‹ La chasse du loupChapitre 10 sur 24 · DE LA MEUTE ET DES CHIENS DE LOUPS , DE LEUR ENTRETIEN EN VOIE · texte numérisé non relu

DE LA MEUTE ET DES CHIENS DE LOUPS , DE LEUR ENTRETIEN EN VOIE

un antre animal

Former une meute pour chasser loup, et en former une pour Différence entre ia

I i ' r formation

chasser cerf ou chevreuil, sont deux choses extrêmement diffé- '''""^pour" loup rentes.

Vous prenez des chiens de la race qui vous convient, anglais, bâtards, harriers, etc.; vous les choisissez le plus reslés possible; vous les payez de 70 à 150 francs; vous les mettez en voie; vous réformez les plus mauvais, la queue et la tête si vous chassez bien , la queue seulement si vous chassez à l'anglaise , uniquement pour prendre, et vous avez un équipage de cerf ou de chevreuil plus ou moins bon, suivant ce que vous et votre piqueux avez dans la tête et surtout suivant le pays où vous chassez. Mais, si vous voulez chasser loup, c'est toute une autre affaire; il vous faut d'abord chercher des chiens de race à le chasser, très-fins de nez en même temps que très-vigoureux ; ces chiens-là, si vous les trouvez, vous les payerez de 200 à 500 francs pièce. Ils pourront avoir des défauts que vous ne leur pardonneriez pas, si vous vouliez chasser cerf ou chevreuil , et sur lesquels cependant vous passerez , si le chien est un vrai chien de loups, car ceux-là sont si rares I

Si un de ces chiens n'aime que le loup, ne chasse que cela, qu'il le rapproche de sept à huit heures, quels défauts ne lui passeriez-

vous pas et avec raison? car il peut vous rendre les plus grands services, et il y a beaucoup à parier que sans lui vous feriez peutêtre fort peu de chose.

Voyons un peu , du reste , ce que devra faire un jeune veneur réellement amateur de la chasse et voulant monter un équipage de loups :

La première chose La première chose pour lui sera de se procurer quelques chiens

que doit faire , in

le jeuilforTeeui 'lui Pour servir de mentors et de guides à ses autres chiens, de n'importe uu équipage. qUeue espèce et de n'importe où, pourvu que ce soient des chiens de loups qui l'aiment et le chassent sans faire change. S'il a pu en trouver deux , trois ou quatre , il s'occupera ensuite de choisir la race de chiens qu'il veut avoir.

Différentes espèces de Les chiens qui chassent le mieux loup sont les chiens de

chiens de loups. 1 1

Gascogne, les vendéens, les poitevins, puis certaines races de pays dérivant généralement des vendéens ou des poitevins croisés, enfin les saintongeois une fois qu'ils sont dans la voie.

Les normands les chassaient bien aussi , mais il n'en existe plus de la vraie race. Certaines espèces de chiens qui avaient été formées dans les chenils de quelques bons chasseurs de loups étaient précieuses; mais elles sont bien rares maintenant. deGwme ^es cniens de Gascogne sont éminemment des chiens de loups, aimant cette voie et très-fins de nez ; mais ils ont, à mes yeux, un grave inconvénient, c'est la lourdeur, la lenteur dans les défauts et les rapprochers. Ils le rachètent quelquefois par leur ténacité, mais souvent aussi leur peu de vivacité dans les rapprochers empêche de lancer, et leur bêtise dans les défauts donne des forlongers d'où l'on ne peut sortir. Comme le dit un vieil auteur : « Ce sont chiens pour gens qui ont les gouttes. »

Les vendéens, surtout les griffons, sont de parfaits chiens de Le ch,e" de Vend< loups. Bien choisis et améliorés (c'est-à-dire bien nourris, croisés seulement entre les plus vigoureux et retrempés de temps à autre par un sang autre que celui de leur chenil), ils adorent le loup, sont extrêmement mordants et tenaces, très-vifs dans les rapprochers et les défauts, serrant l'animal de près; avec eux, on mène un loup grand train et on peut prendre des louvarls fort tard. Leur défaut est que, sur vingt, il y en a près de dix qui ne rapprochent pas; qu'ensuite ils sont souvent très- brigands, chassant un peu hors la voie et très-difficiles à.créancer à cause de leur amour désordonné de la chasse. A mon avis, il faut les améliorer pour en jouir, mais alors ils sont excellents.

Les saintongeois aiment moins le loup et sont moins mordants ; , L0e.ch.ien

o r 'de Saiotonge.

mais, quand une fois ils sont bien dans la voie, ils sont parfaits à cause de la finesse de leur nez, de leur belle façon de chasser et de leur disposition à garder change; d'ailleurs, pour les amateurs de beaux chiens, ils ont l'avantage d'une tournure incomparable ; mais ils sont si rares, qu'il est bien difficile de s'en procurer de véritables, à moins d'être du pays.

Il en est de même des anciens poitevins, race à peu près perdue l. .imndupoitm et qui était peut-être, de toutes, la meilleure pour loups ; cependant il y a encore, dans le pays, des chiens admirables qui ont conservé un peu de l'ancienne espèce, et qui sont parfaits; mais ils sont horriblement chers.

Quant aux normands , je ne crois pas qu'il en existe. Les normands actuels ne sont guère que des anglais déguisés ou qui retournent au normand par l'élevage dans le pays.

Dans la Bretagne, le Nivernais, le Morvan, le Bourbonnais et la Les races de pays.

Bresse, on trouve des races de pays qui donnent quelquefois de très-bons chiens de loups; ils viennent généralement de chiens de pays croisés jadis avec des vendéens ou des saintongeois , et sont plus ou moins laids.

u veneur doit élever Quand le veneur aura choisi la race qu'il lui plaît d'avoir ou au'il

pour avoir 11 *

un bon équipage. pense pouvoir se procurer, il fera tout son possible pour acheter quelques beaux échantillons, comme un ou deux étalons et au moins deux belles lices, pour en tirer race et en élever le plus tôt possible, car c'est la seule façon dont il puisse espérer se former un bon équipage, à moins qu'il n'ait la chance de trouver quelque meute pour loup à vendre, chose qui arrive bien rarement; dans ce cas, dût-il la payer fort cher, il fera bien de l'acheter et sera encore indemnisé de ses frais, surtout si la meute contient des chiens de bonne espèce. Je ne parle pas, bien entendu, des chiens anglais, foxhound, staghound, etc., qui sont généralement juste l'opposé de ce qu'il faut désirer pour un chien de loups, non pas qu'on ne trouve pas par hasard un chien anglais qui chasse loup et même qui rapproche, mais créer un équipage de loups avec des chiens anglais serait l'entreprise la plus folle et la plus ridicule que je connaisse et qui ne mènerait qu'aux plus grands déboires; car qui a étudié ces questions-là à fond sait que le lièvre est le seul animal qu'on chasse réellement en Angleterre , et cela avec des chiens particuliers, qui ne sont ni des foxhounds, ni des staghounds.

Je conseille donc au chasseur de loups de ne guère compter, pour former un bon équipage, que sur l'élevage, en conservant ou en améliorant ia race qu'il aura choisie, le mieux qu'il lui sera possible, mais sans perdre de vue qu'il ne doit presque rien faire au détriment de la finesse du nez. Une fois le fond de son équipage

pour sa meule en voie et Py entretenir.

Chasse Mes louveleaux.

formé, le veneur s'occupera de mettre ses chiens dans la voie, et j££^1£S\ pour cela il a trois moyens :

1° La prise des portées de louveteaux;

2° La chasse d'un loup privé;

3° La chasse et la prise de blaireaux.

11 devra donc s'inquiéter, le plus tôt possible, des portées de louveteaux de ses environs, et ne pas attendre trop lard pour les prendre, la première année de chasse. Les vieux chiens de loups mettront les autres dans la voie; on tâchera de faire étraDgler les louveteaux par les jeunes chiens, et on aura soin de mettre dans la soupe des chiens la chair des louveteaux , afin de les forcer à la manger. Si, outre cela, on peut garder un des louveteaux ou se procurer un loup vivant, on le fera chasser aux chiens, prendre et piller un peu pour les rendre le plus méchants possible, et on renouvellera cette chasse de temps en temps pour bien les mettre dans la voie.

Il y a encore un assez bon moyen, c'est de leur faire chasser et chasse des waireaux étrangler des blaireaux, car les chiens qui chassent et qui mordent bien les blaireaux sont généralement beaucoup plus disposés à chasser loups, et c'est une des meilleures façons d'entretenir sa meute quand on n'a point de loup privé , et qu'on sait , par expérience, combien les chiens ont de peine à rester dans la voie du loup, quand ils ne le chassent pas très-souvent.

Si le veneur avait plusieurs portées de loups à chasser, il fera bien, après en avoir pris le plus grand nombre de bonne heure, de laisser quelques louveteaux pour pouvoir les chasser et les prendre petit à petit, ce qui confirmera tout à fait ses chiens, car ils chasseront déjà bien un louvart, qu'ils n'oseront peut-être pas

Il doit laisser [uelques louvarts pour l'hiver.

encore attaquer un grand loup, surtout si celui-ci est un vieux routier, qui, en les voyant mollir à l'attaque, ne manquera pas de leur faire tête dans quelque fourré et de les dégoûter complètement. Il faut que le jeune veneur s'en méfie beaucoup, car des chiens dégoûtés au loup sont quelquefois bien difficiles à refaire.

h doit, pendant Qu'il les mette donc bien en voie sur louveteaux; qu'il les rende

l'hiver, L

u"""l fescr|"hi6"s ^e Pms méchants possible, et, pendant l'hiver, qu'il s'occupe avec patience de lancer quelques grands loups en formant ses chiens de recri, car, sans chien de recri, il ne chassera jamais loup; les raisons en sont bien simples : d'abord, s'il ne compte qu'attaquer des loups détournés, il faudra qu'il ait dix valets de limier, ou un homme comme on a quelquefois la chance d'en rencontrer un dans sa vie ; ensuite, comme la moindre chose fait vider l'enceinte au loup, qui part et se glisse sournoisement vers le débucher où il défile, s'il a vent seulement que vous entrez dans la forêt, comment le chasserez-vous alors sans les chiens de recri qui seront la base de h doit votre équipage de loups. Le jeune veneur fera donc bien, tout son les eréancer. ur hiver,de s'occuper de faire rapprocher des voies de grand loup à ses chiens, de tâcher de les lancer et de eréancer ses chiens, en étant impitoyable pour qu'ils ne chassent pas une autre voie que celle du loup et du blaireau. Il faut que ses chiens puissent traverser d'énormes enceintes sans donner un coup de voix sur autre chose que sur ces animaux, être surtout sévère pour le chevreuil, la voie la plus contraire aux chiens de loups. C'est en formant et en créançant ses chiens que le chasseur apprend à chasser loup, qu'il s'instruit de leurs mœurs et de leurs habitudes, qu'il apprend à connaître ses chiens et leurs qualités , qu'il distingue celui qui a

l'amour de la chasse du loup et auquel on pourra avoir confiance dans les embarras.

Quand on habite un bon pays de chasse, un pays de bois et de un bon moyen pour

, . avoir des

landes, peu habité et peu 'cultivé, ou un pays couvert de grands voies de loups, bois , il est très-bon, pour pouvoir chasser loup plus souvent, d'établir des abats d'animaux dans un endroit assez désert et retiré, à quelque bon passage.

On fait abattre des chevaux, des ânes, etc.; au bout de peu de temps, les loups y viennent ; car, comme les vautours, ils sentent les abats à des distances considérables; et, s'ils voient qu'il n'y a point de pièges, ils finissent par prendre l'habitude d'y donner souvent. En partant alors de bonne heure, on a des grandes chances de trouver une bonne voie de loup et d'attaquer avec d'autant plus de certitude que le loup bien repu n'aura probablement pas fait grand chemin. C'est d'ailleurs ainsi qu'on peut avoir quelque chance de forcer un grand loup.

C'est ainsi que le veneur doit passer tout son hiver pour former son équipage de loups, le mettant en voie et créançant ses chiens de recri. Au printemps, vers le mois de mai, époque à laquelle il au printemps, a faut

• i chasser

devra laisser les loups tranquilles, sous peine de déranger les ies blaireaux, louves, il fera bien de commencer à chasser le blaireau soit en bouchant les terriers et allant les attaquer de bonne heure, soit en les déterrant et les mettant dans quelque parc où on les fait chasser et étrangler aux chiens; rien ne les rend plus mordants sur loup que ces combats.

Un équipage pour loups n'a pas besoin d'être très-considérable; je crois même qu'on force plus facilement des loups avec un petit on force mieux avec

11 1 1 un petit équipage

nombre de chiens d'élite qu'avec une meute trop nombreuse, bien

entendu qu'il ne faut pas un seul chien inutile. De quatorze à vingt chiens, c'est un nombre bien suffisant, pourvu qu'ils soient tous bons, tous utiles; il ne s'agit pas seulement de ne pas être nuisible, il faut que chacun d'eux soit utile. Dans ce nombre, il faudra au moins six ou huit chiens de recri, mais plus il y en aura, mieux cela vaudra.

Qualités que doivent Les chiens de loups doivent être très-vigoureux, pleins de fond,

avoir n "

les cwens de loups, très-fins de nez et en même temps très-perçants, désireux de se rapprocher de l'animal qu'ils chassent, et qu'ils aient cette intelligence de relever promptement un défaut, qui caractérise le vrai bon chien de lièvre.

Du reste, on peut très-bien livrer sur lièvre les jeunes chiens de loups; s'ils sont de bonne race, ils apprendront à bien chasser cette voie, et n'en seront que meilleurs quand on les mettra au loup.

Il faut qu'ils fassent leurs rapprochers vivement, et que, hors des balancers ou des abouts de voie, on ne puisse les suivre qu'au trot; car avec des chiens de recri très-fins, mais lents et musards, qui défilent la voie pied à pied , on arrive bien souvent, pour le loup, à ne pas le lancer à cause du chemin parcouru par l'animal, et qu'ensuite, quand on chasse des louvarts d'un bon âge avec des chiens lents et musards, on ne les force pas; or, le plus joli de la chasse du loup, c'est de pouvoir prendre des louvarts jusqu'en mars, en chassant dans de bonnes conditions. Il faut donc allier la finesse du nez avec un certain pied , mais ne pas tant chercher cette vitesse du chien dans le train proprement dit que dans le perçant et l'instinct de relever rapidement les défauts, comment on don Quant à l'élevage , le veneur n'oubliera jamais de choisir ses

meilleurs chiens de loups, pour reproduire, de préférence même «oiseï k< chiens.

aux plus beaux; car, pour le loup, les qualités avant tout. Si on

peut parvenir à allier la beauté avec la bonté, on aura la perfection.

En tout cas, il faut avoir soin, en alliant les meilleurs chiens, de

ne pas les laisser dégénérer, ce qui arriverait, si on croisait toujours

les plus fins entre eux , sans jamais penser à la construction et au

fond.

Le veneur ne doit pas oublier qu'une meute pour loups ne reste une meute ne reste

ri 1 ' eu voie

en voie de loup qu'à condition de le chasser souvent. S'il tient donc de ^^chaLr ii avoir un bon équipage, il faut qu'il s'occupe du loup constamment; car des chiens peuvent chasser des louveteaux en septembre, même les prendre, et cependant ne pas former ce qu'on appelle un équipage de loups. Des chiens devant lesquels bondira par hasard un loup dans une lande ou forêt très-claire et qui le chasseront, ou qui, entraînés par d'autres chiens, chasseront même un grand loup toute la journée, peuvent encore fort bien ne pas former un équipage de loups, ne jamais recommencer ces hauts faits, ne pas vous donner connaissance d'un grand loup remis dans une grande enceinte fourrée, ou bien , s'ils l'ont lancé , le lâcher dès que le loup, les voyant mollir, leur aura fait tête. Ce sont choses qui me sont arrivées maintes fois, à moi comme à bien d'autres, et de rudes déboires par lesquels il faut souvent passer avant d'arriver à avoir un véritable équipage de loups. Car une meute, même bonne, n'a qu'à être trop longtemps sans chasser loup et qu'à retomber pour la première fois sur un grand loup méchant comme j'en ai connu un en Normandie, qui ne voulait jamais partir sans bataille; alors, en deux ou trois chasses, l'équipage peut être gâté, les chiens dégoûtés et le maître désespéré.

Je sais bien qu'avec des chiens de vraie race à loup cela ne doit guère arriver, parce que ceux-ci le chassent naturellement, et ont contre lui une haine invétérée ; mais ces chiens-là sont tellement rares maintenant, qu'il vaut mieux parler de ceux qu'on est plus exposé à rencontrer. Je me rappelle, d'ailleurs, toutes les peines et déboires que j'ai eus avant d'arriver à avoir de vrais chiens de loups.

Page 1