cotés tranchants , les pinces fort pointues , et qui se « méjuge toujours.
« Pour bien juger les chevreuils, il faut qu’il fasse très beau revoir, ce car cet animal est si léger et si alerte, qu’à peine il touche la terre. « Une connaissance qui n’est pas à négliger, sont les régalis. Quand, en « faisant suite, votre chien vous en remontre dans les voies, vous pouvez « être sûr que c’est d’un brocard. »
(Le Verrier de la Conterie.)
Les connaissances qu’on tire de la tête du chevreuil ne peuvent servir que quand on voit l’animal par corps ; il faut s’attacher au juge-
Nu i.
Ko 3.
Brocard fuyant.
Brocard marchant d’assurance.
Jeune Brocard ou Chevrillard.
Chevrette chargée
Jeune Chevrette
fuyant.
marchant d’assurance.
Chevreuil sur ses fins.
DU PIED DU CHEVREUIL ET DE LA MANIÈRE DE LE JUGER
ment par le pied, qui est essentiel, mais qui est aussi un des jugements les plus délicats de la vénerie.
Il est très difficile de distinguer le pied du brocard de celui de la chevrette, surtout les jours de mauvais revoir. Les jours de beau revoir, on peut arriver à distinguer à peu près sûrement le pied d’un brocard , à sa quatrième, cinquième et sixième tête, du pied d’une chevrette.
Un chevreuil de cet âge a plus de pied devant que derrière ; il a les pinces plus rondes, le talon gros, la jambe plus large, les os plus gros et plus tournés en dedans que la chevrette, qui a le pied creux, les côtés tranchants, les pinces pointues et les os moins tournés en dehors. Quand un chevreuil est dix-cors et qu’il habite une forêt pierreuse et sablonneuse, il a le pied fort usé, le talon à proportion, les pinces rondes, les os gros, usés et bien tournés en dedans, et les côtés usés au niveau de la sole; devenu vieux chevreuil, il se ravale, et la jambe lui rétrécit, proportion gardée, comme aux très vieux cerfs.
On juge aussi les chevreuils par les allures. Celles des brocards sont régulières, et ils placent leurs pieds à une distance égale. Les jours de beau revoir, on a souvent un pied de chevrette à côté de celui du brocard pour faire la comparaison, ces animaux aimant surtout à vivre en société.
La connaissance du pied fait distinguer facilement le faon, le daguet, le vieux chevreuil ; mais, pour un brocard isolé, la connaissance est très difficile, et là, plus qu’ailleurs, le piqueur prudent doit dire : (( Je le « soupçonne ou je le crois brocard. »
Les chevreuils ont très communément des connaissances au pied, ce qui devient fort utile.
C’est ici le lieu de parler de la connaissance du pied pendant le cours de la chasse, indication de la plus haute importance pour le veneur sérieux.
Au lancer, le chevreuil bondit et court légèrement; les pinces du
DU PIED DU CHEVREUIL ET DE LA MANIÈRE DE LE JUGER
pied s’écartent, mais les os de la jambe marquent peu; après une heure de chasse vive, le chevreuil, même celui qui marche d’assurajice , appuie fortement sur le talon; la jambe et les os portent, et les pinces écartées laissent apercevoir la forme complète du pied. Vers la fin de la chasse, au contraire, le chevreuil malmené a les pattes raides ; il marche comme un cheval fourbu , piqué droit sur le bout des pinces ; le pied se resserre tellement qu’on ne distingue guère, surtout si l’animal marche au pas, que l’extrémité des deux pinces; les os et la jambe ne portent plus par terre ; on peut à peine reconnaître le pied de son animal de chasse : dès lors le chevreuil ne peut tarder à être pris.
Pendant que nous chassions à Chinon, le vieux Biaise, piqueur de M. le comte J. de Puységur, aimait à suivre les laisser-courre du général delà Rochejaquelein. Combien de fois, en regardant le vol-ce-l’est du chevreuil de chasse, ne nous a-t-il pas dit : (( Allons, messieurs, si vous continuez à le malmener de la sorte, l’animal en a encore pour un quart d’heure, ou pour vingt minutes, ou pour une demi-heure. )) Doué d’un merveilleux esprit d’observation, le père Biaise a toujours causé l’admiration de tous ceux qui ont connu ce célèbre piqueur. Il a formé MM. de Puységur, et c’est tout dire.